Dominique Zahan

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Décès
(à 76 ans)
Paris (France)
Nationalité
Dominique Zahan
Dominique Zahan en 1985.
Biographie
Naissance
Décès
(à 76 ans)
Paris (France)
Nationalité
Domicile
Formation
Activité
Conjoint
Eva Zahan (1955-1991)
Enfant
Guy Zahan (1962)
Kim Zahan (1960)
Hélène Zahan (1958)
Autres informations
Membre de
Maître
Personne liée
Distinction

Dominique Zahan, né le à Frata (Autriche-Hongrie) et mort le à Paris (France), est un sociologue, africaniste, collectionneur d’art et écrivain français. Il est célèbre pour ses travaux sur les peuples d’Afrique-Occidentale (Bambara, Dogon, Samogo, Bozo, Mossi) et pour l’acquisition de la collection d’objets d’art africain Lebaudy-Griaule[1].

Le Prix Lucien de Reinach lui est décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques de l'Institut de France pour son ouvrage Religion, Spiritualité et Pensée Africaines[2].

Il est titulaire de la Chaire de Sociologie Africaine de la Sorbonne, Membre Honoraire de l’Académie Roumaine, Officier de l’Ordre du Mérite Français d'Outre-Mer et Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques[3].

Enfance et jeunesse (1915-1947)

Dominique Zahan naît le à Frata en Transylvanie[3]. La région est alors sous le contrôle de l’Autriche-Hongrie. À la fin de la Première Guerre Mondiale, le Traité de Trianon, signé le à Versailles, redessine les frontières de l’Europe et la Transylvanie est restituée à la Roumanie[4]. Dominique Zahan apprend le français à l’école et poursuit ses études supérieures en philosophie et théologie à l’Université de Bucarest. Malgré le contexte difficile lié à la Seconde Guerre Mondiale et à la montée en puissance du communisme dans les pays d’Europe de l’Est, il obtient sa Licence ès Lettres en 1942[5]. En 1947, le Parti Communiste soutenu par l’Armée Rouge fait tomber le Royaume et contraint le Roi Michel Ier à abdiquer[6]. Dominique Zahan décide alors de quitter le pays pour s’installer en France et poursuivre ses études en ethnologie à la Sorbonne[5].

Missions ethnologiques en Afrique-Occidentale Française (1947-1958)

Rencontre de son mentor Marcel Griaule (1947-1948)

Après un rapide passage par l’Italie, Dominique Zahan arrive à Paris en 1947 et s’inscrit à la Sorbonne pour préparer un certificat d’ethnologie. Il y fait la rencontre du professeur Marcel Griaule, célèbre ethnologue et africaniste, directeur de la Mission Dakar-Djibouti de à [7]. Ce dernier remarque rapidement l’intérêt de Dominique Zahan pour l’Afrique et lui propose de le rejoindre sur place pour une mission de terrain. Dominique Zahan saisie cette opportunité et se rend à Ségou (Soudan Français, actuel Mali) en pour occuper un poste de sociologue auprès de l’Office du Niger[5].

Missions ethnologiques (1948-1958)

À partir d’, Dominique Zahan est rattaché à l’Office du Niger à Ségou en tant que sociologue puis directeur de l’immigration. Il parcourt la région pendant dix ans pour travailler sur les peuples locaux (Bambara, Dogon, Samogo, Bozo, Mossi). Il effectue plusieurs missions en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), au Soudan Français (actuel Mali) dans le Delta Central Nigérien, en Pays Mossi, en Pays Minianka et en Pays Samogo en compagnie de Solange de Ganay, Germaine Dieterlen et Geneviève Calame-Griaule (fille de Marcel Griaule). Il réunit un matériel ethnologique considérable composé de notes et d’objets. Il rédige des rapports d'enquête d'ordre statistique, sociologique, démographique et ethnologique qui lui permettent de se faire connaître comme spécialiste des problématiques de migration, d'entreprise, d'agriculture et de main-d'œuvre. En 1952, il publie une étude statistique de 400 pages sur l'emploi du temps des colons africains qui a servi à optimiser le taux de peuplement sur les terres irriguées du Delta Central Nigérien[3]. Parallèlement à ses enquêtes destinées à l’Office du Niger, Dominique Zahan prépare un Doctorat d’État sur les sociétés d'initiation sous la direction de Marcel Griaule. Dans le cadre de ce travail, il apprend le Bambara et parvient à être admis comme postulant dans l'une de leurs confréries qu'il tente de décrire de l'intérieur en recueillant les confidences des vieux sages et en assistant aux cérémonies les plus secrètes[8]. Dominique Zahan est naturalisé français le . En 1958, il collabore avec Jean Rouch pour la réalisation du film Moro Naba sur l'intronisation de l'empereur des Mossi[5].

