Dictionaire critique de la langue française
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Le Dictionaire critique de la langue française[note 1] (couramment nommé Dictionaire critique de Féraud, Dictionaire critique de l'abbé Féraud ou DC[note 2]) est un dictionnaire de français rédigé par l'abbé Jean-François Féraud et paru en 1787.
Sa portée et les opinions variées et souvent novatrices de son auteur en font une source précieuse, à tout le moins pour les étudiants de la langue et de la culture françaises de la fin du XVIIIe siècle et pour les historiens de la lexicographie et de l'orthographe[2].
Histoire
Le DC paraît en 1787 à Marseille, chez Jean Mossy et fils. C'est le dernier ouvrage publié par Féraud. L'auteur est déjà notamment connu pour un petit Dictionnaire grammatical publié en 1761 à Avignon (autre ville du Midi de la France), qui est un dictionnaire des difficultés de la langue française[3].
Après la parution du DC, Féraud prépare un Suplément du Dictionaire critique de la langue française[note 3]. Resté à l'état de manuscrit, il est perdu, puis retrouvé en 1964 à Paris[3]. Il présente le texte du DC enrichi et approfondi par nombre d'ultérieures citations littéraires[4].
Le DC est republié en 1994 par Niemeyer à Tübingen (Allemagne)[5].
C'est notamment à partir des informations sur la phonétique tirées du DC qu'un chercheur de l'université de Montréal documente son enquête sur la phonologie du français post-classique[6].
En 2006, un projet de marquage Extensible Markup Language (XML) du dictionnaire est initié[7].
Contenu
Originalités

L'approche lexicographique de Féraud est avant tout conditionnée par le fait qu'il est jésuite : il doit beaucoup au Dictionnaire de Trévoux pour ses sources et adopte également une approche pédagogique, souhaitant rendre son dictionnaire utile aux jeunes et aux étrangers[2].
Le DC comporte, à l'actif de Féraud, deux grandes originalités par rapport à la tradition lexicographique française[6] :
- d'une part, le projet de faire un dictionnaire exclusivement de langue, portatif, à la fois compilatoire et critique, consciencieusement mis à jour ;
- d'autre part, la généralisation de remarques sur la phonétique, nettement distinguées des autres informations par des crochets.
Cependant, il présente une structuration encore hésitante[6].
Prescriptions
Féraud cite le « bon » et les « mauvais » usages dans une perspective normative assez souple. Il recourt à l'astérisque pour signaler les mots ou tournures irrecevables dans le bon usage[6]. Pour Féraud, le bon usage est celui qui convient à la situation de communication ou au genre visés, d'où la vision stratifiée qu'il décrit avec une finesse qu'aucun répertoire antérieur n'avait même recherchée[8].
Qualité
En 1996, des chercheurs des universités de Montréal et de Limoges notent que « Féraud vérifie la permanence de l'usage avant de recopier aveuglément un devancier, lui conférant sur ses contemporains en lexicographie un réel avantage. On est loin en son temps d'avoir le sens de l'évolution de la langue aussi averti et on trouve rarement un dictionnaire qui vérifie aussi soigneusement les répertoires antérieurs avant d'en reproduire la teneur[6]. »
Lors de sa parution en 1787, le dictionnaire est l'objet de critiques dans les journaux. Les chercheurs sus-mentionnés constatent que ces dernières « révèlent davantage la division du monde grammatical contemporain que de réelles carences[6] ».