Shoah en Hongrie
extermination des juifs hongrois à la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre mai et juillet 1944
From Wikipedia, the free encyclopedia
La Shoah en Hongrie recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs de Hongrie durant la Seconde Guerre mondiale[1]. Peu après l'invasion allemande de la Hongrie, le , les Juifs sont victimes de restrictions. L'armée d'invasion comprend un SS-Sonderkommando dirigé par Adolf Eichmann, qui arrive à Budapest pour superviser la déportation des Juifs du pays vers le camp d'Auschwitz en Pologne occupée. Entre le et le , plus de 434 000 victimes juives sont déportées dans 147 convois[2] et la majorité est envoyée à Auschwitz, où environ 80 % sont tués dans les chambres à gaz dès l'arrivée[3].
| Shoah en Hongrie | |
Arrivée de Juifs hongrois à Auschwitz II-Birkenau, en Pologne occupée, vers mai ou juin 1944 | |
| Date | avril 1944 - février 1945 |
|---|---|
| Lieu | Royaume de Hongrie (1920-1946) |
| Victimes | Juifs hongrois |
| Type | Extermination systématique des Juifs d'Europe par le Troisième Reich |
| Morts | 564 000 (1941–1945) ; dont plus de 434 000 entre le 15 mai et le 9 juillet 1944 |
| Auteurs | |
| Ordonné par | Adolf Eichmann, László Ferenczy, Ernst Kaltenbrunner |
| Guerre | Seconde Guerre mondiale |
| modifier |
|

Au moment de l'invasion, la population hongroise compte 825 000 Juifs[4], la plus importante qui existe encore en Europe[5], à laquelle s'ajoutent des réfugiés juifs venus d'autres régions pour trouver une sécurité relative en Hongrie. Le Premier ministre de Hongrie, Miklós Kállay, s'était montré réticent à les déporter[6]. Adolf Hitler, craignant que la Hongrie ne veuille conclure des accords de paix avec les Alliés, ordonne l'invasion du pays[7].
En , des éléments du rapport Vrba-Wetzler (rédigé en avril par deux évadés d'Auschwitz qui décrivent en détail l'extermination des Juifs dans les chambres à gaz) sont diffusés et la pression diplomatique ainsi que le bombardement des Alliés sur Budapest convainquent Miklós Horthy, régent de Hongrie (en), d'ordonner l'arrêt des déportations le [8]. Les convois s'arrêtent trois jours plus tard et, à ce moment-là, la quasi-totalité des Juifs vivant dans les campagnes hongroises ont été emmenés[note 1].
Ces assassinats de masse déconcertent les historiens car ils sont perpétrés au moment où la Seconde Guerre touche à sa fin. Les Alliés ont déjà commencé la libération de l'Europe (le débarquement de Normandie a lieu le ) et, dans le monde, les gouvernements savent depuis des mois que les Juifs sont assassinés dans des chambres à gaz. La perplexité des historiens se reflète dans les longs débats sur les motivations du Troisième Reich à poursuivre ses opérations et pour déterminer si les gouvernements, journalistes et chefs de communautés auraient dû se mobiliser davantage pour diffuser l'information et désorganiser les massacres[10].
Population juive en Hongrie

D'après le recensement de 1941, la Hongrie compte 14 683 323 habitants, dont 725 005 se considèrent comme Juifs (soit 4,94 %) et 100 000 sont des « Juifs ethniques » qui se considèrent comme chrétiens. Après le traité de Trianon, plus de 400 000 Juifs vivent en Hongrie et 324 000 vivent dans les territoires acquis par la Hongrie en 1938 : 164 000 en Transylvanie du Nord (obtenue de la Roumanie), 146 000 en Haute-Hongrie (obtenue de la Tchécoslovaquie), 78 000 de la Ruthénie subcarpathique, ainsi que 14 000 dans la Bačka et d'autres territoires de la Yougoslavie[4].
Occupation allemande
Chronologie
- 4 juin 1920 : avec la signature du traité de Trianon, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire.
