Forêt en Suisse
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L'ensemble des forêts de Suisse couvre 1,3 million d'hectares soit 32 % de la surface du pays en 2012. Les régions de Suisse les plus boisées sont les massifs du Jura et du sud des Alpes.

Définition
En Suisse, la forêt est définie comme[1] « toutes les surfaces couvertes d'arbres ou d'arbustes forestiers à même d'exercer des fonctions forestières. » Ceci inclut : « les forêts pâturées, les pâturages boisés, les peuplements de noyers et de châtaigniers; les surfaces non boisées ou improductives d'un bien-fonds forestier, telles que les vides ou les surfaces occupées par des routes forestières ou d'autres constructions ou installations forestières ; les biens-fonds faisant l'objet d'une obligation de reboiser. » Cela exclut « les groupes d'arbres ou d'arbustes isolés, les haies, les allées, les jardins, les parcs et les espaces verts, les cultures d'arbres en terrain nu destinées à une exploitation à court terme ainsi que les buissons et les arbres situés sur ou à proximité immédiate des installations de barrage. » Pour qu’un peuplement d’arbres soit considéré comme une forêt et non pas comme un groupe isolé, les cantons doivent définir des seuils minimaux concernant la surface boisée, la largeur (lisière comprise) et l'âge du peuplement[2].
Multifonctionnalité des forêts
En plus de servir de lieu de biodiversité, la forêt joue d'autres rôles, notamment liés aux populations humaines. En droit suisse, la notion de fonction forestière a une haute importance juridique pour la protection et la gestion des forêts. Les fonctions de la forêt sont étroitement liées aux services écosystémiques qu’elle fournit[3]. Ce dernier concept sert à évaluer les processus naturels des écosystèmes qui bénéficient aux sociétés humaines. En Suisse, trois grandes fonctions sont attribuées à la forêt[4] :
- Fonctions sociales :
- Lieu de détente et santé
- Habitat pour la faune et la flore
- Régulation et stockage de l’eau et des éléments nutritifs
- Fonction protectrice, comme barrière de protection contre les dangers naturels
- Fonction économique, car elle contribue à l’économie grâce à l’exploitation du bois.
Taille et répartition privée/public
Selon le rapport forestier 2025, la surface forestière occupe environ 1,3 million d’ha. Sa répartition dans les différentes aires géographiques du pays est de 55 % dans le sud des Alpes, 40 % dans le Jura, 35 % dans les Préalpes, 28 % dans les Alpes et de 24 % sur le plateau[5].
Quant à la surface totale, elle a augmenté de 23’000 ha lors de la dernière décennie, ce qui représente une croissance de 0,2 % par année. La majorité de cette extension a eu lieu au-delà de 1400 m d’altitude suite à l’abandon de parcelles agricoles. Cependant, l’augmentation reste moindre que lors des décennies précédentes[5].
En Suisse, environ 71 % de l'aire forestière appartient à des propriétaires publics (environ 3 400), qui possèdent en moyenne 265 ha de forêt chacun. 245’000 particuliers se partagent les 29 % restants, ce qui représente en moyenne 1,5 ha de forêt[6]. Ces chiffres sont donc similaires à ceux de 2012 présentés dans l’Annuaire La forêt et le bois de 2013[7].
Ces différentes répartitions entre propriétaires posent de nombreux défis : afin d’établir de nouvelles mesures, par exemple pour favoriser la biodiversité, il faudra alors obtenir l’accord des propriétaires forestiers. Dans des régions avec, en majeure partie, des forêts privées, il sera plus difficile d’y instaurer de grandes réserves forestières, puisque cela nécessitera beaucoup de négociations[8].
Peuplements des forêts suisse
Les forêts de Suisse abritent plus de 30 000 espèces animales et végétales différentes, soit près de 40 % de la biodiversité suisse[9].
Flore
Arbres
Les forêts du pays sont composées d'un volume total de bois d'environ 422 millions de mètres cubes. On y trouve 67 % de résineux, principalement des sapins et des épicéas, et 33 % de feuillus, avec principalement du hêtre. Depuis les années 2010, on trouve une dominance des peuplements mélangés dans la forêt suisse, avec seulement 19 % de peuplements purs. Selon l'inventaire forestier national, 92 % des peuplements en régénérations proviennent d'ensemencement naturel. Il y a 120 types de forêts différentes en Suisse[9].
