Famine depuis 2020 dans le nord de l’Éthiopie

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PériodeDepuis novembre 2020
VictimesEntre 150 000 et 200 000 morts en
Conséquences13 millions de personnes ayant besoin d’aide humanitaire
Famine depuis 2020 dans le nord de l’Éthiopie
Image illustrative de l’article Famine depuis 2020 dans le nord de l’Éthiopie
Carte des personnes en besoin d’aide humanitaire dans la région du Tigré en

Pays Drapeau de l'Éthiopie Éthiopie
Période Depuis novembre 2020
Victimes Entre 150 000 et 200 000 morts en
Conséquences 13 millions de personnes ayant besoin d’aide humanitaire

La famine depuis 2020 dans le nord de l’Éthiopie désigne une crise alimentaire majeure qui touche principalement les régions du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara à la suite du déclenchement de la guerre du Tigré en .

Le conflit a provoqué des déplacements massifs de populations, la destruction de récoltes et un accès restreint à l’aide humanitaire, dans un contexte déjà marqué par des invasions de criquets pèlerins et par des conditions climatiques défavorables.

Selon plusieurs estimations, entre 150 000 et 200 000 personnes seraient mortes de faim dès , tandis qu’en août de la même année, près de 13 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

Dans la seule région du Tigré, près de 89 % de la population avait alors besoin d’aide alimentaire et près de la moitié faisait face à une faim sévère. En , après la fin du cessez-le-feu entre belligérants de la guerre du Tigré, le nombre de décès dus à la famine était évalué entre 400 et 900 par jour. Cette famine est considérée comme la plus grave en Afrique de l’Est depuis la crise alimentaire de 2011 dans la Corne de l'Afrique.

Guerre du Tigré

La guerre du Tigré, déclenchée en entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), est un facteur central dans le déclenchement de la famine[1]. Les combats entraînent la destruction de récoltes, le pillage des réserves alimentaires et le déplacement massif de populations[2].

Les blocages humanitaires imposés par les forces en présence ont limité l’acheminement de l’aide internationale, rendant une grande partie de la région inaccessible[3],[4],[5]. Ces restrictions, combinées à l’effondrement de l’économie locale et à la désorganisation des marchés, ont plongé des centaines de milliers de personnes dans une insécurité alimentaire aiguë[1].

Facteurs environnementaux

Entre 2020 et 2023, la Corne de l’Afrique connaît par ailleurs une sécheresse parmi les plus graves depuis plus de quarante ans, affectant particulièrement la Somalie, l’Éthiopie et le Kenya[6],[7]. L’année 2022 est marquée par la saison des pluies la plus sèche depuis quatre décennies, causant des dizaines de milliers de décès en Somalie. La sécheresse a pris fin début 2023, mais les pluies supérieures à la moyenne entraînent des inondations dans plusieurs zones de la région[8].

Invasion de criquets

Entre et , une invasion massive de criquets pèlerins se développe, menaçant les approvisionnements alimentaires en Afrique de l’Est, dans la péninsule Arabique et jusqu’au sous-continent indien[9],[10]. Il s’agit de la pire infestation depuis soixante-dix ans au Kenya et depuis vingt-cinq ans en Éthiopie, en Somalie et en Inde[11].

L’infestation commence après le cyclone Mekunu de 2018, qui provoque de fortes pluies dans le désert du Rub' al Khali dans la péninsule arabique, favorisant la reproduction des criquets[12]. Après avoir infesté l’Iran, le Pakistan et l’Inde au nord, au printemps 2019, des essaims sont signalés en Éthiopie à l’automne de cette même année[13].

À partir d’, les restrictions de voyage et de transport liées à la pandémie de Covid-19 entravent les opérations de lutte, retardant l’acheminement des pesticides, du matériel et du personnel, et aggravant l’insécurité alimentaire dans la région[9],[14].

De mai à , la taille des essaims diminue progressivement grâce à des campagnes massives de lutte aérienne et terrestre, renforcées par des conditions météorologiques défavorables à la reproduction (faibles pluies, absence de tempêtes dans l’océan Indien)[15],[16]. En , des essaims subsistent néanmoins en Éthiopie[9].

Facteurs économiques

Sur le plan économique, l’Éthiopie connaît une inflation moyenne de 26 % en 2021[17] et de 34 % en 2022[18], principalement alimentée par la hausse des prix alimentaires[19]. En , l’inflation globale atteint 30 % et, en septembre de la même année, les prix des denrées de base restent particulièrement élevés, aggravant l’insécurité alimentaire[20].

Historique

Déclenchement

Deux mois après le déclenchement de la guerre du Tigré, en , les autorités régionales du Tigré affirment que « des centaines de milliers » de personnes risquent la famine sans augmentation rapide de l’aide alimentaire, tandis que le gouvernement fédéral affirme qu’il n’y a « pas de famine en Éthiopie »[21],[22].