- 21 septembre 1920 : l'Assemblée nationale hongroise adopte la loi du numerus clausus, limitant l'accès aux études supérieures aux personnes de religion juive. Cette loi est abrogée en 1928.
- 29 mai 1938 : proclamation de la première loi antijuive.
- 5 mai 1939 : proclamation de la deuxième loi antijuive « sur la limitation de l'empiètement des Juifs dans la vie publique et économique ».
- 8 août 1941 : László Bárdossy promulgue la troisième loi antijuive « sur les dispositions de protection des races ».
- 27-28 août 1941 : À Kamianets-Podilskyï, la gendarmerie, la police et l'armée hongroise déportent entre 16 000 et 18 000 Juifs originaires de Hongrie, qui sont tous massacré par les einsatzgruppen allemands lors du massacre de Kamenets-Podolski.
- Janvier 1942 : la gendarmerie et les forces armées hongroises massacrent des partisans juifs et serbes dans la région de Novi Sad.
- 2 décembre 1942 : malgré les pressions allemandes, le gouvernement Kállay refuse de déporter les Juifs de nationalité hongroise.
- 16-17 avril 1943 : lors de l'entrevue au Château de Klessheim, en Autriche, entre l'amiral Horthy et Hitler[12], ce dernier critique violemment le gouvernement Kállay et réclame une « solution radicale » à la question juive.
- 19 mars 1944 : Opération Margarethe, consistant en l'invasion de la Hongrie par les troupes allemandes et l'installation, à partir du 22 mars, du gouvernement collaborationniste dirigé par Döme Sztójay.
- 31 mars 1944 : les Juifs sont exclus de la fonction publique et des comités artistiques ; les professions d'avocat et de journaliste leur sont également interdites.
- 5 avril 1944 : tous les Juifs de plus de 6 ans doivent porter l'étoile jaune.
- 15 mai 1944 : début de la déportation massive des Juifs hongrois vers Auschwitz, orchestrée par Adolf Eichmann avec l'aide active de l'administration hongroise. En seulement 56 jours et 147 convois, 437 402 Juifs sont déportés de Hongrie, dans ce qui devient l'opération d’extermination la plus intense de la Seconde Guerre mondiale.
- 2 juillet 1944 : l'aviation américaine bombarde Budapest.
- 6 juillet 1944 : l'amiral Horthy met fin aux déportations, mais les violences antisémites continuent dans la capitale.
- 9 juillet 1944 : Raoul Wallenberg rejoint la délégation suédoise à Budapest et, aux côtés d'autres diplomates étrangers, contribue au sauvetage de milliers de Juifs.
- 29 août 1944 : l'amiral Horthy démet de ses fonctions le gouvernement de Sztójay.
- 15 octobre 1944 : Horthy annonce sa décision de signer un armistice, mais les Allemands réagissent par l'opération Panzerfaust puis provoquent un coup d'État en plaçant au pouvoir Ferenc Szálasi, chef du parti fasciste des Croix fléchées.
- 6 novembre 1944 : début des marches de la mort vers la frontière allemande, au cours desquelles plusieurs milliers de Juifs de Budapest perdent la vie.
- 17 novembre 1944 : Szálasi publie un décret concernant « la solution à la question juive ».
- 29 novembre 1944 : création du ghetto de Budapest.
- 24 décembre 1944 : l'Armée rouge encercle Budapest, marquant le début de la bataille de Budapest.
- 18 janvier 1945-13 février 1945 : libération de Budapest et démantèlement du ghetto.
- mars-août 1946 : exécution des principaux criminels de guerre, parmi lesquels les anciens premiers ministres Szálasi et Sztójay.
