Epistola Alexandri ad Aristotelem
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L'Epistola Alexandri ad Aristotelem, ou Lettre d'Alexandre à Aristote, est une lettre prétendument adressée au philosophe Aristote par son ancien élève, le roi de Macédoine Alexandre le Grand. Ce dernier y décrit les paysages et créatures fantastiques rencontrés durant sa campagne indienne. Ce texte apocryphe, intégré au Roman d'Alexandre, jouit d'une grande popularité dans l'Antiquité et au Moyen Âge et connaît des traductions dans plusieurs langues vernaculaires.
La lettre s'ouvre sur la victoire remportée par Alexandre sur le roi indien Poros. Ayant exprimé son désir d'explorer l'Inde, il franchit les Portes de la Caspienne et s'enfonce dans un désert aride où ses soldats et lui souffrent terriblement de la soif. Atteignant une rivière dont les eaux ne sont pas potables, il la longe jusqu'à découvrir une ville construite sur une île. Les hommes à qui il ordonne de s'y rendre à la nage sont tués par des hippopotames. Les habitants de l'île le conduisent alors à un lac d'eau potable où il ordonne de dresser le camp[1].
Pendant la nuit, le camp d'Alexandre est attaqué par des animaux fabuleux. Ce sont d'abord des serpents et des crabes géants, puis des lions blancs géants, des cochons géants, des chauves-souris géantes et l'Odontotyrannos (en), un animal plus gros qu'un éléphant avec trois cornes qui tue des douzaines d'hommes. Pour finir, des souris géantes et des vautours écarlates aux becs noirs s'en prennent encore aux Macédoniens. Ils lèvent le camp à l'aube[2].
Après cet épisode, la campagne contre Poros et ses éléphants de guerre reprend. Alexandre découvre le dieu Liber endormi dans une grotte et se rend devant les Arbres du Soleil et de la Lune (en), qui prédisent sa mort prochaine à Babylone, puis entre dans une vallée peuplée de serpents aux cols sertis d'émeraudes. Alexandre conclut sa lettre en décrivant deux grandes statues qu'il a fait ériger et qui portent le récit de ses exploits[2].
Histoire textuelle
La version originale de l'Epistola Alexandri ad Aristotelem, en grec, est perdue, mais une forme abrégée de ce texte est insérée dans le Roman d'Alexandre du Pseudo-Callisthène au plus tard au IIIe siècle[3]. Dans certaines versions du Roman, elle est intégrée plus fluidement au récit en passant de la première à la troisième personne[4].
La première traduction de la lettre en latin est sans doute celle qui figure dans la traduction du Roman réalisée vers 310 par Julius Valerius Alexander Polemius. La première traduction latine du texte intégral de la lettre, hors du contexte du Roman, est réalisée entre le IVe et le VIIe siècle ; elle est attestée dans 135 manuscrits différents[5]. Une deuxième traduction, dans un latin italianisé, est réalisée au Xe siècle[4].
La lettre est traduite en vieil anglais entre la fin du IXe siècle et la fin du Xe siècle. Il s'agit de sa plus ancienne traduction en langue vernaculaire en Europe occidentale. L'unique exemplaire connu de cette traduction apparaît dans le codex Nowell, le manuscrit qui contient aussi la seule copie du poème épique Beowulf[6]. Une traduction en moyen anglais produite dans la seconde moitié du XIIIe siècle subsiste dans le roman de chevalerie King Alisaunder (en)[7]. La lettre a aussi été traduite en ancien français (deux fois), en vieil irlandais (deux fois) et en vieux norrois[8].
Il existe également une tradition vernaculaire orientale qui remonte à une version du Roman d'Alexandre en syriaque[9]. Deux traductions en arabe de cette version syriaque sont réalisées au IXe siècle. L'une d'entre elles est perdue, mais sa version de la lettre est reprise dans un autre récit populaire, le Sīrat al-Iskandar (en). Des éléments provenant des versions arabes de l'Epistola sont repris dans le Shahnameh et l'Iskandarnama (en), deux ouvrages persans. Les traditions éthiopienne et ottomane héritent de ces éléments via des traductions du Roman d'Alexandre pour la première et de l'Iskandarnama pour la seconde[9].