Denise Ferrier
peintre française
From Wikipedia, the free encyclopedia
Denise Ferrier[1], née le 2 octobre 1920 à Vichy et décédée le 7 décembre 2011 à Paris[2], est une peintre et dessinatrice française figurative et abstraite.
13e arrondissement de Paris
Académie de la section d’or, Jean Souverbie
Académie Frochot| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 91 ans) 13e arrondissement de Paris |
| Nationalité |
Française |
| Formation | Académie de la section d’or, Jean Souverbie Académie Frochot |
| Activité |
Artiste peintre et dessinatrice |
| Genre artistique |
Art abstrait et art figuratif |
|---|---|
| Site web |
Longtemps méconnue, l’œuvre de cette artiste est progressivement redécouverte à partir de 2021, date de l’entrée de quatre de ses peintures au Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou à Paris[3].
Biographie et parcours artistique
Denise Ferrier[4], fille d’Aline et de Lucien Ferrier, est issue d’une famille de viticulteurs, cafetiers et restaurateurs, qui a pris en 1925 la gérance d’une brasserie importante de Vichy, « Gambrinus », au 23 rue George Clemenceau. Son père, Lucien Ferrier, typographe puis comptable, pratiquait la peinture en amateur. Il initia sa fille à la peinture. Denise Ferrier sera également formée à Vichy par Paul Devaux, artiste régional, graveur sur bois, et par Ulysse Moussali[5], peintre et collectionneur d’art.
Les années de formation
Denise Ferrier enfant dessinait sans cesse, et très tôt elle voulut devenir une artiste[6]. Elle était encouragée par son père dans cette vocation, et conseillée par Paul Devaux qui la remarqua très tôt, publiant dans sa revue d’Art bourbonnais, L’Élan, un dessin fait par Denise Ferrier à l’âge de 6 ans[7]. Jeune fille à Vichy, elle s’exerçait, copiant les maîtres, peignant des natures mortes et des portraits de Vichyssois dans un style très réaliste. Elle désirait acquérir les techniques de la peinture classique, tout en commençant à s’intéresser à l’Art moderne, notamment à travers la lecture des textes du peintre cubiste André Lhote[8]. En 1945 elle réalisera sa première toile abstraite à Vichy sans qu’elle ait encore jamais vu, selon son témoignage, de peinture abstraite[9]. En 1945 Paul Devaux, déclarant qu’il ne pouvait « plus rien lui apprendre », a encouragé Denise Ferrier à parfaire sa formation de peintre à Paris. En 1945-1946, Denise Ferrier va suivre à Paris l’enseignement du peintre Jean Souverbie, cubiste, ami de Picasso. Elle assiste à ses cours de l’Académie de la Section d’or[10] qui se déroulaient dans l’atelier de peinture de Madeleine Frisson[11], situé au 11 rue des Sablons[12]. Denise Ferrier gagnera l’estime de Jean Souverbie grâce à une vue des Parcs de Vichy[13], petit panneau peint dont il loue le chromatisme et le mouvement[14]. L’enseignement de Souverbie sera pour Denise Ferrier un véritable choc, elle abandonne alors le réalisme de ses premières années pour des recherches cubistes[15].
Du cubisme à l'abstraction
Fin 1947, sa famille ruinée et son père décédé, Denise Ferrier a rejoint Paris où elle sera plusieurs années secrétaire d’un avocat tout en poursuivant son activité de peintre. À la fin des années 1940, s’éloignant des influences d’André Lhote et de Jean Souverbie, Denise Ferrier est passée du cubisme à l’abstraction, sans se rattacher à aucune école, dans une totale indépendance[16] : « L’abstraction, c’est l’invention totale » expliquera-t-elle plus tard[17]. Denise Ferrier a fréquenté à Paris l’atelier de l’Académie Frochot, où elle rencontrera en 1949 le peintre cubiste Jean Spadoni, élève de Jean Metzinger[18]. Denise Ferrier et Jean Spadoni emménagèrent dans l’atelier de peintre et de tailleur pour hommes que louait Jean Spadoni dans une arrière-cour derrière une pension de famille au 33 de la Cité des Fleurs, dans le 17ème arrondissement de Paris. En 1953 naîtra leur fils, Patrice, qui deviendra réalisateur[19]. Denise Ferrier et Jean Spadoni ont vécu dans cet atelier de la Cité des Fleurs dans une grande pauvreté[20], mais aussi dans une ambiance d’émulation et d’enthousiasme dont témoignera Denise Ferrier : « Cité des Fleurs. – La vraie vie d’artiste partagée. L’exaltation ! [21]»Au Salon des Réalités Nouvelles
Malgré les difficultés rencontrées par les femmes peintres pour se faire reconnaître dans le monde et dans l’Histoire de l’art[22], Denise Ferrier a participé à plusieurs expositions collectives : le Salon d’Automne de 1947[23] avec le soutien du peintre vichyssois Louis Neillot. Puis de 1950 à 1955, Denise Ferrier participera à la société et aux Salons des Réalités Nouvelles, organisés au Musée National d’Art Moderne situé alors au Palais de Tokyo[24]. Le travail de Denise Ferrier est alors remarqué : le peintre abstrait Auguste Herbin a favorisé son adhésion à la société des Réalités Nouvelles, où elle recevra le soutien du peintre Henry Valensi, chef de fil du mouvement musicaliste. Sans rejoindre ce mouvement, Denise Ferrier entretiendra avec Henry Valensi une correspondance régulière jusqu’au décès de celui-ci[25].