Invasion
Le , Adolf Hitler convoque Miklós Horthy à une conférence en Autriche, où il exige une adhésion plus forte de la Hongrie. Horthy résiste mais ses efforts restent vains. Pendant qu'il est à la conférence, les chars allemands foncent vers Budapest et, le , le gouvernement de Döme Sztójay s'installe. Sztójay, parmi les premières mesures, autorise le Parti des Croix fléchées, qui ne tarde pas à s'organiser. Pendant les quatre journées d'interrègne après l'occupation allemande, le ministère de l'Intérieur est confié à Andor Jaross, secondé par László Endre et László Baky, politiciens d'extrême-droite dont l'hostilité aux Juifs est notoire.
Adolf Eichmann
Adolf Eichmann, envoyé en Hongrie pour superviser les déportations, s'installe avec son personnel à l'hôtel Majestic de Budapest. En moins de huit semaines sont imposés le port de l'étoile jaune, la ghettoïsation et la déportation contre les Juifs, avec l'appui enthousiaste des autorités hongroises, notamment la gendarmerie (csendőrség). Leur programme prévoit d'utiliser quatre trains par jour, composés chacun de 45 wagons à bétail, pour déporter chaque jour 12 000 Juifs vivant dans les campagnes, à partir de mi-mai ; puis, selon le plan, s'ensuivrait la déportation des Juifs de Budapest. Rudolf Höss, premier commandant d'Auschwitz, retourne au camp entre le et le pour surveiller l'arrivée et l'exécution des Hongrois[13]. Les nazis appellent donc ces assassinats Aktion Höss (en français : « opération Höss »)[14].
Déportations à Auschwitz

Premiers convois
Le premier convoi quitte Budapest le avec, à son bord, 1 800 hommes et femmes âgés de 16 à 50 ans et considérés comme valides pour le travail forcé. Un deuxième train quitte Topoly, le , avec 2 000 personnes à bord. Les déportés subissent la « sélection » à Auschwitz : 616 femmes et 486 hommes sont retenus pour le travail forcé, 2 698 sont envoyés en chambre à gaz[15].
Déportations de masse
Les déportations de masse (dont la première est organisée par le Reichssicherheitshauptamt)[16] commencent à quitter la Hongrie vers la Pologne le . Le gouvernement hongrois est responsable des convois jusqu'à la frontière Nord. Le chef de la station à Košice tient un registre des trains. Le premier train de marchandises passe à Košice le . Sur une journée ordinaire, il y a trois ou quatre convois avec, chacun, entre 3 000 et 4 000 victimes à bord. Pendant 33 jours, jusqu'au , 109 trains sont envoyés. Plusieurs fois, six trains sont envoyés dans la même journée.
Les premiers trains, qui comprennent chacun entre 40 et 50 wagons, arrivent à Auschwitz le . Après avoir retiré leurs affaires, les déportés sont rassemblés par groupes de cinq et emmenés aux fours crématoires. D'après Danuta Czech, dès la première nuit les fours crématoires émettent de la fumée[16].
D'après la résistance intérieure du camp d'extermination le , 300 000 Juifs de Hongrie sont arrivés au camp, à bord de 113 convois, entre le et le [17]. Le , d'après László Ferenczy, 147 convois avaient déporté 434 351 Juifs. D'après Edmund Veesenmayer, le nombre s'élève à 437 402[note 2],[note 3]. Environ 80 % des arrivants sont assassinés dès leur arrivée[3]. Comme les fours crématoires ne peuvent pas brûler les corps à cette cadence, des charniers sont creusés. Des photographies prises à Auschwitz (L'Album d'Auschwitz) trouvées après la guerre montrent l'arrivée des Hongrois au camp[20].
Sélections
Dans les prisonniers arrivant de Hongrie, 20 % sont gardés en vie pour être exploités soit en tant que travailleurs forcés soit pour des expérimentations médicales. Le , puis le , 2 000 victimes sont choisies pour être admises dans le camp[21]. Le , 963 victimes sont transférées d'Auschwitz I vers le camp de concentration de Mauthausen en Autriche[22] ; le , 2 000 autres hongrois sont envoyés à Buchenwald en Allemagne. Le jour suivant, les détenus hongrois dont le numéro commence par A sont déportés à Auschwitz III, camp de travail exploité par IG Farben[23] et 2 000 autres sont envoyés à Mauthausen le même jour et le [24].
