Dépôt de Larnaud
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le dépôt de Larnaud est un trésor archéologique mis au jour fortuitement en 1865 à Larnaud, dans le département français du Jura. Selon les décomptes, il est riche de 1784 à 1858 objets en bronze, pour un poids total de 66 kg, qui sont dispersés très rapidement après la découverte. Depuis 1867, près de 1500 objets se trouvent au Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, tandis qu'environ 300 sont conservés au musée de Lons-le-Saunier. La richesse du dépôt pousse Gabriel de Mortillet, chargé des collections préhistoriques du musée de Saint-Germain, à créer en 1875 le terme de « Larnaudien » pour désigner la fin de l'âge du bronze. Si cette chronologie n'a plus cours, le dépôt de Larnaud reste considéré comme un archétype de la « cachette de fondeur ». Ce dépôt, considéré comme une référence, a donné son nom à la « culture du Larnaudien de Gabriel de Mortillet », et a crédibilisé l’emploi de l’expression cachette de fondeur.
Le dépôt est découvert fortuitement le 10 mars 1865 par un paysan sarclant son champ au lieu-dit « Aux Genettes » ou « La Grande Vernée » de la commune de Larnaud, située dans la plaine de Bresse et au pied des plateaux du massif du Jura. Le premier objet en cuivre est découvert à 30-40 cm de profondeur, ce qui excite la curiosité des travailleurs, qui mettent au jour en une heure le reste du dépôt, entassé dans un volume d'environ 1 m3[1].
Les curieux affluent sur le lieu de la découverte et emportent chacun des objets comme souvenirs. Le lendemain, le père du découvreur apporte un objet à un chaudronnier de Lons-le-Saunier, qui reconnaît du bronze, et le redirige vers un archiviste et archéologue local, Robert Zéphirin, conservateur du musée départemental. Ce dernier achète au prix du métal l'ensemble, pesé à 57,5 kg. Dans les jours qui suivent, la famille du découvreur lui rapporte encore 9 kg d'artefacts. Robert Zéphirin entreprend de retrouver les objets éparpillés, mais malgré ses efforts, le dépôt reste incomplet, comme c'est souvent le cas pour les dépôts de l'âge du bronze trouvés au XIXe siècle[2].
Le 9 avril 1866, soit un an plus tard, les circonstances de la découverte sont consignées dans un procès-verbal établi devant notaire par les maires de Larnaud et Lons-le-Saunier, puis publiées en 1867 par un historien local, G. Rebour fils, dans les Mémoires de la Société d'émulation du Jura, sous le titre « Découverte d'une fonderie celtique (âge de Bronze) dans le village de Larnaud près de Lons-le-Saunier (Jura) en 1865 ». Lors de l'Exposition universelle de 1867, les objets rassemblés par Robert Zéphirin sont exposés à destination des archéologues dans un magasin parisien. Après des tractations parfois houleuses, ils sont vendus la même année au musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye[1].
Contexte
Le site se trouve à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Lons-le-Saunier, au débouché des vallées de la Seille et de la Vallière où se situent bon nombre de dépôts et de sites datant de la fin de l'âge du bronze[3].
Inventaire

L'inventaire dressé par G. Rebour fils fournit deux chiffres contradictoires : 1 784 ou 1 858 pièces au total. En 1876, Gabriel de Mortillet, conservateur du musée de Saint-Germain, propose l'inventaire suivant :
- 934 objets exposés dans « la vitrine spéciale du musée » ;
- 61 « disséminés dans les séries générales » ;
- 490 « en double » dans les réserves ;
- 315 culots de fonte et « débris insignifiants » (pour un total de 8,5 kg) remis à l'atelier du musée comme métal à fondre ;
- une trentaine confiés à des chimistes pour analyse du métal.
Il s'y ajoute des objets utilisés comme monnaie de transaction avec d'autres musées. Une partie du dépôt de Larnaud s'est ainsi trouvée dans les musées de Lons-le-Saunier et Besançon, au Musée dauphinois de Grenoble et au Musée savoisien de Chambéry[1], avant de revenir au musée de Saint-Germain[3].
En 2023, une analyse portant sur 1 495 objets, pour un poids total dépassant les 50 kg de bronze, propose l'inventaire suivant :
- environ 700 objets de parure : bracelets, boutons, perles, épingles, ceintures, etc. (16% de la masse totale) ;
- environ 300 outils : haches, couteaux, faucilles, ciseaux, scies, etc. (30% de la masse totale) ;
- plus de 200 éléments liés à la métallurgie : lingots, gouttes, barres, tiges, masselottes (40% de la masse totale) ;
- environ 100 pièces d’assemblage : maillons, anneaux, clous, rivets, rondelle, etc. ;
- plus de 100 armes : pointes de lance, épées, poignards, armatures de flèche, bouterolles et fourreaux ;
- une dizaine de fragments de vaisselle ;
- une dizaine d’éléments de char ;
- une centaine de fragments de fonction inconnue[3].
La différence entre la répartition par nombre d'objets et la répartition par masse s'explique notamment parce que la plupart des objets sont fragmentaires et que seuls 8,5% d'entre eux sont entiers et intacts[3]. Ainsi, sur les 223 bracelets provenant de Larnaud dans les collections du musée d'Archéologie nationale, 70% sont brisés[1]. Certains éléments de parure ne sont plus que des petits morceaux de quelques grammes. De ce fait, la trouvaille de Larnaud a été décrite comme une cachette de fondeur, c'est-à-dire un ensemble de débris métalliques collectés pour être refondus[4]. Toutefois, la plupart des fragments portent des traces de cassure volontaire, caractéristique présente dans d'autres dépôts de l'âge du bronze et d'autant plus difficile à interpréter que le contexte archéologique de ces découvertes est souvent mal connu[3].