Pour sa seconde participation au Salon des Réalités nouvelles en 1951, Denise Ferrier élabora une grande peinture à l’huile : Rythmes[26]. L’élaboration du tableau a donné lieu à un très grand nombre de croquis, d’esquisses, de travaux préparatoires, dont une partie est aujourd’hui conservée au Cabinet des Arts graphiques[27]. Jean Cassou, directeur du Musée national d’art moderne de 1945 à 1965, va remarquer Rythmes et manifestera l’intention de l’acquérir pour la collection du Musée. Françoise Garcia, historienne et conservatrice, évoque ainsi la scène : « (…) une de ces compositions en camaïeu de gris retient l’attention de Jean Cassou, directeur du musée national d’art moderne, qui lui en demande une photo. C’est Rythmes de 1951[28].» Denise Ferrier ne saura pas saisir cette opportunité[17], et Rythmes ne rejoindra le Musée national d’art moderne qu’en 2021[29].
Continuer à peindre malgré les difficultés
Le mari de Denise Ferrier, Jean Spadoni, décèdera en janvier 1957. Denise Ferrier doit alors élever leur fils seule, dans une réelle précarité. Elle deviendra couturière puis, à partir de 1959, elle sera lettreuse et coloriste pour des bandes dessinées telles que Les Pieds Nickelés, Aggie Mack ou Bibi Fricotin, et un grand nombre d’autres publications de Bandes Dessinées, de Pilote à L’Écho des Savanes, et pour des romans-photos, notamment ceux de Jean-Jacques Bourgois[30] et de Raymond Cauchetier[31]. Elle poursuivra ces activités précaires et peu lucratives jusqu’à sa retraite en 1985. Elle fera également quelques illustrations de presse notamment pour le magazine Quinze ans[32].
Malgré les difficultés[33], Denise Ferrier n’a pourtant pas abandonné la peinture. En 1957 / 1958, elle saluera la mémoire de son mari en réalisant une grande toile à la fois abstraite et allégorique : « À Spado. »[34] En 1961 elle participera au Salon International d’artistes femmes de Vichy organisé par les femmes artistes regroupées autour de la peintre Hélène Marre qu’elle rencontra à plusieurs reprises[35]. En 1964 la trajectoire de Denise Ferrier croisera également celle du peintre abstrait Henri Goetz[36].
Des années soixante aux années 2000
Progressivement, son art va s’éloigner des formes géométriques des années cinquante, sans qu’elle abandonne l’affirmation d’une ligne ferme, continue, mobile, et un goût pour le mouvement des formes et des couleurs qui animera toujours ses compositions. On notera que Denise Ferrier, tout en privilégiant l’abstraction, n’a jamais abandonné l’art figuratif.
L’autoportrait notamment sera un exercice constant dans son œuvre, depuis son enfance jusqu’à ses dernières années. Selon Michèle Moyne-Charlet, conservatrice, directrice du Musée des Ursulines à Mâcon : « L’introspection apparaît comme un préalable essentiel à la création chez Denise Ferrier. (…) Dessinés ou peints, les multiples visages qu’elle offre d’elle même reflètent les expérimentations plastiques qui l’occupent, les rapports entre forme et couleur, le rôle primordial accordé à la ligne[37]. » Cette active introspection porta également Denise Ferrier à consigner en détail ses rêves nocturnes : le fonds Denise Ferrier recense près de 700 récits de rêves écrits sur ses Carnets de rêves[38], activité onirique qui nourrira son œuvre.