Le , Miklós Nyiszli, qui travaille par la suite pour Josef Mengele, est admis avec son épouse et leur fille, même s'ils sont dispersés dans des parties différentes du même camp[22]. Tous les jumeaux présents dans les convois sont sélectionnés : Mengele est connu pour ses expériences sur les jumeaux. Le , tous les garçons hongrois nés avec un jumeau sont admis. Le , vingt filles et femmes ayant des jumelles sont sélectionnées[25].
Rapport Vrba–Wetzler
Juste avant le début des déportations, le rapport Vrba–Wetzler parvient aux Alliés. Ce rapport contient des descriptions détaillées des chambres à gaz et des exactions perpétrées dans les camps. Il est transmis à l'Ústredňa Židov par deux évadés d'Auschwitz, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler. Le fils et la belle-fille de Horthy reçoivent tous deux des exemplaires du rapport début mai, avant que ne commencent les déportations en masse[26]. Les renseignements fournis dans le rapport sur l'assassinat des Juifs tchèques à Auschwitz sont diffusés en Allemagne grâce au BBC World Service à midi le , assorti de l'avertissement que les Allemands devront en répondre après la guerre[note 4]. Se fondant sur ce rapport, les différents gouvernements occidentaux, notamment Pie XII le , Franklin D. Roosevelt le et Gustave V le , demandent à Horty de mettre fin aux déportations. Roosevelt émet des menaces de représailles armées et, le , Horthy ordonne d'arrêter l'envoi des trains[28].
Arrivée de familles juives hongroises à Auschwitz (mai 1944) Familles Pinkas et Gutmann de Máramaros, jugées « inaptes pour le travail », sont mises en attente près de la chambre à gaz no 4, Auschwitz-Birkenau (27 mai 1944) Arrestation de Juives, Budapest (octobre 1944) Arrestation de Juifs, Budapest (octobre 1944)
Initiatives de sauvetage
Comité d'aide et de sauvetage
Joel Brand
Joel Brand, l'un des principaux membres du Comité d'aide et de sauvetage, devient connu pour ses efforts de négociation avec Eichmann dans l'intention de mettre fin aux déportations. Lors d'une réunion avec Brand à Budapest le , Eichmann propose d'échanger un million de Juifs contre 10 000 camions des Alliés qu'il utilisera sur le front de l'Est[29]. Eichmann appelle ce projet « sang contre argent »[30]. Grâce à des papiers allemands, Brand se rend en Turquie pour transmettre la proposition à l'Agence juive, mais la négociation tourne court quand les Britanniques arrêtent Brand[31] et laissent filtrer certains détails dans les médias[32]. Le , The Times décrit cette affaire comme « l'une des plus haïssables » de la guerre et un « nouveau degré de fantasme et d'auto-duperie »[note 5].
Rudolf Kastner
Un autre membre du Comité d'aide et de sauvetage, Rudolf Kastner, participe aux négociations de Brand dans la proposition « sang contre argent » d'Eichmann et il parvient à conclure une affaire séparée avec Kurt Becher pour autoriser 1 685 Juifs à quitter la Hongrie pour aller en Suisse, en contrepartie d'argent et d'autres biens. Ce convoi est surnommé le « train Kastner ». Après-guerre, Kastner a témoigné en faveur de Becher et de certains autres nazis aux procès de Nuremberg[34].
Il négocie aussi le détournement de la déportation de 18 000 juifs de Hongrie vers le camp de Strasshof en Autriche, au lieu d’Auschwitz[35],[36].
Plus tard, Kastner migre en Israël, où il participe au Mapaï et exerce au service presse du ministère du Commerce et de l'Industrie[37]. En 1954, il est poursuivi d'après des accusations de collaboration avec les nazis. Il s'agit du premier grand procès sur la Shoah en Israël[38].
