Desingy
commune française du département de la Haute-Savoie
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Desingy est une commune française située dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
| Desingy | |||||
L'église Saint-Laurent. | |||||
Blason |
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| Administration | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Pays | |||||
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | ||||
| Département | Haute-Savoie | ||||
| Arrondissement | Saint-Julien-en-Genevois | ||||
| Intercommunalité | Communauté de communes Usses et Rhône | ||||
| Maire Mandat |
André Bouchet 2020-2026 |
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| Code postal | 74270 | ||||
| Code commune | 74100 | ||||
| Démographie | |||||
| Population municipale |
764 hab. (2023 |
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| Densité | 40 hab./km2 | ||||
| Géographie | |||||
| Coordonnées | 45° 59′ 46″ nord, 5° 53′ 27″ est | ||||
| Altitude | Min. 260 m Max. 661 m |
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| Superficie | 18,93 km2 | ||||
| Type | Commune rurale à habitat dispersé | ||||
| Unité urbaine | Hors unité urbaine | ||||
| Aire d'attraction | Genève - Annemasse (partie française) (commune de la couronne) |
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| Élections | |||||
| Départementales | Canton de Saint-Julien-en-Genevois | ||||
| Législatives | Quatrième circonscription | ||||
| Localisation | |||||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie
Géolocalisation sur la carte : Auvergne-Rhône-Alpes
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| Liens | |||||
| Site web | desingy.fr | ||||
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Géographie
Communes limitrophes
Climat
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat de montagne, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000[1]. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche[2]. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat de montagne ou de marges de montagne[3] et est dans la région climatique Alpes du nord, caractérisée par une pluviométrie annuelle de 1 200 à 1 500 mm, irrégulièrement répartie en été[4]. Elle est en outre dans la zone H1c au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves[5],[6].
Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de 9,9 °C, avec une amplitude thermique annuelle de 17,8 °C. Le cumul annuel moyen de précipitations est de 1 509 mm, avec 10,7 jours de précipitations en janvier et 8,7 jours en juillet[1]. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune d'Usinens à 4 km à vol d'oiseau[7], est de 11,8 °C et le cumul annuel moyen de précipitations est de 985,3 mm[8],[9]. La température maximale relevée sur cette station est de 38,8 °C, atteinte le ; la température minimale est de −12,2 °C, atteinte le [Note 1].
Urbanisme
Typologie
Au , Desingy est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022[I 1]. Elle est située hors unité urbaine[I 2]. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Genève - Annemasse (partie française), dont elle est une commune de la couronne[Note 2],[I 2]. Cette aire, qui regroupe 158 communes, est catégorisée dans les aires de 700 000 habitants ou plus (hors Paris)[I 3],[I 4].
Occupation des sols
L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (69,9 % en 2018), en augmentation par rapport à 1990 (69 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : terres arables (38 %), forêts (28,7 %), prairies (17,9 %), zones agricoles hétérogènes (14,1 %), mines, décharges et chantiers (1,3 %)[10].
L'IGN met par ailleurs à disposition un outil en ligne permettant de comparer l’évolution dans le temps de l’occupation des sols de la commune (ou de territoires à des échelles différentes). Plusieurs époques sont accessibles sous forme de cartes ou photos aériennes : la carte de Cassini (XVIIIe siècle), la carte d'état-major (1820-1866) et la période actuelle (1950 à aujourd'hui)[Carte 1].
- Carte des infrastructures et de l'occupation des sols en 2018 (CLC) de la commune.
- Carte orthophotogrammétrique de la commune.
Toponymie
L'origine du nom Desingy n’est pas absolument certaine. Selon les travaux de Félix Fenouillet, on a autrefois cru qu’il dérivait d’un terme celtique signifiant « versant », mais cette hypothèse est aujourd’hui abandonnée. L’explication la plus probable rattache le toponyme à un nom de domaine gallo-romain, formé soit à partir du nom de personne Decimius, soit de Decimatus, qui désignerait le propriétaire du lieu à l’époque romaine[11].
