Emni

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Emni, également dénommée Amn al-Kharji[1], est une branche aux attributions pléthoresques de l’organisation de l'État islamique (EI), collectif militant islamiste à visée djihadiste qui exerça une emprise territoriale conséquente sur diverses contrées du Moyen-Orient au cours de la décennie 2010. Cette entité assume les fonctions conjointes de gendarmerie interne, de corps expéditionnaire et de service de renseignement et de sûreté pour le compte de l’EI, tout en menant une activité propagandiste. Fondée en 2014 en tant que force de police intérieure, elle accrut progressivement ses prérogatives afin de soutenir et de garantir l’expansion territoriale du califat autoproclamé, ainsi que pour embrigader des individus à travers le monde en vue de perpétrer des attentats terroristes hors de ses frontières. Emni est identifiée comme ayant joué un rôle opérationnel ou logistique dans plusieurs attentats majeurs, notamment : l’attentat du musée national du Bardo, les attaques de Sousse, les attentats de Paris (2015), les attentats de Bruxelles (2016) et l’attaque de Dacca (juillet 2016)[2],[3],[4].

Opérations

De 2013 à 2017, l'État islamique (EI) exerça son hégémonie sur une vaste étendue des territoires irakien et syrien[4]. Nonobstant la déperdition subséquente de son apanage territorial, l'entité persista dans ses opérations. L'Emni, un réseau pluristratifié, fut initialement instauré en tant qu'appareil policier intrinsèque de l'EI, mais ses prérogatives se sont depuis dilatées. Au sein de son unité dévolue aux opérations exogènes, l'Emni enrôle des individus à travers le globe, que ce soit par des canaux physiques ou de manière virtuelle, afin qu'ils perpètrent des attentats terroristes à l'étranger pour le compte de l'EI[3],[5]. Ordinairement, les néophytes reçoivent une instruction au sein du domaine régi par l'EI, avant d'être expatriés vers des contrées allogènes où ils demeurent en expectative d'injonctions en vue d'exécuter des actes de terrorisme dans leur nouveau théâtre d'opérations[3]. L'Emni met pareillement à profit le contre-espionnage pour débusquer les agents infiltrés au sein de l'EI. Une de ses méthodes consiste à enregistrer les colloques entre les membres de l'organisation, à leur su[6]. Quelques citoyens demeurant sur le territoire dominé par l'EI ont également prêté leur concours à l'Emni en qualité d'indicateurs, motivés par des considérations pécuniaires[6].

Tout individu candidat à l'engagement au sein de l'organisation désignée est assujetti à une procédure de sélection des plus rigoureuses. L'admission n'est concédée qu'à ceux n'ayant jamais porté les armes pour une faction rivale[6]. Après leur arrivée en zone sous contrôle de l'organisation, les impétrants subissent un entraînement physique des plus intensifs. Par la suite, ces nouveaux éléments sont répartis en petits conglomérats linguistiques homogènes, fondés sur leur idiome natal, en vue d'une projection à l'étranger. La cohésion du groupe n'advient généralement qu'à la vigile du déploiement. Dans le contexte spécifique des opérations projetées sur le continent européen, ces recrues endossent le rôle d'« agents de liaison », vocation consistant à faire transiter des informations vers les planificateurs d'attaques. À la date de 2016, plusieurs centaines de ces membres étaient déployés en Europe, une concentration notable de plusieurs centaines d'individus étant également attestée en territoire turc[3].

Un rapport du New York Times, daté de 2016, a révélé que des initiatives de prosélytisme terroriste avaient été observées en Autriche, au Bangladesh, en Allemagne, en Indonésie, au Liban, en Malaisie, en Espagne, et en Tunisie[7]. La plupart de ces opérations étaient orientées vers les nations d'Asie centrale, ciblant expressément les « contrées démunies et chétives, notamment celles qui abritent de vastes souks »[5]. L'Emni a enrôlé des citoyens nord-américains afin d'intégrer son unité dévolue aux opérations extérieures; néanmoins, cette dernière n'avait, à la date de 2016, nulle part rapatrié l'un de ses membres endoctrinés vers l'Amérique du Nord. L'Emni interagit exclusivement avec ses adhérents états-uniens via les réseaux sociaux, ses affiliés estimant que « les Américains sont ingénus – leur législation relative à l'armement est singulièrement laxiste »; ils avancent que « nous pouvons les endoctriner aisément, et s'ils ne possèdent pas de casier judiciaire, ils peuvent s'acquérir des armes à feu, en conséquence de quoi nous n'avons aucune nécessité d'un entremetteur pour les leur procurer »[3].

