Fereydoun Tavallali
poète iranien
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Biographie
Né en 1919 à Chiraz, dans le nord-est de l'Iran, il est diplômé en archéologie à l'université de Téhéran en 1941[1]. Premier archéologue diplômé, il entreprend des fouilles à Marvdasht[2]. Il écrit des satires, publiées dans des journaux, où il critique des personnalités politiques comme Ziaʾ al-Din Ṭabatabaʾi[1]. Elles seront regroupées sous le titres al-Tafasil en 1945. Elles lui valent même les éloges de Tabatabai, qui le défend contre la censure[1].
Il rejoint le parti communiste (Tudeh) en 1944[1],[3]. Au Congrès des écrivains iraniens de 1946, qui rassemble des auteurs de gauche, il lit son poème Fardā-ye enqelāb (« Le jour d'après la révolution »). Il quitte le parti Tudeh en 1947, en même temps que Jalal al-Ahmad et ses amis Rasoul Parvizi (en) et Nader Naderpur, qui jugent le parti trop lié à l'Union soviétique[1]. Il écrit de nouvelles satires, publiées dans Karavan[3]. Il publie, comme Naderpour, dans la revue Sokhan[4].
Il s'engage dans le mouvement pour la nationalisation du pétrole mené par Mossadegh. Après le coup d'État contre Mossadegh, en 1953, sa maison à Chiraz est mise à sac. Tavallali connaît une période de clandestinité puis s'enfuit pour Téhéran[1]. Il retourne à Chiraz en 1959. Il travaille avec l'archéologue français Roman Ghirshmann aux fouilles de Suse[1].
À la faveur d'une ouverture de la société iranienne dans les années 90, il sort du silence pour publier un livre[5].
Poésie
Tavallali est un poète, mais aussi un théoricien de la poésie : ses livres de poèmes sont introduits par des préfaces qui constituent des manifestes où il exprime sa conception de la poésie[7].
Tavallali appartient à un groupe de poètes qui se veulent intermédiaires entre la poésie classique et sa métrique contraignante, et des poètes modernes qui cherchent à se libérer de ces contraintes. Ce groupe reconnaît l'héritage de Nima Yuchidj comme fondateur de la poésie iranienne moderne[1]. Tavallali découvre l'Afsaneh de Nima, qui est considérée le tournant de la poésie persane moderne. Dans un premier temps, il est un admirateur de cette poésie nouvelle[1],[8].
Mais, dès son premier livre de poèmes, publié en 1950, intitulé Rahā (« Libération »), il exprime des critiques aussi bien à l'égard des poètes traditionnels que de la poésie de Nima[8]. Son deuxième recueil, Nafeh, confirme qu'il s'éloigne de la poésie expérimentale de Nima : le poète, considère-t-il, pour innover, doit cependant s'appuyer sur la tradition classique ; la poésie persane a les ressources, dans sa tradition, pour exprimer la modernité. Dans la préface de Raha, Tavallali rejette les rimes difficiles et l'abus de figures rhétoriques ; il encourage la recherche de la nouveauté dans les images, et critique l'imitation des anciens[9]. Mais dans la préface de Nafeh, il critique les vers « désordonnés » des modernistes. Les « vrais poètes du renouveau », selon lui, progressent sans rompre avec la tradition et innovent tout en respectant les règles de la rime et du rythme[10]. Il peut être considéré, en cela, comme un poète « semi-traditionnel »[11]. Les modernes lui doivent une innovation formelle : le chahar-pareh ou « quatrain continu », dont il popularise l'usage[6],[8], sous l'influence de la poésie française et de Mohammad-Ali Eslami Nodoushan (en)[12]. Dans ses derniers poèmes, il est de plus en plus critique à l'égard de la poésie moderne. Le thème de l'amour sensuel domine, à la limite de l'érotisme[1].
Le thème de la mort est omniprésent dans son œuvre, au point que Nafeh a été qualifié de « Livre de la mort »[13]. On peut y voir l'expression du désespoir, éprouvé alors par beaucoup d'Iraniens, à la suite de l'échec politique de Mosadeq, et du retour de la censure[4]. L'influence de son métier d'archéologue explique aussi pour une part les images liées à la mort et à la sépulture[1], mais aussi l'influence de Baudelaire[14]. Il est considéré comme un poète romantique, parce qu'il s'inspire des romantiques français[15], et dans la mesure où les thèmes abordés, y compris politiques, le sont toujours au prisme de la subjectivité et de l'expérience personnelle[4]. La présence de la nature parmi ses sujets de prédilection confirme cette tendance romantique[16],[4].
Il influence fortement des poètes tels que Nader Naderpour et Fereidoun Moshiri[6],[8], qui apprécient le lyrisme romantique et la musicalité de ses vers[17] - il jouait, en amateur, du piano et du târ[1].
Œuvres
- Al-Tafasil (« Rapports détaillés »), satires en prose), 1945
- Raha (« Libéré »), 1950
- Karvan (« Caravane »), 1952
- Nafe (« La poche à musc »), 1962
- Pouye (« La quête », recueil de ghazals et de qasidehs), 1966
- Shegarf (« Merveilleux »), 1974
- Bazgasht (« Retour »), 1990
- Choleh-ye kaboud (« La Flamme violette »), 1997
Tavallali a aussi traduit des œuvres de la littérature française.
Arthur John Arberry a traduit une partie de ses poèmes en anglais[3]. Trois de ses poèmes sont traduits en français dans l'anthologie S'il n'y a pas d'amour.