Droits de l'homme au Cameroun
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Les droits de l'homme au Cameroun sont abordés dans la constitution. Toutefois, le rapport de 2009 sur les droits de l'homme du département d'État des États-Unis a fait état de préoccupations concernant les irrégularités électorales, la torture par les forces de sécurité et les arrestations arbitraires[1].
Histoire
La torture au Cameroun est une pratique documentée, particulièrement répandue durant la période coloniale française, en particulier après , et se prolongeant sous le régime postcolonial. Elle était un instrument clé dans la répression des mouvements indépendantistes et d'opposition, notamment l'Union des populations du Cameroun (UPC). Bien que les archives officielles et militaires tendent à minimiser ou à omettre ces violences, de nombreux témoignages et rapports de l'époque révèlent leur étendue et leur brutalité.
La France, en tant que puissance mandataire puis tutélaire au Cameroun, a joué un rôle déterminant dans l'établissement et la systématisation des méthodes de torture. Des agents de renseignement français, des administrateurs et des militaires ont été impliqués dans la formation et l'encadrement des forces de "maintien de l'ordre" camerounaises. Après les violents événements de , les autorités coloniales ont intensifié leurs actions répressives, s'appuyant sur une "doctrine de la guerre révolutionnaire" et l'"action psychologique" pour démanteler l'UPC. Des unités comme les Brigades mixtes mobiles (BMM) et les services de la Sûreté, avec des figures telles que Georges Conan, André Gerolami, Ernest Charoy ou Henri Grattarola, sont identifiées comme des instruments clés de cette répression, utilisant la torture lors des interrogatoires[2].
La torture n'était pas limitée aux postes de police ou de gendarmerie ; elle était également une pratique courante et "banalisée" dans les prisons du territoire. L'accès aux archives judiciaires et carcérales reste difficile, mais les documents de l'UPC clandestine et les pétitions envoyées aux Nations unies ont permis de documenter de nombreux cas d'abus, de disparitions et de décès en détention. Le transfert de ces pratiques violentes et coercitives au régime camerounais indépendant est qualifié de "legs colonial", routinisant la violence politique et ses méthodes, même après le départ des coopérants français[2].
Cas notables de tortures
Plusieurs cas et témoignages mettent en lumière les types de tortures pratiquées et leurs victimes :
Théodore Mayi Matip : Président de la Jeunesse Démocratique du Cameroun (JDC), arrêté en , il a subi de graves sévices corporels, au point d'être "paralytique". Il a été détenu dans des conditions inhumaines, notamment à la prison de New-Bell et plus tard dans la "prison-enfer" de Maroua, où il a été "soumis à la torture la plus sauvage et la plus cruelle"[2].
Maurice Samo : Ce journaliste a décrit des cellules surpeuplées, des passages à tabac violents entraînant des nez fendus, des yeux crevés et des troubles mentaux chez les détenus[2].
Chrétien Dzukam, Sébastien Ndefo et Sylvestre Taboue : Arrêtés en , ils ont été forcés de s'agenouiller sur une lime, battus et contraints de signer des aveux préparés à l'avance sous la contrainte[2].
Joseph Toukam : Chef de village, il a été roué de coups de bâtons pendant des heures par la police à Kekem en 1958 et détenu du jour au lendemain, évoquant un "trauma"[2].
Marthe Bahida : Vice-présidente de l'Udefec, déportée à Mokolo, elle a été soumise au "régime d'eau salée" pendant deux semaines et a accouché en détention dans des conditions précaires[2].
Monique Kamen et Marguerite Ngoy : Des femmes ont subi des violences extrêmes, y compris des coups à l'abdomen entraînant des avortements, des cheveux et poils arrachés, des traînées nues, le supplice de l'eau chaude et des mutilations génitales, notamment l'aspersion de carburant et la brûlure des parties génitales[2].
Jean Yegba : Militant de l'UPC, il est décédé en prison en des suites de ses blessures, ayant été battu et laissé sans soins[2].
Ernest Ouandié et Albert Ndongmo : Lors des procès de Yaoundé en 1970-1971, des rapports ont confirmé que Ouandié avait été torturé et que Ndongmo avait été menacé de torture pour le forcer à signer des procès-verbaux. Plusieurs co-accusés ont rétracté leurs aveux, affirmant qu'ils avaient été extorqués sous la menace et les sévices des BMM. Des femmes liées à Ndongmo ont également été arrêtées et menacées de torture[2].
Pratique du "Tcha-tcha" : Une forme de torture qui impliquait de jeter les personnes insoumises dans un trou rempli d'eau. Cette pratique était utilisée à la fois par les combattants maquisards et par les forces gouvernementales dans les camps de regroupement[2].
Chutes de la Metche : Associées à des cas de disparitions et de décès de militants, notamment Jacob Fossi. Des récits indiquent que des corps de détenus étaient jetés du haut de ces chutes, une pratique difficile à documenter dans les archives officielles[2].
Les méthodes de torture rapportées incluaient les bastonnades, la flagellation, l'asphyxie, la simulation de noyade ("la baignoire"), la suspension au plafond, le "bac en ciment" et l'utilisation de l'électricité ("la gégène"). Des disparitions de détenus, certains corps jetés dans les cours d'eau ou décapités, ont également été signalées, en particulier en Sanaga-Maritime et dans la région Bamiléké. Les témoignages directs et secondaires sur ces pratiques ont révélé des traumatismes profonds et des blessures physiques durables chez les victimes[2].