Le volume de bois moyen des forêts est de 351 m3 par hectare, ce qui représente un volume de plus élevé que l'Autriche qui présente des conditions naturelles comparables. Le bois mort représente un volume moyen de 18,5 m3 par hectare, avec environ 8 m3 par hectare d'arbres secs sur pied (selon l'IFN).
Au niveau des arbres pour chaque famille, on trouve plusieurs espèces, qui peuvent parfois s'hybrider entre elles. Du côté du droit, la Confédération dresse la liste des genres qui sont considérées comme forestiers et peuvent être librement plantés en forêt. Cette liste comprend six genres de résineux et quinze genre de feuillus. Elle exclut le Prunus et deux espèces de noyers : le noyer royal et le noyer noir[10].
Épicéa

L'épicéa est le conifère qui compte le plus grand volume de bois sur pieds des forêts en Suisse. Il représente 44 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Il est constitué de pratiquement une seule espèce : l'épicéa commun. Il est globalement présent dans toute la Suisse, quoi qu'en proportions plus faibles au sud des Alpes où il ne représente que 18,5 % de l'ensemble des arbres et au nord où ce taux est de 15,7 %. A contrario, il est très présent dans les Alpes où il représente 59,5 % de l'ensemble des arbres dans les Alpes bernoises, 60,5 % aux Grisons et même 61,4 % dans les Préalpes vaudoises et fribourgeoises[11].
Hêtre

Le hêtre est le feuillu qui compte le deuxième plus grand volume de bois sur pied des forêts en Suisse derrière l'épicéa. Il est majoritairement formé d'une seule espèce : le hêtre commun. Il représente 18 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Ne poussant pas au-dessus de 1 300 m d'altitude[12], il est peu présent dans les régions alpines avec seulement 4,3 % de l'ensemble des arbres aux Grisons ou 4 % en Valais. Ce taux est plus important sur le Plateau où il est en moyenne de 24 %. Sa culture est plus importante sur le massif du Jura où il atteint un taux de 31 %, voire de 42,4 % au nord[13].
Sapin
Le sapin est le deuxième conifère qui compte le troisième plus grand volume de bois sur pied des forêts en Suisse. Il représente 15 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Il est constitué de pratiquement une seule espèce : le sapin blanc. En Suisse, il est surtout présent dans les zones situées entre 800 m et 1 000 m d'altitude et son aire de répartition est donc bien plus limitée que celle de l'épicéa[14]. Pratiquement absent des Alpes, on le trouve surtout dans la région bernoise et dans le Jura, où il représente 21,9 % de l'ensemble des arbres sur pied[15].
Mélèze
Le mélèze est un conifère qui est majoritairement formé d'une seule espèce : le mélèze d'Europe. Il représente 5,5 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Capable de pousser en altitude avec 73 % des mélèzes suisses poussant à une altitude supérieure à 1 400 m, il est surtout présent en Valais, au Tessin et dans les Grisons[16]. Il représente 8,9 % des arbres sur pied au Tessin, 9,5 % aux Grisons et 19,7 % en Valais. Dans le reste de la Suisse, son taux est généralement inférieur ou égal à 1 %[17].
Frêne
Le frêne est le deuxième feuillu le plus répandu dans les forêts en Suisse après le hêtre[18] avec 3,7 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Néanmoins, il est menacé de disparaître. En effet, arrivé en Suisse dans la région bâloise en 2008, le champignon Chalara fraxinea venu d'Asie essaime dans l'ensemble du pays. Il atteint la Suisse romande en 2011. Il provoque une maladie nommée flétrissement : l'arbre n'est alors plus alimenté en eau et finit par mourir. L'observation de ce champignon est difficile car il ne présente que peu de traits typiques et se laisse vite envahir par d'autres espèces de champignons[19]. Jusqu'en 2014, aucun remède contre ce champignon n'est connu. Durant cette année, une équipe de chercheurs de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL cherche un virus capable d'affaiblir, voire de tuer le champignon sans affecter l'arbre afin de pouvoir en stopper la progression[20].
Érable
L'érable est un feuillu qui représente 2,9 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse[9]. Trois espèces forment la majorité des érables de Suisse : l'érable sycomore, l'érable plane et l'érable champêtre.