Histoire

Préalablement à l'année 2016, la direction de l'Emni fut assumée par Abou Mohammed al-Adnani. Cet individu exerçait les fonctions d'orateur officiel et de responsable de la propagande au sein de l'État islamique, occupant de fait la position de second dans la hiérarchie de l'organisation[3],[1]. Sa relation avec le calife de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, prit naissance à l'occasion d'une incarcération commune au centre de détention américain de Camp Bucca, vers la fin de la décennie 2000[7],[8].

Le déploiement initial des émissaires terroristes d'Emni vers les contrées étrangères fut effectué en 2014[3]. C'est à cette époque qu'Abou Mohammed al-Adnani profusément exhorta les sympathisants de l'État islamique à perpétrer des attentats terroristes sur le sol occidental, en septembre 2014, puis de nouveau au mois de mai de l'an de grâce 2016[3]. La ville de Manbij, sise au septentrion de la Syrie, constituait un véritable centre de conscription pour les néophytes d'outre-frontière[7]. Les postulants n'étaient admis à l'entrevue d'al-Adnani qu'après avoir accompli dix niveaux de pratique ascétique, conséquemment à quoi ils lui prêtaient allégeance les yeux bandés; de cette manière, même les cadres les plus éminents de l'organisation demeuraient dans l'ignorance de son identité véritable[7]. L'échelon hiérarchique subalterne à celui d'al-Adnani était dévolu à des lieutenants ayant la charge d'une aire géographique déterminée du globe terrestre afin d'y mener des opérations terroristes, affublés de dénominations telles que « services secrets pour les affaires européennes ». Deux des lieutenants les plus importants utilisaient les sobriquets d'« Abou Souleymane al-Faransi » et d'« Abou Ahmad »; l'un était français, l'autre de nationalité syrienne[3].

Emni est tenu responsable d’avoir perpétré les attentats du Musée national du Bardo et de Sousse en 2015, ainsi que ceux survenus à Paris la même année[3]. L’organisation a également confectionné les engins explosifs dissimulés dans des valises employées lors des attaques de Bruxelles en 2016. Un individu désigné sous le pseudonyme « Abu Souleymane al-Faransi » est soupçonné d’avoir potentiellement joué un rôle dans les événements parisiens. Durant la prise d’otages du Bataclan, un otage, David Fritz Goeppinger, rapporta avoir entendu un poseur de bombe s’enquérir, en français : « On appelle Souleymane ? » — requête à laquelle un autre assaillant, contrarié par l’usage de cette langue, ordonna de s’exprimer en arabe. Un autre membre éminent d’Emni, Abdelhamid Abaaoud, identifié comme le commandant opérationnel des attentats de Paris, fut abattu par les forces de l’ordre quelques jours après les faits[3]. Suite à un appel à la violence proféré en mai 2016, de multiples actions terroristes furent recensées en divers lieux[8]. L’organisation fut ultérieurement impliquée dans l’attentat de Dacca en juillet de la même année[3].

La France et l'Allemagne acquirent des renseignements relatifs à l'Emni à la suite de multiples arrestations survenues en 2014 et 2015. Les États-Unis obtinrent également des informations sur cette organisation par le biais de clés USB découvertes à Manbij après la libération de la ville en 2016, ainsi qu'à l'occasion de l'interrogatoire de Mohamad Jamal Khweis, un ressortissant américain originaire de Virginie. Cet individu, qui n'était pas affilié au groupe, s'était rendu en Syrie pour y rencontrer des membres de l'Emni avant d'être appréhendé par des troupes kurdes en mars 2016[3]. L'élimination d'Abou Muhammad al-Adnani en Syrie en août 2016 ne mit pas un terme aux activités de l'Emni[7],[6], lequel demeurait toujours actif en 2019[2].

Références

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