Descente de police au bar Abanicos

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La descente de police au bar Abanicos a lieu dans la nuit du , à Cuenca, en Équateur. Lors de cette descente, la police arrête des personnes homosexuelles et transgenres venues assister à l'élection de la première reine gay de la ville. Certaines des personnes détenues seront torturées et violées en prison, avec la complicité des policiers[Lien 1].

TypeDescente de police
PaysDrapeau de l'Équateur Équateur
LocalisationCuenca
Faits en bref Type, Pays ...
Descente de police au bar Abanicos
Image illustrative de l’article Descente de police au bar Abanicos
Vue actuelle de l'emplacement du bar Abanicos à Cuenca

Type Descente de police
Pays Drapeau de l'Équateur Équateur
Localisation Cuenca
Coordonnées 2° 54′ 04″ sud, 79° 00′ 02″ ouest
Organisateur Mairie et police de Cuenca
Date
Participant(s) Police de Cuenca
Bilan
Blessés Tortues et humiliations
Morts 0
Disparus 0
Répression
Arrestations variable selon les sources (63; 100; 14)
Procès  Non

Géolocalisation sur la carte : Équateur
(Voir situation sur carte : Équateur)
Descente de police au bar Abanicos
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L'événement suscite des réactions de rejet au niveau national et incite différents organisations LGBTQ à s'organiser pour la première fois dans le pays et à lancer une campagne pour la dépénalisation de l'homosexualité en Équateur. Cette campagne atteint son objectif en de la même année lorsque la Cour constitutionnelle déclare inconstitutionnel le premier paragraphe de l'article 516 du Code pénal, qui criminalisait l'homosexualité d'une peine de quatre à huit ans d'emprisonnement[Lien 1],[Lien 2],[Lien 3].

La descente de police

Le Bar Abanicos est un établissement populaire situé à l'angle des rues Vargas Machuca et Juan Jaramillo. Le soir du , l'élection de la première reine gay de Cuenca s'y déroule. Quatre candidates sont en lice. Patricio Cuellar, alias « Brigitte », est couronnée[Lien 4]. Après l'élection, une fête est organisée au bar. Après 23 heures[1], des policiers, sous les ordres du maire Diego Crespo, font irruption et procèdent à l'arrestation des participants[Lien 4], les séparant en deux groupes : les « hétérosexuels » et les « maricones » (pédés)[1]. Face à la résistance de plusieurs personnes, la police fait usage de la force, blessant plusieurs individus[Lien 5]. Certains parviennent à s'échapper par une fenêtre à l'arrière du bar[1].

Patricio Cuellar figure parmi les personnes arrêtées. Il est conduit au centre de détention par la police[Lien 4], qui l'empêche d'enlever sa robe et son écharpe de reine pendant les trois jours de sa détention[2], [Lien 6]. L'événement est ensuite rapporté par les autorités en termes homophobes dans les médias, notamment par le maire Crespo lui-même, qui déclare regretter que de telles « atteintes à la moralité » se produisent à Cuenca[Lien 4].

À leur arrivée au centre de détention préventive de la ville, les détenus sont enfermés avec les autres prisonniers dans des conditions de surpopulation[1]. Cuellar et d'autres de ses compagnons sont violés à plusieurs reprises par plusieurs détenus[Lien 4]. Au lieu de leur porter secours, les policiers témoins de la scène choisissent de vendre des préservatifs aux prisonniers pour 5 000 sucres l'unité. Au plus fort des agressions, un des détenus est victime d'une crise d'épilepsie, mais lorsqu'il demande de l'aide, un policier répond : « Laissez-le mourir, un peu moins, beaucoup mieux »[Lien 1]. Les détenus subissent également des actes de torture de la part de certains policiers, qui les sortent de leurs cellules pour les frapper à coups de pied, leur cracher dessus, les humilier[Lien 6], leur plonger la tête dans les toilettes et leur infliger des décharges électriques[Lien 4].

Il existe différentes versions quant au nombre exact de personnes interpellées. Selon un article du journal El Tiempo, publié deux jours après les faits, la police aurait arrêté 63 personnes lors de l'opération, un chiffre corroboré par le maire, Diego Crespo. Cependant, quelques jours plus tard, le même journal ramène ce chiffre à dix personnes et justifie les arrestations en affirmant que les personnes interpellées « étaient impliquées dans des scandales »[Lien 1]. Le journal El Comercio a avancé le chiffre de 100 personnes emprisonnées[Lien 3], tout comme le journal El Telégrafo[Lien 7]. L'organisation OutRight Action International, quant à elle, évoque 14 personnes emprisonnées[Lien 8]. Des années plus tard, Cuellar réaffirmera le chiffre de 63 personnes interpellées[Lien 1].

Événements ultérieurs

Caricature de “Brigitte”, première Reine Gay de Cuenca, avec le maire Diego Crespo dans le journal El Tiempo (1997).

Les détenus sont libérés le [Lien 8] malgré les tentatives du maire Crespo pour empêcher la libération de Cuellar. Dans les jours qui suivent, la presse locale commence à publier des articles sur la descente de police avec des titres discriminatoires, tels que « Un repaire homosexuel fermé » ou « Arrêté pour une soirée sodomite », ainsi qu'une caricature homophobe publiée dans le journal El Tiempo montrant Cuellar et le maire Crespo[Lien 9],[3].

