Sanatorium des étudiants de France

établissement situé près de Grenoble, en France From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Sanatorium des étudiants de France est un établissement de soins fondé dans les années 1920 sur la commune de Saint-Hilaire-du-Touvet, près de Grenoble, dans le département de l’Isère. Destiné à l’origine à accueillir des étudiants atteints de tuberculose, il est géré par la Fondation santé des étudiants de France.

Faits en bref Fondation, Type ...
Sanatorium des étudiants de France
Le Sanatorium des étudiants de France vu depuis la route (années 1950). Au premier plan, le bâtiment des filles (devenu plus tard pavillon « Jamati »).
Histoire
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À partir des années 1960, avec la disparition progressive de la tuberculose, l’établissement est reconverti en centre de rééducation et prend successivement les noms de Centre universitaire de cure (1968) puis Centre médico-universitaire Daniel-Douady (1983).

Les activités sont transférées en 2010 à La Tronche, au sein de la clinique du Grésivaudan, et les bâtiments historiques sont démolis entre 2015 et 2020.

Histoire

  • Cet établissement est créé formellement lors du congrès de Clermont de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF)[1] en 1923 afin d'accueillir des étudiants atteints de tuberculose[1].
  • La pose de la première pierre est organisée le 26 octobre 1924 par le sénateur André Honorat[2]
  • La construction du sanatorium est marquée par des difficultés financières qui entraînent une interruption du chantier pendant plusieurs années, et le bâtiment reste à l’abandon, victime de vandalisme (carreaux cassés, etc...)[3]. Pour réunir les fonds nécessaires à l’achèvement de l’établissement, la Fondation organise plusieurs manifestations de soutien, telles que des kermesses et des bals destinés à collecter des dons.
  • Le sanatorium des étudiants de France ouvre en 1933[4], et accueille son premier patient[1].
  • 1935 : inauguration par le président du Conseil, Édouard Herriot, ce qui montre l'importance de l'événement.

Le sanatorium des étudiants

Son premier médecin directeur de 1933 à 1943, le Dr Daniel Douady lui donne un retentissement très fort.

Dès les débuts du Sanatorium, des professeurs et assistants de l'université de Grenoble montent une ou deux fois par semaine assurer les cours, les travaux pratiques et les travaux dirigés.

Le sanatorium était souvent surnommé : « l’Université des neiges »

La revue "Existences"

Dans ce contexte de vie intellectuelle active, les étudiants malades créent en octobre 1934 la revue Existences, qui devient rapidement une revue littéraire[5]. C’était une revue où la littérature, la poésie, les sciences occupaient une grande place, mais aussi la vie habituelle, locale, avec ses peurs, ses souffrances, ses rires également, et quelquefois la mort. Elle accueille notamment des textes de Roland Barthes pendant son séjour. La revue sera publiée jusqu'en 1949[6]

La Bibliothèque

Une bibliothèque importante était aménagée au dernier étage du pavillon Vauthier, sous la charpente, à l’extrémité de l’aile nord-est. Tout au bout, il y a une petite terrasse en demi-cercle perchée à l'extrémité du toit, telle la hune d'un bateau.

Elle fut constituée à partir d’acquisitions et de nombreux dons provenant de particuliers et d’institutions, à la suite d’un appel national lancé à la fin de l’année 1934 par le directeur du sanatorium, le docteur Douady, auprès des universités, enseignants et mécènes. Le fonds passa ainsi d’une centaine d’ouvrages à environ 7 000 volumes en 1937.

Après 1945, des subventions de l’État et de l’Université de Grenoble contribuèrent à son enrichissement, permettant d’atteindre environ 20 000 volumes en 1947, année de création d’un poste de bibliothécaire permanent. Auparavant, la gestion de la bibliothèque était assurée par des pensionnaires bénévoles, parmi lesquels Roland Barthes de 1942 à 1945[7].

D’après le Bulletin des bibliothèques de France, la bibliothèque comptait environ 26 000 volumes en 1957[8].

