Dépendance au cybersexe
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La dépendance au cybersexe - également appelée dépendance sexuelle sur Internet - est une sexualité compulsive directement associée à une dépendance à Internet. C'est la plus commune des cyberdépendances - ou dépendances à internet. Elle se manifeste le plus souvent par la masturbation assistée par une activité en ligne qui contribue à l'excitation sexuelle, par exemple la visualisation d'images pornographiques (dépendance à la pornographie) via la consultation de sites web tels que Youporn, Pornhub, etc. D'autres activités de cybersexe possibles comprennent les stimulations virtuelles par le biais d’avatar, de dispositif haptique ou d'intelligences artificielles, les jeux vidéo sexuels et pornographiques (MacPlaymate..), les chats et forum de discussion pour adultes orientés sur le sexe, les échanges sexuels téléphoniques et toutes interactions sensuelles et sexuelles entre partenaires organiques ou informatique, la lecture d'histoires érotiques ou pornographique et la recherche de partenaires sexuels et d'informations sur l'activité sexuelle.
La dépendance au cybersexe peut entraîner de graves conséquences négatives sur le bien-être physique, mental, social et/ou financier de l'utilisateur. Les utilisateurs de services érotiques sur le Web souffrent souvent de dépression, d'anxiété et de stress.
La dépendance sexuelle sur Internet peut avoir plusieurs causes selon l'Association américaine pour la thérapie des addictions sexuelles (AASAT). La première cause est une dépendance physiologique et neuronale qui se produit pendant les orgasmes - renforçant et attachant un comportement addictif à des images ou des scénarios. Deuxièmement, les comportements de dépendance sexuelle compensent parfois des désordres psychologiques tels que l’abandon, le manque d'estime de soi ou le manque de liens relationnels sincères. Troisièmement, le toxicomane de sexe par Internet utilise parfois cette dépendance pour contrebalancer un déséquilibre dû à une dépression majeure, un trouble bipolaire ou un trouble maniaco-dépressif. Le toxicomane au cybersexe peut également avoir des problèmes de refus sexuel dans l'intimité, car il se sent plus en sécurité dans le cybermonde que dans le cadre de vraies relations.
Cette dépendance touche bien davantage les hommes que les femmes, et l'on note que 35 % des téléchargements sur internet sont de nature pornographique[1].
Selon le psychologue américain Al Cooper, l’activité sexuelle en ligne est définie comme l’utilisation d'Internet pour n'importe quelle activité textuelle, images, sons, vidéo, dans un but lié à la sexualité : amusement, divertissement, recherche de documents, éducation, acquisition de matériel lié à la sexualité, et recherche de partenaires sexuels»[2].
La cybersexualité n’est donc pas une pathologie en soi, certains auteurs refusent même de parler d’addiction à la cybersexualité car il n’y a pas de modifications biochimiques, de sevrage ou encore de rechute, à proprement parler, comme chez les addicts aux drogues. Par exemple, le célèbre sociologue américain Marshall McLuhan perçoit le cybersexe non pas comme une addiction mais tel une Narcose Narcissique[3].
Dans le comportement addictif, il existe deux étapes :
- La phase d'initiation : renvoie à la recherche de sensations qui jouent un rôle essentiel dans la rencontre avec l’objet addictif
- L’installation de la dépendance : arrive plus tardivement et renvoie l’usage répété de l’objet qui se poursuit sous l’influence des exigences adaptatives liées à l’anxiété et au sevrage.
De ce point de vue, nous pouvons parler d’addiction dans la cybersexualité, quand les internautes recherchent dans la cybersexualité un moyen de combler un manque dans leur vie. Selon deux psychiatres français, le Dr Michel Hautefeuille et le Dr Dan Véléa « tout être dépendant est un individu en souffrance. Il cherche par ses efforts à combler un vide identificatoire »[4]. Si l’individu éprouve du plaisir dans cette pratique sexuelle, il va alors répéter l’activité afin de retrouver ce plaisir le plus souvent possible au point où seul cet objet devient source de satisfaction. Lorsque l’on prive l’individu de ses activités sexuelles en ligne, il ressent alors un manque, un vide profond encore plus important qu’à l’initial. C’est pour ces raisons que bon nombre de scientifiques s’accordent pour assimiler le cybersexe à une addiction sans drogue.
