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Louis-Raphaël Captier

prêtre catholique français From Wikipedia, the free encyclopedia

Eugène Captier, en religion Louis-Raphaël Captier, est né le à Tarare et mort le dans le 13e arrondissement de Paris. Prêtre catholique de l'Ordre des Prêcheurs et fondateur du collège Albert-le-Grand d’Arcueil, il est exécuté, avec douze autres prêtres et laïcs, par des fédérés lors du massacre des Dominicains d'Arcueil pendant la Commune de Paris.

Naissance
Nom de naissance
François Eugène Captier
Faits en bref Prieur, Naissance ...
François Eugène Captier
Fonction
Prieur
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
François Eugène Captier
Nationalité
Formation
Collège Saint-Thomas d'Aquin d'Oullins (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Parentèle
Autres informations
Nom en religion
Louis-Raphaël CaptierVoir et modifier les données sur Wikidata
Ordre religieux
Lieu de détention
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Biographie

Milieu familial et formation

François Eugène Captier naît le à Tarare, dans le département du Rhône, dans une famille bourgeoise locale. Il est le fils de Jean Captier (1792-1871), avocat à la Cour royale de Dijon et notaire, et de Sylvie Garnoud (1799-1841).

Il est le frère d'Arthur Captier (1828-1903), procureur à Rome de 1874 à 1894 et élu seizième supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice en 1894, place qu'il occupe jusqu'en 1901 alors démissionnaire à cause de la maladie, il partage une partie de sa formation initiale avec ce dernier[1]. Ce cadre familial favorise l’accès à un enseignement secondaire catholique complet, encore réservé à une minorité sociale au milieu du XIXe siècle[2],[3]. Il est aussi le cousin du sculpteur Jean-Marie Bonnassieux[4].

Captier effectue ses études au collège Saint-Thomas-d’Aquin d’Oullins, établissement dominicain réputé pour la qualité de son enseignement classique. Après un séjour à Paris, où certaines sources mentionnent un passage par le séminaire de Saint-Sulpice, il revient à Oullins, notamment pour des raisons de santé, évoquées de manière récurrente dans les notices dominicaines[5].

En 1852, il entre au Tiers-Ordre enseignant de Saint-Dominique, congrégation vouée à l’enseignement secondaire et marquée par l’héritage intellectuel d’Henri-Dominique Lacordaire[2],[6]. Il reçoit l’habit à Flavigny le , fait profession simple le , puis profession perpétuelle le , avant d’être ordonné prêtre par Monseigneur Jerphanion à Albi en [6].

Responsabilités et fondation du collège Albert-le-Grand d’Arcueil

Après son ordination, Eugène Captier est affecté à l’enseignement au sein des établissements dominicains. Il est nommé prieur de l’école d’Oullins entre 1857 et 1863, fonction qui lui confère une autorité à la fois spirituelle, disciplinaire et administrative. Les sources soulignent son implication dans la structuration pédagogique de l’établissement, la gestion des effectifs et l’encadrement des jeunes religieux enseignants. Des témoignages internes décrivent un responsable rigoureux, attaché à la régularité de la vie religieuse, mais également soucieux de maintenir un haut niveau académique, en particulier dans les humanités classiques et les sciences[2],[6].

École Albert-Le-Grand (Carte postale de Jules David, 1903).

En 1863, Captier est chargé par sa congrégation de fonder un nouvel établissement en région parisienne. Il crée le collège Albert-le-Grand d'Arcueil, installé sur l’ancienne propriété du chimiste Claude Berthollet. En tant que prieur et directeur, il supervise l’aménagement des bâtiments, l’organisation de l’internat et la constitution de l’équipe enseignante. Les sources institutionnelles indiquent que sous sa direction, le collège développe progressivement une école préparatoire, destinée à préparer les élèves au baccalauréat ès sciences et à certains concours (notamment militaires et techniques), ce qui reflète une volonté d’adapter l’enseignement dominicain aux besoins contemporains[7].

Les écrits dominicains et les témoignages postérieurs décrivent Captier comme un éducateur méthodique, attaché à la discipline et à la cohérence morale de la formation, mais peu enclin à l’exposition publique. Il ne semble pas avoir exercé de fonctions politiques ni pris part aux débats publics de son temps. Son action demeure essentiellement locale et éducative, centrée sur le fonctionnement du collège et la vie communautaire. Le collège Albert-le-Grand s’insère néanmoins dans la vie d’Arcueil, notamment par l’accueil d’élèves issus de la région parisienne et par ses relations avec les autorités civiles locales[2].

Gustave Boulanger, La Villette cernée par les troupes versaillaises, mai 1871, musée Carnavalet.

Durant les années 1860, Eugène Captier apparaît dans les sources comme un responsable religieux stable et reconnu, dont l’autorité repose sur l’ancienneté et la compétence administrative. Lors du siège de Paris (1870-1871), le collège est temporairement transformé en hôpital, ce qui témoigne de sa mobilisation au service de la population et des autorités sanitaires. À la veille de la Commune de Paris, Captier est décrit comme un religieux entièrement consacré à sa mission éducative, sans implication politique connue, ce qui contribue à l’incompréhension exprimée dans les récits ultérieurs face à son arrestation[5].