L'érable sycomore est l'espèce principale d'érables avec environ 17 112 000 tiges sur environ 19 149 000[21], soit 89,4 % de l'ensemble des érables. Il est presque absent des Alpes avec un taux de moins de 1 % à l'exception des Alpes bernoises où il représente 5,9 % de l'ensemble des arbres sur pied. Dans les Préalpes appenzelloises ce taux est de 8,2 %. Il est aussi présent au nord du Plateau avec un taux de 5,1 %[22].
L'érable plane représente 4,7 % de l'ensemble des érables avec environ 906 000[21] tiges. Il est totalement absent des Grisons, du Tessin, des Préalpes vaudoises et fribourgeoises. Dans toutes les autres régions, il représente moins de 1 % de l'ensemble des arbres. Son taux le plus élevé se situe au nord de la Suisse avec 0,7 %[23].
Quant à l'érable champêtre, il représente 5,9 % de l'ensemble des érables avec environ 1 131 000[21] tiges. Il est presque totalement absent du Plateau à l'exception de la région vaudoise où il représente 0,6 % de l'ensemble des arbres et la région zurichoise où ce taux est de 0,2 %. Partout ailleurs en Suisse le taux est inférieur à 1 % à l'exception du nord de la Suisse où il est de 1,1 %[24].
Chêne

Quatre espèces de chênes sont indigènes des forêts de Suisse : le chêne pédonculé, le chêne sessile, le chêne pubescent et le chêne chevelu. Les trois premiers sont particulièrement présents sur le plateau, dans le massif du Jura, au sud des Alpes et aussi en Valais. Le chêne chevelu ne se trouve par contre pratiquement qu'au Tessin. À ces quatre espèces de chênes, il faut ajouter le chêne rouge d'Amérique qui est introduit dans les forêts en Suisse lors du XVIIe siècle[25]. La grande partie de la population de chênes se trouve dans l'ouest du plateau. La proportion atteint localement 60 % du nombre de tiges dans le canton de Genève pour une moyenne nationale de 9 %. Dans le canton de Vaud, la région où dominent les chênes se trouve entre La Sarraz et Yverdon-les-Bains. D'autres lieux importants se trouvent dans le nord de la Suisse, autour de la vallée du Rhin, dans les cantons de Bâle, Argovie, Zurich et Thurgovie[26]. Dans le canton de Vaud, les chênaies se répartissent sous trois formes[27] :
- les chênaies buissonnantes où le chêne pubescent prédomine. On les trouve notamment sur le pied du Jura et dans le Chablais. Les sols sont généralement constitués de croupes rocheuses.
- les chênaies à charme. Elles se trouvent principalement dans les régions sub-montagnardes où le hêtre n'a pas pu s'implanter.
- Les chênaies acidophile où prédominent les chênes sessiles et pédonculés. Elles sont généralement confinées à de petits espaces le long de promontoires, de crêtes ou de ravins.
Le chêne représente 2,24 % de l'ensemble des arbres des forêts en Suisse. Ce pourcentage est formé de 55 % de chênes sessiles, 39 % de chênes pédonculés, 4 % de chênes pubescents, 1,5 % de chênes rouges et 0,5 % de chênes chevelus[25].
Espèces rares
Parmi les espèces rares, figure le cormier dans les forêts en Suisse. Dans les années 1990, l'office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage[28] recensait 500 individus dont le diamètre à hauteur de poitrine est supérieur à 10 cm répartis sur le canton de Genève, le canton de Vaud, celui de Bâle-Campagne et celui de Schaffhouse. En raison de son extrême rareté et du morcellement de sa population, il a été classé menacé d'extinction en Suisse[29].
Faune
En Suisse, les chênes sessiles et pédonculés servent notamment d'abris pour les martres et les noctules communes chez les mammifères ; la chouette hulotte et le pic mar chez les oiseaux ou encore les frelons, les lucanes cerf-volant et les grands capricornes du chêne chez les insectes[30].
Protection et gestion des forêts
La Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (CSt.) prévoit que la protection de la biodiversité et du paysage relève des cantons[31]. La Confédération s’engage toutefois à apporter un soutien financier aux projets cantonaux en faveur de la biodiversité, par le biais de conventions-programme. Ces accords pluriannuels conclus entre la Confédération et les cantons définissent les objectifs à atteindre ainsi que les contributions financières correspondantes, et constituent le principal instrument de la politique environnementale suisse[32].
