La forêt de Lanouée est une forêt française située en Bretagne, essentiellement dans le Morbihan. D'une superficie de presque 4 000 hectares[1], elle est le deuxième plus grand massif forestier de la région Bretagne, après la forêt de Paimpont[2].
Cette forêt, très ancienne, à sol nettement acide[2], appartenait à la paroisse, puis commune, de Lanouée jusqu'en 1883, puis couvrait une grande partie de la superficie de la commune des Forges pendant son existence entre 1883 et 2019, avant de dépendre depuis cette dernière date de la commune des Forges de Lanouée issue de la fusion en 2019 de la commune des Forges avec celle de Lanouée. Une petite partie nord-ouest, correspondant à 98 hectares soit 5% de sa superficie, se trouve sur la commune de Plumieux, dans les Côtes-d'Armor[2].
Lors de la conspiration de Pontcallec un rendez-vous fut donné en 1719 aux conjurés en forêt de Lanouée au carrefour du Pas-aux-Biches, bien connu des chasseurs, dans le but de marcher sur Rennes et d'enlever le maréchal de Montesquiou, alors gouverneur de Bretagne; «pour réussir ce coup d'audace, il fallait être en force. On devait réunir 1 500 conjurés à Lanouée... Il en vint quinze!»[3].
Cette forêt était jadis une futaie de chênes, de hêtres et de châtaigniers, puis elle fut exploitée en taillis et taillis sous futaie, pour fournir les forges de Lanouée en bois, de 1756 à 1886[2]. L'installation des Forges provoqua de profonds bouleversements dans la forêt, désormais très exploitée pour satisfaire aux besoins des Forges de Lanouée en bois et charbon de bois[4].
Le XIXe siècle
Le le journal Le Mémorial bordelais écrit que la bande de la Houssaye est forte de 130 hommes et qu'elle a déjà désarmé deux brigades de gendarmerie. Elle infeste la forêt de Lanouée[5]. Une lettre écrite le et publiée par le journzl L'Argus écrit que cette bande a été chassée de cette forêt et est poursuivie par les Gardes nationales de Loudéac, Uzel et Quintin[6].
Lors de l'insurrection légitimiste de 1832, cinquante chouans mirent en déroute une colonne du 43e régiment d'infanterie en forêt de Lanouée. Leur chef, Jean-Marie Caro, né le à Lanouée, scieur de long à Lanouée, fut condamné à mort le pour «avoir fait partie de bandes armées contre l'autorité royale forêt». Il fut guillotiné le à Rennes[7]; il était alors âgé de 52 ans[8]. Le Journal des débats politiques et littéraires du écrit que «la semaine dernière, quelques drapeaux blancs[Note 1] ont été arborés en différents endroit de la commune de Lanouée»[9].
Les incendies sont fréquents. Un violent incendie éclata en dans la forêt de Lanouée: «ce terrible fléau exerçait ses ravages avec une telle furie que, de mémoire d'hommes, on n'avait rien vu de pareil dans le pays. La population entière des communes de Cambout et de Lanouée, leurs maires en tête, et nombre d'habitants de Bréan-Loudéac, ont lutté courageusement depuis huit heures du matin jusqu'à sept heures du soir contre l'élément dévastateur (...) qui venait de consumer, en superficie, environ 800 hectares de bois taillis»[10]. 600 hectares de la forêt de Lanouée furent la proie des flammes le [11]. Un autre incendie, provoqué par l'imprudence d'un journalier de la commune des Forges ravagea 50 hectares dans la forêt de Lanouée le ; cette forêt appartenait alors à Mme Renault-Lebreton[12].
La chasse à courre se pratique traditionnellement en forêt de Lanouée. Par exemple en 1894 le baron de Vaux écrit: «Attaqué un brocard daguet le [1893], à dix heures, aux Sept-Fontaines en forêt de Lanouée. Il fait toute sa chasse [fuite] en forêt sans débucher, choisissant tout le temps les parties les plus vives [denses]. Il est pris à quatre heures, dans l'étang des Cinq-Chemins, près du magnifique carrefour de ce nom, où il a fait hallali courant. Pour réussir dans cette belle forêt de Lanouée, où les difficultés sont très grandes, surtout en cette saison, il faut des chiens très vigoureux, beaucoup de persévérance de la part des veneurs et attaquer de bonne heure, les chevreuils de ce pays-là étant très durs. Présents à l'hallali: M. et Mme Maxence Champigny, Lebreton-Thuleau, de Bougerel, vicomte du Halgouet, le comte H. de Laporte, etc..»[13].
Le XXIe siècle
Les contestations à propos du parc éolien
Le groupe Louis-Dreyfus a acquis la forêt de Lanouée en , via sa filiale Ressources Forestières[1]. En 2015, ce groupe la revend à l'investisseur canadien Boralex[14], via sa filiale «Les moulins du Lohan», qui engage des travaux de défrichement sur une douzaine d'hectares pour construire un parc éolien. Le projet initial prévoit 16 turbines culminant à 186 mètres de haut réparties sur près de 331 hectares, soit 8,7% de la superficie du massif forestier[15].