En parallèle à sa peinture, Denise Ferrier a poursuivi toute sa vie une intense production d’œuvres graphiques. Françoise Py, Maître de conférence à l’Université de Paris 8 en histoire et théorie de l’art, souligne que pour Denise Ferrier « (…) le dessin est d’abord à ses yeux œuvre à part entière[39].» Dans ses innombrables dessins, la créativité de l’artiste s’exprimait en toute liberté comme elle en témoignera elle-même : « Lorsque je trace une ligne, la pulsion et la tension viennent de tout mon être par l'intermédiaire de ma main[40].» Elle soulignera l’importance du graphisme dans son travail, qu’il s’agisse de dessin ou de peinture : « Ce qui compte pour moi, c’est la ligne continue. Une ligne que l’on vit en la faisant, de l’intérieur. Une ligne qui part d’un point, et va se perdre dans le néant[17]... »
Denise Ferrier va poursuivre inlassablement son activité de peintre et de dessinatrice, dans une solitude et une invisibilité de plus en plus grandes, des années 1970 jusqu’aux dernières années de sa vie, dans les années 2000[41]. En octobre 2010, une exposition personnelle présentera son œuvre au public à la galerie Dorothy’s Gallery[42], accompagnée par un film d’entretiens avec l’artiste[43]. En décembre 2011, Denise Ferrier décède à Paris à l’âge de 91 ans.
Une redécouverte progressive à partir de 2021
Acquisitions dans des musées, expositions
Au cours des années 2020, l’œuvre de Denise Ferrier va être progressivement redécouverte.
En Juin 2021 quatre peintures de Denise Ferrier rejoignent les collections du Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou, dont Rythmes jadis remarquée par Jean Cassou. Christian Briend[44], conservateur, chef du service des collections modernes du Musée National d'Art Moderne - Centre Pompidou, note au sujet de la peinture Rythmes : « Composition ambitieuse (...) Si cette œuvre d'une grande maturité manifeste sans doute l'influence de Vassily Kandinsky ou d'Alberto Magnelli, elle n'en révèle pas moins une forte personnalité[45].» Ces quatre peintures seront suivies en 2022 d’une série de dessins, de gouaches et d’aquarelles intégrés au fonds du Cabinet des Arts graphiques du Mnam[46]. Le directeur du Centre Pompidou, Bernard Blistène, a alors salué « une magnifique redécouverte[47]. »

De juin à décembre 2024, une exposition rétrospective se tient au Musée des Ursulines de Mâcon : Être Peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011) [48].

En octobre et novembre 2025 est organisé une grande exposition de 150 œuvres au Centre culturel de Vichy : Denise Ferrier. La Redécouverte d’une artiste majeure[49], ainsi qu’un Colloque : Le parcours artistique de Denise Ferrier / Femme et artiste dans la société du XXe siècle[50], exposition et colloque organisés par l’Association Denise Ferrier[51] et l’Académie du Vernet dont l’un des fondateurs, Paul Devaux, fut le premier initiateur de Denise Ferrier.
Points de vue critiques et analyses de l'œuvre
Françoise Garcia[52], conservateur en chef honoraire au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, analysant les peintures abstraites de Denise Ferrier des années 1950, s’arrête sur une d’entre elles, Rythmes de 1951 remarquée par Jean Cassou : « (…) une peinture construite avec finesse dans un élan vertical. Sa vision, dans son extrême pureté, son rythme dans sa légèreté, son transport sur un espace réduit au plan, a peut-être rappelé au jeune conservateur le Suprématisme russe (...)» Françoise Garcia poursuit : « Dès lors, tout au long des années à venir, malgré le décès de Jean Spadoni en 1957 et la nécessité d’élever son fils encore jeune, Denise sera toujours prompte à retrouver ses pinceaux (...). L’artiste va ainsi poursuivre une œuvre abstraite dense et variée, bien reconnaissable. Elle a adopté au fil des ans un « style », fait d’équilibre et de virtuosité technique dans la composition et le choix des couleurs. Un style dans lequel la ligne garde toute son importance, une ligne continue, même si parfois elle se perd dans quelques méandres pour resurgir un peu plus loin[53]. »
Pour Françoise Py[54], Maître de conférence à l’Université de Paris 8 en histoire et théorie de l’art, « Denise Ferrier est une artiste témoin de son temps. Elle a accompagné un des principaux mouvements d’avant-garde du vingtième siècle, l’abstraction, elle l’a marqué de son empreinte avec une œuvre forte et originale[55]. » Évoquant les nombreux autoportraits de Denise Ferrier, Françoise Py note : « La noirceur de ces derniers, l’angulosité du dessin et la douleur qui s’en dégage évoquent les austères têtes de paysans de la période hollandaise de Van Gogh (…) S’y lisent une détermination à toute épreuve, une force invincible, une dignité et un courage inouï mais aussi une profonde tristesse[56]. » « La figure du labyrinthe, très présente dans son œuvre, prend dans ses dernières années valeur de portrait. Ce seront de remarquables constructions dans lesquelles elle décline toutes les nuances possibles d’une même couleur, souvent les bleus ou les rouges orangés, quand elle n’accorde pas les deux complémentaires ensemble[39]. »
