Edgardo Greco

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Edgardo Greco, né le à Cosenza et mort le à Corbas, est un criminel italien de haut rang de la 'Ndrangheta, la mafia calabraise[1]. Condamné en Italie, il fuit la justice italienne en pour rejoindre l'Allemagne, l'Autriche puis la France, vers sous fausse identité[2]. Il est retrouvé des années plus tard à Saint-Étienne (Loire, 42), gérant une pizzéria[3]. Arrêté en , après seize ans de cavale, il décède en détention deux ans plus tard, à 66 ans, ayant refusé à de multiples reprises son extradition en Italie[4].

Il était notamment connu en Italie pour la crainte qu'il inspirait aux clans mafieux adverses, s'étant démarqué comme homme de main au lourd passé criminel, ce qui lui a permis d'atteindre les hautes sphères de l'influente organisation 'Ndrangheta, la plus puissante de la Catanzaro dans les années [5].

Parcours en italie

Jeunesse

Faits en bref Naissance, Décès ...
Edgardo Greco
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Biographie
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Greco est né le en Italie. La presse française ne rapporte peu d'éléments avant son ascension criminelle dans les années . Selon Marisa Manzini, Procureure adjointe du Parquet de Catanzaro, région d'où est originaire Greco, ce dernier aurait eu de premières expériences en restauration. Le Directeur de la Police Judiciaire de Saint-Etienne explique que son implication dans la mafia trouve certainement une racine familiale, étant né dans une des quelques familles dirigeant le clan. Le choix d'éviter l'activité criminelle n'aurait pas été envisageable dans une telle famille, dont l'engagement est fondamental[6].

Premiers braquages et guerre des mafias

Initié à la criminalité sans doute en raison de la forte implication familiale, Greco monte d'un cran dans cette activité en braquant des fourgonnettes de transferts de fonds, et de banques, dans les années , à Cosenza, sa ville d'origine. En pleine guerre de la mafia, agressé par le clan Pino-Sera, il se réfugie dans le clan adverse, que sa famille connaitrait : Perna-Pranno. Ce clan est le plus puissant de la région de Cosenza. Enchainant les coups criminels, il se retrouve en détention. Il manque de peu d'assassiner au couteau Franco Pino, patron de la mafia éponyme, lors d'une promenade. Cette initiative lui confère une aura de « tueur des prisons ». Il est alors sous l’œil attentif de la Direction Départementale Anti-Mafia, de Catanzaro, le chef-lieu de la région nord de la Calabre[6]. À cette époque, il est considéré comme l'homme de main au service de

Double assassinat

Sorti de prison quelques années plus tard, il donne rendez vous, le , à deux frères mafieux, Giuseppe et Stefano Bartolomeo, dans une poissonnerie. Ces deux derniers ont fait entendre leur souhait d'autonomie dans leur activité criminelle dans le clan, qui est considéré comme une trahison. Ils tombent dans une embuscade préparée par Greco, qui les assassine à coups de barres de fer. Non satisfait de seulement enterrer leurs corps, Greco revient trois ans plus tard les déterrer, et pour éliminer définitivement les preuves, il les dissous à l'acide[6].

Arrestation et condamnation

Il est par la suite arrêté. Face au carabiniers italiens, il accepte dans un premier temps de coopérer, espérant une remise de peine, puis se rétracte. Il est entendu à plusieurs reprises. En 2006, Greco est condamné à la perpétuité pour le double meurtre des deux frères pré-cités en et pour une tentative de meurtre en [2].

Condamné, il profite d'une garde à vue ultérieure pour s'échapper[2]. Il commence ainsi une cavale, d'abord en Allemagne, puis en Autriche, avec des passages dans les pays d'Europe du Nord, puis en France, au début des années 2010[7]. Il coupe tout contact avec sa famille pour éviter d'être repéré, abandonnant celle ci.

En France

Fuite

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour ses crimes en Italie en , Greco fuit l'Italie pour échapper à la justice italienne. Il passe par l'Allemagne et les pays nordiques, avant se s'installer dans la Loire, en France. En , la justice Italienne diffuse alors une notice rouge d'Europol (un mandat d'arrêt Européen) par le Parquet de Catanzaro[8]. Interpol le qualifie alors de « dangereux » dans la diffusion de la notice rouge.

Cavale

En France depuis le milieu des années , Greco refait sa vie sous une fausse identité[9] : il se fait appeler « Paolo Dimitrio », ou encore « Rocco ». Il usurpait l'identité d'un criminel originaire des Pouilles, mafieux également en cavale, dans un autre pays[2]. Il travaille pour différentes pizzerias dans la région stéphanoise, et a tendance à se faire discret pendant de longues années[6]. Il noue des contacts complices avec la mafia, bien qu'il se fasse discret. La communauté italienne étant importante en France. Selon le dossier judiciaire, il serait en France depuis neuf ans lors de son arrestation, bien qu'il prétende y être depuis seize ans.

