Drifters (film, 1929)

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Réalisation John Grierson
Pays de production Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Durée 49 minutes
Drifters
Réalisation John Grierson
Pays de production Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre documentaire
Durée 49 minutes
Sortie 1929

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Drifters est un film britannique réalisé par John Grierson, sorti en 1929. Il s'agit d'un documentaire sur la pêche du hareng dans la mer du Nord.

Partie 1

La pêche aux harengs nous est donnée comme une "épopée de vapeur et de fer" ("an epic of steam and steel") dans le premier panneau introduisant le film. Il précise que nous allons voir des pêcheurs passer de leurs vieux villages à un environnement de travail d'industriel moderne ("old-time villages...to the labour of a modern industry"). Des pêcheurs partent de leur village pour rejoindre le port. Les filets sont chargés, ainsi que le charbon. La cheminée du bateau commence à fumer, les amares sont larguées, les bielles commencent à tourner. Les bateaux sortent du port. La côte s'éloigne et le large de la mer du Nord s'annonce ("Out past the headland - to open water and the North Sea"). Panneau "The log-line tells the miles" : "log-line" se traduit par "loch", outil de marin pour mesurer les nœuds que l'on voit dans le plan suivant. Un banc de harengs nous est montré (sans doute à travers un aquarium). Les chalus sont mis à la mer. Plan sur le skipper qui regarde la mer à travers des jumelles "for appearences" (pour les apparences), comme l'indique le panneau précédent le plan, pendant qu'en dessous ("While down below-), des hommes font la cuisine. Fin de la première partie.

Partie 2

S'ouvre sur le banc de harengs. Un panneau nous annonce que les bateaux ont parcouru 40 miles et que des morceaux de mer noire signalent des bancs de poissons (" Forty miles by the log, and dark patches of water mark the shoals below"). Les marins lancent 2 miles de chaluts à la mer jusqu'au soir (panneau). Panneau : "And the mizzen is set for the night" = "et le mât d'artimon est positionné pour la nuit". Les hommes descendent pour souper. Panneau : "While the ship made fast to the end of the line the nets go drifting through the darkness" = "alors que le vaisseau avance vite, les filets dérivent à travers la nuit". Panneau : "Dogfish and conger- destroyers of the deep-gather for the killing" = Roussettes et congres, les destructeurs des profondeurs, se regroupent pour la mise à mort. Plans sur des gros polssons vus sous l'eau. Panneau : "One man keeps the watch" = un homme monte la garde, suivi du plan d'un homme surveillant la chaudière du vaisseau. Plan des harengs pris dans les filets et des prédateurs qui se précipitent pour les manger. Pendant ce temps, les hommes sont filmés en train de dormir. Le jour se lève. On voit la mer et la côte. Un panneau nous annonce que les hommes vont travailler à la remontée des filets ("labour of hauling"). Ils se réveillent, sortent de leur lit, se vêtent pour aller travailler. Fin de la deuxième partie.

Partie 3

S'ouvre sur les hommes sur le pont qui sortent les filets de l'eau à l'aide de machines. Les poissons envahissent le pont. Un panneau nous dit qu'un orage se prépare et que le travail va être plus difficile. Plans sur l'orage qui se prépare alors que les hommes continuent à remonter les filets, secondé par une mécanique qui tire sa force de la vapeur. Une bonde est tirée et les poissons du pont s'engouffrent dans les cales du bateau. Un panneau nous annonce la fin d'un travail de 8 heures ("A eight hours' labour"). C'est le retour au port, comme annoncé dans un panneau, pour arriver au marché qui ouvrira le plus tôt ("the earliest possible market"). Les navires voguent moteurs à fond. Les bondes sont remises en place pour protéger les poissons de l'eau. Les hommes sont en train de manger alors que le navire fend la mer. Fin de la 3ème partie.

Partie 4

Retour sur les navires qui fendent la mer, les hommes et la machinerie, le loch, la fumée de la cheminée du bateau...Panneau : "On the quayside, the auctionneers's bell calls the buyers together" = sur le quai, la cloche du commissaire-priseur réunit les acheteurs. Plans sur les quais. Arrivée des bateaux. Les hommes charges des paniers de poissons vendus aux enchères, salés et mis dans des caisses et des tonneaux en masse. Panneau : "So to the ends of the earth goes the harvest of the sea" = Donc la moisson de la mer va tout au bout de la terre. Les tonneaux sont chargés dans des navires et des trains. Plans sur les rails et les trains qui avancent au loin. Fin de la dernière partie.