Michèle Moyne-Charlet[57], conservatrice, Directrice des Musées de Mâcon, commissaire de l’exposition Denise Ferrier de 2024 au Musée des Ursulines Être Peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier, motive sa décision d’organiser cette exposition par « un véritable coup de cœur[58]. » En ouverture du catalogue de l’exposition, elle écrit[59] : « Si Denise Ferrier s’éloigne progressivement de l’enseignement de Jean Souverbie en abandonnant la figuration, elle retient de l’atelier du professeur la nécessité d’une étude minutieuse par le dessin afin de parvenir à une organisation parfaite des lignes, des surfaces et des volumes. Les recherches qu’elle mène pour organiser ses peintures la conduisent ainsi à multiplier les croquis et les notes. L’utilisation du calque lui permet de reporter le dessin définitif de la manière la plus précise possible sur la toile[60]. Chaque composition donne lieu à une analyse poussée de la relation entre lignes et couleurs[16]. »
Djos Janssens[61], artiste belge, commissaire d’exposition et professeur de Structures formelles à l’école supérieurs des Arts de Mons, parlant de Denise Ferrier comme d’un « libre électron », affirme : « Denise Ferrier va traduire de manière picturale ses aspirations mentales ; de sa genèse jusqu’à nos jours, l’abstraction sera son objectif, même si son parcours est parsemé de quelques œuvres figuratives. (…) L’activité créatrice de Denise Ferrier consiste à faire le vide pour découvrir par intuition la profondeur de ses mondes intérieurs. Son amour-fascination pour les formes révélées s’harmonise sur toile en lignes – signes ou en vibrations de couleurs généreuses venues des Sud. Ainsi elle cerne d’un trait rapide la couleur et tout semble bouger, dans une chorégraphie plastique orchestrée. Ce n’est pas innocemment qu’une musicalité se dégage de son œuvre. C’est un art électrisé qui touche le psychique, c’est une œuvre de haute voyance qui provoque le spectateur par ses propositions intemporelles. Paradoxalement, pour certaines œuvres nous pouvons faire un parallèle avec celles des graffeurs (...)[62]. »
Œuvre
Œuvres de Denise Ferrier dans les collections publiques
Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou
- Rythmes, 1951
- Composition, 1953
- Composition n°1 « Joie », 1953
- Composition n°2 « De Gauche à droite – de bas en haut », 1953
Musée National d’Art Moderne – Centre Pompidou, Cabinet des arts graphiques
- Recherches pour Rythmes, 1951
- Recherches pour Composition
- Recherches pour Composition n°1
- Réplique (gouache) de Composition n°2
- Recherches pour la toile Les Trapèzes ascendants (exposée au Salon international d’artistes femmes à Vichy 1961)
Musée des Ursulines à Mâcon
- Les Carottes dans le fait-tout, abstrait, 1951 – 1952
- Nature morte sur table ronde, 1980
Participation à des expositions collectives
- Salon d’automne, Paris, 1947
- Salon des Réalités Nouvelles, Paris, 1950
- Salon des Réalités Nouvelles, Paris, 1951
- Salon des Réalités Nouvelles, Paris, 1952
- Salon des Réalités Nouvelles, Paris, 1953
- Salon international d’artistes femmes, Vichy, 1961
Expositions monographiques
- Denise Ferrier – Peinture, dessin, Dorothy’s gallery, Paris, 2010
- Denise Ferrier, rétrospective, galerie Dohyang Lee, Paris, 2021
- Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Musée des Ursulines de Mâcon, 2024
- Denise Ferrier (Vichy 1920 – Paris 2011). La Redécouverte d’une artiste majeure, Centre culturel de Vichy, 2025
Bibliographie
Livres, catalogues
- Denise Ferrier – Peinture, dessin, Paris, Thélème, 2010 (ISBN 9782953791006)
- Patrice Spadoni, Denise Ferrier Rythmes, Paris, Thélème, 2021 (ISBN 9782958005405)
- Michèle Moyne-Charlet, Françoise Garcia et Françoise Py, Être peintre dans la France de l’après-guerre, l’étonnant parcours de Denise Ferrier (1920-2011), Mâcon, Musée des Ursulines de Mâcon, (ISBN 9782901400608)
Filmographie
- Patrice Spadoni, DENISE FERRIER Peinture Dessins – Cité des Fleurs, 2010 : https://www.deniseferrier.fr/video/
Liens externes
- Site officiel
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Centre Pompidou