Les associations de protection de la faune sauvage estiment que ces travaux mettent en péril la biodiversité[16]. En raison d'une tentative de passage en force du groupe Boralex, qui a entamé ces travaux sans attendre les autorisations judiciaires, les travaux sont suspendus par décision de justice de la cour de Rennes le , et la forêt rachetée par un groupement forestier dans lequel figure la Caisse des dépôts et consignations[14],[17]. La forêt demeure un domaine privé. Nicolas Hulot, alors ministre de l’Écologie, critique le jugement du tribunal administratif de Rennes, soutenant la société «Les moulins du Lohan»[18].
Le rachat ne met pas un terme au projet de parc éolien[14] situé en dehors des parcelles boisées achetées: le , le rapporteur public de Nantes préconise l'autorisation de ce projet[19]. Par ailleurs, les routes sont déjà goudronnées et élargies, et des surfaces bétonnées pour permettre la pose du socle des éoliennes[20].
Des zadistes, opposants à ce projet, appellent à occuper ce site en , dans l'objectif d'empêcher la reprise des travaux[21],[22]. Le rachat par un groupement forestier dans lequel figure la Caisse des dépôts et consignations est entériné discrètement en [23]. Le projet de parc éolien est examiné devant le Conseil d'État en [24].
Les 17 éoliennes du parc éolien sont finalement mises en service en par le groupe canadien Boralex; sa capacité de production d'électricité de 65 MW[25].
Pendant l'été 2023 Bretagne vivante et le Groupe mammalogique breton trouvent 48 cadavres de chauves-souris dans l'aire du parc éolien; les associations écologiques obtiennent l'assurance que les services de l'état imposeront l'arrêt nocturne des éoliennes afin de préserver les chauves-souris et ont porté plainte[26].
Les autres polémiques
Panneau d'entrée en 2015.
Le un conflit entre veneurs et opposants à la chasse à courre entraîne trois hospitalisations de veneurs à l'hôpital de Ploërmel[27]. Par trois décisions rendues le (requêtes n° 430497, 430498 et 430500), le Conseil d'Etat confirme les arrêts de la cour administrative d’appel de Nantes de qui avaient validé le projet[Note 2].
Événements tekno
Le , une importante free party rassemble entre 3 000 et 4 000 personnes avec neuf murs de son. Le rassemblement a eu lieu dans une clairière au milieu de la forêt de Lanouée, sur la commune des Forges[28],[29],[30],[31].
Le , une rave party non déclarée attire presque 2 000 personnes dans la forêt de Lanouée[32]. De nombreux déchets sont abandonnés sur place, mais les organisateurs reviennent nettoyer quelques jours plus tard[33].
Une rave party rassemble plusieurs centaines de personnes samedi , dans la commune de Forges de Lanouée[34],[35].
Dans la nuit de vendredi 23 au samedi , une rave party s’est installée sur le site des éoliennes en forêt de Lanouée (Morbihan), avec près de 600 participants. Elle se termine le dimanche dans l'après-midi[36].
Le samedi , une free party rassemble près de 1 000 fêtards en forêt de Lanouée[37].
Du 14 au , un millier de teufeurs participent à une free party en forêt de Lanouée. Ils se sont installés dans la nuit de vendredi 14 au samedi [38]. Le corps sans vie d'un homme, âgé de 27 ans, a été découvert, dimanche , aux Forges-de-Lanouée (Morbihan), en marge de celle-ci[39].
Notes et références
Notes
↑Drapeau symbole des légitimistes partisans de l'ex-roi Charles X renversé en 1830.
↑Le conseil d'État constate tout d’abord que la dérogation à l’interdiction d’atteinte aux espèces protégées est justifiée par l’intérêt public majeur du projet. L'édification de ce parc éolien, d'une puissance totale de plus de 51 mégawatts, permettra l’approvisionnement en électricité de plus de 50.000 personnes et l'augmentation de la production d’électricité renouvelable, dans cette région où la production électrique locale est particulièrement faible, ne couvrant que 8% de ses besoins. Ce projet s'inscrit également dans l’objectif national de porter la part des énergies renouvelables à 23% de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32% de cette consommation en 2030. Le Conseil d'Etat relève en outre que le site retenu pour l’implantation du parc éolien se situe à plus d’un kilomètre des premières habitations, une situation particulièrement rare dans une région où l’étalement urbain est important et les habitations dispersées. Enfin, le site d’installation des éoliennes ne comporte ni zone Natura 2000, ni espace boisé classé, ni zone humide, et dispose d’un réseau important de voies forestières et de capacités de raccordement.
↑«Lamballe, 19 mai», Journal Le Mémorial bordelais, , page 3 (lire en ligne, consulté le ).
↑«Nouvelles de l'Ouest», : L'Argus: journal constitutionnel, politique, commercial et littéraire du département du Nord, , p.3 (lire en ligne, consulté le )
↑Joseph Chardonnet, "Rennes et la Haute-Bretagne", éditions France-Empire, 1980
↑Stanislas du Guerny, «Morbihan: les 17 éoliennes de la forêt de Lanouée sont (enfin) opérationnelles», Journal Les Échos, (lire en ligne, consulté le ).
↑Bruno Salaun, «Une plainte déposée après la mort de chauves-souris au parc éolien de Lanouée», Journal Le Télégramme, (lire en ligne, consulté le ).