Djaafar Khemdoudi
résistant français et algérien de la Seconde Guerre mondiale
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Djaafar Khemdoudi (en arabe : جَعْفَر خَمْدُودِي) ou Jean Djaafar Khemdoudi, né le à Aumale (aujourd'hui Sour El Ghozlane dans la wilaya de Bouira) et mort le à Lyon, est un résistant français d'origine algérienne de la Seconde Guerre mondiale.
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Par son action, il sauve de nombreux réfractaires au STO ainsi que des Juifs de Saint-Fons et Vénissieux.
Déporté au camp de concentration de Neuengamme, à celui de Malchow et enfin à Ravensbrück, il parvient à survivre et à rentrer en France.
Djaafar Khemdoudi s'éteint en 2011 à Lyon.
Biographie
Naissance et jeunesse
Il naît à Sour El-Ghozlane le [1]. Les Khemdoudi sont une famille de la ville, où ils possèdent quelques terres[2] ; l'un d'entre eux, Louakal ben Laggoun Khemdoudi est brigadier dans le 1er régiment de spahis algériens pendant dix-sept ans[3], où il cumule 10 campagnes et reçoit la médaille militaire en 1930[4],[5] avant d'être pensionné comme ancien combattant[6].
En 1931, il est diplômé de l'« École indigène »[7],[8], un type d'écoles coloniales françaises enseignant la langue française et les rudiments de l'éducation française à certains indigènes en Algérie française[9],[10] et en Nouvelle-Calédonie[11].
Son père est tailleur. À ses 17 ans, en 1934, il quitte le domicile familial après une dispute avec son père[12] pour se rendre à Marseille, puis en Moselle, où il trouve un emploi. En 1936, il publie dans L'Écho d'Alger une déclaration en soutien à Jacques Duroux, sénateur socialiste de l'Algérie et propriétaire du journal, qui s'était engagé à soutenir la représentation des indigènes algériens au Parlement[13], il le remercie de ses efforts pour les « musulmans français »[14].
Après une affaire personnelle, il quitte la Moselle pour se rendre à Lyon[12]. Il s'installe au 133 rue Bugeaud, dans le 6e arrondissement de Lyon[15].
Engagement dans la Résistance et déportation
Mobilisé en 1939 à l'âge de 22 ans, il dirige un bataillon de soldats maghrébins grâce à sa maîtrise de la langue française[12].
Après la capitulation de la France, il rejoint la Résistance le [16],[17].
Il est poussé à rejoindre le Service de travail obligatoire allemand en qualité d'interprète par l'Armée Secrète[15], ce qu'il fait avec zèle[15],[18].
Là, il délivre des faux certificats[19] pour les réfractaires ; il aide des Juifs à préparer leur évasion[20] et leur clandestinité et alerte les autres résistants qu'il sait surveillés[12],[21]. Dans ce cadre là, il est en contact avec Georges Durand, surnommé « Doris » ou « Dubreuil », l'un des responsables de Combat et des maquis du Grésivaudan[22], déporté plus tard à Buchenwald, qui cache notamment les jeunes réfractaires dans des fermes[23].

Par ailleurs, il vient en aide aux enfants juifs de Saint-Fons et Vénissieux[21]. Il est probable qu'il se soit coordonné avec Bel Hadj El Maafi, l'un des responsables de la résistance algérienne de Lyon, aussi connu pour être intervenu à Saint-Fons en faveur de la communauté juive[24].
Dénoncé, il est arrêté le [12] à Lyon. Lors de son arrestation, son commerce lyonnais est pillé[15].
Il est incarcéré à la prison Montluc[12],[21],[24] avant d'être déporté au camp de Neuengamme le [1].
Face à l'avancée des troupes soviétiques, il est déplacé au camp de Malchow puis à Ravensbrück, où l'armée soviétique le libère finalement[12].
Vie après la guerre et mort
Il revient en France le [25] mais son passage dans les camps de concentration le rend invalide à 100 pour cent[26]. Il refuse de prendre la parole sur son passage dans la Résistance, préférant conserver cela pour lui sans en parler[20].

Après la guerre, Djaafar Khemdoudi voit son œuvre dans la Résistance être reconnue par les autorités françaises ; ainsi, Georges Durand, surnommé « Doris » dans la Résistance[27], témoigne le qu'il a été infiltré auprès des autorités allemandes sous ordres de la Résistance, que son commerce a été pillé lors de son arrestation, qu'il a obtenu le grade de sous-lieutenant pour ses actions et que « grâce à son incessante activité et son grand patriotisme, un très grand nombre de travailleurs ont été sauvés par l'Armée secrète »[15].

Lors d'une lettre au gouverneur militaire de Lyon, Bel Hadj El Maafi, déclare qu'il[28],[18]:
« a empêché le départ en Allemagne d’un très grand nombre de personnes “nord-africaines”, “européennes” et “israélites" sur ma recommandation et chaque fois que je suis allé le voir, pour n'importe quoi, Monsieur Khemdoudi m'a toujours été dévoué ainsi qu'à tous ses compatriotes. »
Le , le capitaine Pierre Marche-Lacour, résistant, certifie qu'il a bien participé à la Résistance, et qu'il a été déporté pour son activité[17]. Enfin, le , il reçoit son certificat de résistant de la part du lieutenant-colonel Jacques Le Belin de Dionne, résistant[16]. Il est homologué résistant avec la côte GR 16 P 319554[29]. Djaafar Khemdoudi reçoit la Légion d'Honneur, dont il est officier ainsi que la médaille militaire et la médaille de la Résistance[21].
Postérité
Comme d'autres résistants, principalement d'origine étrangère, il est oublié après la guerre[32]. L'auteur Kamel Mouellef contribue à la mémoire de Djaafar Khemdoudi en publiant des ouvrages à son sujet[21],[25]. Une plaque en son honneur est apposée dans son ancienne cellule, dans la prison Montluc[20], mais cela provoque une polémique au sein de l'Association des Résistants de Montluc (ARM), pour qui ses origines algériennes posent problème[33].
En , il figure dans l'exposition « Ces résistants oubliés » à Saint-Chamond[34]. Les Archives Arolsen, spécialisées dans les persécutions nazies et la Shoah, confirment qu'il a sauvé de nombreux Juifs et réfractaires au STO[19],[20].