Cette interprétation rejoint celle proposée par Henry Suter, qui fait dériver le nom de l’ancien domaine Decimiacum, formé avec le suffixe -acum à partir du gentilice Decimius, issu du latin decimus (« dixième »)[12]
Le nom bas-latin médiéval était Desingiacum. Il a évolué au fil des siècles sous diverses formes : Desingie et in potestate Desingiaci (1166), Desingiaco (1170), Disingieu (1219), Dissingie (1247), Dinsingie, Disingie et Disingier (1249), puis Disengier, Desingier et Desingiez[12]. L’orthographe actuelle Desingy ne s'impose qu’à partir du début du XVIIIe siècle[11].
En patois local, le nom se prononce Dzinjhy[11].
En francoprovençal, le nom de la commune s'écrit Dzinzhi (graphie de Conflans) ou Desingi (ORB)[13].
Histoire
Occupation antique
Le territoire de Desingy présente des traces d’occupation humaine remontant à l’Antiquité, attestant que le site a été intégré au réseau de circulation et de peuplement romain de la région. Plusieurs indices matériels, toponymiques et archéologiques suggèrent une présence romaine durable, sans qu’il soit possible de préciser entièrement l’ampleur ou la structure exacte de cette occupation.
Indices de la présence romaine
Selon Félix Fenouillet[11], après la conquête romaine, le pays de Desingy dut être fréquemment traversé et rançonné par les troupes romaines, car il se situait sur la voie prétorienne reliant Vienne à Genève, passant par Yenne, Condate (Seyssel), Cologny, Vallières, Étrables et descendant par Champagne sur Frangy. Cette voie avait une fonction militaire et stratégique, reliant les différentes stations et relais dans la vallée.
Le hameau d'Étrable, mentionné dans les anciens titres sous le nom de Stabulum, correspondait probablement à un relais ou station de chevaux sur cette route, similaire à d’autres stations militaires romaines. Fenouillet souligne que de nombreux toponymes voisins ont des origines latines : Vallières (Vallium, retranchement), Champagne (Campania), Cologny et Collonge (Colonia), Planaz (Planacium, plaine), ce qui illustre l’influence romaine dans la toponymie et l’organisation du territoire.
Dans le secteur de Davanod, au-dessus de la route conduisant à Clermont, Fenouillet indique qu’une villa romaine aurait pu être établie, probablement prolongée par le domaine actuel de Davanod. Des fouilles superficielles ont mis au jour, à un ou deux mètres de profondeur, divers objets de la période gallo-romaine, notamment des poteries en terre noire. En 1890, un poids en terre cuite polygonal portant la marque du fabricant a été trouvé sur ce site et déposé au musée d’Annecy, attestant d’activités économiques et artisanales anciennes[14].
Au chef-lieu du village, l’église paroissiale conserve également des vestiges romains réutilisés dans sa construction. Lors de travaux de rénovation en 1972, une pierre provenant d’un autel gallo-romain a été découverte, encastrée dans la maçonnerie qui supportait l'autel primitif de l’église du XIIᵉ siècle. Cette pierre a été replacée dans la chapelle de Vars de l’église (croisillon nord), constituant ainsi un indice tangible d’une occupation ou d’un usage du site antérieur à l’édifice roman[15]. Selon certains auteurs, le fait que le patron de la paroisse soit saint Lauren, martyrisé à Rome en 254, pourrait également suggérer que l’église primitive est très ancienne, car les nouvelles églises ou paroisses avaient tendance à choisir comme patron des saints récemment martyrisés, dont le souvenir était encore vif[16].
Ces observations montrent que le territoire de Desingy n’était pas isolé : il faisait partie d’un réseau de circulation, d’habitat et d’exploitation agricole romain, avec des villas, des relais et des installations artisanales dispersées sur les collines et vallons environnants.
Moyen Âge
Première mention
La premièreattestation écrite de Desingy apparaît en 1166, sous la forme latine in potestate Desingiaci, conservée dans le Régeste genevois et citée par Félix Fenouillet. Cette mention montre que le village était déjà structuré et soumis à une autorité, seigneuriale ou ecclésiastique, et intégré aux réseaux administratifs du diocèse et du comté de Genève.
Au XIIᵉ siècle, Desingy et ses hameaux périphériques, forment une unité fonctionnelle reconnue, héritière probable des structures et circulations établies dès l’époque romaine. Le village était impliqué dans la perception des droits, la gestion des terres et la résolution des litiges, attestant d’une organisation locale déjà cohérente.
