Fistule anale de Louis XIV
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La fistule anale de Louis XIV est l'un des nombreux maux dont ce roi a souffert. C'est son chirurgien Charles-François Félix qui l'opère avec succès en après la mise au point d'un instrument particulier et l'entraînement sur plusieurs dizaines d'indigents. La guérison du roi a un retentissement considérable en France et en Europe et donne lieu à de nombreuses célébrations civiles et religieuses à travers le royaume, comme en témoigne la célèbre phrase de Michel-Richard de Lalande s'exclamant ainsi « qu'on parle d'un miracle ».
Histoire de la fistule
La fistule anale est un abcès près de l'anus. La maladie est répandue à l'époque, probablement en raison de la pratique courante de lavements par l'introduction dans l'anus d'une seringue métallique, un clystère dont on ne maîtrisait alors pas la stérilisation mais également, pour le roi, à sa pratique régulière de l'équitation[1]. Depuis Hippocrate (c. - av. J.-C.), la fistule anale est soignable en pratiquant une incision avec un fil métallique, mais cela provoque souvent des hémorragies mortelles[2].
Tumeur royale
Au début de l'année , le roi se plaint « d'une petite tumeur devers le périnée, à côté du raphé, deux travers de doigts de l'anus, assez profonde, peu sensible au toucher, sans douleurs, ni rougeurs, ni pulsations »[3]. L'abcès devient plus douloureux et handicapant. Le roi, alors âgé de 48 ans, ne peut plus monter à cheval et fait ses promenades dans le parc en chaise à porteurs[2]. Ce qui était évoqué pudiquement comme une « tumeur à la cuisse »[2] est ensuite révélé publiquement sur fond d'une guerre entre chirurgiens et médecins sur le traitement à y apporter[2]. Toute la première partie de l'année , ces derniers, avec à leur tête Antoine Daquin soignent avec des emplâtres et cataplasmes[2]. De nombreux apothicaires affluent à Versailles espérant pouvoir accéder au roi pour le soigner et entrer dans son entourage. Parmi les traitements, on préconise l'injection d'eau de Barèges et des médecins envisagent d'envoyer le roi dans la cité thermale pyrénéenne. Un chirurgien parisien est envoyé sur place et témoigne des succès de ces eaux pour la fistule. Mais Daquin s'oppose au voyage qu'il juge trop long et dangereux par « les chaleurs de cette saison[3] ». Finalement, le chirurgien Charles-François Félix réussit à convaincre le roi de se faire opérer et que l'opération, une incision, est certes douloureuse mais ne dure que quelques minutes[2].
« Grande opération »
Le chirurgien, qui joue sa carrière, va s'entraîner sur de nombreux indigents de Paris rassemblés à l'hospice de Versailles. On n'en connaît pas précisément le nombre[2] (peut-être 75[1]), mais plusieurs mourront, et selon le curé de Versailles, François Hébert, ils étaient enterrés à l'aube sans faire sonner les cloches « afin que personne ne s'aperçût de ce qui se passait[2] ». Ces multiples opérations permettent à Félix de mettre au point un instrument spécifique, un bistouri recourbé prolongé par un stylet et dont le tranchant est recouvert d'une chape d'argent afin de ne pas blesser lors de son introduction dans l'anus maintenu ouvert par un écarteur[1]. L'instrument conçu pour l'opération, qui prendra le nom de bistouri « recourbé à la royale », est conservé dans les collections du Musée d'histoire de la médecine[4].
Alors que la cour passe cinq jours à Fontainebleau, le roi rentre à Versailles[3]. L'opération, gardée secrète — même le Dauphin ne sera pas prévenu —, se déroule le [5] à 7 heures du matin dans la chambre du roi. Le secret est gardé afin de ne pas affaiblir la position du roi, auprès de sa cour et des cours européennes[2]. Elle est relatée en détail dans le Journal de santé du Roi qui est tenu de 1647 à 1711[1].
Le roi est allongé sur son lit, avec un traversin sous le ventre pour lui relever les fesses[2]. Sont présents outre Félix, les médecins Daquin, Fagon, Bessières et La Raye qui assistent à l'opération[3], et Madame de Maintenon tenant la main du roi[3]. L'opération sans anesthésie dure trois heures, durant lesquelles le roi aurait dit : « Est-ce fait, messieurs ? Achevez et ne me traitez pas en roi ; je veux guérir comme si j'étais un paysan[2]. »