Raoul Wallenberg

Raoul Wallenberg, diplomate suédois, emploie son personnel pour préparer des passeports de protection (Schutzpass) délivrés sous l'autorité de la Suède ; cette initiative sauve des milliers de Juifs en Hongrie entre juillet et . Plusieurs lieux honorent sa mémoire et Yad Vashem lui décerne le titre de « Juste parmi les nations » en [40].
Débuts et voyages


Raoul Wallenberg est un Suédois issu d'une famille aisée de banquiers et d'industriels d'obédience luthérienne, avec une lointaine origine juive : le grand-père de sa grand-mère était un Juif du nom de Benedicks, émigré en Suède au XVIIIe siècle. Après ses études d'architecture, Wallenberg occupe plusieurs postes dont un dans une succursale à la Banque de Hollande à Haïfa en Palestine en 1935. Un autre le mène dans une société suédoise d'import-export d'aliments et friandises appartenant à un Juif hongrois, Koloman Lauer, qui, ne pouvant plus se déplacer en 1938 du fait des mesures antisémites, charge Wallenberg de voyager à sa place et l'associe à son entreprise. Au cours de ses voyages en France, en Allemagne ou en Hongrie sous l'occupation nazie, Wallenberg se familiarise avec la bureaucratie, les langues et prend conscience du malheur qui s'est abattu sur les Juifs d'Europe[41].
Diplomate à Budapest
En , Hitler envahit la Hongrie et commence à déporter les Juifs des campagnes vers Auschwitz sous la houlette de Adolf Eichmann. Le jeune Wallenberg, appuyé par Lauer, est alors choisi comme expert par l'américain Iver Olsen, délégué du War Refugee Board (WRB), et est nommé à 32 ans, premier secrétaire à Budapest d'une légation suédoise diplomatique ayant pour mission de sauver un maximum de Juifs de la « Solution finale »[41]. Dès son arrivée à Budapest en , Wallenberg emploie l’argent fourni par le WRB pour louer ou acheter une trentaine de bâtiments qu’il place sous immunité diplomatique - aidé en cela par le chef de la Croix-Rouge en Hongrie, Valdemar Langlet - où il installe des plaques indiquant « Bibliothèque suédoise » ou « Institut suédois de recherche » et y accroche des drapeaux suédois sur les façades. Ces Maisons de Suède sont des refuges qui, dans les derniers mois de la guerre, abriteront jusqu’à 15 000 personnes, les sauvant toutes d’une mort certaine[42],[41].
Sauvetage intensif de Juifs
A l'aide de son personnel comme le jeune diplomate Per Anger, il délivre des milliers de sauf-conduits, de « passeports de sûreté » ou « passeports de protection » ((hu)Schutzpass) qui identifient les Juifs hongrois comme sujets suédois en instance de rapatriement et les empêchent de porter l'étoile jaune ou d’être déportés.
Carl Lutz et son second Harald Feller de la légation suisse, ont également sauvé de nombreuses personnes (entre 46 500 et 62 000 personnes) de la même manière. Et l'homme d'affaires italien, Giorgio Perlasca, qui se faisait passer pour le consul d'Espagne, a lui aussi fabriqué de faux visas pour les Juifs[43].
Wallenberg s’assure lui-même que les personnes détentrices de ces documents soient immédiatement sorties des trains de déportation en apparaissant courageusement en personne sur les quais de gare, ou présentant des nouveaux passeports aux gardes de la Croix-Fléchée, impressionnés par sa puissance de conviction[44],[42].
