Fracture numérique
disparité d'accès aux technologies informatiques
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La fracture numérique est l'ensemble des inégalités dans l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC), leur utilisation et leur impact[1]. D’après la sociologie contemporaine, il existe trois degrés de fracture numérique qu’il est possible de cumuler. Le premier degrés étant l’accès inégal au matériel, aux équipements ainsi qu’au réseau. Le second degrés désigne les inégalités de compétences et d’usages. Le troisième représente la capacité inégale des individus à utiliser ces technologies afin d’en tirer des bénéfices sur le plan social, économique, et éducatif[2].

Elle résulte de disparités géographiques et sociales, mais aussi générationnelles. Elle se traduit en termes de difficulté d'accès aux outils numériques, au réseau, et de compétence dans leurs utilisations. Cette disparité est très marquée entre les pays riches et les pays pauvres, et d'autre part entre les zones urbaines denses et les zones rurales ou isolées.
Les politiques publiques visent généralement à réduire la fracture numérique en étendant la couverture du réseau internet, en favorisant l'accès matériel au réseau et la diffusion de la pratique numérique dans son ensemble[3]. Observant que les technologies numériques peuvent exacerber les inégalités socio-culturelles préexistantes, un courant critique interroge cependant la nécessité de généraliser le numérique dans nos sociétés.
Définition
La fracture numérique concerne les inégalités dans l'usage et l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC) comme les téléphones portables, l'ordinateur ou le réseau Internet. La fracture numérique ne représente donc qu'une toute petite partie de l'ensemble des inégalités de développement. On parle parfois aussi de fossé numérique.
« D'une manière générale, le fossé numérique peut être défini comme une inégalité face aux possibilités d'accéder et de contribuer à l'information, à la connaissance et aux réseaux, ainsi que de bénéficier des capacités majeures de développement offertes par les TIC. Ces éléments sont quelques-uns des plus visibles du fossé numérique, qui se traduit en réalité par une combinaison de facteurs socio-économiques plus vastes, en particulier l'insuffisance des infrastructures, le coût élevé de l'accès, l'absence de formation adéquate, le manque de création locale de contenus et la capacité inégale de tirer parti, aux niveaux économique et social, d'activités à forte intensité d'information. »
— Elie Michel in « Le fossé numérique. L'Internet, facteur de nouvelles inégalités ? », Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, n° 861, août 2001, p. 32
L'existence et l'évolution d'une fracture numérique au sein d'une population peuvent être évaluées en tenant compte d'indicateurs tels que le nombre d'utilisateurs d'Internet, le nombre d'ordinateurs connectés (rapportés à la population). Cependant, ces indicateurs ne permettent pas, en eux-mêmes, de déterminer les usages des TIC par ces populations qui devraient accéder à la «société de l'information».
Il existe différents types de fractures numériques : elle peut être une fracture d'ordre physique lorsqu'il s'agit de l'équipement et de l'accès au réseau, elle correspond à la fracture géographique qui existe entre les territoires, comme celle qui existe entre les pays du Nord et les pays du Sud, elle s'articule à toutes les échelles. Il existe également une fracture d'ordre culturel et méthodologique qui questionne les compétences informatiques des individus. La fracture d'ordre social est quant à elle relative à l'inclusion ou l'exclusion sociale dans les réseaux[4].
Histoire
Les premiers discours sur le fossé numérique prennent leur essor au début des années 1990, notamment avec la distinction pointée par des rapports de l'OCDE entre les "inforiches" et les "infopauvres". C'est aux États-Unis que l'expression exacte de "fracture numérique" (digital divide) émerge. Elle tend à décrire la disparité d'accès à internet, particulièrement pour les communautés noires américaines[5].
Face au phénomène émergent, le président Bill Clinton déclare dans un discours le à Knoxville "We challenged the nation to make sure that our children will never be separated by a digital divide" (Le défi pour notre nation est de s’assurer que ses enfants ne seront jamais séparés par une fracture numérique).
