Démocratie totalitaire

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La démocratie totalitaire désigne un régime autoritaire qui se légitime par l’adhésion collective à une idéologie perfectionniste, présentée comme indépassable. Dans ce système, l’antagonisme entre l’État et l’individu est théoriquement nié ; s’il advient, l’État s’arroge le droit – voire le devoir moral – d’imposer son autorité au citoyen réfractaire[1]. Cette conception repose sur l’idée qu’il n’existerait qu’une seule organisation sociale véritablement vertueuse, que le pouvoir se doit de réaliser par tous les moyens. Elle s’oppose en cela à la démocratie libérale, laquelle, renonçant à toute téléologie politique rigide, s’en remet au jeu des institutions et à la correction progressive des erreurs pour améliorer la société, sans postuler l’existence d’un modèle de gouvernement unique et absolu.

Le vocable fut rendu célèbre par l’historien israélien Jacob Leib Talmon. Toutefois, il avait déjà été employé antérieurement par Bertrand de Jouvenel ainsi que par E.H. Carr, avant d’être repris ultérieurement par F. William Engdahl et Sheldon S. Wolin[2].

Définition

Dans son livre de 1952 , Les origines de la démocratie totalitaire, Talmon soutient que les types de démocratie totalitaire et libérale ont émergé des mêmes prémisses au cours du XVIIIe siècle. Il considérait le conflit entre ces deux types de démocratie comme d’une importance historique mondiale :

En effet, du point de vue du milieu du XXe siècle, l’histoire des cent cinquante dernières années apparaît comme une préparation systématique à la collision frontale entre la démocratie empirique et libérale d’une part, et la démocratie messianique totalitaire d’autre part, dans laquelle consiste la crise mondiale d’aujourd’hui.

Le terme « démocratie messianique » (ou « messianisme politique ») trouve son origine dans l’introduction que Talmon a rédigée pour cet ouvrage.

Différences avec la démocratie libérale

Talmon a distingué les divergences suivantes entre la démocratie totalitaire et la démocratie libérale :

  • L’approche totalitaire se fonde sur la croyance en une vérité politique absolue et exclusive. Elle suppose l’existence d’un ordre préétabli, immuable et harmonieux, vers lequel les individus seraient inexorablement conduits par le cours de l’histoire, et auquel ils se doivent de se conformer (cf. déterminisme historique).
  • L’approche libérale postule que la politique se présente comme un domaine d’expérimentation, soumis à la méthode des essais et des erreurs. Elle envisage les systèmes politiques comme des mécanismes pragmatiques, nés de l’ingéniosité et de la spontanéité humaines, dépourvus de fondements dogmatiques rigides. À l’inverse, l’approche totalitaire conçoit la politique comme un prolongement nécessaire d’une doctrine globale et cohérente. Elle définit la politique comme l’art d’inculquer et d’appliquer cette doctrine à l’ordonnancement de la société, en sorte que le dessein ultime de la politique s’accomplit lorsque cette philosophie s’impose en maître absolu sur tous les aspects de l’existence sociale.
  • L’orientation libérale admet l’existence de divers degrés d’efforts, tant individuels que collectifs, lesquels demeurent entièrement étrangers à la sphère politique. En revanche, la doctrine totalitaire n’admet qu’un unique ordre d’être, celui du politique. Elle procède à une extension considérable du domaine politique, lequel embrasse alors la totalité de l’existence humaine. En conséquence, toute pensée ou action humaine se trouve investie d’une portée sociale, impliquant ipso facto leur appartenance à l’action politique.
  • L’approche libérale conçoit la liberté comme étant intrinsèquement liée à la spontanéité des actions individuelles et à l’absence de toute contrainte imposée. En revanche, la doctrine totalitaire postule que la liberté ne saurait s’incarner pleinement que dans la quête et la réalisation d’un dessein collectif absolu.

Développement historique

Talmon avance que la genèse de la démocratie totalitaire s’est opérée en trois phases distinctes :

  1. Les progrès intellectuels survenus en France au XVIIIe siècle furent en grande partie favorisés par le déclin progressif de l’autorité féodale et ecclésiastique, phénomène marquant le commencement de l’époque moderne.
  2. L’instauration d’une dictature à parti unique durant la Terreur et l’emploi de la terreur comme instrument politique fondé sur une doctrine de souveraineté populaire absolue
  3. L’extension du principe totalitaire à la propriété privée et son abolition progressive : genèse du communisme.

Autres interprétations

Notes et références

Voir aussi

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