Identification

Selon Le Monde, Greco est identifié grâce à un logiciel de reconnaissance faciale, sillonnant en permanence les images publiées sur Internet, pour identifier des fugitifs, en établissant une correspondance selon leurs photos issues du dossier judiciaire[6].

Deux éléments déclencheurs vont permettre cette identification.

Opération I-CAN

Tout d'abord, initiée à partir de , les limiers de la police italienne mettent en place l'opération I-CAN (pour Coopération Interpol contre la 'Ndrangheta[10]), servant à retrouver les mafieux fugitifs de la 'Ndrangheta dans le monde, dont Greco[11]. Il s'agit notamment d'accompagner des recherches poussées par un logiciel informatique, épluchant les différentes photos trouvées sur Internet, notamment à l'heure de la presse en ligne et des réseaux sociaux[6].

Journal local

À cette même période, Greco va se laisser séduire par une publicité visuelle dans le journal local Le Progrès. Il s'affiche ainsi en pleine page[12], tout sourire[13], pour une interview, le [14]. Cette photo va être repérée en quelques semaines sur Internet par le logiciel de police italien[15], qui va rapporter la publication aux enquêteurs Italiens. Ils vont prévenir en conséquence, en passant par Europol, leurs relations policières frontalières, avec la France[6].

Quelques années après l'interview, la journaliste qui l'avait photographié précisera que le pizzaiolo refusait obstinément de baisser son masque chirurgical, semblait crispé et perturbé. L'interview a notamment lieu en pandémie de Covid-19. Elle finira par obtenir un cliché sans masque, mais sera surprise de le voir filer en cuisine juste après. Elle ajoute qu'il parlait peu parce qu'il ne parlait pas très bien français[16]. La journaliste répond dans Libération, avoir mis en avant cet établissement car son gérant peinait à s'en sortir, avait une certaine notoriété, à une période où les commerces stéphanois fermaient les uns après les autres en raison de la pandémie, ce qui aurait touché la journaliste.

L'enquête démontera que le chef pizzaiolo avait également été photographié pour le magazine Lyon People en [17], bien que le cliché publié soit passé sous les radars policiers[18].

Arrestation et détention en France

Greco est arrêté à 1h45 du matin[19], le [20], par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), alors qu'il quitte son service, à Chateaucreux[16]. Son arrestation, sur ordre de la BNRF, suit la requête italienne. L'arrestation est saluée par Matteo Piantedosi, ministre italien de l'Intérieur[2]. Ses collègues et son associés, également présents et ébahis lors de l'arrestation, tombent des nues, décrivant à l'unanimité un comportement motivé, impeccable et discret[18].

Les policiers de la BNRF avaient repéré ses habitudes quotidiennes depuis plusieurs jours. Il travaillait alors à L'Agora, une Pizzeria de Chateaucreux[16] qui l'avait recruté. Il résidait dans un petit appartement, dans le centre-ville de Saint-Étienne. Il avait déjà officié comme pizzaiolo depuis plusieurs années dans la région stéphanoise, notamment au Caffé Rossini Ristorante, dont il a été gérant de juin à novembre [8], fermé rapidement à cause de la pandémie[21].

Lors de l'arrestation, les policiers français sont accompagnés de carabiniers venus spécialement de Cosenza pour l'occasion. Un policier français se rappelle[19] : « Il paraissait fatigué, il avait l’air soulagé d’être arrêté. Il a tout de suite reconnu les faits ». Auditionné par les policiers, il reconnait le double meurtre, et sa participation à d'autres. L'audition précise qu'il a transité par l'Allemagne, l'Autriche et les pays nordiques durant sa cavale[22].

Selon son avocat, le pizzaiolo aurait multiplié les recours pour sortir de détention[23]. La plateforme Netflix aurait même envisagé d'adapter son histoire sur le petit écran[24].

Greco est depuis cette date, incarcéré dans la maison d'arrêt de Lyon-Corbas (Rhône, 69)[25]. Pendant près de deux ans, il enchaîne les recours contre une extradition vers l'Italie. Une première erreur de procédure est notamment soulignée par la justice française, Le Progrès cite : « il aurait dû être interpellé sur la base d’une demande d’extradition de la part des autorités italiennes et pas dans le cadre d’un mandat d’arrêt européen». Car les faits reprochés à Edgardo Greco remontent à 1991, avant l’entrée en vigueur, le 1er novembre 1993, du traité de Maastricht créant l’Union européenne »[26].

Mi-, la Cour d'Appel de Lyon valide son extradition, mais Greco se pourvoit en Cour de Cassation[27]. Le gouvernement français avait cependant validé par décret son transfert vers l'Italie en début d'année. L'extradition sera interrompue en raison du décès de Greco.

Mort

Il décède d'une crise cardiaque à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas (Rhône, 69) le dimanche peu avant 8 heures, toujours en détention. Il était déjà tout juste soigné d'un cancer avant son arrestation, selon son avocat. Son codétenu aurait donné l'alerte, mais l'intervention médicale des surveillants n'aura pas permis de le sauver[28].

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Références

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