Désengagement moral

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Le désengagement moral est un concept de psychologie sociale qui désigne les processus cognitifs par lesquels une personne suspend ou neutralise ses propres standards éthiques afin d’accomplir (ou tolérer) des actes contraires à sa morale sans éprouver de culpabilité. Le concept a été formalisé par le psychologue Albert Bandura dans le cadre de sa théorie sociocognitive ; il décrit la manière dont des mécanismes d’auto-justification désactivent temporairement l’autorégulation morale et la dissonance cognitive associée aux conduites dommageables[1],[2].

Dans la théorie sociocognitive, l’agentivité morale repose sur des mécanismes d’auto-observation, de jugement et d’auto-réaction. Le désengagement moral intervient quand ces mécanismes sont sélectivement court-circuités, permettant de reconfigurer cognitivement un acte nuisible en acte acceptable, sans modification des standards moraux eux-mêmes[1],[3].

Mécanismes cognitifs

La littérature distingue des mécanismes, souvent combinés, qui facilitent la suspension des auto-sanctions morales[1],[4] :

  • Justification morale (présenter l’acte comme poursuivant un but supérieur) et comparaison avantageuse (le « moindre mal ») ;
  • Euphémisation (lexique atténué : « dommages collatéraux », etc.) ;
  • Déplacement (obéissance à l’autorité) et diffusion de la responsabilité (effet de groupe) ;
  • Minimisation ou déni des conséquences (ignorer ou relativiser les torts causés) ;
  • Déshumanisation de la victime (la considérer comme moins humaine) et blâme de la victime.

Ces procédés réduisent la dissonance entre croyances morales et action, et empêchent l’activation de l’autocensure[1].

Contextes d’application

Domaine militaire et politique

Les justifications morales (cause supérieure, sécurité) et la comparaison avantageuse sont documentées pour expliquer l’acceptation de violences en contexte de conflit et la légitimation de mesures coercitives[1],[3].

Monde du travail et organisations

Dans les organisations, l’euphémisation (jargon), la diffusion du blâme (processus collectifs) et la minimisation des dommages contribuent à la tolérance de pratiques non éthiques (fraude, risques sanitaires ou environnementaux)[3].

Sphère scolaire et numérique

Dans le harcèlement et le cyberharcèlement, la déshumanisation, la minimisation et le blâme de la victime apparaissent comme des prédicteurs de comportements agressifs[4],[5].

Sport

Des échelles francophones mesurent le désengagement moral en sport et mettent en évidence son lien avec la tricherie ou l’acceptation d’actes antisportifs[6].

Réception et limites

Le concept est largement mobilisé en psychologie sociale et appliquée. Des discussions portent sur (1) la spécificité des mécanismes par rapport à d’autres modèles (p. ex. la dissonance cognitive), (2) la mesure (validité des échelles selon les contextes culturels ou sectoriels) et (3) le risque d’explication a posteriori lorsque l’on infère le désengagement à partir des seuls récits justificatifs des acteurs[2],[6].

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

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