Approche clinique
Dans le DSM IV et le CIM 10, les troubles addictifs des toxicomanies sans drogues sont répertoriés dans des sous-classes comme les « troubles du contrôle des impulsions », « troubles du contrôle des impulsions non spécifiés ailleurs » ou encore «autres troubles des habitudes et des impulsions ». La classification du DSM IV spécifie : « le sujet ne parvient pas, de manière répétitive, à résister à des impulsions le poussant à adopter ce comportement, avec une période prodromique de tension suivi d’un sentiment de soulagement lors de la réalisation de l’acte ».
On répertorie 13 millions d’utilisateurs internet qui souffrent d’une dépendance cybernétique[5]. Le Dr Young met en avant que l’addiction à internet et outils associés relève de la même dépendance psychologique que les addictions aux drogues. La cyberdépendance et les addictions cyberassistées entraînent une réduction des performances au travail, des désordres conjugaux voire une séparation[6]. Une étude de Al Cooper présente une étude sur 7 000 hommes, 384 montrent des problèmes sexuels liés à internet. Ces 384 hommes ont une moyenne de 54h par semaine d’activité sexuelle en ligne (deux fois plus longue que le reste de l’échantillon)[7].
Le Dr Young a établi un questionnaire de 10 items (répondre par oui ou par non) permettant d’évaluer si on est addict ou non au cybersexe :
- Passez-vous une quantité significative et régulière dans les sections de discussion en ligne et de messagerie instantanée avec le seul objectif de trouver du cybersexe ?
- Êtes-vous préoccupé avec l’utilisation d’Internet pour trouver des partenaires sexuels en ligne ?
- Utilisez-vous fréquemment des communications anonymes pour vous engager dans des fantaisies sexuelles qui ne se produisent pas nécessairement dans la vraie vie ?
- Anticipez-vous votre prochaine session de navigation sur Internet avec l’espoir de trouver de l’excitation et de la gratification sexuelle ?
- Trouvez-vous que vous passez fréquemment du cybersexe aux téléphones sexuels (ou même à des rencontres réelles) ?
- Cachez-vous vos interactions sur Internet aux autres personnes significatives de votre vie ?
- Vous sentez-vous coupable ou honteux de l’utilisation que vous faites de l’Internet ?
- Au début, étiez-vous accidentellement dirigé vers le cybersexe alors que maintenant vous le cherchez activement lors de vos connexions à Internet ?
- Vous masturbez-vous lors de vos connexions à Internet pendant que vous regardez de la pornographie en ligne ?
- Êtes-vous moins impliqué avec votre partenaire sexuel dans la vie réelle et considérez-vous le cybersexe comme première source de gratification sexuelle ?
Chaque item relevant d’activités ou de motivations que le cyberdépendant peut avoir, une ou des réponses positives à ce test peut donc signifier un début de dépendance[6]. En résumé, l’usage ne sera vraiment considéré comme pathologique qu’à partir du moment où le comportement deviendra exclusif et s’accompagnera de dégâts associés : abandon durable des autres centres d’intérêt notamment familial, scolaire ou professionnel[6].
Origines possibles du trouble
- Inhibition/frustration sexuelle
- Difficultés relationnelles interpersonnelles/ difficultés de couple
- Stress
- Comportements sexuels compulsifs / Hypersexualité
- Consommation de drogues
- Pathologies préexistantes (dépression, phobie sociale..)
Symptômes addictifs
- Incapacité à établir une relation saine et gratifiante avec le partenaire / Culpabilité envers son partenaire
- Apparition durant l’acte sexuel d’un vécu de déréalisation
- Baisse des relations affectives et émotionnelles / Instabilité relationnelle
- Masturbation compulsive
- Pensées obsédantes
- Sentiment de dévalorisation, de vide et d’impuissance face à l’acte sexuel
- Honte
- Tendance à l’ennui
Les addicts sexuels présentent au moins deux des concepts suivants :
- La drague compulsive avec partenaires multiples et recherche de gestion du stress et de l’anxiété
- L’autoérotisme compulsif/masturbation qui comporte l’auto-stimulation obsessive et compulsive des parties génitales
- La fixation compulsive sur un des partenaires inaccessibles
- Les rapports compulsifs amoureux multiples avec une insatisfaction des relations amoureuses et la quête perpétuelle de l’amour idéal
- La sexualité compulsive avec de nombreux rapports sexuels, vécus de manière insatisfaisante, et avec des besoins interminables d’actes sexuels, d’expression amoureuse et d’attention.
Conséquences
- Modification du temps vécu et de l’espace
- Modification de la perception de son corps
- Modification de la pensée en relation avec l’imaginaire du sujet et de ses préoccupations plus ou moins conscientes
- Abandon des autres centres d’intérêt