Elle continua de s’accroître par la suite pour dépasser 50 000 documents avant l’abandon du site[6]. Une partie du fonds fut récupérée par la Fondation Santé des Étudiants de France, tandis qu’une autre fut dispersée, abandonnée sur place puis détruite lors d'un incendie survenu en 2012[6].

La salle de spectacles

Cette salle de conférences et de spectacles de 300 places a été construite en 1939, mais le Dr Douady avait passé commande d'oeuvres d'art pour sa décoration dès 1937.

Elle est décorée de 8 toiles autour du thème des arts, de 3 mètres par 4 réalisées par Dimitri Varbanesco (2 tableaux : Le Sacre du Printemps [9] et La Forêt en marche[10]), Marc Saint-Saëns (Le Théatre ou la tragédie[11]), Georges Gimel (2 tableaux : La Plage[12] et Le Carnaval[13]), Maurice Savin (La Musique[14]), Gabriel Fournier (La Danse[15]), André Fougeron (Le Cirque[16]).

Le rideau de fond de scène de 4,6 mètres par 6 peint par Roger Bissière en 1938, "Le Duo du pierrot guitariste et de la cantatrice"[17] rend hommage à son ami Georges Braque, et à son oeuvre "Le Duo" datant de 1937[18]. Ces œuvres ont été classées monuments historiques en 1999.

La salle accueille de nombreux artistes et conférenciers, parmi lesquels Jean Giono, Albert Camus, Louis Aragon, Paul Éluard, André Gide, Paul Claudel, ainsi que des artistes populaires comme Tino Rossi, Fernandel, Maurice Chevalier, Charles Trenet, Georges Brassens ou Jacques Brel.

Le grand piano

Au fond de la scène, on peut voir un piano de concert sorti des ateliers Pleyel en 1926, offert par Alfred Cortot lors d'un concert en 1935[19]. Surnommé la "Grande Demoiselle", avec ses 2,80 m de long, c'était le plus grand piano à queue de son époque, au son incomparable[20]

La résistance

Cette activité culturelle intense se poursuit jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’Occupation allemande, le sanatorium joue également un rôle discret dans la Résistance française. Daniel Douady rédige de faux certificats médicaux pour que des Juifs puissent s’y cacher en tant que malades. Il embauche aussi trois médecins juifs, qui de par les lois de Vichy n’avaient pourtant pas le droit d’exercer[1]. Enfin, d’après la résistante Madeleine Riffaud, le sanatorium hébergeait également une imprimerie clandestine, dont lui seul avait la clé[21].

En 1943, départ du Dr Douady pour présider l’Association Guy Renard. Il est remplacé par son adjoint, le Dr René Cohen (qui était juif et exerçait clandestinement), et ensuite par le Dr Pierre Puech jusqu'à son décès accidentel le 27 janvier 1973. Le Centre sera ensuite dirigé par le Dr Pierre Pauget pendant 30 ans, de 1975 à 2005. Et enfin, Camille André Laudinet qui a été le dernier directeur.

La reconversion du site

  • Par Décret n°68-437 du 10 mai 1968 RELATIF AUX SANATORIUMS, le Ministère de la Santé décréte la fin de la spécificité des sanatoriums en ouvrant ces établissements aux malades non tuberculeux[22],[23].
  • A partir des années 1960 et de l’utilisation des antibiotiques pour soigner la tuberculose, les activités de l'établissement changent, ainsi que sa dénomination. Il est reconverti en établissement hospitalier de convalescence et de rééducation.
  • Dès 1965, le sanatorium des Étudiants se rénove et accueille à titre expérimental des handicapés moteurs. Le Sanatorium des étudiants devient le Centre Universitaire de Cure en 1968, où un nouveau bâtiment est construit dans les années 1970, le bâtiment Pierre Puech qui abrite une piscine et un gymnase, ainsi que divers services Para-médicaux (kinésithérapie, ergothérapie, etc...).