Le traité de Desingy (1219)
Le (6 des ides d'octobre), une décision arbitrale, connue sous le nom de traité de Desingy, est signée à Desingy (apud Disingieu in domo capellani) sous l’arbitrage de Jean de Bernin archevêque de Vienne, accompagné d'un grand nombre de personnages, de l'évêque de Genève, Aymon de Granson, et du comte de Genève, Guillaume II, qui avaient soumis leurs querelles et contestations à son jugement[17].
L’arbitrage prévoit notamment :
- La reconnaissance des droits de ban, de justice et des péages déjà attribués à l’évêque ou au comte dans des actes antérieurs (Seyssel 1124, Saint-Sigismond 1156, Aix 1184, Saint-Pierre 1188).
- L’octroi aux quatre officiers du comte (sénéchal, maréchal, panetier et échanson) des mêmes privilèges que les officiers de l’évêque.
- La remise à la décision des archevêques de Vienne de tout litige concernant le mur de la maison du comte et le système des otages permanents mis en place pour garantir la paix.
- L’engagement de Guillaume de Genève à maintenir la paix sous serment, avec un système de cautions et d’otages pour garantir le paiement de 12 000 sous en cas de violation.
L'acte précise également que :
- L'évêque reçoit Guillaume comme homme-lige et prend le château de Genève sous sa protection.
- Guillaume reconnaît l’évêque comme son seigneur et protège la forteresse élevée sur l’île.
- Les deux parties jurent de maintenir la paix et de remettre à l’oubli toutes offenses passées.
Parmi les témoins figurent : l’abbé d’Entremont, le prieur de Saint-Victor, Raimond prévôt de Genève, Gérold doyen de Sallanches, Louis et Aymon de Grésy, Hugues de Sallenove, Belin clerc, et plusieurs autres ecclésiastiques et nobles[17].
Ce traité montre que Desingy jouait un rôle important comme lieu de négociation neutre entre les pouvoirs spirituels et temporels, et illustre la complexité des relations entre le comte de Genève et l’évêque à cette époque.
Dans les sources des XIIIe – XIVe siècles
Après 1219, les mentions de Desingy se multiplient dans les documents du chapitre et de l’évêché de Genève, conservés notamment dans le Régeste genevois.
Ces sources montrent que Desingy était impliqué :
- dans des accords juridiques entre pouvoirs ecclésiastiques et seigneuriaux,
- dans la gestion des revenus paroissiaux,
- dans des litiges concernant les droits de justice et de juridiction.
En 1293, une reconnaissance de dette signée à Desingy par Perronet, métral du lieu, atteste l’existence d’une administration locale chargée de percevoir les revenus au nom du chapitre de Genève. L'acte est scellé par Jean de Desingy notaire, clerc délégué de l'official[18].
En 1295, un accord entre l’évêque de Genève et le comte de Genevois confirme que le chapitre cathédral possède droits et juridiction sur Desingy, à l’exception des hommes relevant directement du comte. Ces documents illustrent la complexité du régime féodal local, caractéristique des territoires situés entre Genevois et Savoie[19].
D’autres notices des XIIIe et XIVe siècles évoquent dommages, sentences arbitrales ou arrangements, témoignant de la vie politique et économique locale et des tensions qui traversaient la région.
Organisation seigneuriale et châteaux
Une pluralité de pôles seigneuriaux
Contrairement à l’image d’un village dominé par un seul château, Desingy se distingue par la multiplicité de ses centres seigneuriaux dès le Moyen Âge. Comme le souligne Fenouillet, chaque hameau important possédait autrefois son seigneur, son domaine et sa maison forte, ce qui témoigne d’une organisation féodale particulièrement éclatée :
« Chaque village de Desingy eut aussi son seigneur […] possédant un château et un domaine étendu […] ce sont les grandes fermes actuelles : Pelly, Etrables, Planaz, Vannecy, Davanod, Vars, etc. »[20]
Cette situation reflète un modèle fréquent en Genevois savoyard : une seigneurie morcelée, où coexistent droits comtaux, ecclésiastiques et nobiliaires.
