Effets non linéaires en catalyse asymétrique

From Wikipedia, the free encyclopedia

En catalyse asymétrique (également appelée catalyse énantiosélective), un effet non linéaire fait référence à un processus dans lequel l'énantiopureté du catalyseur (ou de l'auxiliaire chiral) n'est pas proportionnelle à l'énantiopureté du produit obtenu[1],[2].

Une réaction asymétrique catalytique peut être représentée suivant l'équation chimique suivante :

Un substrat prochiral va réagir avec un réactif en présence d'un catalyseur chiral caractérisé par son énantiopureté (ou excès énantiomérique eeL). Le produit de la réaction sera ainsi chiral avec une certaine énantiopureté (ou excès énantiomérique eeProduit). Par exemple, on s'attendrait à ce qu'un catalyseur énantiopur (de 100 % d'excès énantiomérique) générant un produit avec 90 % d'excès énantiomérique devrait générer ce même produit avec un ee de 45 % si le catalyseur avait un ee de 50 %.

La linéarité peut être exprimée mathématiquement avec l'équation :

.

Pour une réaction asymétrique idéale, le eeProduit peut être décrit comme le produit de ee0 multiplié par le eeL (ee0 est la valeur de l'excès énantiomérique du produit obtenue avec le catalyseur énantiopur). Donc eeproduit = 0,9 × 0,5 = 0,45, soit 45 % ee.

« Ce ne sera pas le cas pour les réactions présentant des effets non linéaires. »[3] Une énantiosélectivité supérieure (ou inférieure) à la valeur proportionnelle de l'excès énantiomérique du catalyseur est considérée comme un comportement non usuel. Cet écart par rapport à la linéarité est appelé « effet non linéaire » ou « NLE »[4].

Les phénomènes non linéaires seront observés dans des réactions avec une composition de catalyseur ou de réactif scalémique. Cela a été observé pour la première fois par Wynberg et Feringa en 1976 en synthèse asymétrique[5]. Les concepts et les premiers exemples expérimentaux des effets non linéaires en catalyse asymétrique ont été ensuite rapportés et rationalisés par Henri B. Kagan au milieu des années 1980[6]. Les définitions générales et les modèles mathématiques sont essentiels pour comprendre ces effets et leur implication dans des réactions chimiques énantiosélectives. Au cours des dernières décennies, l'étude des effets non linéaires a permis d'élucider le mécanisme de diverses réactions et de guider les applications synthétiques.

Effet non linéaire positif, (+)-NLE

Figure 1. La relation entre le eeproduit et le eeL dans les scénarios (+)-NLE, linéaire et (−)-NLE (note : eemax = ee0).

Un effet non linéaire positif, (+)-NLE, est présent dans une réaction asymétrique qui démontre un ee du produit (eeProduit) plus élevé que prévu par rapport à une situation linéaire idéale (cas A au lieu du cas B, figure 1). Il s'agira d'une amplification asymétrique. Un exemple d'effet non linéaire positif est observé dans le cas de l'époxydation de Sharpless avec le substrat géraniol[6].

Effet non linéaire négatif, (−)-NLE

Un effet non linéaire négatif (ou épuisement asymétrique) est présent lorsque le eeproduit est inférieur à celui prédit par une situation linéaire idéale (cas C au lieu du cas B, figure 1). Contrairement à un (+)-NLE, un (-)-NLE entraîne une vitesse de réaction globale plus rapide et une diminution de l'énantiosélectivité. Un exemple intéressant d'un effet (-)-NLE a été rapporté dans les oxydations asymétriques de sulfure.

Effet non linéaire hyperpositif et énantiodivergent

Au-delà des effets non linéaires positifs ou négatifs, il existe des cas atypiques qui sont brièvement décrits dans cette section.

-Un effet non linéaire hyperpositif fait référence à un cas où le catalyseur chiral, lorsqu'il n'est pas énantiopur, peut être plus énantiosélectif que son homologue énantiopur. Ce cas a été déduit pour la première fois des modèles théoriques proposés par H. Kagan en 1994 (c'est-à-dire le modèle ML3)[1]. Le premier exemple expérimental d'un effet non linéaire n'est observé qu'en 2020 par S. Bellemin-Laponnaz, mais avec un mécanisme qui s'avère différent de la proposition originale de Kagan[7].

-Un système catalytique qui génère l'un ou l'autre énantiomère du produit en modifiant uniquement l'excès énantiomérique du ligand (sans changer l'énantiomère principal) est appelé un effet non linéaire énantiodivergent. Le premier exemple expérimental a été décrit en 2002[8]. Le mécanisme qui pourrait expliquer ce type de comportement semble être le même que pour les effets non linéaires hyperpositifs[9].

Modélisation des effets non linéaires

Exemples expérimentaux d'effets non linéaires et comparaison avec les modèles cinétiques

Références

Related Articles

Wikiwand AI