En France, lors de la campagne présidentielle de 1995, Jacques Chirac structure son programme autour du problème de la "fracture sociale". Cette notion provient du concept américain de digital divide modelisé à partir de 1995 par la NTIA, (le ministère américain du Commerce) dans les rapports Falling Through the Net. Ce modèle sera ensuite médiatisé par Bill Clinton et Al Gore en 1996. La France traduira ce modèle en « fracture sociale » en 1997[6].
Fracture numérique de premier degré
La fracture numérique de premier degré désigne les inégalités d'accès aux infrastructures et équipements numériques et au réseau internet. Elle se décline selon plusieurs modalités et échelles : la « fracture numérique globale » correspond à l'écart technologique entre les pays en développement et les pays développés à l’échelle internationale[7]; au sein d'un même pays, cette fracture peut se constater entre plusieurs territoires et/ou entre plusieurs individus en fonction de caractéristiques telles que l'âge (fracture numérique générationnelle), le genre, le niveau d'instruction ou de revenu, etc.
| États-Unis d'Amérique | Continent africain | |
|---|---|---|
| Pourcentage de la population mondiale | 4,9 % | 12 % |
| Pourcentage des internautes mondiaux | 43 % | moins de 1 % |
Bien que le mandarin (Chine) soit, et de loin, la première langue mondiale, seulement 8,4 % des internautes ont le mandarin pour langue maternelle [Quand ?]. De même, anglais et espagnol sont deux langues maternelles aussi courantes l'une que l'autre dans le monde et pourtant, 45 % des internautes parlent anglais pour seulement 5,4 % espagnol. La « comparaison des langues » est donc une autre manière de constater la réalité et l'importance de la fracture numérique.
En 2008, les internautes représentent seulement une minorité de la population mondiale. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'internaute type est « un homme de moins de 35 ans, diplômé de l'enseignement supérieur, disposant de revenus élevés, habitant en ville et parlant anglais », soit « un membre d'une élite très minoritaire ».
Même si l’accès à internet a beaucoup progressé ces dernières années à l’échelle internationale, les inégalités entre les différentes régions du monde restent importantes. En effet, d’après les données de l’Union internationale de télécommunication (UIT), le pourcentage de la population mondiale non connectée est descendu à ~25% soit 2,5 milliards de personnes non connectées à internet dans le monde. Toutefois, cette mise à l’écart se retrouve principalement dans les pays en développement. En Afrique par exemple, plus de 60 % de la population n'utilise toujours pas Internet, contre moins de 10 % en Europe.*[8]
Bien que la connexion numérique mondiale s’améliore, le fossé qui sépare les pays du nord des pays du sud reste toujours présent, ce qui a pour conséquence de ralentir certains pays dans leur économie et donc dans leur développement, pénalisant le marché du travail ou encore l’économie mondiale de nouveaux cerveaux et de nouvelles mains. Annan Kofi fait justement ressortir ces enjeux en disant : « le risque majeur réside dans l’exclusion de milliards d'individus d'une société mondiale de plus en plus numérisé »[9].
Une cartographie des « laissés pour compte de l'internet » a été publiée en dans la revue Science[10]. Elle confirme que la pauvreté et/ou l'éloignement limitent l'accès en ligne, et démontre aussi (ce qui est nouveau) que le fait d'appartenir à un groupe politiquement marginalisé (minorités ethniques et religieuses par exemple, mais pas seulement) peut se traduire par un moindre accès[11]. Ceci est dû au fait que ce sont les gouvernements des pays qui organisent et construisent l'infrastructure qui relie les citoyens à l'Internet. Certaines minorités sont ainsi systématiquement exclues de l'Internet mondial[11].