La disparition

  • Le 18 janvier 1981, le Centre Universitaire de Cure est touché par une avalanche. Des véhicules sont endommagés et un chauffeur de chasse-neige est blessé; la route d’accès aux établissements est coupée. C'est la seule avalanche qui a touché ce bâtiment au cours de ses 90 années d'existence, tandis que l'établissement voisin (CMC Les Petites Roches) était beaucoup plus exposé.
  • En 1983, le Centre Universitaire de Cure est rebaptisé « Centre médical universitaire Daniel-Douady » en hommage au premier directeur du sanatorium, Daniel Douady, décédé en 1982[24].
Clinique du Grésivaudan, La Tronche
  • À partir des années 1990, la question de la délocalisation de l'établissement est progressivement posée. Si le risque d’avalanche est souvent invoqué, plusieurs sources soulignent également des considérations de rentabilité, de taux d’occupation en baisse et de rationalisation de l’offre hospitalière, dans un contexte de regroupement des structures de soins dans la vallée grenobloise[25].
  • En 2008, l'État ordonne la délocalisation immédiate du Centre médico-universitaire Daniel-Douady (CMUDD) face au risque naturel d'avalanches sur son emplacement géographique. La décision de démolir les bâtiments est actée par l’État français dès 2009, les coûts de protection étant trop élevés pour envisager la conservation ;
  • Entre 2010 et 2019, les bâtiments sont laissés à l'abandon, pillés, vandalisés et entièrement tagués[26],[29]. Ce qui reste de la bibliothèque est détruit dans un incendie en 2012.

Lorsque Daniel Douady prend la direction du sanatorium au début des années 1930, le chantier n’est pas encore achevé et les bâtiments ont déjà subi des dégradations. Dans un entretien ultérieur, il évoque un établissement « qui ressemblait à une ruine », avec plusieurs centaines de vitres brisées[3]. Plusieurs décennies plus tard, après la fermeture de l’établissement, les bâtiments connaissent de nouveau une période d’abandon et de dégradation avant leur démolition.

  • Les bâtiments, abandonnés après le transfert des activités médicales à La Tronche en 2010, sont progressivement démolis entre 2015 et 2020. Le site est ensuite renaturé et classé en zone naturelle non constructible par la commune.
  • Après la démolition des bâtiments, aucune trace matérielle du sanatorium ne subsiste sur le site.

Activités

Dans les dernières années de son existence, le CMUDD est un Établissement de réadaptation fonctionnelle ; ses principales missions concernent le soin, les études ainsi que l'insertion sociale et professionnelle de jeunes gens (enfants, adolescents et étudiants) qui sont malades ou en situation de handicap[30]. Sa capacité est alors de 150 lits d'hospitalisation, auxquels s'ajoutent deux places en hôpital de jour et huit postes d'hémodialyse[30]. Il comporte différents services dont un dédié à la « rééducation polyvalente » d'enfants et d'adolescents, un dédié à la rééducation spécialisée de personnes ayant des lésions cérébrales, un dédié à celle spécialisée de personnes ayant des traumatismes médullaires et un à la rééducation d'adultes[30].

Organisation et Architecture

Le CMUDD de Saint-Hilaire-du-Touvet était doté d'une piscine intérieure, d'un gymnase pour la pratique du basket en fauteuil, d'une salle de cinéma et de spectacles, et de nombreuses salles de créations artistiques telles que des ateliers de poterie, de photographie, de peinture. Il possédait deux pianos dont un piano à queue Pleyel offert par Alfred Cortot lors d'un concert, une table de billard, une chapelle. De nombreuses salles de sport étaient aussi disponibles (musculation, mur d'escalade), et des cours de yoga.

