Derwent Lees

artiste australien From Wikipedia, the free encyclopedia

Derwent Lees né à Hobart (Tasmanie, Australie) le 14 novembre 1884 et mort à Londres (Angleterre) le 28 mars 1931, était un dessinateur et peintre paysagiste australien.

Naissance

Hobart, Tasmanie, Australie
Décès
(à 46 ans)
London, Angleterre
Nationalité
Australien
Activités
Peintre, professeur d'art, dessinateurVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Derwent Lees
Derwent Lees autoportrait c.1908
Biographie
Naissance

Hobart, Tasmanie, Australie
Décès
(à 46 ans)
London, Angleterre
Nationalité
Australien
Activités
Peintre, professeur d'art, dessinateurVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Derwent Lees était le dixième et dernier enfant de William, directeur de banque, d'origine anglais, et de Gertrude, sa mère écossaise. La famille a beaucoup déménagé parmi les colonies britanniques de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tout au long de son enfance et de son adolescence[1]. En 1899, ils vivaient à Melbourne, où Derwent et son frère Gilbert étudiaient à une école privée prestigieuse de Melbourne (Melbourne Grammar School). En 1905, après des tragédies familiales et un accident de cheval nécessitant l'amputation de son pied droit, Derwent quitta l'Australie pour Londres. Après un court séjour d'études à Paris, il entama son éducation artistique à l’école des beaux-arts de la Slade School of Fine Art sous la direction de Henry Tonks, ancien chirurgien et dessinateur accompli, et de Frederick Brown, directeur de la Slade School of Fine Art.

Ses premières œuvres connues comprennent plus de 20 dessins d'étudiant au crayon, pour lesquels il reçut le prix annuel de dessin du Slade en 1907 (aujourd'hui conservé par le Musée d'Art du l’Université College London, l’UCL). C'est sans doute grâce à ce prix qu'il fut invité, alors qu'il était encore en dernière année d'études, à rejoindre l'équipe de Slade comme maître de dessin sous la direction du professeur Tonks, poste qu'il occupa pendant dix ans.

Il exposa régulièrement dans les grandes galeries londoniennes, principalement à la Chenil Gallery avec le New English Art Club, dont il devint membre en 1911. Il fut également membre invité du Friday Club[2], une association d'artistes exposants créée par Vanessa Bell, membre fondatrice du Bloomsbury Group, fin 1905. En 1913, ses œuvres furent présentées à l’Armory Show, la célèbre exposition d’art moderne à New York, puis à Boston et Chicago.

Ami proche des artistes gallois Augustus John et James Dickson Innes, il peignit dans le nord du Pays de Galles avec eux de fin 1910 à 1913[3], puis de nouveau avec Augustus John en 1914. Il a également peint à l’extérieur en aquarelle en Cornouailles et dans le Dorset dans le sud de l’Angleterre en 1909, et brièvement pendant l’été 1909 dans la région de Lowicz en Pologne.

De 1910 à 1914, Derwent effectua quatre voyages dans le sud de la France, y trouvant un climat similaire[4] à la même latitude (bien que septentrionale) que celle de son enfance. Il y découvrit non seulement la lumière et les couleurs vibrantes de sa terre natale, mais aussi une géomorphologie et une végétation familière. L’arbre Acacia dealbata, communément appelé mimosa en France, et d’origine de sa Tasmanie natale était déjà abondante dans la région. D'autres espèces australiennes, comme l'eucalyptus, poussaient également dans le sud de la France avant l'arrivée de Derwent. Un spécimen adulte de l'Eucalyptus globulus[5] (le Blue Gum, emblème floral de Tasmanie) se dresse devant l'entrée du Musée d'Art Moderne de Collioure.

Ses séjours en Roussillon et en Provence durant les quatre années d'avant la Grande Guerre donneront naissance à plus de 100 œuvres, représentant environ la moitié de son œuvre paysagère, qui comprenaient les plus remarquables et les plus réussies de sa carrière. Au cours de l'été 1910, accompagné d'Innes et d'un collègue de la Slade, il se rendit à Collioure. Innes avait visité le village au printemps 1908. À Collioure, Derwent peignit la baie et le château au bord de l'eau, puis explora les crêtes et les collines surplombant la ville, peignant des scènes de l'arrière du village et du massif des Albères, de la plaine du Roussillon ainsi que des Corbières et du Mont Canigou au lointain. De retour à Londres, il exposa une douzaine d'aquarelles de son séjour à Collioure, qui se vendirent toutes bien. Aujourd'hui, l'une de ces paysages de Collioure est exposée à la Tate Gallery de Londres, et quatre autres sont conservées à la Leeds City Art Gallery (par la suite supposées à tort représenter des scènes du Pays de Galles). Le musée de la Rhode Island School of Design, aux États-Unis, possède également une œuvre peinte lors du même voyage, depuis le Fort Rond au-dessus de Collioure, avec la Chapelle de Las Forques et les Albères en arrière-plan.

Après le choc de la première exposition postimpressionniste européen à Londres, qui provoque l’indignation, son art change fondamentalement. L'été suivant, il retourna dans le Sud avec Innes, s'installant à Istres sur l'Étang de Berre, travaillant cette fois en plein air à l'huile sur petits panneaux de bois et à l'aquarelle où les influences de Cézanne et Van Gogh sont évidentes. Il peignit une trentaine autour des étangs de Berre et de l'Olivier. Ces œuvres sont conservées au British Museum de Londres, à la Johannesburg Art Gallery et dans de nombreuses collections particulières. Elles témoignent de ses expériences avec les couleurs vives du ciel, de l'eau, de la géologie et de la végétation parmi les collines arides de Provence qui bordent le littoral.