Arrestation et exécution

Le père Eugène Captier, fut arrêté avec quatre autres religieux dominicains et huit laïcs du collège Albert‑le‑Grand le , en pleine Semaine sanglante qui marqua la fin de la Commune de Paris. Les arrestations eurent lieu après que certains fédérés eurent soupçonné, sans preuve, les religieux d’avoir aidé les troupes versaillaises ou de les avoir signalées lors de combats aux abords de Paris[8],[5].

Les pères Captier, Bourard, Delhorme et Chataigneret

Parmi les religieux arrêtés figuraient : père Eugène Captier, prieur, père Bourard, aumônier, père Delhorme, régent des études, père Cottrault, procureur, père Chataigneret, professeur. Avec eux furent arrêtés plusieurs professeurs et employés laïcs du collège : Louis Gauquelin et François‑Hermand Voland, maîtres auxiliaires, Germain‑Joseph Petit, employé, ainsi que les domestiques Aimé Gros, Antoine Marce, Marie‑Joseph Cheminal, François Dintroz et Théodore Cathala[8].

Les détenus furent d’abord conduits au fort de Bicêtre, situé à environ trois kilomètres de l’école. Là, après l’enfermement dans une pièce étroite, chacun subit des formalités d’écrou et des interrogatoires sans qu’aucune accusation précise ne soit formulée contre eux : ils furent fouillés et dépouillés de tous leurs objets personnels, y compris de leurs bréviaires. Ils furent ensuite conduits dans une casemate humide et sombre où ils passèrent leur première nuit, sur un sol nu avec quelques restes de paille humide ; la porte de la casemate se referma sur eux vers minuit, et elle ne devait plus s’ouvrir avant leur départ pour Paris[5],[9].

La captivité à Bicêtre dura plusieurs jours dans des conditions difficiles : la casemate était exiguë et peu garnie de paille, le manque de confort et les privations se faisaient sentir, et des insultes et provocations étaient souvent proférées depuis l’extérieur par certains gardes ou fédérés. Pendant cette période, bien que les prisonniers ne sachent pas exactement pourquoi ils avaient été arrêtés, une certaine sérénité religieuse régna parmi eux, qui multipliaient prières et chapelets, encouragés par Captier, souvent accablé de fatigue mais soucieux de soutenir moralement ses compagnons[5],[10].

Vue panoramique de l’Hôpital Royal et des jardins de Bicêtre par Jacques Rigaud.

Un moment durant cette détention, Captier et l’un de ses confrères, le père Cottrault, furent conduits devant Lucy Pyat, représentant de la Commune, qui leur déclara qu’ils n’étaient ni condamnés, ni accusés, ni prévenus, mais simplement retenus comme témoins. Un abbé venu de l’hospice de Bicêtre tenta de les prendre sous sa responsabilité pour les protéger, mais ces efforts furent vains devant la décision de certains bataillons communards de maintenir l’école et ses membres en détention[5].

Le , alors que la Commune se repliait face à l’avance des troupes versaillaises, les détenus d’Arcueil furent transférés à Paris, d’abord brièvement à la mairie des Gobelins, puis à la prison disciplinaire du neuvième secteur, située au 38, avenue d’Italie. Plusieurs récits soulignent que le trajet fut pénible, marqué par des menaces de mort proférées par des fédérés et des civils hostiles aux captifs religieux[5],[11].

Exposition La Commune de Paris à l'Hôtel de Ville de Paris (18 mars - 28 mai 2011) - 25 mai : Massacre des dominicains d'Arcueil, route d'Italie no. 38 - Photomontage d'Eugène Appert - Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

Vers 16 h 30, dans un climat d’anarchie et de tension extrême, l’ordre fut donné aux détenus de sortir un à un dans la rue. Des pelotons armés étaient placés à toutes les issues proches de la prison. À ce moment, le père Captier encouragea ses compagnons, en disant : « Allons, mes amis, pour le bon Dieu ! », expression qui témoigne de sa foi et de sa sérénité face au danger[9].

Dès qu’ils furent sortis, les prisonniers furent fusillés sommairement. Captier fut atteint par plusieurs balles, l’une lui fracturant une jambe avant qu’il ne succombe à ses blessures. Ses compagnons, dominicains et laïcs, tombèrent également sous les coups. Les corps restèrent exposés pendant de longues heures à l’endroit de l’exécution, sans que des secours puissent intervenir avant l’arrivée des troupes versaillaises ayant repris Paris[9],[12].

Inhumation

Les dépouilles restèrent exposées à l’air libre pendant environ quinze heures. Une fois leur identité établie, elles furent d’abord enterrées sans cercueil dans une fosse creusée au cimetière. Par la suite, au mois de juillet, elles furent transférées dans le parc de l’école d’Arcueil et déposées dans une construction circulaire évoquant une grotte. Un caveau fut aménagé sous cet abri, où fut gravée la devise « Pour le Bon Dieu ». L’accès était fermé par une porte en fer ajourée[13].