Le jour de leur libération, Cuellar et un ami rencontrent Jaime Terreros, militant LGBTQ de la ville, et lui racontent ce qui s'est passé. Terreros décide de porter plainte auprès de la Commission des droits de l'homme d'Azuay et de contacter personnellement les médias locaux pour exiger un traitement moins discriminatoire et dénoncer les abus subis lors des arrestations, ce qui engendre une couverture médiatique plus positive, d'autant plus que parmi les détenus figurent des membres de familles aisées de Cuenca[4]. Cependant, suite à cette plainte, Terreros est harcelé par la police pendant des mois[3], tandis que Cuellar perd son emploi de coiffeur[5].

Peu après, des étudiants de la Faculté des Lettres de l'Université de Cuenca décident d'installer une œuvre au parc Calderón (es) en faveur de la diversité sexuelle. La municipalité leur refuse les autorisations nécessaires, sous l'influence de proches de l'Opus Dei. Malgré ce refus, les étudiants se rassemblent au petit matin dans le parc pour installer leur œuvre, composée notamment d'un lit sur lequel on pouvait lire « Sortez-moi de là ! » et de préservatifs colorés remplis d'eau[5]. Monseigneur Luis Alberto Luna Tobar (en), évêque de Cuenca, soutient la manifestation et, lors d'une messe, prend la parole pour plaider en faveur du respect des personnes homosexuelles[6].

Dix jours après la descente de police, le journal El Comercio fait le point sur les événements et rapporte que, selon la police, le motif officiel de l'arrestation était « trouble à l'ordre public » et « tenue indécente ». Cependant, le maire Crespo lui-même reconnait que les personnes interpellées n'ont pas participé à des bagarres et n'étaient pas dénudées. L'article du journal révèle également que la descente a été menée après la réception, le de la même année, d'une lettre signée par des habitants du quartier et appuyée par la faculté de droit de l'Université catholique de Cuenca (es), demandant la fermeture du bar en raison de la « conduite immorale » de sa clientèle et du « scandale » qu'elle engendre. Et ce, malgré la présence de deux autres bars dans le même pâté de maisons[7].

Dépénalisation de l'homosexualité

Les événements du bar Abanicos attirent l'attention de l'organisation LGBTQ Fundación Ecuatoriana de Acción y Educación para la Promoción de la Salud (FEDAEPS) grâce au contact d'un membre de l'organisation de Cuenca La Pájara Pinta, qui avait été dirigée par le gouverneur d'Azuay de l'époque, Felipe Vega de la Cuadra (es). Les militants Orlando Montoya, membre de la FEDAEPS, et Neptalí Arias, membre de Famivida (es) (Fundación Amigos por la Vida), se rendent à Cuenca et rencontrent des militants et des personnalités de Cuenca, parmi lesquels le gouverneur Vega, qui a dénoncé les actions de la police lors de la descente[6].

En conséquence, les organisations FEDAEPS, Famivida, Tolerancia et Coccinelle (es) décident de former un front unique sous le nom de Triangle andin (Triángulo Andino) afin de lutter pour la dépénalisation de l'homosexualité et de protester contre les violences faites aux personnes de diverses orientations sexuelles[5]. Après des discussions préliminaires, il est décidé de déposer, avec l'appui de l'Assemblée permanente pour les droits de l'homme, un recours en inconstitutionnalité contre l'article 516 du Code pénal[Lien 2], qui criminalise l'homosexualité et prévoie une peine de quatre à huit années d'emprisonnement[Lien 3]. L'essentiel de la campagne se déroule à Quito[Lien 2], où des militants du groupe organisent la première manifestation LGBT de l'histoire du pays le [5],[8].

L'étape suivante, avant de pouvoir présenter le recours en inconstitutionnalité devant la Cour constitutionnelle, consiste à recueillir 1 000 signatures[9]. Ce processus est mené par l'Assemblée permanente des droits de l'homme et l'association trans Coccinelle[Lien 10]. La campagne permet de recueillir 1 400 signatures et la pétition est présentée à la Cour en [Lien 1],[9]. Le de la même année[Lien 1], les neuf membres de la Cour constitutionnelle statuent à l'unanimité en faveur de l'abrogation du premier alinéa de l'article 516[Lien 2]. La décision est publiée au Journal officiel deux jours plus tard, dépénalisant ainsi l'homosexualité en Équateur[Lien 3].

Voir aussi

Liens externes

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bar Abanicos police raid » (voir la liste des auteurs).
  1. Jeanneth Cervantes Pesantes, « Personne ne meurt éternellement », sur La Periódica, (consulté le )
  2. (es) « Parcial despenalización de la homosexualidad », sur Hoy, (version du sur archive.org)
  3. (es) Alicia Galárraga, « ¡Descansa en paz, Pachis! », sur El Telégrafo, (consulté le )
  4. (en) Jeanneth Cervantes Pesantes, « Terri (Jaime Terreros) », sur La Periódica, (consulté le )
  5. (es) « Homosexualidad era castigada con 8 años de prisión en década del 90 », sur El Telégrafo, (consulté le )
  6. (es) « "Terri" marcó el activismo LGBT sin darse cuenta », sur Entorno inteligente, (version du sur archive.org)
  7. Mariela Rosero, « Les femmes transgenres, fondatrices de Coccinelle, appellent à une action le vendredi 17 mai 2019. », sur El Comercio, (consulté le )

Références

Bibliographie

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