L'exposition de Hanoï, sous le commissariat général de Paul Thomé, se tient du au .
Expositions antérieures
Les expositions universelles apparaissent au XIXesiècle, dans un contexte de révolution industrielle. Ces vastes manifestations internationales sont destinées à présenter les progrès techniques, artistiques et industriels des nations[1]. En France, et plus particulièrement à Paris, elles prennent une importance majeure avant 1902, avec cinq grandes éditions organisées en 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900[2].
Ces expositions attirent des millions de visiteurs et participent à l’affirmation du prestige national. Pour les villes, elles ont un impact positif puisqu'elles modernisent l’urbanisme et les infrastructures tout en créant de nouveaux monuments et attractions[3]. Il est donc désirable et prestigieux d'organiser une exposition de ce type.
Contexte et projet
En 1902, Hanoï devient la capitale de l'Indochine française en remplacement de Saigon. Afin de marquer ce changement, une grande fête coloniale se tient le . L'empereur Thành Thái et le gouverneur général de l'Indochine, Paul Doumer[4] sont présents. Les invités assistent à l'inauguration du Pont Paul-Doumer (actuel pont Long Biên)[5].
Le Grand Palais, qui accueille cette fête et notamment la cérémonie de remise d'insignes du nouvel ordre du mérite à des Vietnamiens, devient en novembre le bâtiment central de l'exposition[6]. Paul Doumer souhaitait en effet également accueillir une exposition universelle de grande envergure à Hanoi[5].
L'Exposition
Préparatifs
L'organisation de l'exposition rencontre assez tôt des difficultés. Ainsi, les éventuels exposants se montrent réticents à envoyer leurs marchandises si loin, car un tel voyage implique des transbordements dangereux pour leurs produits[7].
Initialement prévue du au , l'exposition voit ses dates repoussées du au suite au faible avancement de l'organisation[8]. On impute partiellement ce retard à l'encombrement des docks de Haïphong[7].
Alors que les retards de livraison s'accumulent, et suite à de grands orages qui endommagent le site, l'ouverture de l'exposition est à nouveau repoussée de deux semaines[9].
Inauguration
Le au matin, plusieurs représentants ainsi qu'une foule de visiteurs se rassemblent à l’entrée de l’exposition, où l'allée centrale est bordée de miliciens et de soldats d’infanterie coloniale.
Le commissaire général, M. Paul Thomé, prononce un premier discours. Il est suivi par le résident supérieur, le résident maire, puis Paul Doumer clôture les discours et inaugure officiellement l'exposition[10].
16 novembre 1902, jour d'inauguration de l'exposition.
Plan de l'exposition.
L'inauguration est suivie d’une visite privée de l'exposition. Le cortège officiel visite d'abord le Grand Palais, puis la Galerie des Machines, la section métropolitaine, le pavillon des Beaux-Arts, le pavillon de l’Agriculture, les sections chinoises, de Shangaï, le pavillon Vollet et enfin la galerie des expositions du Cambodge et de l’Annam, de la Cochinchine, du Siam et des Philippines[11].
Ce n'est qu'après le départ du cortège officiel que les portes de l'exposition sont ouvertes à la foule de visiteurs[12].
Organisation
L'exposition se tient sur l'ancien hippodrome des courses, et sa superficie représente environ dix-sept hectares. Elle est installée sur une zone particulièrement favorable, puisqu'elle se trouve à la jonction de nombreux quartiers et à proximité immédiate de la gare[13]. Elle est ouverte de huit heures du matin à minuit[14].
Le plan se divise en trois parties: un premier jardin est constellé de plusieurs pavillons et serres ainsi que d'un lac. Vient ensuite une zone centrale consacrée au Grand Palais et ses annexes, puis d'autres jardins à l'arrière, lesquels accueillent des petits pavillons[15].
L'ambiance est décrite dans le rapport général:
«Ce fut un spectacle inoubliable, celui de la foule avec les pousse-pousse, les costumes annamites et tonkinois, robes noires, larges pantalons de toile, les ombrelles plates, la lumière des phares électriques, les soldats coloniaux vêtus et casqués de blanc, les groupements autour de la musique des régiments coloniaux, le train électrique du boulevard Gambetta pris d’assaut, les pousse-pousse aux roues caoutchoutées traînés par les coolies tout de bleu habillés avec une lune devant et derrière, la circulation animée entre les parterres, les pylônes, les pavillons à triple toiture superposée dans le goût chinois, les bosquets touffus et odorants.»[16]
Le bâtiment principal de l'exposition est le Grand Palais, aussi appelé Palais central. Conçu par l'architecte Adolphe Bussy, il est achevé en , bien avant l'inauguration de l'exposition en [17].
Son style est néoclassique. Il contient une salle des fêtes, l'exposition de l’École française de l’Extrême-Orient, des villes d’Indochine, les services géographique et météorologique, l’exposition militaire, ainsi que des collections diverses[18].
Galeries annexes
De part et d'autres du Grand Palais sont exposés les produits de France hexagonale et de ses colonies, ainsi que les produits des pays de l'Asie Sud-Est (Philippines, Malaisie, Indes anglaises et néerlandaises, Siam, Birmanie) et certains pays de l'Asie du Nord (Japon, Corée et Formose). Un bâtiment supplémentaire accolé à une des galeries est consacré à l'exposition de machines[18] .
Le Grand Palais.
Section de la Cochinchine et du Cambodge.
