Fiche (papeterie)
résumé de certaines données selon un schéma fixe sur une carte
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les fiches cartonnées, aussi appelées fiches érudites ou fiches savantes, massivement utilisées à partir de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, sont des papiers cartonnés de petit format, servant à différents usages, notamment de classement d'information et de données diverses, ainsi qu'éventuellement d'élaboration de statistiques. Il s'agit d'une technologie intellectuelle suppléante ou venant en complément de la mémoire et des facultés intellectuelles.

Utilisations

Les fiches permettent de mettre par écrit le savoir, de l’ordonner, mais aussi de le copier et de le déplacer. La mobilité des fiches permet de les reclasser selon différents critères, alphabétique ou chronologique par exemple, pour obtenir l’ordre souhaité[1].
L’utilisation d’un système de fiches permet de mettre en œuvre des opérations intellectuelles de sérialisation et de mise en relation, c’est-à-dire qu’il permet de sémantiser des similitudes et des différences, des contiguïtés et des discontinuités ainsi que des analogies et des variations[1].
Les fiches cartonnées sont utilisées tant dans les bibliothèques et le monde scientifique, dans l'éducation (mémorisation des cours) que dans les bureaux en général et le secteur tertiaire (administration publique, bureaucratie, suivi de clientèle, etc.).
Histoire
Les fiches ont évolué pour prendre plusieurs formes : cartes à jouer, bouts de carton ou de papier rectangles ou carrées de différentes tailles, parfois souples ou rigides, parfois quadrillées, avec ou sans marges et de diverses couleurs[1].
La fiche succède en tant que forme d’enregistrement du savoir à la feuille volante, à la liste, au carnet, au cahier de notes et au cahier répertoire. Ce nouvel appareillage intellectuel a également partiellement remplacé, voire en totalité, l'usage des registres.
La fiche cartonnée entre dans les bibliothèques vers la fin du XVIIe siècle et engendre une restructuration de l’organisation et de la classification des livres. Ces fiches servent à inscrire le titre d’un ouvrage, le nom de son auteur, le lieu de production et l’année où il est publié. Leur mobilité est leur plus grand avantage[1].

Le naturaliste Carl von Linné (1707-1778), père de la taxinomie moderne, fut l'un des premiers à utiliser un système de fiches (index card), lequel offrait l'avantage, contrairement à des registres massifs, d'une souplesse d'utilisation en permettant une recombinaison selon différents critères des fiches[2].
L’apparition des fiches amène le besoin de développer des dispositifs pour entreposer d’imposantes masses documentaires. Des boites, des casiers et des meubles sont conçus à cet effet. Le mobilier joue ainsi un rôle de facilitateur, de remémoration, de visibilité et d’association[1].
En 1689, dans son ouvrage De arte excerpendi, le polygraphe suisse Vincent Placcius soumet l’idée d’un meuble-armoire, appelée armoire érudite, en vue de faciliter la consultation, l’accumulation et le déplacement des fiches[3].
Georges Borgeaud, propriétaire d’une entreprise de fabrication de mobilier, publie en France en 1909 l’A. B. C. du bibliothécaire, traité élémentaire pour la mise en ordre des bibliothèques dans lequel il aborde la question du mobilier. Il y présente ses produits et leurs prix, dont des casiers, des meubles et des tiroirs pour ranger les fiches[4].
Utilisées depuis le XVIIe siècle pour déterminer une nouvelle façon de produire et de transmettre du savoir, les fiches deviennent au XIXe siècle un outil indispensable pour mesurer la qualité du travail savant.
À la fin XIXe siècle, on retrouve deux types de fiches :
- La fiche répertoire ou à référence multiples, de grand format (250 X 160 mm), qui permet d’établir des statistiques, mais pose un problème de mobilité.
- La fiche à référence unique, de petit format (125 X 100 mm), qui limite la quantité d’informations, mais est facile à transporter.
L’utilisation de la fiche à référence unique en bibliothèques entraine la normalisation de la disposition spatiale. On veut éviter les disparités et assurer un transfert fiable de l’information. La première ligne contient généralement le titre de l’ouvrage ou le thème, les suivantes contiennent le sommaire et des commentaires, tandis que les deux dernières lignes sont réservées pour noter les références de l’ouvrage, le nom de l’auteur et la pagination. Le format standardisé de la fiche va subir plusieurs changements au cours du XXe siècle afin de répondre aux besoins changeants de la bureaucratie et des milieux documentaires[1].
Le système de fiches a également ses limites, les fiches peuvent facilement se perdre, les grands formats sont difficiles à manier, les petits formats ne contiennent pas assez d’informations, etc. Ces critiques vont amener les utilisateurs du système de fiches à chercher de nouvelles méthodes pour recenser et classer l’information[1].
Le système de fiche va se mécaniser à partir des années 1950 avec les nouvelles techniques et machines de mécanographie comme la trieuse et la perforatrice. La fiche mécanographique aussi appelée carte perforée marque le début de l’automatisation du système de fiches[5].
Les premiers catalogues consultables en ligne sont le résultat d’une vague d’automatisation des opérations dans les bibliothèques dans les années 1970. Les premiers catalogues d’accès publics (en anglais Online Public Access Catalog, OPAC) sont en fait des versions numériques des systèmes de catalogage sur fiches et en adoptent la même structure. Le système de fiches et le système de catalogage en ligne coexistent pendant plusieurs années, car la transition du premier au second s’opère lentement. L’adoption des catalogues en ligne nécessite de modifier les habitudes des employés et des usagers, elle nécessite également un coût élevé pour se procurer l’équipement et les logiciels. Il faut attendre les années 1980 pour que les catalogues en ligne s’implantent réellement et que l’emploi du système de fiches disparaisse peu à peu[6].
Voir aussi
- Fiche de lecture
- Fiche suiveuse, utilisée par exemple lors de la consultation d'archives
- Fichier
- Classification
- Catalogue
- Index
- Bureau