Eugène-Melchior de Vogüé

diplomate et écrivain français (1848-1910) From Wikipedia, the free encyclopedia

Marie-Eugène-Melchior de Vogüé, né le à Nice[1] (alors province de Nice du royaume de Sardaigne) et mort le à Paris[2], est un homme de lettres, diplomate et homme politique français.

Élection20 août 1893
CirconscriptionArdèche
Groupe politiqueNon inscrit
Faits en bref Fonctions, Député français ...
Eugène-Melchior de Vogüé
Illustration.
Eugène-Melchior de Vogüé
(photographie de Nadar)
Fonctions
Député français

(4 ans, 7 mois et 16 jours)
Élection 20 août 1893
Circonscription Ardèche
Législature VIe (Troisième République)
Groupe politique Non inscrit
Prédécesseur Auguste de Montgolfier
Successeur Jules Roche
Fauteuil 39 de l'Académie française

(21 ans, 4 mois et 2 jours)
Prédécesseur Désiré Nisard
Successeur Henri de Régnier
Biographie
Nom de naissance Marie-Eugène-Melchior de Vogüé
Date de naissance
Lieu de naissance Nice
Date de décès (à 62 ans)
Lieu de décès 7e arrondissement de Paris
Nationalité Française
Père Joseph Victoire Raphaël de Vogüé
Mère Henriette Christine de Vogüé, née Anderson
Langue Français
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Passeur de la littérature et de l'âme russes en France, il est connu comme auteur du Roman russe (1886), recueil d'articles sur les écrivains vedettes russes du XIXe siècle : Alexandre Pouchkine, Nicolas Gogol, Fiodor Dostoïevski et Léon Tolstoï.

Biographie

Eugène-Melchior de Vogüé en 1910.

La lignée de noblesse vivaroise d'où est issu le père, Joseph Victoire Raphaël, possède dans la commune de Saint-Clair près d'Annonay (Ardèche), le château de Gourdan, où le "vicomte" Eugène-Melchior de Vogüé passe son enfance[3]. La mère, Christine Henriette Anderson, appartient à une famille écossaise étroitement liée au premier gouverneur général de l'Inde, d'où les prénoms Warren Hastings attribués au grand-père et bien plus tard à un cousin germain d'Eugène-Melchior, futur général britannique[4]. Il est ensuite pensionnaire à Auteuil de 1860 à 1864, puis chez les Dominicains d'Oullins en 1864-1865. Après la vente du château, il s'installe à Paris en 1870, entre deux voyages en Italie et à Londres, le second écourté par la déclaration de guerre. Engagé volontaire, il rejoint le régiment où son cadet, Henri, saint-cyrien, vient d'être nommé sous-lieutenant. Les deux frères sont blessés. Grièvement atteint le , l'officier, évacué de Sedan, ne se remet pas et meurt le . Emmené en captivité, l'aîné revient d'Allemagne le , et accompagne bientôt à Constantinople, comme attaché d'ambassade, le cousin germain, Melchior de Vogüé, qui va représenter la France auprès du sultan[5].

Ses voyages pendant le séjour dans l'Empire ottoman sont retracés dans les textes donnés à la Revue des deux Mondes en 1875 et réunis dans un premier ouvrage, Syrie, Palestine, Mont Athos (1876). Il a alors quitté Constantinople avec le départ de son cousin pour Vienne. Nommé troisième secrétaire d'ambassade, il est adjoint à la mission diplomatique extraordinaire conduite par Ange Georges Maxime Outrey et chargée en 1876, sur fond de rivalité franco-anglaise, d'enquêter au Caire sur la dette égyptienne. Affecté ensuite en Russie, il arrive le à Saint-Pétersbourg, où il sert sous les ordres de deux ambassadeurs successifs, les généraux Le Flô et Chanzy. C'est l'origine de son mariage le , dans la chapelle du Palais d'hiver, avec Alexandra Annenkoff (1849-1914)[6], fille du général Nicolas Annenkoff (en) (1799-1865), aide de camp de l'empereur, contrôleur général de l'Empire, et sœur du général Michel Annenkoff, créateur du chemin de fer transcaspien. De cette union, naissent quatre fils : Raphaël Esther Henri le à Tsarskoïe Selo[7], Raymond Raoul Alexandre le à Saint-Pétersbourg[8], Félix Henri Marie le à Bobrovo[9], et Raymond Henriette Pierre le à Paris[10]. Ayant obtenu sa mise en disponibilité, demandée le , il quitte Saint-Pétersbourg le pour la propriété ukrainienne de la belle-famille à Bobrovo (ru). Après la naissance du troisième fils, les Vogüé partent pour la France et arrivent à Paris le [11].