En France
La fracture numérique peut induire une inégalité sociale ou scolaire (par exemple un élève de terminale doit avoir accès à un ordinateur pour s'inscrire au baccalauréat, et il doit le faire dans un délai de quelques jours, de même pour ses vœux d'orientation). L'accès à la culture, au tourisme, à la santé, à l'emploi et aux administrations françaises passe de plus en plus par des services en ligne. En France, être privé d'ordinateur et d'Internet implique de devoir perdre plus de temps et d'argent. Le fossé risque de s'élargir avec les inégalités d'accès au haut-débit, puis au très haut-débit, et aux outils nomades (téléphones portables, assistants personnels (PDA, Palm), tablettes, PC, baladeurs MP3 et ordinateurs portables…). Fin 2008, il était prévu qu'en 2010 se vendraient dans le monde plus d’ordinateurs portables que de PC fixes[12].
Toutefois, bien que les jeunes générations soient mieux équipées et passent plus de temps sur les réseaux sociaux que les générations plus âgées , les études de l'Insee montrent que leur usage et leur maitrise du numérique sont principalement axés sur le divertissement (jeux en ligne, streaming).Un tiers des jeunes déclarent avoir des difficultés pour faire des démarches administratives en ligne ou pour postuler sur internet ainsi que pour faire des recherches[13],[14].
En 2007, 54% des Français (surtout chez les seniors, et les non-diplômés) se sentaient cependant incompétents en informatique ou pour utiliser un ordinateur ou installer ses logiciels, gérer l'antivirus, etc. Dans les ménages équipés d’un ordinateur à domicile, 39% s’estimaient peu ou pas du tout compétents. 53 % avaient besoin d'aide pour installer un logiciel. Seuls 10 % des Français avaient acheté un ordinateur «nu» entre 2003 et 2007[15].
En 2009, une loi sur la fracture numérique a été adoptée pour tenter de minimiser le fossé numérique qui s'est creusé entre les connectés et les non-connectés. 74 % des foyers français avaient un ordinateur et 24 % en avaient plusieurs[16]. Selon le CRÉDOC[17], 40 % de la population (population paupérisée ou âgée) n'utilise jamais l'informatique.
L'âge est un puissant facteur de discrimination : en 2009, 94 % des 12-17 ans et 89 % des 18-24 ans avaient un micro-ordinateur, mais seuls 21 % des 70 ans et plus en possédaient et ils l'utilisent souvent peu. Les plus de 60 ans sont les plus touchés. Après 60 ans, 80 à 95 % de la population ne se connectent jamais.
Les ressources financières sont aussi une condition d'accès : c’est aussi le cas de 87 % des non-diplômés et de 65 % des personnes vivant dans des foyers modestes[17]. En 2009, seuls 48 % des foyers disposant de moins de 900 € par mois ont un ordinateur, contre 84 % de ceux disposant de 2300 et 3 100 €/mois. Selon le CREDOC[18], en 2007, seuls 41 % des possesseurs d'ordinateurs ont déjà acheté des logiciels complémentaires ; et parmi ceux-ci 72 % des personnes l'ont fait pour leurs loisirs (jeux, photos, etc.) ; 40 % l'ont fait pour mieux profiter d'Internet, 26 % évoquent un lien avec leur activité professionnelle et 22 %, un rapport avec leur formation. Dans chaque catégorie socioprofessionnelle, en 2007, de 5 à 10 % environ des possesseurs d'ordinateurs n'étaient pas reliés à Internet.
Le niveau culturel influe beaucoup : les personnes peu diplômées (83 % des non-diplômés et 49 % des titulaires d’un BEPC) n'ont pas d'accès direct à l'internet, alors que 91 % des cadres avaient un ordinateur et 81 % étaient connectés à Internet. Par ailleurs l'architecture du réseau téléphonique historique français sur lequel s'appuie la grande majorité des accès haut-débit (via l'ADSL en général) est une source d'inégalité[19]. En effet :
En France, les enjeux d’infrastructure réseau sont passés de l’accès pour tous au déploiement du réseau Très Haut Débit. Le plan France Très Haut Débit et les Réseaux d’Initiative Publique (RIP) ont permis à plus de 80% des abonnements internet fixes de profiter de la fibre optique[20].
