Demi-lune (agriculture)

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Demi-lunes en terre en arc de cercle à Niouma (Yako), Burkina Faso.
Demi-lunes (bunds en arc de cercle) à Niouma (Yako), province du Passoré, Burkina Faso ; l’ouverture de chaque arc est orientée vers l’amont.

La demi-lune (en anglais semi-circular bund ou half-moon, parfois eyebrow terrace) est une technique de collecte des eaux de ruissellement et de conservation des sols consistant à construire de petites levées de terre (ou de pierres) en arc de cercle afin de ralentir et de stocker ponctuellement les eaux de pluie pour la production végétale (cultures, fourrages, arbres). La technique est répandue dans les zones arides et semi-arides, notamment au Sahel, pour restaurer des terres dégradées et sécuriser les cultures pluviales lorsque les pluies sont irrégulières. Les extrémités (« cornes ») des demi-lunes sont positionnées sur la courbe de niveau et l’ouverture fait face à la pente pour capter le ruissellement amont[1],[2].

Bien que poursuivant la même finalité (concentrer l’eau), les demi-lunes se distinguent du zaï (trous de plantation plus profonds et ponctuels) par l’échelle et la géométrie de l’ouvrage[3].

La technique est largement documentée au Sahel depuis les années 1980, où elle a été introduite et diffusée dans le cadre de programmes de conservation des eaux et des sols et de lutte contre la désertification[1],[4].

Au Niger, différentes vagues de projets ont appuyé la construction de demi-lunes et/ou de banquettes (agricoles, pastorales ou forestières) — notamment le Projet de Développement Rural de Tahoua (PDRT) et le Programme Agro-Sylvo-Pastoral (PASP) — avec parfois une adoption spontanée observée ensuite hors projet[1],[5]. Dans la même période, le Projet intégré de Keita (PDR-ADM, 1982-2003) a mené, dans le département de Keita (région de Tahoua), un vaste programme de restauration des terres basé sur des aménagements de collecte et de ralentissement du ruissellement (banquettes de plateau, banquettes de glacis, tranchées) dans lesquels s’inscrivent les ouvrages de type demi-lune selon les contextes[5],[6]. Des analyses économiques et environnementales récentes confirment l’ampleur de ces aménagements dans la région de Tahoua et leurs effets sur la production et les revenus[7].

Hors d’Afrique de l’Ouest, des demi-lunes (souvent en pierres) sont décrites et utilisées en Éthiopie pour la restauration des parcours et l’agroforesterie[8]. Dans la région MENA, des travaux de l’ICARDA rapportent l’emploi de demi-lunes (ou micro-bassins analogues) pour l’arboriculture pluviale (amandier, olivier) en Jordanie et en Égypte, y compris sous pluviométries faibles (≈ 120–150 mm/an), ainsi que leur mécanisation pour les parcours steppiques[9].

Des essais et adaptations ont également été menés en Kenya pour les pâturages et fourrages dans les années 1980-1990, documentés dans des études de cas régionales[4].

Principes et fonctionnement

Le principe est de collecter et de concentrer une partie des pluies et du ruissellement superficiel à l’intérieur du croissant afin d’augmenter l’humidité du sol, de retenir les sédiments fins et la matière organique, et de réduire l’érosion. L’eau emmagasinée s’infiltre progressivement dans l’horizon racinaire, améliorant la survie des semis/cultures et des plants ligneux pendant les pauses pluviométriques[10],[1].

Caractéristiques techniques

  • En pratique, les ouvrages font couramment de l’ordre de 2 m × 4 m pour une profondeur de 15 à 30 cm (ordre de grandeur sahélien)[2].
  • Dimensions (ordres de grandeur) : rayon ≈ m ; levée compactée ≈ 25 cm de haut (base ≈ 50 cm) ; cuvette de 15 cm à 30 cm côté amont[4],[11].
  • Agencement : lignes proches des courbes de niveau, décalées en quinconce pour que le trop-plein d’une rangée alimente la suivante[1].
  • Densité indicatrice (cultures, Niger) : ≈ 313 demi-lunes/ha (rayon ≈ m), soit un rapport aire de collecte/aire cultivée ≈ 4:1[4],[11].

Construction

Au Sahel, les travaux sont généralement réalisés entre avril et juin (fin de saison sèche), lorsque le sol est encore stable[12].

Les guides recommandent de présenter ces éléments comme référentiels ; l’exécution détaillée relève des manuels spécialisés et du savoir-faire local[10].

  1. Implantation : matérialiser les courbes de niveau (cadre en « A », niveau à eau), orienter l’ouverture vers l’amont et placer les « cornes » sur la courbe de niveau[1].
  2. Traçage : lignes en quinconce ; fossé de diversion en amont si un ruissellement externe important doit être écarté[4].
  3. Terrassement : extraire la terre à l’intérieur du croissant pour former la levée côté aval ; compacter (terre ou pierres selon disponibilité)[10].
  4. Amendements : fumure organique (≈ 1 t/ha/an en culture) et paillage recommandés[1].
  5. Entretien : resserrer/recharger les levées après gros orages, désherber, protéger de la divagation animale les premières années[1].

La mise en place se fait de préférence avant la saison des pluies ; en zones très humides, privilégier des levées en pierres pour éviter l’engorgement[10],[1].

Plantes recommandées

  • Aride à semi-aride chaud : Mil (Pennisetum glaucum), Sorgho (Sorghum bicolor), Niébé (Vigna unguiculata), parfois sésame (Sesamum indicum)[10],[1]. Ligneux tolérants à la sécheresse : Faidherbia albida, Ziziphus mauritiana, Balanites aegyptiaca selon les usages (fruit, fourrage, gomme, bois)[13],[14].
  • Semi-aride plus humide / subhumide chaud : priorité aux arbres/arbustes (haies, vergers rustiques) ou cultures associées ; en cas de pluies fortes, préférer des levées en pierres[1].

Effets et adoption

Plusieurs témoignages de terrain indiquent que l’information/formation suffit souvent à déclencher l’adoption, sans incitations financières[15],[12].

Hausse de l’humidité du sol et dépôts de sédiments en aval de la levée ; gains de rendement (mil, sorgho) variables selon contextes et intrants ; meilleure survie des plants en reboisement[1],[13]. La construction est intensive en travail ; des estimations au Niger situent le coût initial (outils + travail) autour de 80 USD/ha pour 250–300 demi-lunes[16]. Des reportages récents documentent la diffusion de la technique au Niger et au Burkina Faso[15],[12]. Des travaux publiés indiquent qu’un appui-conseil (formation) accroît les taux d’adoption[17].

Variantes et mécanisation

Demi-lunes en pierres dans les climats à fortes pluies (meilleure infiltration, moins d’engorgement)[1] ; mécanisation sur grandes surfaces via charrues spécifiques (système Vallerani/Delfino) pour créer rapidement des micro-bassins en arc de cercle[18],[19].

Voir aussi

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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