Elisabeth Selbert

personnalité politique allemande From Wikipedia, the free encyclopedia

Elisabeth Selbert, née Martha Elisabeth Rohde le à Cassel et morte dans la même ville le , est une avocate et femme politique allemande.

Décès
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CasselVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Martha Elisabeth RohdeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Faits en bref Membre du Parlement de Hesse, Naissance ...
Elisabeth Selbert
Fonction
Membre du Parlement de Hesse
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 89 ans)
CasselVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Martha Elisabeth RohdeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Conjoint
Adam Selbert (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Distinctions
Vue de la sépulture.
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Elle a fait partie des quatre « mères de la Loi fondamentale » allemande demandant l'égalité des genres.

Biographie

Jeunesse et début de carrière

Martha Elisabeth Rohde naît à Cassel (Hesse), le , de Georg Rhode et Eva Elisabeth Sauer. Elle est élevée dans une famille de tradition chrétienne, appartenant à la petite bourgeoisie allemande, et doit , comme toutes les filles, finir l'école sans diplôme du baccalauréat, expérience qu'elle qualifie plus tard d'« injustice amère ». Elle fréquente ensuite une école pour l'éducation des femmes à Cassel[1]. En raison du manque d'argent, elle ne peut réaliser de longues études pour devenir enseignante, et réalise donc des petits travaux qui sont interrompus par la guerre. En 1916, elle obtient un poste dans un bureau de télégraphie[2]. Elle y rencontre Adam Selbert, qui devient son mari en 1920.

Surnommé le « fonctionnaire rouge », il lui transmet son intérêt pour la politique et elle rejoint le SPD en 1918. Elle s'engage pour la mobilisation des femmes et la promotion de leur droit de vote. Dès 1919, elle occupe le poste de conseillère municipale de Niederzwehren et participe en tant que déléguée à une conférence des femmes[1].

Parallèlement à l'éducation de ses deux fils, elle reprend ses études et devient, en 1926, la première femme à Cassel à obtenir son Abitur en candidate libre[1]. En 1929, elle entame alors des études de droit dans les universités de Marbourg et Göttingen, et devient docteure grâce à une thèse sur le thème « L'altération du mariage comme motif de divorce »[2].

Sous le Troisième Reich

En mars 1933, lors des élections législatives allemandes, Selbert se présente comme candidate dans sa circonscription, avec l'étiquette du SPD, mais n'est pas élue. La même année, c'est son mari qui est élu adjoint au maire de Niederzwehren[2].

Peu de temps après, dès le début du régime nazi, son mari est licencié puis déporté dans le camp de concentration de Breitenau, car il est considéré par le régime comme un « Rouge ». Elle parvient à le faire libérer sur « motifs juridiques » après un mois de détention[3], mais il continue à subir l'oppression et ne parvient pas à retrouver un travail[2].

Elle réussit à passer son deuxième examen de droit en 1934, mais les opportunités pour les femmes d'exercer un métier, encore plus dans le droit, se réduisent sous la pression nazie. En décembre 1934, la loi interdit officiellement aux femmes d'exercer comme avocates, mais cela n'arrête pas Selbert qui est tout de même admise le , contre l'avis du bureau des avocats, du Président du bureau d'examen judiciaire du Reich, et du Gauleiter[3]. Le président du tribunal étant en voyage d'affaires, deux juges lui annoncent officiellement son admission, et son père, huissier, soutient la décision. Son mari ne gagnant qu'une faible pension, elle est la principale source de revenu de la famille[3].

Elle s'installe en tant qu'avocate dans un cabinet qu'elle a racheté à deux confrères juifs, Karl Elias et Leon Roßmann, contraints d'émigrer en raison des persécutions[4]. Elle évoque plus tard son profond dégoût pour l'antisémitisme et l'exclusion, expliquant que les biens qu'elle a acquis ont été rachetés à un bon prix[4],[5].