À la suite de la loi de 1901 sur les associations, les religieux durent quitter les lieux. Le terrain fut alors vendu, mais ils parvinrent à préserver le tombeau en rachetant la parcelle qui l’abritait. Entouré de murs, le monument restait accessible aux visiteurs, à condition de se procurer la clé auprès du curé d’Arcueil[13].

Postérité

Exhumation et transfert

En 1937, des travaux de voirie rendirent nécessaire le transfert des restes vers la sépulture commune des religieux d’Albert-le-Grand, située au cimetière de Cachan. À cette occasion, une reconnaissance officielle des corps fut ordonnée par Rome. Les cercueils furent ouverts dans une salle des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, en présence d’un notaire ecclésiastique, de plusieurs religieux et de médecins, qui procédèrent à l’identification et à la description des dépouilles[13].

Les restes furent ensuite replacés, avec les vêtements, dans leurs cercueils de plomb d’origine, puis inhumés auprès des religieux décédés au cours des quarante années d’existence du collège, à proximité de la tombe du père Didon. Aujourd’hui, la grotte et le caveau ont disparu, et une habitation occupe désormais l’emplacement de l’ancien tombeau[13].

Hommages

Cause de béatification

La question de la béatification du père Eugène Captier, est évoquée dans certains écrits dominicains, catholiques et locaux qui présentent son exécution comme un exemple de témoignage jusqu’à la mort de sa foi chrétienne durant la Commune de Paris. Dans ces récits, Captier et ses compagnons sont qualifiés de martyrs, formule qui reflète une mémoire religieuse issue notamment d’oraisons funèbres et de publications catholiques d’époque ou postérieures, comme l’oraison funèbre prononcée à Arcueil le où ils sont explicitement désignés comme tués « en haine de la religion »[17].

Sur le plan canonique, une cause de béatification repose sur l’établissement que la personne a été tuée in odium fidei par haine de la foi »), ce qui, dans le droit de l’Église catholique, ouvre la voie à la reconnaissance de son martyre et à une éventuelle béatification. Plusieurs éléments sont évoqués pour appuyer une telle lecture de la mort de Captier : la nature religieuse de sa vocation, son refus de quitter sa charge malgré les dangers, et la circonstance de son exécution dans le contexte d’une violence anticléricale manifeste durant la Semaine sanglante[18],[19].

Cependant, aucune procédure de béatification officiellement ouverte pour le père Captier n’a été publiée par le Saint‑Siège ou par un diocèse à ce jour. Les causes récemment abouties concernant des martyrs de la Commune ont porté sur d’autres victimes : en , le pape François a reconnu le martyre de cinq prêtres exécutés le 26 mai 1871 (les pères Henri Planchat, Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Frézal Tardieu et Marcellin Rouchouze), ouvrant la voie à leur béatification officielle en 2023. Ce processus confirmait leur mort in odium fidei, mais ne concernait pas Captier ni les Dominicains d’Arcueil[20],[21].

Dans l’historiographie ecclésiastique ou dans les commémorations dominicaines, la reconnaissance de Captier comme martyr demeure donc une mémoire religieuse et locale, fondée sur l’appréciation spirituelle de sa mort et des témoignages contemporains, plutôt qu’une cause canonique formellement ouverte devant les instances de la Congrégation pour les causes des saints à Rome. Toute avancée future dépendrait de l’initiative d’une autorité diocésaine ou religieuse susceptible de déposer une cause officielle, suivie de son examen par la Congrégation : procédure longue, structurée et indépendante de la simple réception populaire ou locale.

Œuvres

  • École Saint-Thomas-d’Aquin (Oullins, Rhône). De l’École libre et de ses rapports avec les familles, discours prononcé à la distribution des prix le (1860)[22].
  • Le Collège chrétien devant la Société moderne, discours prononcé à la distribution des prix de l’École Albert-le-Grand à Arcueil le (1864).
  • Quelques pensées sur l’éducation nationale, discours prononcé à la distribution des prix de l’École Albert-le-Grand à Arcueil le (1865).
  • Guillaume de Lasteyrie, allocution prononcée à l’occasion du service funèbre célébré en la chapelle d’Arcueil le (1865).
  • L’Organisation et l’avenir d’un collège chrétien, discours prononcé à la distribution des prix de l’École Albert-le-Grand à Arcueil le (1866).
  • Distribution des prix de l’École Albert-le-Grand à Arcueil. Matérialisme et spiritualisme, discours prononcés par le R. P. Captier et le R. P. Hyacinthe (1867).
  • La Réforme sociale par l’enseignement, discours prononcé à l’assemblée de la Société générale d’éducation et d’enseignement le (1868).
  • De la haute éducation et de l’esprit de famille, discours prononcés aux distributions des prix de l’École Albert-le-Grand à Arcueil les et (1869).
  • Discours et conférences sur l’éducation, précédés de l’oraison funèbre de l’auteur par le R. P. Adolphe Perraud, publication de F. A. Rousselin (1872).

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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