Fiche technique

Production

Genèse

La genèse de Drifters s'inscrit dans le contexte de l'Empire Marketing Board (EMB), organisme gouvernemental chargé de promouvoir le commerce inter-impérial. Stephen Tallents, secrétaire de l'EMB, suggéra à John Grierson le thème de l'industrie harengère pour son premier film, conscient de son expérience de dragueur de mines durant la Grande Guerre et de sa passion pour la mer [1]. La création d'une unité cinématographique gouvernementale suscita une résistance farouche du Trésor. Tallents sut désamorcer les objections en sollicitant l'expertise d'Arthur Samuel (futur Lord Mancroft), secrétaire financier au Trésor et auteur d'un ouvrage sur l'histoire du hareng, qui concéda finalement qu'il pourrait « probablement aider » au projet [1]. Le budget fut fixé à 2 500 £, somme dans laquelle s'inscrivit la réalisation du film et la création de l'unité cinématographique elle-même [1].

Les archives de l'Université de Stirling conservent les documents de production, dont un script endommagé par l'eau — l'encre bleue y coule en travers des pages, témoignant vraisemblablement des conditions de tournage en mer du Nord [2]. La photographie fut confiée à Basil Emmott. Réalisé en noir et blanc avec séquences teintées, le film fut tourné sur la côte ouest de l'Écosse [1].

Influences esthétiques et transnationales

Grierson découvrit Le Cuirassé Potemkine d'Eisenstein à New York en 1926, lorsqu'il travaillait comme critique pour The Clarion. Il y notait déjà l'impact du « tempo, des images, du caractère de masse » et de ces « choses que le cinéma pouvait faire et que le théâtre ne pouvait pas faire » [2]. L'empreinte eisensteinienne transparaît dans Drifters : usage expressif du montage pour créer une tension dramatique sans caractérisation psychologique, emploi de « types » (acteurs non professionnels) plutôt qu'interprètes formés, et recours au tournage en décors naturels [3].

L'horizon esthétique de Grierson s'élargissait cependant au-delà du cinéma soviétique. Il nourrissait un intérêt marqué pour les « symphonies urbaines » — Manhatta (1922), Berlin: Symphony of a City (1926) — et particulièrement pour Rien que les Heures (1926) d'Alberto Cavalcanti [2],[3]. La « brillante innovation » d'Alberto Cavalcanti incita Grierson à l'inviter au GPO Film Unit en 1934, où il devint membre clé et participa à Night Mail [2]. Grierson différencia néanmoins son œuvre du modèle soviétique par des caractéristiques distinctement britanniques : « modération et sens de l'importance humaine », adoptant un rythme plus lent et s'intéressant à des événements quotidiens [3].

Structure narrative et accompagnement musical

Le film présente une narration délibérément simple : « the story of commercial fishing off the west coast of Scotland, from the sea to the supper plate » [1]. La structure chronologique suit le voyage d'un chalutier : départ, pose des filets, tempête, rentrée des filets, retour au port et vente à la criée [1]. L'intertitre liminaire pose explicitement la tension dialectique : « The Herring fishing industry has changed. Its story was once an idyll of brown sails and village harbours - its story now is an epic of steel and steam », opposant tradition et modernité industrielle [3].

Grierson manifeste une fascination pour la modernité mécanique, illustrée par ses plans sur les moteurs, mais cette célébration demeure ambivalente : l'attention aux éléments naturels (mer, oiseaux) et le traitement expéditif de la commercialisation suggèrent une réflexion nuancée sur les rapports entre l'homme et la nature [3].

Les archives conservent également les instructions musicales détaillées distribuées aux cinémas. La préparation des filets avant leur mise à l'eau devait s'accompagner de la partie 1 de Fingal's Cave de Mendelssohn, tandis que la menace des nuages d'orage se voyait illustrée par l'ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner [2]. Ces recommandations étaient divisées en deux sections : partitions pour orchestre de cinéma, et enregistrements de musique classique pour établissements utilisant des « non-synchronous tables » (tourne-disques) [2].

Réception

La première eut lieu le à la Film Society du Tivoli Palace sur le Strand, dans le cadre des projections dominicales consacrées aux œuvres novatrices [1],[3]. Le film partageait l'affiche avec la première britannique de Potemkine. Soucieux de maximiser l'impact de son œuvre, Grierson insista pour que Drifters précède le film d'Eisenstein, réussissant à « voler la vedette » (steal the thunder) à l'œuvre russe [2].

La réception par le public averti fut qualifiée de « rapturous » [1]. Le Daily News estima que le film possédait « plus d'art réel que le film russe tant vanté » [2]. Stephen Tallents, assis aux côtés de Grierson, éprouva un soulagement intense que lui évoquait seulement le souvenir de , lorsqu'il avait assisté à la fin des queues de rationnement alimentaire [1]. Ce triomphe marqua le début effectif du mouvement documentaire britannique [1].

Postérité et institutionnalisation

Références

Liens externes

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