La diplomatie est définitivement abandonnée pour la littérature. Les Histoires orientales ont paru en 1880, mais c'est en 1886 qu'est publiée l'œuvre principale. Le Roman russe révèle à l'opinion française les richesses intellectuelles et spirituelles de la Russie et marque une date importante dans l'histoire littéraire et politique de la fin du XIXe siècle. Ce livre contribue à l'élection à l'Académie française en 1888 de l'auteur tout juste quadragénaire qui y recevra l'ami Paul Bourget en 1894. Le traducteur de plusieurs romanciers devient le premier grand spécialiste français de littérature russe, et notamment l'introducteur de Dostoïevski auprès du public français.

Parlant de la littérature et de la culture russes en France et incitant les Français à tourner leurs regards du côté de la Russie, Vogüé contribua d'une façon colossale au rapprochement franco-russe qui, en 1891, aboutira à l’alliance entre les deux pays. Admirant le conservatisme orthodoxe russe, le vicomte voulait rappeler à la France en crise aussi politique que spirituelle l’ensemble du savoir qui fonde la vie de l’être humain : compatir, aimer, aider et d’autres sentiments issus de la morale chrétienne. Toutes les œuvres de Vogüé sont ainsi imprégnées du désir d’aider la France, de la sauver du désastre spirituel, politique et littéraire. Et c'est la Russie, et elle seule, qui, selon lui, est capable d'aider la France à surmonter les crises qu'elle vit. Patriote russophile et conservateur libéral nostalgique de l'Ancien Régime, Vogüé voit en la Russie l'exemple de la synthèse du passé et du présent, de la matière et de l'esprit[12]. Ce rêve de synthèse accompagnera Vogüé toute sa vie, ce qui le fera croire profondément à la conciliation entre le cœur et la raison, la tradition et le progrès, l'autocratie et la démocratie, la religion et la science, l'universalisme et le particularisme[13].

Tout en poursuivant la collaboration commencée en 1875 à la Revue des deux Mondes, il a régulièrement écrit jusqu'à sa mort au Journal des débats, où il avait débuté anonymement par une correspondance de Saint-Pétersbourg en [14]. Engagé dans le rapprochement de Léon XIII avec la Troisième République, il a soutenu le mouvement du catholicisme social et les initiatives françaises aux colonies.

La Collection Nelson a repris ses trois romans, Jean d'Agrève, Le Maître de la mer et Les Morts qui parlent. Description réaliste du fonctionnement des institutions politiques de la Troisième République, ce dernier est le fruit de l'expérience de celui qui fut député de l'Ardèche de 1893 à 1898[15],[16].

Œuvres

  • Syrie, Palestine, Mont-Athos : Voyage aux pays du passé, Paris, Plon, 1876
  • Vanghéli : Une vie orientale, Paris, Calmann Lévy, 1880
  • Histoires orientales, 1880
  • Les Portraits du siècle, Paris, Calmann Lévy, 1883
  • Histoires d'hiver, Paris, Calmann Lévy, 142 p., 1885
  • Le Roman russe, Paris, Plon, 1886
  • Spectacles contemporains, 1891
  • Notes sur le Bas-Vivarais, 1893
  • Cœurs russes, 1894 (Nouvelles)
  • Jean d’Agrève, Paris, Armand Colin, 1897
  • Les morts qui parlent, Paris, Plon, 1899
  • Le Maître de la mer, Paris, Plon, 1903
  • Réponse de M. le vicomte E-M de Vogüé au discours de M. Edmond Rostand, Paris, Plon, 1903
  • Sous l'horizon, Paris, Armand Colin, 1904
  • Les Routes, Paris, Bloud et Cie, 1910
  • Trois drames de l'histoire de Russie, Paris, Armand Colin, 1911
  • Pages choisies, préface de Paul Bourget, Paris, Plon, 1912
  • Remarques sur l'Exposition du Centenaire, Paris, Plon
  • Maxime Gorky, l'Œuvre et l'Homme, Paris, Plon, couverture avec le portrait de Gorky
  • Souvenirs et visions, Paris, Plon
  • Sous l'horizon, hommes et choses d'hier, Paris, Armand Colin
  • Pages d'histoire, Paris, Armand Colin
  • Le Rappel des ombres, Paris, Armand Colin
  • Histoire et Poésie, Paris, Armand Colin
  • Devant le siècle, Paris, Armand Colin
  • Heures d'histoire, Paris, Armand Colin
  • Regards historiques et littéraires, Paris, Armand Colin
  • Spectacles contemporains, Paris, Armand Colin
  • Journal du vicomte Eugène-Melchior de Vogüé : Paris, Saint-Pétersbourg 1877-1883, publié par Félix de Vogüé, Paris, Grasset, Les Cahiers Verts, 1932
  • À toute vapeur vers Samarcande, Éditions Transboréal, 161 p., 2015 (ISBN 978-2361570873)
    Lettres d'Eugène-Melchior de Vogüé de 1888 décrivant les transformations de l’Asie centrale entraînées par la construction du chemin de fer Transcaspien

Notes et références

Voir aussi

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