Front de libération de la Bretagne
organisation indépendantiste bretonne
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Le Front de libération de la Bretagne (FLB) est une organisation indépendantiste bretonne active de 1966 à 1981.
Réunification de la Bretagne
| Front de Libération de la Bretagne FLB-ARB | |
| Idéologie | Nationalisme breton[1] Anti-impérialisme Anti-colonialisme[2] |
|---|---|
| Positionnement politique | Extrême gauche[3] |
| Objectifs | Indépendance de la Bretagne[4]
Réunification de la Bretagne |
| Statut | Actif |
| Fondation | |
| Date de formation | 1963[5] |
| Pays d'origine | |
| Actions | |
| Nombres d'attaques imputées | Plusieurs centaines d'attentats[6] |
| Victimes (morts, blessés) | Deux morts (membre du FLB), plusieurs blessés[6]
Liste
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| Zone d'opération | |
| Période d'activité | 1966-2001 2020- |
| Organisation | |
| Branche politique | CBL (Comité national de la Bretagne Libre), Kuzul Meur (Bureau Politique) |
| Financement | Collectes et activités culturelles, diaspora bretonne, vols |
| Groupe relié | Groupes breton:
Groupes en France: |
| modifier |
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Elle est surtout connue pour l'attentat du château de Versailles (juin 1978).
Deux branches armées se disputent l'appellation FLB, l'Armée républicaine bretonne ou ARB, dès 1968, et l'Armée révolutionnaire bretonne, à partir de 1971. De cette date à 1974, les deux ARB revendiquent leurs attentats.
Idéologie
Histoire
Origine
Le sigle FLB (Front de libération de la Bretagne) est remarqué pour la première fois à Pontivy, où des inscriptions sont tracées sur la chaussée, dans la nuit du 25 au [11].
En 1966, le FLB est créé officiellement par Yann Fouéré et Yann Goulet. Un tract est diffusé dans lequel les membres du mouvement déclarent[11] :Yann-Kel Kernaleguen
« Nous reprenons le combat progressiste et révolutionnaire que chaque génération de Bretons a entrepris pour la liberté de la Bretagne et pour le droit des Bretons à rejeter le statut colonial afin de se gouverner lui-même[12]. »
Première époque : 1966-1972
Le , des cocktails Molotov sont lancés contre la sous-préfecture de Saint-Nazaire. Le , une tentative d'incendie vise un bâtiment des impôts de Lorient. Le 17 juin, des militants attaquent le bureau de la perception de Saint-Brieuc[11].
L'auteur-compositeur-interprète et poète breton Glenmor est suspecté d'héberger des militants[11].
Le , le dépôt de véhicules des CRS à Saint-Brieuc est détruit[13].
En , plusieurs militants dont Jean Bothorel sont arrêtés alors qu'ils tentent de voler des armes dans une caserne près de Nevers[14]. Ils sont emprisonnés à la Santé avant d'être amnistiés le [15].
Deuxième époque : 1972-1981
Orientation révolutionnaire
Le FLB s'attaque à des symboles de l'État français[16].
Ces attentats apparaissent dans un contexte de profonde crise de la société bretonne. La Bretagne connait en effet en 1972 de très violentes manifestations (« grève du lait » et « grève du Joint français ») au cours desquelles la société bretonne se mobilise pour exprimer sa détresse face à l'appauvrissement de la Bretagne (désertification et remembrement), et les disparités avec le reste de la France[note 1] et au vieillissement de la population, du fait de l'exode rural. Pour la première fois, les agriculteurs et les ouvriers apparaissent partager le même intérêt sous le slogan : « Joint français-Lait-FLB : Même combat ! »[18].
Procès
En 1972, onze militants du FLB comparaissent devant la Cour de sûreté de l'État[11].
Au procès, le général de Bollardière accepte de témoigner pour les militants[19].
Yves Le Foll, et Guy Caro, membre du FLB jusqu'en mars 1970, tous deux membres du Parti socialiste unifié (PSU), sont cités comme témoins et prennent la défense des militants FLB. Il en est de même pour les militants socialistes Louis Le Pensec, Michel Phlipponneau, ainsi que des militants paysans-travailleurs. Le procès est l'occasion de dénoncer un État français considéré comme hypercentralisé et refusant de reconnaître ses minorités nationales. Au même moment, Glenmor, l'auteur du kan bale an ARB (chant de marche de l'ARB) remplit la salle de la Mutualité, à Paris, lors d'un gala de soutien. Les 11 Bretons qui comparaissent devant la Cour de sûreté de l'État (créée en 1963 à la suite de la guerre d'Algérie) sont condamnés à des peines de prison avec sursis, et relâchés immédiatement. Le PSU profite de ce procès pour préciser sa position en exprimant sa solidarité avec les militants du FLB face à la répression dont le groupe est la cible, mais aussi en marquant sa différence, « en condamnant la violence inefficace dans les moyens d'actions », et en refusant le nationalisme du FLB « qui prend la forme d'un front national »[20].
