Diabolisation

procédé visant à donner un caractère négatif à une idée, un groupe ou à un individu From Wikipedia, the free encyclopedia

La diabolisation, ou la déshumanisation[1], est un procédé visant à associer un groupe ou un adversaire en agresseur menaçant et maléfique avec des objectifs destructeurs[2].

Symboles associés au diable dans une caricature du XVIIIe siècle.
"Ne vous méprenez pas… cela dépend de vous. Arrêtez-le !" Ce poster de propagande américain de la Seconde guerre mondiale travestit le chef d'État ennemi en assassin pris de frénésie en bas de la rue, prêt à larder de coups de poignard à croix gammée le passant interpellé.

La diabolisation est la technique de propagande la plus ancienne visant à inspirer la haine, nécessaire pour le blesser plus facilement, pour préserver et mobiliser les alliés, et démoraliser l'ennemi[3].

Il peut s’agir également d’un conflit entre un groupe considéré comme « dominant », garant d’un conformisme, et un groupe « déviant » à ce conformisme. La diabolisation peut être indistinctement le fait de l’une ou des deux parties. À la longue ces parties tendent à accentuer cette polarisation et à se définir par leur opposition : « nous sommes tout le contraire de ce qu’ils sont, c’est-à-dire que nous représentons le bien car eux représentent le mal ». La diabolisation peut être intentionnelle ou résulter de processus sociaux comme les effets de groupe. Quand la diabolisation est organisée volontairement, dans un but de désinformation, on parle de campagne de diabolisation.

Histoire

La diabolisation de l'ennemi a été régulièrement menée tout au long de l'histoire. Thucydide a enregistré des exemples de diabolisation ennemie dans la Grèce antique[4].

En 1486, les inquisiteurs Jacques Sprenger et Henri Institoris font paraître à Strasbourg le Malleus maleficarum (le Marteau des sorcières). C’est un véritable changement de perspective de l’Église : alors que jusque-là les sorcières étaient pourchassées pour hérésie et que l’Église voyait leurs pratiques comme de simples superstitions sans fondements, elles seront maintenant considérées comme des possédées et une incarnation du démon. Cela a lieu deux ans après la bulle Summis desiderantes affectibus du pape Innocent VIII appelant à intensifier la lutte contre la « sorcellerie ». On peut y voir une volonté de légitimation de la chasse aux sorcières. Quoi qu’il en soit, le mot « diabolisation » évoque « l’invocation d’un rapport avec le diable »[5].

La diabolisation peut être beaucoup plus facile à mener si l'ennemi est personnalisé en un seul homme, comme l'a été Guillaume II par les médias populaires russes pendant la Première Guerre mondiale[6].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des documentaires de propagande diabolisant l'ennemi ont été préparés par le département d'État américain et d'autres institutions étatiques des États-Unis et distribués, après avoir été approuvés[7].

Critères de base

Jules Boykoff a défini quatre critères de diabolisation de l'ennemi[8] :

  1. Les médias et l'État utilisent des cadres pour dépeindre la nature inhérente du soi-disant ennemi, principalement en termes moraux,
  2. Le personnage de l'adversaire est dépeint de manière manichéenne, comme le bien contre le mal,
  3. L'État est à l'origine d'une telle représentation démonologique,
  4. Il n'y a pas de demande reconventionnelle significative de la part de l'État.

Conséquences

La stratégie de diabolisation de l'ennemi conduit inévitablement à un cercle vicieux d'atrocités, qui a été élaboré par de nombreux auteurs, dont Carl von Clausewitz[9]. La diabolisation de l'ennemi rend la solution diplomatique impossible et conduit inévitablement à la guerre ou à la détérioration des relations[10]. Le fait de dépeindre l'ennemi comme particulièrement pervers inspire des sentiments qui facilitent les tueries[11].

La représentation de son ennemi comme démoniaque a souvent conduit à traiter l'ensemble de la population ou de l'appareil politique associé au groupe ou au chef ennemi comme tout aussi démoniaque. Cela se traduit aussi souvent par une tendance à réduire les motivations plus complexes d'un ennemi à une simple promotion du mal pur[12].

Mao Zedong a estimé que la diabolisation de soi par l'ennemi était une bonne chose. Il a déclaré : « C'est encore mieux si l'ennemi nous attaque sauvagement et nous dépeint comme complètement noir et sans une seule vertu ; cela démontre que nous avons non seulement tracé une ligne de démarcation claire entre l'ennemi et nous-mêmes, mais que nous avons accompli beaucoup de choses lors de notre travail[13]. »

Une dialectique ambiguë

Les personnes utilisant le terme diabolisation déclarent souvent s’en estimer victimes ou défendre des personnes qui ont été tellement discréditées par ces pratiques qu’elles ne peuvent plus le faire elle-même. Pourtant, se prétendre diabolisé peut être également un moyen de faire passer des accusations légitimes pour une tentative de déstabilisation issue de cette hypothétique diabolisation. Encore une fois la forte polarisation du couple « diabolisant » / « diabolisé » tend à biaiser les discours des deux parties, ce que certains utilisent à leur avantage.

C’est ainsi que l’on voit souvent deux groupes ayant des projets de société distincts, bien que non nécessairement très différents, se diaboliser mutuellement ou se renvoyer des accusations de diabolisation[14].

Quelques exemples célèbres

Références

Voir aussi

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