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Discours à la jeunesse allemande

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Discours à la jeunesse allemande
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Le discours à la jeunesse allemande, prononcé par le président de la République française, Charles de Gaulle, dans la cour du château de Louisbourg le , est considéré comme une étape majeure sur la voie du traité de l'Élysée, signé en , et plus largement de la réconciliation franco-allemande[1],[2],[3].

Contexte historique du lieu du discours

Adenauer et de Gaulle dans la cathédrale de Reims en juillet 1962
Visite d'État du général de Gaulle à Bonn en septembre 1962

Après la Seconde Guerre mondiale, la réconciliation entre la France et l'Allemagne, autrefois ennemis acharnés, semblait initialement presque impossible. Les relations entre les deux voisins paraissaient irrémédiablement rompues. Cependant, l'ambition de la France d'après-guerre de s'affirmer comme grande puissance internationale et d'affaiblir l'Allemagne pour assurer sa sécurité n'était plus politiquement réalisable après l'escalade de la guerre froide dès 1947. À partir de 1948, les États-Unis considéraient l'Allemagne de l'Ouest comme une zone de sécurité stratégique contre le communisme qu'il convenait de renforcer. Dans ce contexte, l'intégration de l'Allemagne au sein d'une alliance européenne menée par la France s'avéra cruciale pour cette dernière : l'Allemagne devait ainsi être maintenue sous contrôle dans le cadre d'un partenariat étroit face à la politique hégémonique américaine[4].

L'Institut franco-allemand a été fondé à Louisbourg en 1948[5],[6]. Le Conseil de l'Europe a été fondé en 1949. En 1950, nait l'idée d'une Communauté européenne de défense. Toujours en 1950, les villes de Montbéliard et de Louisbourg ont signé leur premier accord de jumelage[7]. Le plan Schuman a été présenté en 1950. Ce plan a conduit à la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier en 1951 et s'est ainsi révélé un fondement important du processus d'intégration européenne.

Cependant, les relations entre les deux pays et leurs dirigeants politiques demeuraient tendues. Le Chancelier fédéral ouest-allemand, Konrad Adenauer, avait d'abord décliné l'invitation du Président de la République française, Charles de Gaulle. Peu après, il accepta de se rendre au domicile privé de ce dernier à Colombey-les-Deux-Églises. Adenauer a été le seul chef de gouvernement étranger à recevoir cet honneur[3].

Face au rejet du Plan Fouchet, qui proposait une intégration européenne plus proche des vues de gaullistes, en , de Gaulle souhait accélérer la coopération bilatérale avec l'Allemagne de l'Ouest. En outre, le règlement proche de la question algérienne laissait plus de marge de manœuvre à la France en matière de politique étrangère. Enfin, le Président français craignait que les successeurs d'Adenauer, déjà âgé, se tournent davantage vers les États-Unis et cherchait donc à associer les populations des deux États au rapprochement franco-allemand[8].

En , Adenauer se rend en France pour sa première visite d'État officielle. Durant sept jours, il est reçu avec les honneurs d'un chef d'État alors qu'il est chef du gouvernement et assiste à un défilé militaire commun à Mourmelon. En réponse à une question directe de de Gaulle, Adenauer se dit prêt à faire progresser la coopération uniquement à deux[9]. Le point culminant de son voyage a été la messe célébrée dans la cathédrale de Reims. Cette messe, dans une cathédrale détruite pendant la Première Guerre mondiale, était considérée comme un symbole de réconciliation entre les anciens ennemis, l'Allemagne et la France[3].