Dissolution de l’Afrique-Occidentale Française (1958)

Le référendum du acte la dissolution de l’Afrique-Occidentale Française. Les territoires membres votent leur transformation en républiques autonomes qui deviendra effective en 1960[9]. Dominique Zahan part dans la précipitation. Son informateur local Tyabi Coulybali est tué, victime des dissensions politiques[10].

Retour en France et activités académiques (1958-1969)

Doctorat à la Sorbonne (1958-1960)

De retour à Paris en fin d’année 1958 quelques mois après la naissance de sa fille, il s’installe dans le même hôtel particulier que Solange de Ganay au 13 rue de Verneuil dans le 7ème Arrondissement de Paris (Hôtel de Bouville, mairie de l’ancien 10ème Arrondissement de Paris[11]) où son épouse vivra jusqu’en 2015. En s'appuyant sur ses dix années de travail en Afrique, Dominique Zahan prépare un Doctorat ès Lettres qu’il présente le à la Sorbonne, sous la direction de Roger Bastide. Sa thèse principale s’intitule Sociétés d’Initiation Bambara : Le N’Domo et le Korè. Il obtient la Mention Très Honorable à l’unanimité du jury[12].

Création du Musée et de l’Institut d’Ethnologie de Strasbourg et acquisition de la collection Lebaudy-Griaule (1960-1969)

En 1960, Dominique Zahan est nommé comme maître de conférences et professeur à l’École Nationale des Langues Orientales Vivantes de la rue de Lille et à la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg[3]. Ses deux fils naissent en 1960 et 1962. En 1962, il fonde le Musée et l’Institut d’Ethnologie de Strasbourg dont il devient le premier directeur et réunit une collection aussi remarquable par la qualité des pièces exposées que par leur valeur vénale[13]. En 1963, il publie sa thèse secondaire La Dialectique du Verbe chez les Bambara[14]. En 1964, il est nommé titulaire de la Chaire d’Ethnologie de l’Université de Strasbourg et fait l’acquisition de la collection d’objets d’art africain Lebaudy-Griaule. La collection Lebaudy-Griaule, du nom de l’industriel Jean Lebaudy (époux de Henriette de Ganay, la sœur de Solange de Ganay) et de Marcel Griaule, est composée d’objets collectés au fil de leurs missions en Afrique. Ces objets proviennent majoritairement de la mission Lebaudy-Griaule menée de 1938 à 1939, connue également sous le nom de mission Niger-Lac Iro. Patronnée par les ministères de l’Air, des Colonies et de l’Instruction Publique, cette mission fut placée sous la responsabilité de Marcel Griaule qui partagea le rôle de chef de mission avec Jean Lebaudy, passionné d’Afrique et mécène de l’expédition[15]. Le , Léopold Sédar Senghor, alors Président de la République du Sénégal, se rend à Strasbourg pour inaugurer l’Exposition d’Art Africain de Dominique Zahan dans les salons de la Société Générale Alsacienne de Banque. Les objets exposés sont issus de la collection Lebaudy-Griaule et de la collection de Dominique Zahan[16]. En 1965, Dominique Zahan publie Réincarnation et Vie Mystique en Afrique Noire[17]. Le , Dominique Zahan inaugure la salle Lebaudy-Griaule au sein du Musée et de l’Institut d’Ethnologie de Strasbourg où la collection est exposée de manière permanente[18]. En partenariat avec l’Association Européenne de Recherches Ethnologiques, Dominique Zahan crée l’Exposition d’Art Nègre où furent présentées de nombreuses pièces du au au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg et du au au Musée de l’Impression sur Étoffes de Mulhouse[19]. En 1969, il publie La Viande et la Graine[20]. La même année, Dominique Zahan quitte Strasbourg après sa nomination à la Sorbonne[5].