Tous les quatre ans, les cantons et la Confédération définissent les prestations qui devront être fournies par les cantons pour atteindre les objectifs de la Confédération en matière de protection de l’environnement. Ces objectifs se basent notamment sur l’articulation entre la loi fédérale du 1ᵉʳ juillet 1966 sur la protection de la nature et du paysage (LPN) et la stratégie Biodiversité Suisse, afin de préserver les écosystèmes à l’échelle nationale. Les conventions-programmes, issues de cet accord, fixent les prestations des cantons, le montant des subventions accordées par la Confédération ainsi que les modalités de suivi et d’évaluation des projets[32].
Dans le domaine forestier, la répartition des compétences suit la même logique. La Constitution fédérale confie à la Confédération, plus précisément à l’Office fédéral de l’environnement[33], la responsabilité de veiller à ce que les forêts puissent remplir leurs fonctions protectrices, économiques et sociales, de fixer les principes applicables à leur protection et d'encourager les mesures de conservation[34]. La loi fédérale du 4 octobre 1991 sur les forêts (LFo) constitue la base légale principale dans ce domaine. Elle a pour but d'assurer la conservation des forêts dans leur étendue et leur répartition géographique, de les protéger en tant que milieu naturel, de garantir qu'elles puissent remplir leurs fonctions et de maintenir et promouvoir l'économie forestière[35]. La LFo prévoit en outre que la protection des forêts procure des habitats et des ressources naturelles[35]. La LPN participe à la protection de la biodiversité en forêt en prévoyant une protection stricte de toutes les associations végétales rares[36]. Les cantons sont chargés de la gestion des forêts et bénéficient, en contrepartie, des subventions prévues dans les conventions-programme[37]. Ces aides financières peuvent notamment être accordées pour la création ou le maintien de réserves forestières ou pour soutenir une gestion sylvicole traditionnelle, favorable à la biodiversité[38]. Une interdiction générale de défrichement forestier est imposée par la loi fédérale sur les forêts[39]. Le défrichement correspond à la transformation d’une surface boisée en un autre usage du sol, par exemple pour construire une route, un bâtiment ou agrandir une zone agricole[40]. Dans certains cas, le défrichement peut être autorisé par dérogation[41]. C'est notamment le cas pour des projets de protection de la biodiversité, ou pour des ouvrages d'intérêt public, tels qu'une ligne ferroviaire, une route nationale ou un ouvrage de protection contre les crues, qui ne pourraient pas être réalisés ailleurs[42]. Tout défrichement autorisé doit être compensé par le reboisement d'une surface équivalente dans la même région, avec des essences adaptées au milieu[43]. Des exceptions existent toutefois, notamment lorsque le défrichement vise à protéger des biotopes ou à récupérer des terres agricoles sur des surfaces récemment colonisées par la forêt[44]. Les coupes rases sont par ailleurs interdites, sauf autorisation exceptionnelle des cantons[45]. Elles peuvent notamment être autorisées pour reconvertir des peuplements d'essences mal adaptées à leur station, comme des plantations d'épicéas remplacées par des essences mieux adaptées au milieu[46].
Forêts primaires

Il existe deux forêts primaires en Suisse, définies comme ne comportant « aucune trace d’exploitation antérieure du bois ». Ces forêts constituent moins de 0,01 % de la surface forestière suisse et se situent à Derborence, en Valais, et à Scatlè, dans les Grisons. Un facteur important de ces forêts est le taux de bois mort[47].
Réserves forestières
Une réserve forestière est une surface forestière où la protection de la biodiversité prime sur tout autre intérêt[48]. Il existe toutefois des niveaux plus ou moins stricts de réserve forestière. Les réserves forestières naturelles, aussi appelées “réserves forestières intégrales”, visent à laisser la forêt évoluer librement sans aucune intervention humaine. Dans les réserves forestières, des interventions sylvicoles ciblées, adaptées à des objectifs de conservation spécifiques, sont autorisées. Lorsqu’une surface forestière comprend ces deux types de réserve, on parle de réserves combinées[49]. Au total, au 31 décembre 2024, les réserves forestières suisses représentent 7,82 % de la surface forestière du pays, soit 132'906 ha pour un total de 2649 réserves. La part de superficie forestière suisse ayant le statut de réserve forestière naturelle est de 3,79 %. les réserves forestières spéciales représentent 2,08 % et les réserves forestières combinées 1,96 %[50].