En 1912, la santé de son ami Innes s'était détériorée à cause de la tuberculose. Il dut donc voyager pour profiter de l'air marin doux et des montagnes du sud. Au cœur de l'hiver, Derwent l'accompagna à Banyuls-sur-Mer en décembre 1912 et janvier 1913. Ce voyage donna naissance aux meilleures œuvres de sa carrière, avec des critiques élogieuses sur ses paysages, aux couleurs éclatantes et irrévérencieuses, et aux formes puissantes, basées sur des points de vue soigneusement sélectionnés.

Derwent est considéré comme l'un des peintres les plus prolifiques de Banyuls d'avant la Grande Guerre[6],[7],[8]. Des exemples de ces œuvres sont exposés à la National Gallery of Australia et de Victoria, à la Tate Gallery et British Museum de Londres, aux musées britanniques de Southampton, Brighton et Hove, ainsi qu'aux États-Unis, au Yale Center of British Art et au Chicago Art Institute. Lors de son voyage vers le sud, il peint également à Axat, Forcalquier, Digne-les-Bains et dans les Alpilles. Ce fut la dernière fois que les deux amis voyageront et peindront ensemble. Innes mourut l'année suivante, à l'aube de la Grande Guerre.

Un ami proche, Augustus John, qui avait loué et vécu à la villa Sainte-Anne à Martigues en 1910, loua également un manoir rural près de la côte du Dorset, en Angleterre, à partir de juillet 1911. Pour Augustus et Derwent, cette région servait comme simulacre du maquis, des dunes et des paysages arides de Provence. Derwent allait également trouver son inspiration dans le Bassin Bleu (le Blue Pool, Dorset), une carrière d'argile abandonnée et noyée, servant de simulacre des étangs d'Istres. Ce plan d'eau de bleu saphir irisé, entouré d'un terrain postindustriel de landes sèches et de forêts de pins nichées dans des dunes ondulantes, le captivait totalement durant l'été 1913. Il y peignit une trentaine d’œuvres entre 1913 et l'automne 1915, dont une est conservée au Musée des Beaux-Arts du Canada, et une autre au Manchester Art Gallery en Angleterre.

Il épousa sa muse et modèle, Edith Harriet Price (1890-1984), à l'été 1913. Sous le pseudonyme d'artiste-modèle « Lyndra », elle fut l'un des principaux modèles de Derwent et d'Augustus John entre 1909 et 1915. Il peint de nombreuses scènes de paysages avec elle comme objectif principal au Bassin Bleu de Dorset et dans les landes environnantes ; dont deux sont visibles en Australie à l'Art Gallery of South Australia et à la National Gallery of Australia. Il la peint également posant dans de nombreux paysages anglais et gallois en 1914 et 1915.

Le dernier voyage de Derwent vers les lumières et les paysages du sud de la France, si évocateurs de son enfance, eut lieu au printemps 1914. Installé à Cassis, il se replonge dans ses aquarelles, créant plus d'une douzaine d'œuvres représentant la baie et le village de Cassis, ainsi qu’à La Ciotat ; plusieurs servirent comme études pour des œuvres finales à l'huile. Deux œuvres de La Ciotat sont conservées au Whitworth Institute en Angleterre et une autre au Musée National du Pays de Galles.

Sa carrière artistique fut brutalement interrompue par sa pauvreté et ses graves problèmes de santé mentale. Finalement, le traumatisme de la guerre et la perte de ses amis proches et de son amour ont écrasé son existence fragile. Il fut interné dans des asiles, d'abord en 1918, puis définitivement à partir de 1919, jusqu'à sa mort en 1931 au West Park Hospital au sud de Londres. Edith et lui s'étaient séparés en 1916, probablement en raison de difficultés financières liées à la guerre et à sa santé. Il ne retourna jamais dans son pays natal. Derwent est enterré dans un cimetière près de l'hôpital, dans un terrain funéraire anonyme.

Malgré des difficultés financières et de santé mentale, son talent brut l’a fait reconnaître parmi ses collègues artistes de l’ère d’avant la Grande Guerre dans le monde de l’art britannique. En 1930 et 1933, la galerie Redfern de Londres organisa deux expositions en l'honneur de Lees et des expositions ont présenté ses œuvres à Melbourne et Sydney en Australie. En 1936, son œuvre « Scène du Dorset » fut exposée à titre posthume à la Biennale de Venise.

L'une de ses œuvres les plus célèbres, Poirier en Fleur (en fait un amandier), conservée à la Tate, fut exposée au Jeu de Paume à Paris en 1946, lors de la grande exposition britannique d'art moderne d'après-guerre. Ce fut la seule œuvre à recevoir les éloges du critique français M. G. Fontanet, parmi les œuvres anglaises qu’il juge globalement dérivées de l’art français : « Je ne voudrais pas quitter cette salle sans signaler une petite toile de Derwent Lees, Poiriers en Fleurs [sic] ; la facture en est excellente ; des fonds de montagne, d’un bleu précieux, ferment l’horizon, et les taches rouges des fruits mûrs sur l’arbre ont un accent un peu vigoureux, mais très sensible[9].». L'exposition voyagea dans toute l'Europe, et cette toile fut présentée dans les plus prestigieuses galeries européennes — à Bruxelles, Amsterdam, Copenhague, Paris, Berne, Vienne, Prague, Varsovie — avant de clôturer son voyage à la Galleria d’Arte Moderna de Rome, en février 1947.

Les œuvres de Lees sont conservées dans plus de 50 institutions publiques à travers huit pays :

Le Catalogue Raisonné de Lees comprend plus de 450 œuvres, le produit d’une période créative intense d’à peine une douzaine d’années[10].

Notes et références

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