Farfelu malrucien
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Le farfelu est une tonalité inventée par le jeune André Malraux, influencé par sa bibliothèque imaginaire et en partie par le « cubisme littéraire » de Max Jacob. Il s'applique d'[1]abord à trois œuvres de prose poétique : Lunes en papier (1921), Écrit pour une idole à trompe (s.d.) et Royaume-farfelu (1928). Cette modalité a trouvé un nom grâce à Malraux. Ce que démontrent dans les années 1960 les travaux d'André Vandegans (notamment La Jeunesse littéraire d'André Malraux, 1964), puis ceux de Michel Autrand[2] et de Jean-Claude Larrat (†) qui a commenté la jeunesse de Malraux dans "Le Montmartre de Malraux : entre cubisme et farfelu"[3] ; enfin, l'incontournable article de H. Godard, "Le farfelu contre l'illusion d'un ordre"[4] a remis l'accent sur le farfelu dans une œuvre généralement considérée comme tragique. Le n° 18 de la revue Présence d'André Malraux, sous la direction de S. Howlett, est entièrement consacré au Malraux farfelu : une douzaine d'articles (dont ceux de M. Autrand et de J.-C. Larrat), deux lettres farfelues de Malraux et des illustrations. Ce numéro a donné lieu à deux expositions (2021 ; 2022). Si Malraux exhume un mot forgé par Rabelais (épisode des Andouilles farfelues, dans Le Quart Livre) et laissé sous terre pendant quatre siècles, il en transforme le sens (de "gonflé" à "burlesque, incohérent et comique", peut-être sous l'influence du sens figuré et populaire d'andouille - dès la fin du XIXe siècle, cf. Zola[5]). Malraux s'explique clairement dans ses Antimémoires : « J'appelle ce livre Antimémoires, parce qu'il répond à une question que les Mémoires ne posent pas, et ne répond pas à celles qu'ils posent ; et aussi parce qu'on y trouve, souvent liée au tragique, une présence irréfutable et glissante comme celle du chat qui passe dans l'ombre : celle du farfelu dont j'ai sans le savoir ressuscité le nom. » (Pléiade, OC. t. III)