Wallenberg n'utilise pas les voies diplomatiques habituelles mais son charisme, ses initiatives et son approche des problèmes (faux papiers, fausses promesses, pots de vin, menaces de dénonciation ou d'extorsion, bluff) obtenant succès, le personnel de la légation le soutient. Il soudoie notamment l'officier des Croix fléchées, Pa'l Szalay[45]. En , Raoul écrit à sa mère : « Nous avons tant à faire, que je travaille presque jour et nuit »[42],[41]. Après le coup d'Etat par les Croix fléchées en , plus antisémites encore que le précédent gouvernement, Wallenberg redouble d'efforts dans la fabrication de passeports de sûreté. Il sait que des dizaines de milliers de Juifs hongrois sont assassinés chaque jour dans les chambres à gaz d’Auschwitz et que l'extermination des Juifs poursuit aveuglément son cours. Pour sauver le plus de vies possible, Raoul Wallenberg obtient des informations lui permettant de stopper certaines exécutions sommaires sur les bords du Danube, de libérer des Juifs des prisons ; il soudoie des officiers chargés de l’acheminement des Juifs, en soustrait des marches de la mort en affirmant qu'ils font partie de ses « protégés », distribue des médicaments, des couvertures, en suivant en voiture des convois de familles marchant sans vivres, continue à distribuer des laissez-passer y compris lorsque les gardes des Croix fléchées le menacent de leurs armes, et recueille ces réfugiés dans les Maisons de Suède qu'il fait protéger par des gardes dignes de confiance car certaines ont été attaquées pour en tuer les Juifs qui y travaillaient ou s'y cachaient[42],[46].
Quand il apprend par ses contacts en qu'Eichmann a décidé d'exterminer les 100 000 Juifs restant à Budapest en comptant inciter aux pogroms du ghetto par les Croix Fléchées et la population locale, Wallenberg menace le Général Berhard Schmidthuber d'en être personnellement tenu responsable puis d'être pendu comme criminel de guerre. Le massacre est ainsi annulé[44].
Selon son ami et collègue, Per Anger, Wallenberg aurait en tout sauvé pas moins de 100 000 Juifs[47]. En tout cas, 120 000 Juifs ont survécu à l'extermination nazie en Hongrie dont 97 000 à Budapest.
Disparition inexpliquée

A l'arrivée des troupes soviétiques, Raoul Wallenberg disparaît après son arrestation, le . Pendant dix ans, les Soviétiques nient toute implication puis annoncent que Wallenberg serait mort d'une crise cardiaque en prison en 1947 (à l'âge de 35 ans), et plus tard qu'il aurait été exécuté en URSS, alors que d'anciens prisonniers affirment qu'ils l'ont croisé en prison, encore les années suivantes. Il est fort probable que les Russes n'aient pas pu comprendre qu'un homme ait tant risqué sa vie pour le sauvetage de Juifs et aient pensé qu'il ne pouvait être qu'un espion américain, pour l'emprisonner et l'exécuter[47]. En 1953, face aux pressions, les communistes tentent de repousser les soupçons et s'emparent du séculaire bouc émissaire en arrêtant des Juifs hongrois dits sionistes qu'ils torturent (l'un d'eux en mourra) et font comparaître lors de procès spectaculaires pour qu'ils avouent avoir tué le diplomate suédois, alors que les Russes avaient eux-mêmes soutenus qu'il était mort dans leurs propres geôles[48]. Des décennies plus tard, la vérité a du mal à émerger et une partie de la famille de Wallenberg la cherche encore désespérément[44].
Train d'or hongrois
Le train d'or hongrois est un convoi, organisé par les nazis, qui transporte des biens volés, principalement aux Juifs de Hongrie ; il traverse la Hongrie pour rejoindre Berlin en 1945. Le train est saisi par la Septième armée (États-Unis) (en) et par la suite, aucun des biens pillés n'est restitué en Hongrie ni remis aux proches survivants des propriétaires[49].
Survivants
Environ 119 000 Juifs sont libérés à Budapest (25 000 dans le petit ghetto « international », 60 000 dans le grand ghetto et 25 000 qui se cachent avec de faux papiers) ; en outre, 20 000 ont survécu aux camps et 5 000 au travail forcé[50]. Randolph Braham estime qu'un peu plus de 564 000 Juifs hongrois sont morts entre 1941 et 1945[51]. La population hongroise compte plus de 800 000 Juifs en 1941-1944 ; environ 255 500 ont survécu[50].