Selon The Economist, le gouvernement fédéral éthiopien retient volontairement l’aide alimentaire pour affaiblir le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), une accusation que le gouvernement dément[22].

Le Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET) considère alors que la région est « probablement à un pas de la famine » et, en , classe les zones centrales du Tigré en situation d’« urgence » (phase 4 de l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC)), le reste de la région étant placé en « crise » (phase 3)[22],[23]. L’organisation identifie le conflit armé, les restrictions d’accès humanitaire, l’effondrement des revenus et la désorganisation des marchés comme principaux facteurs de cette insécurité alimentaire.

En , la Croix-Rouge éthiopienne (en) estime que 80 % du Tigré reste inaccessible aux convois humanitaires et prévoit « des dizaines de milliers de morts » par inanition. Le président de l’organisation humanitaire, Abera Tola, décrit des civils déplacés « émaciés », affirmant que « leur peau est vraiment sur leurs os », et estime que 80 % du Tigré reste inaccessible à l’aide humanitaire[24].

Début , la ministre éthiopienne de la Paix, Muferiat Kamil, s’accorde néanmoins avec le Programme alimentaire mondial (PAM) pour permettre un accroissement des distributions[24].

Le , le Conseil de sécurité des Nations unies indique que plus de 400 000 personnes sont touchées par l’insécurité alimentaire, dont 33 000 enfants gravement malnutris, et qu’1,8 million de personnes se trouvent au bord de la famine[25]. En , l’UNICEF rapporte que près de 29,7 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire en Éthiopie[26].

Les données de mortalité illustrent l’ampleur de la crise : en , des décès par famine sont signalés à Gulomahda et à Adwa. En , un responsable sanitaire régional rapporte 125 morts de faim dans le district de Mai Kinetal, décrivant des habitants « tombant comme des feuilles », ainsi que des centaines de décès liés au conflit et des milliers de foyers pillés.

En , une étude confirme qu’au moins 186 enfants de moins de cinq ans meurent de malnutrition aiguë entre juin et octobre. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires signale également plusieurs cas de famine mortelle et, en , l’agence humanitaire déclare qu’« une personne meurt probablement de faim toutes les 48 secondes » dans la Corne de l’Afrique. Certaines estimations académiques, comme celle de Jan Nyssen, professeur à l’Université de Gand, évaluent entre 425 et 1 201 le nombre de morts de faim quotidiens dans le Tigré à l’automne 2021.

Fin de la guerre du Tigré

La situation s’améliore temporairement après la trêve de , qui facilite l’acheminement de l’aide, mais la sécheresse du printemps aggrave de nouveau l’insécurité alimentaire. La reprise des combats en accentue encore la crise : en octobre, entre 400 et 900 personnes meurent chaque jour de famine[27].

La fin de la guerre du Tigré le ne se traduit pas par la fin de la famine dans la région[28],[29].

Conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine (2022)

Sac de blé ukrainien envoyé en Éthiopie en mars 2023
Sac de blé ukrainien envoyé en Éthiopie en

En 2020, la Russie et l’Ukraine représentaient à elles seules 81 % des importations de blé de l’Éthiopie (66 % provenant de la Russie et 15 % de l’Ukraine). Deux ans plus tard, en , ces deux pays assuraient encore environ 42 % des importations de céréales du pays (15 % de la Russie et 27 % de l’Ukraine)[30],[31].

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en aggrave la crise alimentaire déjà présente dans le nord de l’Éthiopie, en perturbant les chaînes d’approvisionnement et en provoquant une forte hausse des prix des denrées[32].

Malgré le conflit, l’Ukraine continue d’envoyer de l’aide alimentaire, notamment une cargaison de 50 000 tonnes de céréales destinée à la région de la Corne de l’Afrique, financée avec le soutien de l’Allemagne et de la France pour couvrir les frais de transport[33],[34],[35]. Le , un envoi supplémentaire de 27 000 tonnes de blé arrive en Éthiopie[36].

Dans le cadre de l’initiative céréalière de la mer Noire, un navire chargé de 40 000 tonnes de céréales doit quitter un port ukrainien à destination de l’Éthiopie le , mais le départ est bloqué après la suspension par la Russie de sa participation à l’accord[37]. Des frappes de missiles russes sur le port d'Odessa, en mai et , avaient déjà endommagé des infrastructures essentielles à la production et à l’exportation de céréales[38],[39].

Poursuite de la famine

En , la FEWS NET confirme que les niveaux « urgence » (phase 4) et « crise » (phase 3) persistent, et observe que de nombreux ménages, faute de ressources suffisantes, en viennent à vendre leurs derniers biens, envoyer leurs enfants mendier ou migrer vers des pays voisins et l’Arabie saoudite[40].

Chiffres et statistiques

Références

Voir aussi

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