Esther Auguste Bouquerel

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Esther Auguste Bouquerel
Image illustrative de l’article Esther Auguste Bouquerel
Prière dite de saint François
Biographie
Naissance
La Sauvagère
Ordination sacerdotale
Décès (à 68 ans)
Léhon

Esther Auguste Bouquerel, nom souvent raccourci en Esther Bouquerel[1] (1855-1923), est un prêtre catholique français, docteur en théologie, auteur présumé de la prière connue sous le nom de prière pour la paix de saint François d'Assise, apparue en 1912 et indument attribuée à ce saint.

Quelques jalons de sa carrière ecclésiastique

Il naît le à La Sauvagère (Orne)[2], de Jean Bouquerel, cultivateur, et de son épouse Anne Guillouard[3], dernier d'une fratrie de sept enfants[4].

Il meurt le au centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu de Léhon[5],[6].

  •  : entre dans les ordres majeurs[7]
  • 1875 : réside à Sées[8] ; il est dispensé de service militaire au titre d'« élève ecclésiastique »[7]
  • 1877-1879 : après avoir été ordonné diacre, il séjourne à Rome, où il obtient le doctorat en théologie, et est ordonné prêtre pour le diocèse de Sées le , puis retourne en France[9]
  • 1880- : professeur au grand séminaire de Sées
  • Février 1881 : prêtre directeur au grand séminaire de Sées[7]
  • Octobre 1898 : nommé curé de Coulimer (Orne)[10]
  • 1901 : installé à Épinay-sur-Seine dans un établissement jésuite, il fonde la Ligue de la Sainte-Messe, ainsi que son mensuel La Clochette, domicilié à Paris, dont il est l'unique rédacteur[11],[12]
  • En , alors qu'il est curé d'une paroisse du XIIe arrondissement de Paris, c'est dans La Clochette qu'il publie, sans signature ni référence à saint François, sous le simple titre de « belle prière à faire pendant la messe », la prière dite aujourd'hui « de saint François », qui commence par « Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. Là où il y a de la haine, que je mette l'amour »[13],[14]
  • En 1917, il est prisonnier de guerre à Munster (Westphalie), déclaré domicilié au Ménil-de-Briouze (Orne)[15]

Esther Bouquerel auteur présumé de la prière pour la paix dite de saint François d'Assise

Texte original (1912)

Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix !
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant
A être consolé... qu’à consoler ;
A être compris... qu’à comprendre ;
A être aimé... qu’à aimer ;
Car :
C’est en donnant... qu’on reçoit ;
C’est en s’oubliant... qu’on trouve
C’est en pardonnant... qu’on est pardonné ;
C’est en mourant... qu’on ressuscite à l’éternelle vie[16],[17],[18].

Version moderne

Une différence notable entre le texte original de la prière et sa version moderne est le passage au tutoiement de Dieu[14],[19] , tel que préconisé par le concile Vatican II[20].

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
O Seigneur, que je ne cherche pas tant
à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.
Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie[21],[22].

Origines et diffusion de la prière

Recherches de Christian Renoux

L'historien des religions Christian Renoux, docteur en histoire de l'université Panthéon-Sorbonne (1996)[23], a conduit toute une recherche, telle une enquête, pour trouver explicitement l'auteur du texte de la prière [24]. Il démontre d'abord qu'il ne peut pas s'agir de François d'Assise, qui d'ailleurs n'a légué que des textes en latin ou en ombrien[25],[26], et qu'aucune trace de cette prière n'existe avant , où elle apparaît, en français, dans la revue La Clochette[27], sans être attribuée à saint François d'Assise[13].

D'autres sources expriment plus ou moins explicitement la même conclusion, à savoir que saint François n'est pas l'auteur de cette prière :

Le , Jean-Paul II conclut la journée de la première rencontre d'Assise par la prière de saint François, en introduisant son discours par la phrase « Lo faccio con le parole della preghiera che è comunemente attribuita a San Francesco, perche ben ne rispecchia lo spirito. » (« Je le fais avec les mots de la prière qui est communément attribuée à saint François, car elle reflète bien son esprit. »), où l'on relève l'expression « communément attribuée à »[28].

L'association catholique « Union Saint Cécile », qui se fixe pour but de promouvoir la musique liturgique et religieuse, affirme « on est certain qu’il [le texte] n’est pas de lui [saint François] »[29].

Le site catholique Aleteia déclare en 2018 au sujet de cette prière : « C'est l’une des prières catholiques les plus connues au monde. Attribuée à Saint François d’Assise, elle n'a en réalité qu'un siècle d'existence »[30].

De son côté, sans lui attribuer d'auteur, le grand quotidien italien Corriere della Sera titre en 2009 un article « La « Preghiera semplice » non fu scritta da S. Francesco. » (« La « simple prière » n’a pas été écrite par St François »), et admet que sa version originale a été écrite en français[31].

Attribution possible à l'abbé Bouquerel

Avec une rigueur toute scientifique, Christian Renoux conclut son enquête en déclarant « la prière dite de saint François reste toujours aujourd'hui en quête d'un auteur car la première publication anonyme dans La Clochette en décembre 1912 conduit le chercheur dans un cul-de-sac »[32].

Christian Renoux écrit cependant : « Il n'est pas interdit de penser que l'abbé Bouquerel pourrait en être l'auteur et qu'il aurait, par modestie, préféré la publier de façon anonyme. Quelques éléments vont dans ce sens. D'abord, La Clochette contient peu de textes qui ne soient pas de lui. Il semble bien qu'il rédigeait seul et en totalité les vingt-quatre pages mensuelles de son bulletin »[33],[34], et, plus loin : « qu'il [L'abbé Bouquerel] soit l'auteur de notre prière — comme nous en faisons volontiers l'hypothèse — ou qu'il ne soit que le premier à l'avoir imprimée dans sa revue, [...] son rôle a été déterminant dans cette aventure »[4].