Vie quotidienne et vie culturelle

Le SEF était visible depuis la vallée (photo prise depuis Saint-Nazaire-les-Eymes)

L’établissement n’était pas isolé du territoire environnant : ses équipements, notamment la piscine, le terrain de tennis, la salle de spectacles et certaines activités culturelles, étaient également fréquentés par les habitants de Saint-Hilaire-du-Touvet et des communes voisines. Des artistes et conférenciers venaient régulièrement s’y produire, contribuant à l’animation culturelle du plateau. Des jeunes du plateau ont pu suivre leur scolarité dans ses locaux[31]

Les équipements culturels du centre, notamment la salle de cinéma, furent également utilisés pour des manifestations locales. Ils accueillirent notamment certaines activités liées à la Coupe Icare, festival international de vol libre créé en 1974 à Saint-Hilaire-du-Touvet, notamment des projections de films consacrés au vol libre[31].

Un système de transports (bus et navettes) permettait en outre aux pensionnaires, notamment étudiants et lycéens, de suivre des cours à Grenoble, illustrant le modèle original de « soins-études » développé par la Fondation.

Le Sanatorium des étudiants était visible depuis la vallée du Grésivaudan, en particulier lorsque le soleil du matin se reflétait sur les vastes surfaces vitrées[6].

Les bâtiments

Les bâtiments du CMUDD avant sa démolition
  • Le premier bâtiment terminé est le sanatorium des étudiantes, qui commence à fonctionner en 1933, alors que le grand bâtiment est encore en travaux. A l'origine filles et garçons étaient séparés par obligation légale[32], par la suite le Centre deviendra mixte.
  • Le bâtiment le plus ancien et le plus important est le Pavillon Vauthier, comportant 4 étages de chambres avec ascenseur et un sous-sol. Il comprend également au rez-de-chaussée le restaurant à l'extrémité sud-ouest, les salles de classe dans l'aile nord-est (dont un laboratoire de chimie), au centre la cafétéria avec baby foot, les ateliers de poterie, émaux et l'atelier peinture (animé par Mme Simone Gozzi-Gracia), le piano dans le bureau de l'animateur, une salle de télévision, le vaguemestre, la boutique, le standard téléphonique, la bibliothèque au dernier étage à l'extrémité nord-est, et au sous-sol, la chapelle, un autre niveau de salles de classe, et les services techniques tels que la buanderie ou la chaufferie.
  • Le sanatorium des étudiantes en annexe a été reconstruit, modernisé et agrandi dans les années 1950 et a pris le nom de Pavillon Jamati[33]. Il comporte 3 étages de 12 chambres doubles avec de grands balcons où se trouvent les fameuses chaises longues de sanatorium pour la sieste obligatoire en plein air, un ascenseur, une infirmerie, un réfectoire, une salle de billard, des salles de télévision et il est relié par un passage souterrain.
  • En 1939 ont été construits l'aile médicale centrale où se trouve le bureau du directeur, et la salle de conférence et de spectacles de 300 places aux étages inférieurs et le pavillon Jean Zay qui comprend 4 étages de 11 chambres (désignés par une lettre A, B, C, D) avec plusieurs ascenseurs, portant sa capacité de 180 à 250 lits. Il sera plus tard dédié aux handicapés moteurs. Le toit de l'aile centrale et du bâtiment Zay constitue une grande terrasse au soleil, avec vue imprenable sur les montagnes de la chaîne de Belledonne. Elle est accessible directement depuis la cafétéria centrale, mais aussi depuis les 2 extrémités du bâtiment Vauthier via 2 passerelles (qui étaient des issues de secours).
  • Le bâtiment Pierre Puech (du nom du précédent directeur décédé accidentellement en 1973) est le dernier a être construit dans les années 1970 et abrite les équipements sportifs : piscine, gymnase[34] ainsi que divers services Para-médicaux (kinésithérapie, ergothérapie, etc...).

Dans la culture populaire

Le Sanatorium des étudiants de France de Saint-Hilaire du Touvet est longuement représenté dans une partie importante du premier album de la série de bande dessinée consacrée à Madeleine Riffaud, qui y a séjourné durant la seconde Guerre mondiale et y a rencontré son premier mari, qui a fait partie de la Résistance française, au sein de laquelle elle l'a rejoint.

Personnalités ayant séjourné dans les sanatoriums

Notes et références

Annexes

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