Quant au réseau traditionnel en cuivre, il ferme progressivement malgré le fait qu’il reste encore des différences de raccordement et de couverture mobile 4G/5G dans certains territoires ruraux, le plus souvent dans la diagonale du vide[20].
Il existe deux zones géographiques distinctes dans le déploiement de la fibre optique en France.
Les zones urbaines et moyennement denses :
Dans les zones densément peuplées, les opérateurs privés prennent en charge le déploiement et le financement de la fibre optique. La présence de nombreux clients potentiels leur permet ainsi de rentabiliser leurs investissements. [21]
Les zones rurales ou peu denses :
En l’absence de financement d’opérateurs privés, ces territoires sont couverts par les réseaux d’initiative publique avec les aides financières de l’État, des collectivités locales et de l’Union européenne. Ces zones sont impactées par la fermeture progressive du réseau historique de l’ADSL (réseau en cuivre). Si cette fermeture ne représente pas une difficulté en ville, elle peut grandement impacter les zones RIP où certains foyers pas encore raccordés à la fibre peuvent perdre leur accès à internet[22],[23].
Mais au-delà du mode de financement des réseaux dans ces territoires peu densément peuplés revient la question de la qualité de cette connexion internet et de sa couverture. Ce niveau de vulnérabilité de couverture réseau des territoires s’étudie à travers deux niveaux :
Le premier niveau correspond aux zones blanches, ce sont des territoires ne bénéficiant pas d’une couverture de réseau mobile ni d’accès internet à haut débit. Pour résoudre ces problèmes, l’État participe financièrement avec des opérateurs téléphoniques grâce à des accords comme celui du « New Deal mobile[24] ».
Le deuxième niveau représente lui les zones grises. Ce sont des territoires qui ne sont couverts que par un seul opérateur ou alors fragilisé par un débit internet insuffisant pour les usages du quotidien[25].
Ce déficit de connectivité internet ralentit le développement économique local car il peut dissuader de nouvelles entreprises de s’y installer et peut empêcher la population locale d’accéder à de nouveaux services[25].
La fracture numérique territoriale ne concerne pas que les espaces ruraux. Au sein des agglomérations urbaines, les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville (QPV) montrent une forme spécifique de précarité : bien que les réseaux Très Haut Débit y soient installés, l'accès réel y est ralentit par le manque d’équipement des foyers (usage exclusif du smartphone, un seul ordinateur pour tout un foyer) et le coût des abonnements[26],[27].
L'arrivée de la fibre optique et du très haut débit, telle qu'annoncée par les trois plus gros opérateurs de télécommunication français ne va pas réduire cette fracture, car les déploiements vont commencer là ou c'est le plus rentable, c'est-à-dire en zone dense, en général proche des centraux téléphoniques. Néanmoins, les collectivités locales sont très sensibles à cette fracture numérique. Certaines ont financé l'accès à l'ADSL en zone isolée, et sous la pression des collectivités locales, France Telecom a commencé à déployer une offre NRA-ZO[28] (NRA Zone d'ombre) qui permettrait, avec un partenariat public-privé, de désenclaver les zones blanches complètement non éligibles à l'ADSL.
Par ailleurs, la loi LME oblige France Télécom à dégrouper la sous-boucle locale, pour augmenter le débit en zones non desservies à moyen terme par la fibre optique.