On comprend que ses scrupules à aller plus avant dans son attribution à l'abbé Bouquerel découlent principalement du fait que ce dernier ne l'a ni signée, ni sourcée, ni commentée[35].

Un site anglophone reprend l'argumentaire de Christian Renoux : « The author was probably Father Bouquerel himself, but the identity of the author remains a mystery » (« L'auteur était probablement le Père Bouquerel lui-même, mais l'identité de l'auteur reste un mystère »)[36].

Un autre site anglophone, franciscain, le fait également : « The author could have possibly been Father Bouquerel himself, but until now the identity of the author remains a mystery » (« L'auteur pourrait être le Père Bouquerel lui-même, mais jusqu'à maintenant l'identité de l'auteur reste un mystère »)[17].

Cependant, d'autres personnes ou entités ont franchi le pas en attribuant sans détour la prière à l'abbé Bouquerel :

Saint Francis Ministries, organisme américain de bienfaisance orienté vers les enfants et les familles, déclare au sujet de cette prière « Scholars agree this beautiful prayer was written by French priest, Father Esther Bouquerel, around 1912 » (« Les érudits s'accordent à dire que cette belle prière a été écrite par un prêtre français, le Père Esther Bouquerel, aux environs de 1912 »)[37].
De même l'Église protestante unie de l'Étoile affirme « Cette prière [...] a en fait été écrite par un prêtre parisien, l'abbé Bouquerel. Il était curé d'une paroisse dans le XIIe arrondissement et avait écrit cette « belle prière à faire pendant la messe » qu'il publie dans son bulletin paroissial "La clochette" en décembre 1912 »[14].

Diffusion de la prière

Après sa publication initiale en 1912 dans La Clochette, revue au tirage confidentiel (8 000 lecteurs en 1910[13]), cette prière, traduite ensuite en onze langues[38], va progressivement atteindre une renommée mondiale[30],[39].

Dès , la prière est reprise dans une revue catholique intitulée Les Annales de Notre-Dame de la Paix, et sera ainsi lue par un marquis normand quelque peu fantasque, qui se sent investi d'une mission de paix, alors que s'engage la Première Guerre mondiale. Fin 1915, par l'entremise du cardinal secrétaire d'État Gasparri, il la fait porter à l'attention du pape Benoît XV, en l'assortissant d'invocations au Sacré-Cœur auxquelles ce dernier est très sensible[40].

À la demande du pape, elle est transmise à L'Osservatore Romano qui la publie en italien le . Cette parution lui apporte une diffusion internationale inespérée, d'autant que le le quotidien La Croix publie une traduction in extenso de l'article de L'Osservatore[41],[42].

Après la guerre, aux environs de 1920, un capucin (ordre religieux de la famille franciscaine) a l'idée de l'imprimer, sous le titre de Prière pour la paix, au verso d'une image de saint François d'Assise, sans toutefois l'attribuer à ce saint[17],[43].

Puis elle est reprise dès les années 1920 par deux mouvements protestants qui la diffusent largement en France et en Europe, l' « Union protestante chrétienne » et les « Chevaliers de la paix » fondé par Étienne Bach, tous deux à vocation européenne. Ceux-ci font de la Prière pour la paix leur prière favorite, et en , à l'occasion d'une rencontre du mouvement, un fascicule la diffuse, accompagnée de la mention « Attribuée à St François d'Assise », sans donner d'explication[44]. Traduite en anglais, en 1936 semble-t-il, et en allemand, c'est d'abord en Grande-Bretagne (années 1920-1940)[36], en Suisse (années 1930-1940), en Allemagne et Autriche (années 1940-1950) [45] que la prière accède à la notoriété internationale. Puis elle traverse l'Atlantique, peut-être grâce à l'archevêque de New York Francis Spellman, ce qui lui procure une large diffusion aux États-Unis et au Canada, en particulier sous l'impulsion du militant pacifiste Kirby Page (en)[17],[46].

Elle bénéficie d'une diffusion interreligieuse au service de la paix[39],[34]. Des personnalités célèbres l'adoptent, pour elles-mêmes, ou pour des causes pacifiques ou humanitaires : Lanza del Vasto, Joseph Folliet, dom Hélder Câmara, Mère Teresa (qui l'évoqua lors de la réception de son prix Nobel), Leonardo Boff, un des chefs de file de la théologie de la libération, Desmond Tutu, Margaret Thatcher, Lady Diana, Bill Clinton (qui la cita lors de l'accueil de Jean-Paul II pour sa venue à l'ONU en 1979), et les papes Jean-Paul II, François[47],[39],[48].

En 1946, elle est lue au sénat à Washington par le sénateur du New Jersey Albert W. Hawkes[34].

Bien évidemment, la Journée mondiale de la paix organisée par Jean-Paul II à Assise en 1986 augmenta encore son rayonnement universel[28],[39].

Cette prière a été souvent mise en musique[30],[49], notamment sur fond musical de la Pavane de Fauré[50].

Ouvrages d'Esther Bouquerel (sélection)

  • Madame la marquise de Boynes, 1889
  • Vie de soeur Rose (Mme Griselain, née Mirabal). Pourquoi la messe réparatrice, 1901
  • La Messe et la Passion, 1907
  • Autour de l'autel : pourquoi la Ligue de la sainte messe, 1909
  • La Doctrine et les oeuvres eucharistiques d'après les actes de Léon XIII et de Pie X, 1911
  • Vers Malte, 1913
  • La plaie de l'alcoolisme, 19__
  • Toutes les prières de François d'Assise, ?[51]

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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