Dmitri Kourliandski

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Naissance
Nom de naissance
Дмитрий Курляндский
Nationalité
Russe
Formation
Conservatoire Tchaïkovski de Moscou (composition avec Leonid Bobylev)
Dmitri Kourliandski
En .
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Дмитрий Курляндский
Nationalité
Russe
Formation
Conservatoire Tchaïkovski de Moscou (composition avec Leonid Bobylev)
Activité
Autres informations
Maître
Leonid Bobylev ; masterclasses avec Louis Andriessen, Bryan Ferneyhough, Philippe Leroux
Genre artistique
Musique contemporaine, musique instrumentale concrète, opéra, installation sonore
Site web
Distinction
Prix Gaudeamus (2003)
Prix Gianni Bergamo (2010)
Prix Johann Joseph Fux (2011)
Prix Parabola (2016)
Prix Franco Abbiati (2017)
Prix Masque d'or (2021)
Prix Sergueï Kouriokhin (2022)

Dmitri Kourliandski (en russe : Дмитрий Курляндский), né en 1976 à Moscou, est un compositeur russe installé en France depuis 2022. Son œuvre, souvent qualifiée de saturationniste et rattachée à la tradition de la « musique concrète instrumentale » telle que l'a définie Helmut Lachenmann, se construit autour d'un concept qu'il nomme « musique objective » : une musique conçue comme un objet visuel ou une installation spatiale plutôt que comme un discours évolutif dans le temps.

Dmitri Kourliandski étudie d'abord la flûte à Moscou puis à Paris avec Geneviève Amar. Il se tourne vers la composition à l'âge de vingt ans et travaille sous la direction de Leonid Bobylev au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Il suit en parallèle des masterclasses avec Louis Andriessen, Martijn Padding, Bryan Ferneyhough et Philippe Leroux[1].

Carrière en Russie

En 2003, Dmitri Kourliandski devient le premier compositeur russe à remporter le Grand Prix du concours international Gaudeamus aux Pays-Bas[1]. En 2005, il fonde la Tribuna Sovremennoi Muzyki (Tribune de la musique contemporaine), première revue russe consacrée à la musique contemporaine, dont il est rédacteur en chef jusqu'en 2009. Avec d'autres compositeurs, il crée le collectif Structural Resistance (StRes), dont l'objectif est de promouvoir la musique contemporaine et la jeune création en Russie[2]. Il est membre de l'Union des compositeurs de Russie.

En 2008, il est artiste en résidence au Berliner Künstlerprogramm à Berlin, puis compositeur en résidence auprès de l'Ensemble 2e2m à Paris en 2010[3]. Il fonde en 2011 et dirige jusqu'en 2020 l'International Young Composers Academy dans la ville de Tchaïkovski (Russie)[4]. Il est également directeur musical de l'Électrothéâtre Stanislavski à Moscou, avec lequel il crée l'opéra Octavia. Trepanation en 2017 en coproduction avec le Holland Festival[1]. Depuis 2012, il est régulièrement invité à donner des masterclasses et des conférences en Autriche, Italie, Pays-Bas, Ukraine, France, Israël, Espagne, Suisse et Suède[4].

Depuis 2016, il se produit également comme interprète dans le duo de musique électronique KGXXX, avec l'artiste sonore Andreï Gourianov[1].

Exil et installation en France

À la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, Dmitri Kourliandski quitte la Russie et s'installe en France[5]. En 2024, le jury du prix Masque d'or, principale récompense théâtrale russe, lui décerne à nouveau ce prix, qu'il refuse pour des raisons politiques[4]. La même année, l'Ensemble Cairn l'invite comme compositeur associé dans le cadre d'un programme de résidence en lien avec le Conservatoire de Paris[4]. Pour la saison 2025-2026, il est fellow du Wissenschaftskolleg zu Berlin[4].

