Décapitation (stratégie militaire)
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La décapitation est une stratégie militaire visant à éliminer le leadership ou le commandement et le contrôle d'un gouvernement ou d'un groupe hostile[1],[2].
Stratégies notables contre les frappes de décapitation
En théorie de la guerre nucléaire, une frappe de décapitation est une attaque préventive de premier recours qui vise à déstabiliser la structure de commandement militaire et civil de l’adversaire[3], dans l’espoir de réduire considérablement ou de détruire sa capacité de riposte nucléaire.
Il s'agit essentiellement d'une forme de frappe contre-force, mais alors qu’une frappe contre-force cherche à détruire directement les armes, une frappe de décapitation vise à éliminer la capacité de l’ennemi à utiliser ses armes.
- Structures de commandement et de contrôle distribuées ;
- Dispersion du leadership politique et du leadership militaire en période de tension ;
- Délégation de la capacité de lancement d'ICBM / SLBM aux commandants locaux en cas de frappe de décapitation[4] ;
- Mécanismes de lancement distribués et diversifiés.
Guerre conventionnelle, assassinats et actes terroristes
Définition dans un contexte conventionnel
Les frappes de décapitation sont utilisées comme stratégie dans la guerre conventionnelle. Le terme est employé pour décrire l'assassinat de l'ensemble du groupe dirigeant d'un gouvernement ou de la famille royale d'une nation.
Historique
Les cas suivants recouvrent une stratégie de décapitation :
- L’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 a commencé par une frappe de décapitation visant Saddam Hussein ainsi que d’autres responsables militaires et politiques irakiens[5],[6]. Ces frappes aériennes n’ont pas réussi à éliminer les cibles visées[7].
- Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont recours à cette stratégie dans leurs efforts pour démanteler les réseaux islamistes, tels qu’Al-Qaïda et l’État islamique, menaçant les États-Unis et leurs alliés[8] ;
- Explosions de bipeurs et de talkies-walkies au Liban : attaque de la chaîne d'approvisionnement menée par Israël contre les dispositifs de communication du Hezbollah. Ces explosions sont interprétées comme une frappe de décapitation et un prélude à l'invasion israélienne du Liban, dans le cadre de la guerre entre Israël et le Hezbollah[9] ;
- Tentatives d'assassinat contre Volodymyr Zelensky par les forces russes afin de mettre fin rapidement à l'invasion de russe l'Ukraine en 2022 ;
- Plusieurs généraux et scientifiques iraniens sont tués lors d'une frappe de décapitation lors des frappes israéliennes de juin 2025 contre l'Iran et plusieurs responsables militaires et politiques dans le conflit américano-israélo-iranien de 2026.
Usage des drones
Dans les conflits armés du XXIe siècle, les drones sont couramment utilisés pour mener des frappes de décapitation contre des groupes terroristes et insurgés. Les drones sont particulièrement efficaces dans les zones où la défense aérienne est insuffisante. Les avis des spécialistes sont partagés quant à l’efficacité réelle des frappes de décapitation par drones pour réduire les capacités opérationnelles de ces groupes[10].
Une stratégie considérée inefficace par certains théoriciens et stratèges
Selon certains stratèges militaires, notamment le général Michael Flynn, l’expérience acquise par les forces américaines et de la coalition dans la lutte contre l’insurrection talibane en Afghanistan a principalement servi à soutenir des opérations de type « tuer ou capturer ». Cependant, selon eux, ces opérations sont inefficaces sans une compréhension approfondie de l’impact qu’elles peuvent avoir sur le paysage politique local du pays[11].
D'après Robert Pape, la frappe de décapitation est une stratégie relativement inefficace. Cette stratégie est « séduisante », car elle promet de « résoudre les conflits rapidement et à moindre coût, avec... peu de dommages collatéraux et peu ou pas de pertes alliés ». Toutefois, les frappes de décapitation échouent fréquemment ou ne produisent pas les effets escomptés, même lorsqu'elles réussissent[12].
Les théoriciens de la lutte contre le terrorisme Max Abrahms et Jochen Mierau soutiennent que la décapitation du leadership d’un groupe terroriste ou rebelle tend à provoquer du désordre au sein du groupe. Toutefois, ils estiment que cette stratégie est inefficace, car ce désordre interne conduit souvent à des attaques politiquement inefficaces et mal ciblées contre des civils[13].