Les réserves forestières doivent être suffisamment grandes pour remplir leurs objectifs, garantissant ainsi par exemple, qu’aucune nouvelle route n’y soit construite[51]. Un pourcentage spécifique du territoire forestier est donc dédié à la création de réserves forestières. Ainsi, la Confédération et les cantons ont fixé comme objectif de délimiter 10 % de la surface forestière en réserves naturelles d'ici 2030[52].
Les cantons gardent une grande marge de manœuvre dans la gestion de ces réserves. Leur création et leur entretien sont financés par le biais de conventions-programme (définies dans le chapitre gestion et protection des forêts), qui agissent comme des instruments incitatifs en faveur de la biodiversité en forêt[53].
En 2020, le Conseil fédéral a constaté des déficits persistants dans le domaine de la biodiversité forestière. Le nombre de réserves forestières naturelles restait insuffisant, tout comme la diversité des structures forestières. Il a dès lors établi une ligne stratégique à suivre pour remédier à ces lacunes[54]. Si la quantité de bois mort et le nombre de vieux arbres sont insuffisants, certaines espèces de coléoptères et d’oiseaux, qui ont besoin de telles structures boisées, sont menacées/voient leurs populations diminuer[55].
Pour pallier ces déficits, le Conseil fédéral a mis en place une aide à l'exécution qui permet notamment de cibler et de nommer des objectifs clairs à atteindre pour l'horizon 2030. Cette aide permet de créer une base pour les négociations des conventions-programmes entre la Confédération et les cantons qui mettent en place des projets favorisant la biodiversité[56].
Prix Binding pour la forêt
Depuis 1987, la gestion de la forêt en Suisse est récompensée par le prix Binding pour la forêt. Le prix est doté de 50 000 CHF plus 150 000 CHF pour les activités liées à la gestion. Un cahier des charges précis permet d'évaluer les lauréats. Les conditions doivent être, globalement, un bon équilibre en écologie, économie et aspects sociétaux[57].
En 2015, ce prix revient à la commune vaudoise de Baulmes pour la gestion de son domaine forestier de 1 300 ha qui contient plus de 7 000 arbres de plus de 200 ans. La commune compte créer une chênaie de 2 ha avec l'argent du prix[58]. La remise de ce prix ne fait néanmoins pas l'unanimité et est même qualifié de « farce ». En effet, le biologiste et ornithologue Pierre-Alain Ravussin rapporte que la gestion de la forêt de la Limasse, qui est une des forêts de la commune située à l'ouest de la commune sur la frontière entre la France et la Suisse, est catastrophique : la population de Nyctale de Tengmalm a diminué de près de 90 % et le Grand Tétras a presque disparu. Ce constat ne remet toutefois pas le prix en question[59].
Économie
Une partie des forêts exploitées en sylviculture font partie du secteur primaire de l'économie de la Suisse. Pour qu'une forêt ou un bois puisse être considéré comme une exploitation forestière, sa surface doit avoir une certaine taille minimale qui varie en fonction de son emplacement sur le territoire du pays. Dans le Jura, la surface minimale est de 200 ha ; sur le plateau, elle est de 150 ha ; dans les préalpes, elle est de 150 ha ; quant aux alpes et au sud des alpes, elle est de 500 ha[60]. L'ensemble des surfaces productives est de près de 1,1 million d'hectares en 2024 répartis en 638 exploitations forestières[61].
En 2024, sur l'ensemble du territoire national, le chiffre d'affaires total obtenu par les produits d’exploitation des exploitations forestières a atteint 622 millions de francs[62]. Cette même année, l'ensemble des sociétés de sylviculture ont généré 61% de la surface productive de Suisse[63]. Les chiffres de 2020 présentés dans le Rapport forestier 2025 montrent que 96’000 personnes travaillent dans ce secteur, avec 2900 personnes exerçant dans la sylviculture, ce qui représente 2500 ETP. Cela englobe l’entretien des forêts, la récolte du bois ainsi que les pépinières forestières[64].
Ce sont plus de 4,8 millions de m3 de bois qui ont été récoltés en 2024[65], dont 3,2 millions de m3 de résineux, soit 67 % et 1,6 million de m3 de feuillus ou 33 %. Les trois essences les plus exploitées sont l'épicéa qui représente 42,2 % des bois sur pieds en 2024, suivie par le hêtre avec 18 % et le sapin avec 15,6 %[66]. 1,21 million de m3 de bois a été transformé dans des scieries, constitué de 96,2% de résineux et 3,8% de feuillus[67].