Effet gourou

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L'effet gourou est un mécanisme psychologique qui amène certains individus à admirer et à juger paradoxalement profonds des énoncés qu’ils ne comprennent pas[1],[2]. Ce concept permet d’expliquer pourquoi certains auteurs voient leur autorité renforcée en vertu de l'obscurité de leurs énoncés[1].

La notion d'effet gourou est théorisée par Dan Sperber. L'effet gourou repose sur trois composantes : un énoncé ou un texte obscur[1], une figure d’autorité et un auditeur ou lecteur qui a confiance en cette autorité[1]. Pour Sperber, « par "gourou", il faut entendre "maître à penser" et non "maître spirituel dans la tradition brahamique" »[1].

Le mécanisme est le suivant : lorsqu’une figure d’autorité énonce quelque chose d’obscur, l’auditeur qui a confiance en cette autorité va juger profond ledit énoncé, et cela même s’il ne le comprend pas[3]. Comme le précise le chercheur, il y a de nombreux cas où ce mécanisme ne pose aucun problème et contribue même à faciliter les interactions et la compréhension du monde par les individus[1]. Sperber souligne notamment qu'il est courant de se reposer sur l’autorité d’un individu pour former des croyances[3]. Selon ce dernier, le mécanisme de l'effet gourou peut cependant amener une personne à entrer dans un cercle vicieux : plus elle interprète favorablement un énoncé obscur, plus cela renforce l’autorité qu'elle accordait déjà à la source[4]. Cette autorité accrue facilite ensuite une interprétation encore plus favorable du prochain énoncé obscur, et ainsi de suite. Par conséquent, Sperber affirme que les individus peuvent être amenés à encenser une personne et à lui accorder énormément d'autorité simplement parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'elle raconte[4].

Sperber précise que l’effet gourou concerne tout aussi bien des « gourous honnêtes »[1], qui n’ont pas l’intention de tromper, mais qui profitent tout de même de l'effet du mécanisme, que des gourous malhonnêtes, qui exploitent ce mécanisme à des fins manipulatoires[1].

La théorie de l'effet gourou est par ailleurs reprise par Sebastian Dieguez, neuroscientifique et chercheur au Laboratoire des Sciences Cognitives et Neurologiques de l’Université de Fribourg[5]. Selon ce chercheur, l'effet gourou permet d'expliquer les mécanismes de réception et de production du bullshit[2]. Selon Dieguez, le caractère obscur des énoncés est une composante essentielle de l'effet gourou, et il caractérise aussi le bullshit[2]. Il affirme que les énoncés obscurs dont il est question dans l'effet gourou s'avèrent souvent être du bullshit. Par conséquent, pour Dieguez, s'intéresser à l'effet gourou, c'est aussi s'intéresser à la production de bullshit et comprendre comment il se répand[2].

La compréhension de l'effet gourou permet également de prendre connaissance des biais psychologiques qui peuvent intervenir dans les réflexions humaines. De fait, l'effet gourou est repris et vulgarisé par plusieurs chercheurs et chercheuses, notamment par le psychologue et chercheur Nicolas Gauvrit, afin d'étudier et de défendre l'esprit critique[6],[7],[8].

Effet gourou inverse

Voir aussi

Références

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