À partir de 1975, la ligne politique se déplace vers la gauche. Cette évolution est notamment due à l’éviction des éléments les plus marqués à droite du mouvement, dont Yann Fouéré ou Yann Goulet, et à l’arrivée de nouveaux militants tels que Mikael Salomon, qui devient la « plume » du mouvement[21].
Les années 1978-1979 sont sans doute celles durant lesquelles le plus de militants du FLB-ARB, toutes tendances confondues, passent en procès devant la cour de sûreté de l'État. C'est le procès des auteurs de l'attentat de Versailles arrêtés au mois de juin 1978. De 1978 à 1980, à la demande d'Henri Leclerc, Jean-Jacques de Félice rejoint le pool d'avocats qui défend les autonomistes bretons jugés devant la Cour de sûreté de l'État, les archives de l'avocat de Félice, conservées à La Contemporaine, sont d'ailleurs une source non négligeable pour les historiens pouvant leur permettre d'enrichir une histoire encore lacunaire de l'autonomisme breton, comme l'analyse l'historien Vincent Porhel[22].
Selon Yann Puillandre, la création du parti Strollad ar Vro en 1972, est une tentative pour constituer une branche légale au FLB. Le parti sert aussi de porte d’entrée dans le monde clandestin pour plusieurs jeunes militants. Selon plusieurs sources, son dirigeant, Jean Le Calvez, avait la « confiance » du Kuzul meur, sorte d’organe dirigeant du FLB[21].
Un des membres, Michel Herjean, est arrêté en 1978 dans les jours qui suivent l'attentat du château de Versailles, il obtient un non-lieu dans ce dossier[23].
Années 1970
Le combat breton est alors mis sous les projecteurs pour se poursuivre pendant les années 1970 avec un pic en 1975 (10 attentats dont celui contre le site nucléaire de Brennilis le [11]). Cette époque est marquée par le décès de Yann-Kel Kernaleguen, tué par sa propre bombe à Châteaulin[24].
Le , la destruction du relais émetteur de télévision de Roc'h Trédudon est revendiqué par le FLB[25],[26].
Jusqu'en 1974, les deux ARB revendiquent leurs attentats[27].
Radicalisation
Le mouvement se déplace vers la gauche et les vagues d’attentats se multiplient[28].
L'attentat du château de Versailles en 1978 provoque une réprobation générale dans les journaux de l'époque[29], en France comme à l'étranger[30]. Le ministre de la Culture Jean-Philippe Lecat évoque un « côté criminel absolument odieux » et l'irresponsabilité des indépendantistes bretons[31] ; Hubert Landais, directeur des musées de France, parle d'une « véritable catastrophe » et compare l'auteur de l'attentat à un « fou », considérant que « s'attaquer à des richesses nationales est un signe de déséquilibre. » L'Union démocratique bretonne condamne elle aussi, comme pour des attentats précédents[32]. Le journal allemand Die Welt indique le lendemain de l'attentat qu'« aucun Français raisonnable ne désire que l'État français accorde l'indépendance aux provinces périphériques, ni en Bretagne, ni en Alsace, ni en Occitanie[30]. »
Amnistie
Les 19 militants encore emprisonnés en 1981 sont amnistiés par le président François Mitterrand[13].
Armée révolutionnaire bretonne : 1985-2000

Le , l'ETA effectue le vol de 8,5 tonnes de dynamite et de 11 kilomètres de cordeau détonant dans un dépôt d'explosifs de la société Titanobel (à l'époque Titanite), à Plévin[33].
À la suite de cette affaire, le nationaliste Denis Riou est incarcéré et mis en examen[34].
Il existe des relations entre les militants Euskal Herria et ceux de l’Emsav en Bretagne, depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1970, il y a des relations régulières entre la gauche indépendantiste du Pays basque et de la Bretagne. Il y a des liens entre le FLB d’autrefois et l’ETA puis, quelques années après, avec l’ARB[35].
Plus de 200 bretons sont arrêtés par la police, certains emprisonnés pour avoir accueilli chez eux des militants plus ou moins proches de ETA[35].
Fin progressive dans les années 2000
Le , un attentat dans un fast-food à Quévert provoque la mort de Laurence Turbec, une jeune employée[36]. D'après Christian Guyonvarc'h : « Cet attentat a mis un terme à toute revendication par l'action directe »[37].