Le château de la Tour
Les sires de Desingy et la maison forte primitive
Parmi les plus anciens centres de pouvoir figure le château de la Tour, situé à proximité immédiate de l'église. Fenouillet identifie ce site comme le siège d’une famille seigneuriale locale dès le XIIe siècle :
« Il existait au XIIe siècle, à Desingy même, une famille seigneuriale […] celle qui habitait et probablement avait fait construire le château dit de la Tour. »[20]
Les textes médiévaux mentionnent notamment Robert de Desingy (1247), puis ses fils Robert et Hugues, devenus vassaux du seigneur de Grésy, et plus tard Jean de Desingy, notaire et délégué de l’official de Genève. Cette lignée s’éteint rapidement, illustrant la fragilité de certaines seigneuries locales[20].
Des successions nobiliaires aux Temps modernes
Au XVIIe siècle, la Tour appartient à la famille de la Croix, attestée par un acte notarié de 1620 conservé aux archives de Pelly. Elle passe ensuite à la maison Bayta, anoblie en 1584, devenue Baytaz de Doucy après l’acquisition de terres à Menthonnex.
Ces Baytaz, enrichis et bien introduits dans la noblesse savoyarde, deviennent seigneurs de Desingy, avant que le domaine ne passe successivement :
- au baron Foncet, président du Sénat de Savoie,
- puis à la famille Carrelly de Bassy,
- enfin au comte Joseph de Regard de Vars, au début du XIXe siècle[20].
Le château de la Tour demeure ainsi, sur la longue durée, un marqueur essentiel de la continuité seigneuriale, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine.
Le château de Pelly
Une des plus anciennes lignées nobles du Genevois
La famille de Pelly constitue la lignée seigneuriale la plus durable et la plus structurante de Desingy. Fenouillet souligne son ancienneté exceptionnelle :
« La famille de Pelly […] est une des plus anciennes de la noblesse savoyarde. Comme toutes les familles nobles primitives, elle n’a jamais eu d’autre nom que celui de sa terre. »[20]
Les Pelly sont attestés dès le XIIIᵉ siècle, avec Pierre de Pelly, chevalier mentionné en 1252. Leur véritable autorité se consolide en 1378, lorsque la comtesse Mathilde de Boulogne leur accorde officiellement la haute, moyenne et basse justice sur une large partie de la paroisse de Desingy.
Cet acte d'inféodation, conservé aux archives du château de Pelly, fixe précisément l’étendue de leur juridiction sur les villages de Pelly, Vencières, Vallières et le Châtetard.
Un centre seigneurial majeur
Le château de Pelly, flanqué de cinq tours rondes, demeure l’un des plus beaux exemples d’architecture féodale locale. Il concentre :
- les fonctions résidentielles,
- l’exercice de la justice seigneuriale,
- la perception des redevances en nature (blé, vin, volailles),
- et l’encadrement des populations rurales.
Les Pelly conservent leurs droits pendant près de cinq siècles, jusqu’à l’extinction de la lignée au XIXe siècle. Plusieurs de leurs membres servent dans les armées des ducs de Savoie, notamment Jacques de Pelly, distingué en 1525 dans les guerres contre les Turcs et autorisé à ajouter l’aigle autrichien à ses armoiries[20].
La paroisse et l’église
La paroisse de Desingy est attestée dès le XIIe siècle et dépend longtemps du diocèse de Genève. L'église paroissiale, principalement romane, constitue un élément structurant de la vie communautaire.
Fenouillet souligne que l’édifice témoigne de l’ancienneté du peuplement et du rôle religieux de la commune. Le chapitre cathédral de Genève y perçoit dîmes et revenus, ce qui explique la fréquence des mentions de Desingy dans les archives ecclésiastiques médiévales.
Durant tout l'Ancien Régime, la paroisse joue un rôle central non seulement religieux, mais aussi social, servant de cadre à l’organisation de la communauté villageoise.
Renaissance
Au XVIe siècle, Desingy reste un village rural, mais la structure seigneuriale évolue. Le chapitre cathédral de Genève, qui exerçait depuis le Moyen Âge une autorité temporelle sur la commune, se trouve dans une situation financière et politique fragile, surtout après la Réforme qui a contraint les chanoines à se réfugier à Annecy. Pour subsister, ils décident de vendre leurs droits seigneuriaux sur Desingy.
