Délégué militaire régional
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Les délégués militaires régionaux (DMR) sont des officiers envoyés ou nommés par les services spéciaux issus de la France libre à partir de en France métropolitaine. Le Comité français de la libération nationale, siégeant à Alger, avait décidé d'implanter, parallèlement à l'organisation civile chargée de préparer l'après libération, des délégués militaires dans chaque région. Ils sont au nombre de douze répartis selon la carte ci-dessous déterminée par les services du commissariat à l'intérieur, selon les directives de Jean Moulin et d'Henri Frenay.
Les délégués régionaux sont placés sous la tutelle de délégués de zone : Nord (zone occupée), Sud (ancienne zone libre). Ces derniers travaillent sous l'autorité d'un délégué national, successivement Pierre Marchal alias Hussard, Louis Mangin[1] alias Losange, Maurice Bourgès-Maunoury et Jacques Chaban-Delmas.
L'organigramme de la Résistance étant complexe, les DMR dépendent hiérarchiquement et directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) siégeant à Londres. Plusieurs régions sont découpées en sous-secteurs, en particulier le grand Ouest et le bassin parisien.

Plans
Les DMR ont pour mission première la mise en place des plans élaborés à Londres sur la base des renseignements recueillis par les différents réseaux pour préparer le débarquement allié. Ils sont au nombre de huit :
- Plan vert : Interruption des communications ferrées
- Plan jaune : Destruction des organes de commandement ennemis
- Plan rouge : Destruction des dépôts de munitions
- Plan momie : Protection des ports (ils peuvent être utilisés pour acheminer la logistique alliée)
- Plan noir : Destruction des dépôts de carburant
- Plan tortue : Neutralisation des communications routières
- Plan bleu : Destruction des lignes électriques
- Plan violet : Destruction des lignes longues distances de communications téléphoniques
Ces actions sont mises en œuvre en coordination avec les groupes de résistance locale et/ou des commandos spéciaux qui interviennent ponctuellement de l'extérieur. Elles ont l'avantage majeur d'être plus ciblées et de limiter les dégâts collatéraux et d'épargner les vies humaines. Les mouvements de Résistance intérieure avaient fortement insisté pour la mise en place d'un tel programme pour contrer la propagande du gouvernement de Vichy dénonçant les bombardements "aveugles".
Lien indispensable
Les DMR sont conçus comme des ambassadeurs ou des techniciens mis à la disposition de la Résistance intérieure par les services de la France libre. Ils n'ont pas vocation à assurer un commandement.
Ils deviennent progressivement la charnière indispensable, malgré les difficultés diverses, qui permet la coordination des opérations y compris avec les mouvements de résistance d'origine communiste, qui à l'origine étaient très réticents. Dans beaucoup de cas leur autorité est contestée par les chefs locaux des groupes de Résistance qui ne sont que consultés avant leur nomination. Il arrive même qu'un responsable FFI soit nommé DMR comme Gilbert Grandval pour la région C (Châlon-sur-Marne)[2].
Leur présence peut également revêtir un caractère de contrôle sur d'éventuels "débordements" que redoutent, à tort ou à raison, les autorités de la France libre.
Enfin, leur rôle est crucial pour la répartition des moyens et la circulation du renseignement.
Moyens
Les consignes spécifiques et les renseignements fournis par le BCRA sont remis dans des valises piégées. Dès l'origine les DMR sont dotés de moyens radio qui leur permettent de communiquer directement avec le BCRA. Ils ont donc la haute main sur la transmission des renseignements, la fourniture d'armes, la distribution de l'argent aux différents mouvements de Résistance de leur région. À titre d'exemple, en les DMR reçoivent 80 millions de francs pour la zone sud et 71 millions pour la zone nord[3].
Devant l'ampleur de la tâche, on leur adjoint rapidement des officiers du Centre d'opérations de parachutages et d'atterrissages (COPA), puis de la Section atterrissage parachutage (SAP), chargés de repérer des lieux de parachutage et de coordonner les opérations de livraison.
Hommes
Les DMR, tous engagés à des degrés divers au côté du général de Gaulle, sont tous volontaires pour cette nouvelle mission en métropole. La moyenne d'âge de ces officiers est d'une trentaine d'années. Ils ont tous subi l'entraînement commando des forces spéciales britanniques. Sociologiquement, ils sont principalement issus des classes aisées : cadres supérieurs de l'industrie ou du commerce, professions libérales ou officiers d'active. On peut enfin noter qu'on leur attribue comme pseudonyme le nom d'une figure géométrique.
Compte tenu de leur importance stratégique, ils sont particulièrement exposés et frappés par la répression. Leur durée de survie dans la France occupée, dans des régions qu'ils ne connaissent pas, est estimée dès leur arrivée à cinq mois. De fait, la majorité d'entre eux est arrêtée par la Gestapo, la milice ou les sections spéciales de la police française. Certains sont assassinés ou déportés. D'autres ont le temps d'utiliser la capsule de cyanure dont chaque agent est doté dès son départ en mission.
La première opération d'infiltration des DMR a lieu dans la nuit du 11 au sur un terrain près de Tours pour les DMR de la zone nord. La deuxième dans la nuit du 14 au près de Bletterans aux confins du Jura et de la Saône[4] pour les DMR de la zone sud. Ensuite, les opérations de transport s'échelonnent par plusieurs canaux, souvent dans des conditions périlleuses.
On peut par exemple citer le cas d'Alexandre de Courson de la Villeneuve qui est acheminé le à bord d'une vedette partie de Grande-Bretagne qui débarque à Kerroulou près de Guimaëc[5] (Finistère). Épuisé par le voyage et éprouvant quelques difficultés à établir les liaisons il n'atteint son affectation à Clermont-Ferrand (R6) que le , après avoir traversé tout le territoire et affronté bien des dangers, alors qu'il était censé l'atteindre en deux jours. On peut également citer le cas d'Eugène Déchelette[4] qui, destiné à assurer la fonction de DMR à Limoges (R5), est parachuté à Saint-Uze (Drôme) le et se casse une cheville lors de sa réception.
Le travail souvent méconnu, mais héroïque, des délégués militaires régionaux sera malgré tout reconnu, puisque onze d'entre eux seront faits Compagnon de la Libération.