Au cours du procès, l'attentat de Quévert n'est pas attribué à l'ARB. Les expertises figurant au dossier montrent que la technique de montage et le minuteur utilisés ne correspondent pas aux différents systèmes utilisés par le groupe démantelé dans la région de Fougères. Le , la Cour d'assises spéciale de Paris prononce donc l'acquittement des quatre militants indépendantistes bretons accusés de complicité dans l'affaire de Quévert, qui reste donc sans coupable. Le parquet ayant fait appel de trois de ces quatre acquittements[38], cet appel est jugé irrecevable en novembre 2008[39]. Le parquet s'étant pourvu en cassation contre cet arrêt, la Cour de cassation lui donne tort. Les militants poursuivis sont donc définitivement blanchis[40].
Après ce verdict, le FLB cesse progressivement ses plastiquages face à l'indignation populaire devant la mort de la jeune employée du fast-food de Quévert[41]. En effet, selon le militant breton Gaël Roblin, « les mouvements bretons clandestins n'ont pas pour habitude de s'en prendre à des entreprises privées, ni de mettre en danger la vie d'autrui »[42].
Années 2020
En , le FLB revendique un incendie daté de d'un engin de chantier à Rostrenen[43]. En , le FLB revendique une série d'« attaques de résidences secondaires ou de profiteurs de l'industrie touristique » et fournit une liste de lieux et de dates, dont certains correspondent à des incendies de maisons secondaires[44]. L'incendie d'une résidence secondaire à Caurel en est revendiqué par le FLB[45].
En , peu après l'ouverture d'une possibilité de l'autonomie de la Corse par le gouvernement français suivant des manifestations de soutien à Yvan Colonna, le FLB-ARB envoie un communiqué à Ouest-France exigeant un référendum sur la réunification de la Loire-Atlantique et de la Bretagne, et un autre sur l'autonomie ou l'indépendance de la Bretagne réunifiée. Le FLB-ARB menace de passer à la lutte armée si ces référendums ne sont pas réalisés d'ici au [46],[47].
En , une résidence secondaire est incendiée à Landunvez (Finistère) et la mention FLB est inscrite sur l'un des murs de la maison[48]. Le de la même année, la voiture immatriculée en Ile-de-France est incendiée. Les lettres FLB sont écrites sur la route. En , plusieurs journaux dont Le Télégramme reçoivent un courrier du FLB dans lequel sont revendiqués six incendies et sabotages[49] dont celui du domicile d'un préfet datant du mois précédent[50]. En octobre à Ploërdut (Morbihan), une voiture immatriculée dans l'Aisne est retrouvée calcinée avec le sigle FLB tagué à côté[51].
En , la voiture d'un couple de nationalité britannique est incendié à Névez. Il est écrit sur un mur voisin « FLB zo bev atav » (« le FLB est toujours vivant » en breton)[52]. En , la serre d'un maraicher immigré est saccagée à Lannion (Côtes d'Armor). L'inscription « FLB » y est taguée, ainsi que des tags racistes[53].
La mairie de Treffiagat est la cible d'un incendie volontaire dans la nuit du au . Les murs du bâtiment ont été endommagés et le slogan FLB découvert sur l'un des murs[54].
Dans le paysage politique français
Le FLB « historique » disparaît de la circulation depuis le procès du au pour renaître de ses cendres quelques années plus tard. L'ensemble de l'Emsav, à l'exception de l'Union démocratique bretonne (UDB)[55], refuse de condamner le FLB[56].
Liste des attentats et protagonistes
Œuvres de fiction
- Jean-Pierre Nicaise, 1970, libération de la Bretagne, (lire en ligne)
- Hervé Jaouen, Pleure pas sur ton biniou, les Éd. de la Chapelle, (ISBN 978-2-9517889-3-0)
- Claude Pasquet, La nuit du pardon, Cheminements, (ISBN 978-2-84478-472-8)
- Hervé Le Bévillon, L'attentat de paimpol, HLB (ISBN 9782952867016)
- Claude Pasquet, Le secret de la Dame blanche, Cheminements, (ISBN 978-2-84478-623-4)
- (en) Fabien Fallon, Breizh Atao, Lulu.com, , 131 p. (ISBN 978-1445261881)
- Fabien Fallon, Le Silence Des Bombes, lulu.com, , 268 p. (ISBN 978-1445261942)
- Pierre-Emmanuel Marais, Ne m'appelle pas Lola, Yoran Embann, coll. « Roman policier », (ISBN 978-2-914855-58-7)
- Xavier-Marie Bonnot, Les âmes sans nom, Belfond, (ISBN 978-2-7144-4528-5)
- Gérard Faure-Kapper, Les innocents de Roc'h Tredudon, Luthenay, (ISBN 2918780014, EAN 9782918780014)
- Fabien Fallon, Welcome to Brittany, lulu.com, 138 p. (ISBN 978-1445264516)
Documentaire
- Double DVD FLB Les années De Gaulle & FLB Les années Giscard, 2 × 52 min, 2013, par Hubert Béasse, prod. Jean-François Le Corre, (présentation en ligne)