Acquisition par la famille Regard
En 1565, Gallois et Janus Regard, membres d’une famille originaire de Romagne (Italie) et installée à Clermont, en Genevois, achètent pour eux et leurs neveux tous les droits du chapitre sur les hommes et les terres de Desingy. L’acte est passé devant le notaire Longi et le chapitre reçoit 400 livres tournois pour cette transaction. Les droits acquis portent sur 179 familles, toutes mentionnées dans l’acte. À partir de ce moment, le chapitre de Genève perd toute autorité temporelle sur Desingy, mais conserve ses droits spirituels, notamment le patronage de la cure et la perception des dîmes, jusqu’à la Révolution française.
Gallois de Regard (1512‑1582) était chanoine à Genève, prieur de Saint-Victor et de Saint-Jean de Genève, camérier du pape Paul IV et évêque de Bagnorea (Bagnoregio), en Italie[21], tandis que Janus Regard était prévôt du chapitre et prieur du couvent de Lovagny. Leur acquisition marque le début de la domination de la famille Regard sur Desingy, renforcée par la suite par l’achat des droits du duc de Genevois.
Acquisition des droits du duc de Genevois
En 1569, quatre ans après l’achat des droits du chapitre, les mêmes Regard se font céder par Jacques de Savoie, duc de Genevois et de Nemours, tous les droits seigneuriaux du duc sur la moitié environ des hommes et terres de Desingy. Cette transaction, réglée pour 400 écus versés à Louis Sertiny, receveur du duc, permet aux Regard de devenir seigneurs de Desingy tout entier. L’acte, passé à Saint-Maur-les-Fossés près de Paris, précise également les confins exacts de la paroisse, correspondant aux limites actuelles. Certaines familles, comme les Pelly, Vencières ou Sallenôves, restent sous juridiction propre mais intégrées dans l’organisation locale[22].
Des Temps modernes à la Révolution (XVIe et XVIIIe siècles
Aux XVIᵉ, XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, Desingy suit le destin du pays de Savoie, restant essentiellement rural avec une économie centrée sur l’agriculture, l’élevage et la viticulture.
Les seigneurs locaux, en particulier les Pelly et les détenteurs du château de la Tour, conservent leurs droits et prérogatives jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Les habitants restent soumis aux droits seigneuriaux et ecclésiastiques, mais participent progressivement à des formes de gestion collective, notamment via les assemblées paroissiales.
La Révolution française constitue une rupture décisive. Les biens seigneuriaux sont inventoriés, les droits féodaux supprimés, et l’organisation administrative est entièrement transformée. Desingy est alors intégré dans les nouvelles structures départementales mises en place après 1792, mettant fin à plusieurs siècles d’organisation féodale et seigneuriale.
XIXe siècle et époque contemporaine
Après une période de domination française, la Savoie revient au royaume de Piémont-Sardaigne avant d’être définitivement rattachée à la France en 1860. Cette annexion place Desingy dans le cadre administratif du département de la Haute-Savoie.
Le XIXe siècle est marqué par une lente évolution économique et sociale. L’agriculture demeure dominante, mais les transformations liées à la modernisation des communications et à l’essor des villes voisines modifient progressivement les équilibres traditionnels.
Lorsque Félix Fenouillet rédige sa monographie en 1907, il décrit une commune encore fortement attachée à son passé rural, mais déjà engagée dans les mutations de l’époque contemporaine : évolution des structures foncières, déclin de l’ordre seigneurial, affirmation de la commune comme entité administrative moderne.
Politique et administration
Démographie
L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations de référence des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[23]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2005[24].
En 2023, la commune comptait 764 habitants[Note 3], en évolution de −5,21 % par rapport à 2017 (Haute-Savoie : +6,66 %, France hors Mayotte : +2,36 %).
Économie
Culture locale et patrimoine
Lieux et monuments
- Église Saint-Laurent
L'église est considérée comme l'une des plus vieilles du département (XIIe siècle)[27].
« Elle offre un des spécimens les plus caractéristiques de l'architecture dite romane, telle qu'on la pratiquait à la fin du XIe siècle et au XIIe, époque de transition entre le roman pur et le style ogival ou gothique »[27].