Intérieur du pavillon de la Chine.
Section de l'Algérie et de la Tunisie.
Pavillons divers
Derrière le palais central, des petits pavillons situés accueillent des pays de l'Asie du Nord (Chine, Japon), des annexes de la section française mais également la section des beaux-arts français.
Pavillon de la presse
Également situé derrière le palais central, le pavillon de la Presse est érigé sous le commissariat général de Paul Vivien, président du syndicat de la presse coloniale. Le pavillon contient vingt-cinq quotidiens parisiens, douze journaux périodiques, trente-six journaux de départements, cinquante-sept journaux coloniaux ainsi que de nombreux ouvrages spécialisés. Il est également agrémenté de gravures, dessins, photographies et affiches[19].
Pavillon des artistes indochinois
De part et d'autres du pavillon de la presse, deux bâtiments initialement destinés à accueillir des colonies françaises sont finalement investis par l'exposition d'artistes indépendants indochinois[20].
Groupe philippin
Le village Philippin.
Un groupe de 150 Manilènes, arrivés à Hanoï en , est accueilli dans l'exposition. La troupe, qui est logée dans de petites cases de bambou, est composée en partie de musiciens, d'artistes de cirques ou de commerçants[14]. Les artistes qui se représentent reçoivent un salaire[21]. Une troupe de « négritos » est également présentée au sein d'un village[14].
Le groupe de Philippins quitte le site de l'exposition le , bien après la clôture. Une fête est organisée en l'honneur de leur départ, avec une représentation de cirque et la remise de décorations. Chaque membre de la troupe, enfants inclus, reçoit ainsi la médaille d'argent de l'exposition[21].
Évènements et divertissements
À l'occasion de l'exposition, divers évènements sont organisés. Les visiteurs ont la possibilité d'assister à des pièces de théâtres, cabarets et concerts[22]. Des attractions permanentes sont également installées: montagne russe (nommée Chemins de fer aériens de Singapour), deux cirques, grande roue[23]...
Les organisateurs de l'exposition prévoient également une fête des fleurs, également appelée bataille de fleurs. Dans l'enceinte de l'exposition, divers chars fleuris rappelant les différents pavillons et sections défilent pendant que les spectateurs bataillent à coups de bouquets et serpentins dans les tribunes[23].
La presse locale propose enfin un banquet à destination de la presse métropolitaine, qu'elle accompagne d'un concert[22].
Clôture
L'exposition est clôturée le par Paul Doumer, en présence de nombreux invités mais dans un contexte particulier puisque «la pluie qui tombait en abondance depuis la veille avait rendu impraticables les jardins et les abords du Palais»[24].
Postérité
Urbanisme
Le coût élevé de la construction du palais des expositions et la durée de la foire laissent les finances de la ville de Hanoï en déficit pendant une décennie[5].
Comme prévu par les organisateurs de l'exposition, et à l'exception du Grand Palais, tous les bâtiments sont détruits[25].
Succès
Visant à promouvoir et exposer les colonies françaises, en particulier celles d'Asie de l'Est, l'exposition de Hanoï n'arrive qu'à attirer un faible public de colons locaux, notamment dû à son éloignement de la France hexagonale. Le capitaine Albert Ducarre décrit la situation en ces termes:
«Quand on connut l’Exposition de Hanoï à l’étranger, elle fermait ses portes. La preuve m’en a été donnée par le capitaine du steamer anglais qui fait le service de Canton à Macao. Le 15 février, ce brave homme, auquel les échos de Hanoï venaient de parvenir, m’avoua qu’il avait demandé un congé et allait se mettre en route; je le désolai en lui disant que l’Exposition fermait le lendemain. […] En tout cas, le fait existe: Hanoï n’eut pas de visiteurs venant de l’extérieur en dehors des délégués officiels.
Il en résulta un malaise général et un désappointement parmi les commerçants.»
Ducarre note que le choix de la ville, difficile d'accès, engendra des retards liés à l'acheminement des marchandises[7]. Il critique également l'absence d'un magasin central qui aurait permis l'acheminement et l'organisation des produits vers leurs emplacements respectifs[26].
D'autres rapports déplorent la sous-représentations des colonies françaises hors d'Asie, dont l'absence est interprétée à demi-mot comme du mépris d'une exposition périphérique[27]. Les visiteurs se plaignent notamment de l'absence d'acteurs autochtones. Un article rapporte ainsi: «Les Parisiens se figurent-ils une exposition sans danse du ventre et sans tziganes? Eh bien, horreur! c’est ce qui s’est produit à Hanoï, et les Hanoïens n’ont pas été contents.»[28].
Le rapport général officiel, quant à lui, ne relève que l'effet de l'exposition sur le commerce, en avançant que l'exposition aurait rendu la colonie plus attractive aux entrepreneurs souhaitant s'installer dans une zone qui semblait alors contrôlée par les entreprises établies de longue date[29].
Annexes
Bibliographie
Albert Ducarre, Mission à l'exposition de Hanoï et en Extrême-Orient, (lire en ligne)
[Exposition de 1902 (Hanoï) et al. 1904] Exposition de 1902 (Hanoï), Paul Bourgeois et Gustave-Roger Sandoz, Exposition d'Hanoï 1902-1903. Rapport général, Paris, Comité français des expositions à l'étranger, (lire en ligne).
Alfred Raquez, Entrée gratuite, Saigon, Claude, (lire en ligne)