Etty Hillesum
juive néerlandaise (1914-1943), autrice d'un important journal intime
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Esther « Etty » Hillesum, née le à Middelbourg (Pays-Bas) et morte le au camp de concentration d’Auschwitz (alors territoire du Reich, aujourd'hui en Pologne), est une jeune femme juive et une mystique connue pour avoir, pendant la Seconde Guerre mondiale, tenu son journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de regroupement et de transit de Westerbork aux Pays-Bas.
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| Fratrie |
Mischa Hillesum (d) |
| Lieux de détention |
Camp de regroupement et de transit de Westerbork (jusqu'en ), Auschwitz () |
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Une vie bouleversée : journal 1941-1943 (d) |
Biographie
Famille
Esther Hillesum est née le à Middelbourg dans une famille juive libérale[1]. Son père, Louis Hillesum, est docteur en lettres classiques et proviseur du lycée de Deventer[2]. Sa mère, Rebecca Bernstein, a fui les pogroms russes en 1907[2]. Etty Hillesum a deux frères, Jaap, qui étudie la médecine, et Mischa, qui étudie le piano[2].
Études

Après une scolarité effectuée au lycée de Deventer en 1929, elle entame — sans passion — des études de droit public à Amsterdam et obtient une maitrise en 1939[3], tout en poursuivant des études de russe.
Durant ces études, elle loge chez un expert comptable retraité, Hans Wegerif, un veuf nettement plus âgé qu’elle, qui héberge plusieurs étudiants et avec lequel elle entretient une relation jusqu'en 1942[4]. Gravitant dans des milieux de gauche, contestataires, sionistes et antifascistes, elle mène une existence de femme libre, passionnée, amoureuse de la vie. Douée pour les langues, elle gagne sa vie en donnant des cours particuliers de russe[5].
Julius Spier
Le [3], Etty Hillesum entreprend une thérapie avec Julius Spier[6] que lui a présenté son logeur. Réfugié aux Pays-Bas en 1937 pour fuir les lois antisémites nazies, ce dernier pratique la « psycho-chirologie »[5], une forme de thérapie que Carl Gustav Jung — dont il a été l'élève puis le collègue — lui a recommandé de développer[5]. Il devient son maître spirituel, elle l'appelle « l’accoucheur de mon âme »[7] sans qu'elle exprime clairement les motivations de cette thérapie.
Sur les recommandations de Spier, elle entame la rédaction d'un journal à partir du , au fil duquel on apprend qu'elle estime qu'il n'y a pas de personne plus malheureuse qu'elle sur Terre, qu'elle manque de confiance en elle et — « éprouv[ant la] pénible sensation d'un désir insatiable devant la beauté des êtres et du monde »[8] — qu'elle connaît des moments dépressifs. Des relations complexes se tissent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire : elle est à la fois sa patiente, son élève, sa secrétaire et son amante[9], et ils ne cessent de se défier pour se faire grandir mutuellement. Douze mois plus tard, elle écrit : « je pense que désormais je fêterai mon anniversaire le »[10] et célèbre sa première année, la « plus belle année » de sa vie.
Persécutions nazies et mystique chrétienne
Dans son journal intime, elle relate la spirale inexorable des restrictions des droits et des persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation. En , elle est transférée, à sa demande, dans le camp de regroupement et de transit de Westerbork situé au nord-est des Pays-Bas, pour y travailler dans l’« assistance sociale aux personnes en transit » organisée par le Conseil juif d'Amsterdam. D'innombrables notations font de ce texte, et de ses lettres de Westerbork où elle séjourne à plusieurs reprises, des documents historiques de premier plan pour l'étude de l'histoire des Juifs aux Pays-Bas pendant la guerre.
Dans son journal, elle évoque aussi son évolution spirituelle qui, à travers la lecture, l'écriture et la prière, la rapproche du christianisme, jusqu'au don absolu de soi, jusqu'à l'abnégation la plus totale[11], tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l'humain, alors même qu'elle le voit journellement accomplir des crimes parmi les plus odieux. Au camp de Westerbork, elle est chargée d'enregistrer les noms des personnes qui partent en déportation. Elle y notera notamment celui de la carmélite juive Edith Stein.
À la dernière page de son journal, datée du , elle a écrit :
« J’ai rompu mon corps comme le pain et l’ai partagé entre les hommes[12]. »
Mort et postérité
Ses parents ainsi que son frère Mischa, pianiste dont les dons exceptionnels firent un moment espérer à la famille Hillesum qu'il échapperait au sort promis aux Juifs par les nazis, mourront comme elle à Auschwitz en 1943. Jaap, interne en médecine au moment de sa déportation, ne survivra pas à l'évacuation de Bergen-Belsen en 1945.
Les écrits d’Etty Hillesum donneront une postérité à sa famille, par leur grande valeur historique, spirituelle mais aussi littéraire.
Le chemin intérieur
Lorsqu'elle entreprend sa thérapie avec Julius Spier, elle commence, conseillée par lui, à rédiger son journal intime. Elle y évoque son évolution spirituelle en scrutant son for intérieur[13].
Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi des Cendres 2013, déclare :
« Je pense aussi à la figure d'Etty Hillesum, une jeune Hollandaise d’origine juive qui mourra à Auschwitz. Initialement éloignée de Dieu, elle le découvre en regardant en profondeur à l’intérieur d’elle-même et elle écrit : "Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer" (Journal, 97). Dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu au beau milieu de la grande tragédie du XXe siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : "Je vis constamment en intimité avec Dieu"[14]. »
Catherine Chalier, philosophe et spécialiste du judaïsme, citant cet extrait du journal d'Etty Hillesum, « Je retrouvais le contact avec moi-même, avec ce qu'il y a de plus profond en moi et que j'appelle Dieu et avec toi aussi », rapproche Etty des grands mystiques :
« Ce "plus profond" la relie en effet aux autres êtres humains et à tout ce qui vit car il est la source du "grand courant de vie" dont, à la façon de Bergson, Etty Hillesum pressent la force créatrice en elle-même aux jours où elle se tient en sa proximité[15]. »
Cependant elle affirme qu'il est douteux de faire d'Hillesum une chrétienne[16].
Odile Falque rattache également Etty Hillesum aux mystiques, chrétiens cette fois, dans Mystique du quotidien avec Etty Hillesum[17].
Le chemin intérieur d'Hillesum a également été marqué par Rainer Maria Rilke, dont elle a sans doute découvert les ouvrages chez Julius Spier. Elle affectionnait particulièrement Le Livre d'heures[18].
Publications
- Textes d'Etty Hillesum traduits du néerlandais
- Lettres de Westerbork (trad. Philippe Noble), Paris, Éditions du Seuil, , 124 p. (ISBN 978-2-02-010358-9, OCLC 19363767)
- Une vie bouleversée : Journal 1941-1943 [« Het verstoorde leven »] (trad. Philippe Noble), Paris, Éditions du Seuil, , 249 p. (ISBN 978-2-02-008629-5, OCLC 18020878)
- Klaas A. D. Smelik (dir.) (trad. du néerlandais de Belgique par Philippe Noble), Les Écrits d'Etty Hillesum : journaux et lettres, 1941-1943, Paris, éditions du Seuil, , 1080 p. (ISBN 978-2-02-056833-3, OCLC 778345000)
- Ainsi parlait Etty Hillesum, dits et maximes de vie choisis et traduits du néerlandais par William English et Gérard Pfister, bilingue, éditions Arfuyen[19], 2020 (ISBN 978-2-845-90292-3)