Nomination à la Sorbonne et activités internationales (1969-1991)

Chaire de Sociologie Africaine de la Sorbonne (1969-1983)

Avec le soutien de Raymond Aron et de Jacques Rueff, Dominique Zahan est nommé titulaire de la Chaire de Sociologie Africaine de la Sorbonne en . Il succède à Georges Balandier qui avait créé cette chaire en 1962[5]. En 1970, il publie son best-seller Religion, Spiritualité et Pensée Africaines[21]. En 1971, l'ouvrage est couronné du Prix Lucien de Reinach décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques de l'Institut de France[2]. Ce prix biennal est destiné au meilleur ouvrage sur l’outre-mer écrit en français[22]. Il est traduit en anglais aux éditions University of Chicago Press en 1979 (The Religion, Spirituality and Thougth of Traditional Africa), en espagnol aux éditions Ediciones Cristiandad en 1980 (Espiritualidad y Pensamiento Africanos), en roumain aux éditions Editura Dacia et en japonais[5]. Suite au succès de la première édition, une réédition du livre est publiée en 1980[23]. En 1973, Dominique Zahan retourne en mission en Afrique du Sud et au Kalahari[24]. En 1980, il publie Antilopes du Soleil. Arts et Rites d'Afrique Noire[25]. Il prend sa retraite de la Sorbonne en 1983 mais continue à donner des conférences en France et à l’étranger[3].

Activités internationales (1983-1991)

À cette période, Dominique Zahan collabore à des ouvrages collectifs, participe à de nombreux colloques et congrès, et a une intense activité de conférencier en France et à l'étranger : Philadelphie, Kinshasa, Cologne, Dakar, Marseille, Cambridge, Rome, Chambéry, Londres, Venise, Ottawa, New Delhi, Washington, Genève, Montréal, Zurich, Cluj. Il a été particulièrement assidu aux colloques internationaux Eranos à Ascona. Le , il est nommé Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques. En , il est professeur visiteur au Carleton College et à l'Université de l’Iowa[3]. Le , le Régime Communiste Roumain de Nicolae Ceaușescu s’effondre[26]. Grâce à la stabilisation du pays, Dominique Zahan a l’opportunité de s’y rendre en 1990 et 1991 pour y donner plusieurs conférences. Il est à cette occasion nommé Membre Honoraire de l’Académie Roumaine[3].

Décès et postérité (1991-1996)

Atteint d’un cancer de la thyroïde, Dominique Zahan décède le à 9h00 à l’Hôpital Tenon dans le 20ème Arrondissement de Paris alors qu’il revenait d’un séjour aux États-Unis où il donnait une série de conférences[5]. Ses obsèques ont lieu le en l’église Saint-Germain-des-Prés. En 1995, un ouvrage posthume intitulé Le Feu en Afrique composé à partir de divers textes et notes laissés à sa mort est publié[27]. En 1996, un second ouvrage intitulé Mort et Vie lui est dédié, dans lequel un groupe d’amis et de collègues lui rend hommage[28].

Distinctions

Décorations

Autres

Recueils d'hommages

  • Pierre Erny, Viviana Pâques, Georges Livet, Robert Schilling, Anne Stamm, Pierre Vogler, Erika Haddouf, Jeannine Riess, In Memoriam Dominique Zahan, Strasbourg, Université des Sciences Humaines, 1992, 40 p.
  • Pierre Erny, Dominique Zahan, 1915-1992. Les Débuts de l'Ethnologie à l'Université de Strasbourg, Strasbourg, Revue des Sciences Sociales de la France de l'Est, 1993, p.188-191
  • Pierre Erny, Anne Stamm, Marie-Louise Witt, Mort et Vie. Hommages au Professeur Dominique Zahan, Paris, L'Harmattan, 1996, 414 p. (ISBN 2738446329)
  • Chérif Keïta, Ma Rencontre avec l'Anthropologue Dominique Zahan, Grand Spécialiste de nos Cultures Maliennes, Bamako, Le National, 2024, p. 5

Ouvrages

Filmographie

Annexes

Notes et références

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