L'encyclique se présente comme un exposé doctrinal sur l'origine du pouvoir civil et les obligations qui en découlent pour les catholiques. Elle rappelle au préalable l'impérieuse nécessité, pour « toute association, tout groupe d'hommes », d'avoir des chefs, mais qu'un courant d'idées nouvelles vise à limiter la portée de leurs actions[4].
Si le souverain pontife n'interdit pas aux peuples telle ou telle forme politique qui s'adaptera le mieux « ou à leur génie propre, ou à leurs traditions et à leurs coutumes », y compris la démocratie, en revanche il rappelle l'erreur païenne où un chef ou un empereur s'attribue une autorité divine et revendique les honneurs divins, s'appuyant notamment sur trois sources :
- l'écriture sainte, et notamment une réponse de Jésus-Christ à Ponce-Pilate durant le procès précédant sa Passion : « Tu n'aurais sur moi aucune puissance si celle que tu possèdes ne t'avait été donnée d'en haut » ;
- les recommandations de Pères de l'Église ;
- le témoignage des premiers chrétiens, qui, persécutés par l'autorité impériale romaine, préféraient témoigner de leur foi au prix de leur vie plutôt que de l'abjurer mais n'entraient pas en sédition vis-à-vis du pouvoir.
Le pape émet ce postulat :
Les hommes ne constituent pas une race sauvage et solitaire ; c'est qu'avant toute résolution de leur volonté, leur condition naturelle est de vivre en société.
Il inscrit cependant tout pouvoir comme venant de Dieu :
Le pouvoir n'aura cet éclat et cette solidité qu'autant que Dieu apparaîtra comme la source auguste et sacrée d'où il émane.
Il termine la démonstration par un appel au respect de l'autorité et des souverains, et même plus précisément l'obéissance qui leur est due (et sachant que la rétribution des gouvernants sera individuelle et à la hauteur de l'administration qu'ils auront menée) :
Résister au pouvoir de l'État, c'est s'opposer à la volonté divine, que refuser l'honneur aux souverains, c'est le refuser à Dieu.
Toutefois, une raison valable de désobéissance est reconnue dans le cas où des mesures enfreindraient la loi naturelle ou la volonté de Dieu. Pour illustrer ce dernier argument, le pape s'appuie sur des exemples des premiers chrétiens, qui « jamais [ne faillirent] au devoir d'obéissance et de respect, fût-ce au prix de leur vie » :
Le propre du soldat chrétien était d'allier la plus grande vaillance au respect le plus absolu de la discipline, de joindre à l'élévation des sentiments une inviolable fidélité envers le prince. Que s'il recevait un ordre immoral, comme de fouler aux pieds la loi de Dieu ou de tourner son épée contre d'innocents adorateurs de Jésus-Christ, alors seulement il refusait d'obéir ; mais alors aussi il préférait déposer les armes et subir la mort pour sa religion plutôt que de donner à sa résistance le caractère d'une sédition ou d'une attaque à l'autorité publique.
Le texte dénonce alors les influences et effets de la réforme, puis du socialisme et du nihilisme. Dans la lignée de plusieurs de ses prédécesseurs, Léon XIII en appelle enfin aux souverains, et au rôle protecteur qu'ils doivent mener avec l'Église, ainsi qu'aux évêques, s'appuyant de nouveau sur saint Augustin :
Elle [l'Église] dit aux rois de se dévouer aux peuples, elle dit aux peuples de se soumettre aux rois, montrant ainsi que tous les hommes n'ont pas tous les droits, mais que la charité est due à tous et l'injustice à personne.