« La forme est celle d'une croix latine exactement orientée. Le chœur, en quart de sphère est légèrement dévié à gauche et percé de trois étroites baies à plein cintre. D'après quelques auteurs, cette déviation serait symbolique : elle représenterait l'inclinaison de la tète de Jésus sur la croix. Quoi qu'il en soit de cette opinion, peut-être imaginée après coup, il est certain que la déviation du chœur a été intentionnelle, car elle se retrouve dans la plupart des églises construites à cette époque »[27].
« Les nervures de la voûte des chapelles ou croisillons sont supportées aux quatre coins par des modillons ou chapiteaux dont six sont sculptés en têtes d'hommes d'une expression étrange.
Les nervures sont en tiers-point et à section trapézoïdale. Le transept est surmonté d'une voûte à plein cintre flanquée de quatre grands arcs doubleaux sans aucun ornement ; elle est supportée par quatre pilastres carrés ornés seulement d'une demi-corniche aujourd'hui toute ébréchée. »[27]
« Le croisillon méridional est appelé la chapelle de Pelly, et c'est la famille de ce nom qui y faisait, à ses frais, les réparations nécessaires. Sur la clef de voûte est sculpté l'écusson de Pelly. Il n'y a point actuellement d'autel, mais il y en avait un autrefois.
Le croisillon nord a conservé le nom de chapelle de Vars. Il était censément la propriété des Regard de Clermont de Vars, en leur qualité de possesseurs du château de la Tour au XIXe siècle ; au XVIIIe, c'était la famille Baytaz de Doucy, propriétaire de cette même Tour et s'intitulant seigneurs de Desingy, à qui était dévolue la possession de ladite chapelle. »[27]
« II y avait une autre chapelle latérale, en arrière du croisillon nord, sous le vocable de sainte Catherine : elle était du patronage de la famille de Varax, de Planaz, qui en présentait les recteurs à la nomination de l'évêque. Cette chapelle est démolie, mais on voit encore un rang de ses dalles dans le mur nord de l'église, en face de la porte de la cure, et l'on distingue au-dessus, malgré le badigeon, la voûte supérieure pratiquée autrefois dans le mur pour faire communiquer cette chapelle avec l'intérieur de l'église. »[27]
« Le clocher, situé au-dessus du transept dont il occupe toute la largeur, a d'élégantes fenêtres géminées aux arcatures étroites séparées par des colonnettes dont les chapiteaux à crochet sont d'un beau travail. Deux seulement de ces charmantes fenêtres subsistent ; les autres ont été remplacées par des baies communes sans ornement. »[27]
« La famille de Pelly jouissait du privilège d'avoir son tombeau au-devant du maître-autel. »[27]
Personnalités liées à la commune
Héraldique
| Blason | ||
|---|---|---|
| Détails | Le premier est aux armes du Genevois. Le parchemin rappelle les traités signés à Desingy en 1168 et 1219, et où le calice est attribut de saint Laurent, patron de la paroisse locale. Enfin, les 18 tours sont pour les 18 châteaux qui ont existé sur le territoire de la commune. Le statut officiel du blason reste à déterminer. |
Voir aussi
Bibliographie
- Henri Baud, Jean-Yves Mariotte, Jean-Bernard Challamel, Alain Guerrier, Histoire des communes savoyardes. Le Genevois et Lac d'Annecy (Tome III), Roanne, Éditions Horvath, , 422 p. (ISBN 2-7171-0200-0), p. 531-532, « Le canton de Seyssel », p.560-563, « Desingy ».
- Félix Fenouillet (1842-1924)
- Monographie de la commune de Desingy (Haute-Savoie), Chambéry, Imprimerie Vve Ménard (réimpr. 1907) (1re éd. 1898), 159 p..
- Le Château et la famille de Pelly à Desingy (Haute-Savoie), étude historique, Abry, , 36 p..
Articles connexes
Liens externes
- Ressources relatives à la géographie :
- Ressource relative à la musique :
- « Climadiag Commune : diagnostiquez les enjeux climatiques de votre collectivité. », sur Météo-France, (consulté le ). Site élaboré à partir des données de projections climatiques de référence DRIAS-2020. Entrer le nom de la commune pour afficher une liste d’indicateurs climatiques caractérisant la commune aux horizons 2030, 2050 et 2100 et pouvoir ainsi s'adapter aux changements climatiques.