Œuvre

Esthétique : la musique objective

Depuis 2004, Dmitri Kourliandski désigne sa démarche sous le terme de « musique objective ». Il s'agit d'une conception de la musique comme objet, phénomène visuel ou installation spatiale, en opposition au modèle romantique fondé sur l'évolution du discours dans le temps : « Dans ma musique, il n'y a pas d'évolution, il n'y a pas d'action. [...] J'aime les sculptures cinétiques. J'aime ce qui paraît statique et qui en même temps provoque une multitude de pensées »[6]. Souvent qualifiée de saturationniste, sa musique se place dans la lignée de la conception lachenmanienne de « musique concrète instrumentale » ; il affirme : « le son en tant que tel ne m'intéresse pas ; ce sont les conditions de l'apparition de la sonorité qui m'intéressent »[2]. Il récuse les sonorités instrumentales traditionnelles au profit de sons bruités, et recourt à des logiciels non musicaux — tableurs, traitements de texte — pour composer certaines de ses partitions, en particulier le cycle Cartes de villes inexistantes[7].

Œuvres notables

Parmi les œuvres instrumentales marquantes figurent Negative modulations (2006), dans laquelle on entend des sons de démarrages de voiture, d'horloges et de mécanismes divers, happy mill (2007), centré sur des bruits de mastication et de digestion, et Emergency Survival Guide (2010), concerto pour automobile et orchestre[2]. Le cycle Piano Space, composé de vingt-quatre pièces pour piano générées par ordinateur, et le cycle Cartes de villes inexistantes, composé à l'aide d'un tableur, illustrent son recours à des outils hors du cadre musical conventionnel[4]. En 2025, Partially Restored Landscapes, commande du Quatuor Diotima, est créé aux Wittener Tage für neue Kammermusik[4].

Opéras

Son opéra le plus connu, Octavia. Trepanation (2017), est coécrit et mis en scène par Boris Youkhananov, directeur artistique de l'Électrothéâtre Stanislavski. La création mondiale a lieu le 15 juin 2017 dans le cadre du Holland Festival à l'Muziekgebouw d'Amsterdam, dans le cadre du 70e anniversaire du festival et en première coproduction de cet établissement avec un théâtre russe[8]. L'œuvre, que ses auteurs qualifient d'« opéra-opération », met en dialogue un essai de Léon Trotski sur Lénine et des fragments d'une tragédie attribuée à Sénèque sur l'empereur Néron. La musique, fondée sur l'hymne révolutionnaire Varshavyanka ralenti cent fois, opère une « trépanation » métaphorique du son[9]. La création russe a lieu en octobre 2019 à l'Électrothéâtre Stanislavski dans le cadre du festival Territory. L'opéra Eurydice, sur un livret de Nastya Rodionova et mis en scène par Antoine Gindt, constitue une autre œuvre lyrique récente[10].

Diffusion

Les œuvres de Kourliandski sont jouées dans les principaux festivals de musique contemporaine — Donaueschingen, Ruhrtriennale, Biennale de Venise, Huddersfield, Musica Strasbourg, Wien Modern, Archipel Genève, musikprotokoll — par des formations telles que le SWR Symphonieorchester, le Stockholm New Chamber Orchestra, musicAeterna, l'Ensemble intercontemporain, le Klangforum Wien, l'Ensemble 2e2m, les ensembles Contrechamps, Recherche, Itinéraire, Asko/Schönberg, Elision, Nadar, le Quatuor Diotima et le Moscow Contemporary Music Ensemble[1]. Ses œuvres sont publiées aux éditions Jobert, chez Le Chant du Monde et chez Donemus ; des albums portrait lui ont été consacrés par les labels FANCYMUSIC et Col legno[2].

Distinctions

Dmitri Kourliandski est lauréat du prix Gaudeamus (Pays-Bas, 2003), premier compositeur russe à obtenir cette récompense, du prix Gianni Bergamo (Suisse, 2010), du concours de composition d'opéra Johann Joseph Fux (Autriche, 2011), du prix Parabola de la Fondation Andrey Voznesensky (2016), du prix Franco Abbiati de la critique musicale italienne (2017), du prix d'art de la Ville de Moscou (2020), du Masque d'or (2021) et du prix Sergueï Kouriokhin (2022)[4]. En 2024, il refuse le Masque d'or qui lui est à nouveau décerné pour des raisons politiques liées à la guerre en Ukraine[4].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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