Usage des réseaux sociaux
Une tactique parfois utilisée pour éclairer le choix des cibles des frappes de décapitation est l'analyse des réseaux sociaux. Cette tactique consiste à identifier et éliminer les membres les plus haut placés d'un groupe rebelle ou terroriste hiérarchisé, en ciblant d'abord les membres les moins bien placés, et en utilisant les renseignements obtenus lors des frappes initiales pour identifier les dirigeants de l'organisation.
Certains stratèges, comme les généraux David Petraeus et Stanley McChrystal, préconisent également la création d'unités opérationnelles dédiées, non hiérarchisées et réorganisables, afin de faire face à des groupes terroristes similaires, distribués ou décentralisés[14].
D'autres stratèges soutiennent que les frappes de décapitation, combinées à l’analyse des réseaux sociaux, sont non seulement improductives, mais peuvent aussi prolonger un conflit. En effet, elles ont tendance à éliminer des dirigeants rebelles ou terroristes qui sont fréquemment les plus compétents à négocier la paix ou ayant le potentiel de faire avancer les communautés les plus durement touchées par les campagnes militaires après la fin des hostilités[15].
Notes et références
- ↑ Anna M. Wittmann, Talking Conflict: The Loaded Language of Genocide, Political Violence, Terrorism, and Warfare, Santa Barbara, California, ABC-CLIO, (ISBN 978-1-4408-3424-0, lire en ligne), p. 92
- ↑ Blair, Horowitz et Potter, « Leadership Targeting and Militant Alliance Breakdown », The Journal of Politics, vol. 84, no 2, , p. 923–943 (ISSN 0022-3816, DOI 10.1086/715604, S2CID 236227864, lire en ligne
) - ↑ "Words of Intelligence: An Intelligence Professional's Lexicon for Domestic and Foreign Threats", Jan Goldman. Scarecrow Press, Jun 16, 2011. (ISBN 0-8108-7814-3), (ISBN 978-0-8108-7814-3)
- ↑ « Documents on Predelegation of Authority for Nuclear Weapons Use » [archive du ] (consulté le )
- ↑ « U.S. Launches 'Decapitation' Strike Against Iraq; Saddam Personally Targeted » [archive du ], Fox News Channel, (consulté le )
- ↑ « Cruise missiles target Saddam », CNN, (consulté le )
- ↑ « Airstrikes on Iraqi leaders 'abject failure' », New York Times News Service, (consulté le )
- ↑ Shinkman, « Obama: 'Global War on Terror' Is Over », U.S. News & World Report (consulté le )
- ↑ (en) « Hezbollah Pager Attack Looks Like a Decapitation Strike », Bloomberg.com, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Horowitz, « Do Emerging Military Technologies Matter for International Politics? », Annual Review of Political Science, vol. 23, , p. 385–400 (DOI 10.1146/annurev-polisci-050718-032725)
- ↑ Steve Coll, Directorate S : the C.I.A. and America's secret wars in Afghanistan and Pakistan, New York, , 437–440 p. (ISBN 978-1-59420-458-6, OCLC 1049576269)
- ↑ Robert A. Pape, Bombing to Win: Air Power and Coercion in War, Cornell University Press, , 253 p. (ISBN 978-0-8014-3134-0, JSTOR 10.7591/j.ctt1287f6v, lire en ligne)
- ↑ Abrahms et Mierau, « Leadership Matters: The Effects of Targeted Killings on Militant Group Tactics », Terrorism and Political Violence, vol. 29, no 5, , p. 830–851 (ISSN 0954-6553, DOI 10.1080/09546553.2015.1069671, S2CID 146507596, lire en ligne)
- ↑ Knoke, « "It Takes a Network": The Rise and Fall of Social Network Analysis in U.S. Army Counterinsurgency Doctrine. », Connections, vol. 33, , p. 2–10 (CiteSeerx 10.1.1.431.3800)
- ↑ (en) Wilner, « Targeted Killings in Afghanistan: Measuring Coercion and Deterrence in Counterterrorism and Counterinsurgency », Studies in Conflict & Terrorism, vol. 33, no 4, , p. 307–329 (ISSN 1057-610X, DOI 10.1080/10576100903582543, S2CID 109972592, lire en ligne
)