Son cabinet d'avocats prospère. Elle s'occupe le plus souvent du droit de la famille, et arbitre des mariages et des divorces, affaires influencées par l'idéologie nazie. Cependant, elle se refuse à traiter les affaires en lien direct avec la politique en raison de ses opinions personnelles et se tient éloignée des procès, notamment pour haute trahison. Son activité est décrite par Heike Drummer et Jutta Zwilling comme une « marche sur la corde raide »[3]. Toutefois, selon Selbert, les Nazis ne parviennent à s'assurer le contrôle de l'institution judiciaire qu'à partir de 1938, moment où elle et plusieurs collègues entrent activement en résistance. Ils utilisent leurs fonctions au tribunal pour alléger les peines des militants politiques de leur entourage, voire les acquitter[3].

Elle est toutefois contrainte, en raison de son activité dans les affaires juridiques concernant le patrimoine des Juifs, de se rendre « complice des actions criminelles de l'époque nazie », afin notamment de protéger sa famille. Cela l'affecte émotionnellement. Pour éloigner les soupçons, elle adhère en 1938 au Secours populaire national-socialiste. Elle défend plusieurs de ses collègues enrôlés dans la Wehrmacht, de 1940 à 1943[3].

En 1943, son bureau à Cassel est détruit dans un bombardement allié, et la situation empire en 1944 ; Selbert est obligée de travailler depuis son appartement. En l'absence de leurs deux fils, envoyés au front, Elisabeth et Adam Selbert décident de s'éloigner de la ville et se réfugient à Melsungen, à une vingtaine de kilomètres de Cassel, à l'hôtel Lindenlust[3].

L'Après-guerre

Photographie d'une statue en bronze marron dans une rue, représentant une femme marchant, un livre à la main.
Statue en bronze d'Elisabeth Selbert sur la Scheidemann-Platz à Cassel.

Après la guerre, Elisabeth Selbert continue son travail d'avocate et reprend son activité politique. Elle joue un rôle important dans la refondation du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD)[3].

En 1948, elle est envoyée à Bonn pour participer au Conseil parlementaire rédigeant la Loi fondamentale de la République fédérale d'Allemagne, la nouvelle Constitution de la RFA. Parmi 65 députés, Selbert et ses trois consœurs Frieda Nadig (SPD), Helene Weber (CDU) et Helene Wessel (centre) font en sorte d'inclure dans le texte la reconnaissance de l'égalité de droits entre les hommes et les femmes[6]. Elles gagnent le surnom de « Mütter des Grundgesetzes » (litt. « Mères de la Loi fondamentale »)[3]. Consciente que l'intérêt des Allemandes se porte moins sur les droits des femmes que la reconstruction du pays à cette époque, elle continue pendant des dizaines d'années de mettre ce thème en valeur dans son travail[1].

Selbert échoue de peu aux élections du premier Bundestag allemand. Elle se concentre alors sur son travail au Parlement régional de Hesse[6].

Selbert est au cœur du débat sur la Treuhändergesetz (litt. « loi sur les fiduciaires »). Elle défend les Allemands ayant « acquis des biens juifs de bonne foi et loyalement » mais évoque le rôle joué par le pouvoir judiciaire dans les persécutions organisées par le Reich. Elle milite également pour que les Juifs revenus en Allemagne après la guerre soient indemnisés le plus rapidement possible par l'État[3],[7].

Dans le cadre de la dénazification en Allemagne, elle est désignée « NB » (« Non affectée »), le même classement que celui qu'elle s'était attribuée dans une auto-évaluation[3].

Elle meurt à Cassel en 1986 à l'âge de 89 ans[1].

Archives

Les archives d'Elisabeth Selbert ont été données par sa famille aux Archives du mouvement des femmes allemand en janvier 2020. 137 cartons comprennent les archives de la politicienne de 1912 à 1996[1].

Notes et références

Voir aussi

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