Deux mois plus tard, du 4 au , de Gaulle a effectué une nouvelle visite en Allemagne. Il avait été convenu que les deux visites s'effectuent à dates rapprochées[9]. À rebours de la pratique diplomatique de l'époque, il souhaite nouer un contact aussi direct que possible avec la population allemande en générale, mais également avec des publics particuliers. Ainsi il prononce douze discours, dont la moitié en allemand (appris par cœur), une langue qu'il avait appris dans sa jeunesse mais de pratiquait plus[10]. Il a visité Bonn, alors siège des institutions de l'Allemagne de l'Ouest, et longe le Rhin jusqu'à Cologne et Düsseldorf, puis Hambourg et Stuttgart. À Hambourg, il a souhaité s'adresser aux officiers allemands à l'Académie militaire et à Duisbourg aux ouvriers allemands (des usines Thyssen), ce qu'aucun chef d'État en visite à l'étranger n'avait fait jusqu'alors[10]. Si c'est de Gaulle qui avait conçu sa visite, recevant généralement l'assentiment de la Chancellerie fédérale, ce fut en revanche cette dernière qui lui proposa l'organisation d'un discours ayant pour public cible la jeunesse allemande, ce qu'il accepta immédiatement[11].

Le dernier jour de sa visite, le Général de Gaulle, après avoir visité les troupes françaises stationnées à Stuttgart, a été reçu à la Villa Reitzenstein où il a été accueilli par le ministre-président du Bade-Wurtemberg, et futur chancelier fédéral, Kurt Georg Kiesinger. Il est ensuite partit pour Louisbourg dans l'après-midi pour y clore sa visite, et a pris une demi-heure de retard en raison de la foule massée sur les routes à Stuttgart[12].

À 17 h 30, le président fédéral Heinrich Lübke et le chancelier fédéral Adenauer ont accueilli Charles de Gaulle dans la cour du château de Louisbourg. Le service de sécurité est débordé face à l'affluence[6]. Après un bref discours d'introduction du président Lübke, de Gaulle monte à la tribune sous les acclamations des quelque 20 000 spectateurs. Après le discours, le ministre-président Kiesinger prononce quelques mots de conclusion[13]. Le public dans la cour du château de Louisbourg était principalement composé de jeunes de la première génération d'après-guerre, parmi lesquels le futur président fédéral Horst Köhler[14],[15].

En , Napoléon Bonaparte et le duc Frédéric II de Wurtemberg conclurent une alliance entre le Wurtemberg et la France au château de Louisbourg, résidence d'été du duc[16].

Contenu

De Gaulle prononce son discours de près de 14 minutes intégralement en allemand (appris par cœur)[1]. Ce discours anticipait certains éléments du traité de l'Élysée : une politique commune d'éducation et de jeunesse, ainsi qu'une coopération en matière de politique étrangère et de défense. De Gaulle souligne que les jeunes eux-mêmes devraient donner vie au cadre institutionnel[17],[18].

De Gaulle, s'exprimant dans un allemand littéraire[1], ne prononça pas de parole culpabilisante, allant même jusqu'à qualifier les Allemands de « großes Volk » (« grand peuple »). Bien qu'ils aient commis de graves fautes au cours de leur histoire, ils avaient également apporté au monde des contributions intellectuelles, scientifiques, artistiques et philosophiques majeures. Dans l'une des phrases les plus saillantes du discours, le Général de Gaulle, après avoir d'abord félicité son auditoire d'être jeune, déclare : « Ich beglückwünsche Sie ferner, junge Deutsche zu sein, das heißt Kinder eines großen Volkes. Jawohl! Eines großen Volkes … » (« Je vous félicite, ensuite, d’être de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un grand peuple. Oui ! D’un grand peuple … »)[6],[19],[20],[18].

Son discours n'était pas un regard rétrospectif, mais plutôt une vision d'un avenir franco-allemand fondé sur l'amitié. L'Allemagne et la France se trouvaient dans un monde divisé en deux camps par la guerre froide. Les deux pays se tenaient du même côté. Les deux nations devaient rester fidèles à leurs idéaux. La solidarité, désormais tout à fait naturelle, entre les deux États devait être structurée par le système politique[21].

Postérité

Voir également

Références

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