Ainsi, en 2017, selon l'UFC, le meilleur du très haut débit est accessible pour moins de 1 % des habitants en Creuse ou en Dordogne, alors qu'il l'est pour plus de 90 % des habitants à Paris ou dans les Hauts-de-Seine[29]
Le Baromètre annuel du numérique[30] fournit chaque année depuis 2000 des données sur le taux d'équipement des Français en appareils électroniques et le taux d'accès à une connexion internet. En 2018, on estime que 89% de la population est connectée à internet (dont 86% via une connexion à domicile), 78% possède un ordinateur à domicile et 75% a l'usage d'un smartphone. Bien que beaucoup d'utilisateurs cumulent plusieurs de ces équipements, les pratiques évoluent rapidement et l'accès au réseau via les smartphones et les tablettes numériques se substitue de plus en plus à l'accès via l'ordinateur, notamment chez les jeunes et les classes populaires (voir section « Fracture numérique de second degré »).
L'augmentation du taux d'équipement au cours des dernières années s'explique notamment par la baisse relative du prix des appareils numériques. Ainsi, le niveau de revenu n'explique plus que partiellement les différences de taux d'équipement au sein de la population. D'autres facteurs sont aussi voire plus déterminants dans la création de ces disparités, comme l'âge, le genre, le niveau de diplôme, le statut professionnel.
« L'âge est le facteur principal qui entre en jeu pour déterminer si une personne est connectée ou non à Internet »[30], dispose ou non d'un ordinateur ou d'un smartphone. On peut à ce titre parler de fracture numérique générationnelle. Par exemple, les Français de 12 à 39 ans utilisent quasiment tous internet (>99%), mais cette proportion décroît à 93% pour les 40-59 ans et à 82% pour les 60-69 ans. En 2011, les plus de 75 ans (11,25 % de la population) étaient 83,3 % à ne jamais avoir utilisé un ordinateur et 89 % à ne jamais avoir utilisé Internet. Le cumul avec un autre facteur d'exclusion (faibles revenus) diminue l'inclusion de ces populations dans la société de l'information : la part des 65-74 ans à faible revenu (0,7 % de la population) n'ayant jamais utilisé un ordinateur ou Internet était de respectivement 91,5 % et 94,8 % contre 56,5 % et 70,2 % pour les 65-74[31].
Le niveau de diplôme joue également un rôle important. Ce clivage est particulièrement marqué en ce qui concerne le taux d'équipement en ordinateur. 95% des cadres possèdent un ordinateur à domicile, contre 68% des ouvriers. Il convient de noter que les caractéristiques qui déterminent le taux d'équipement se recoupent et se cumulent : ainsi, les personnes qui n'ont pas d'ordinateur sont, par rapport à la moyenne, majoritairement des femmes, âgées de 60 ans et plus, vivant seules, étant retraitées, titulaires d'un BEPC ou n'ayant pas de diplôme, et ayant des bas revenus. Le milieu de vie, rural ou urbain, et la taille des agglomérations ont aussi une influence relative sur le taux d'équipement.
Le Gouvernement Français propose un service en ligne, la plateforme Pix, pour évaluer et certifier ses compétences numériques, dont le contenu est calqué sur le référentiel européen DigComp 3.0. L'inscription est gratuite et ouverte à tous, tout comme l'entraînement, en autonomie, sur les épreuves du référentiel Pix. En revanche, la passation de la certification Pix en centres agréés peut être payante.
En Afrique
Dans le domaine d'Internet, l'Afrique a accusé un retard très important dans les années 2000. Il a fallu attendre jusqu'à pour que le dernier pays africain (l'Érythrée) soit connecté. Et une très faible minorité de la population africaine avait accès au réseau. Les zones rurales, peu peuplées ou difficiles d'accès étaient encore particulièrement concernées par ce problème, les réseaux de télécommunication se limitant essentiellement aux espaces urbains, avec là aussi des disparités, les capitales étant mieux dotées que les villes secondaires. Ainsi, au Sénégal, la région de Dakar concentrait 60 % des lignes téléphoniques fixes bien que la capitale ne représente qu'un quart de la population et 0,3 % du territoire national. 1 % des lignes étaient installées en zones rurales[32]. Selon Abdou Beukeu Sow en 2024, des pays du Sud comme le Sénégal peuvent néanmoins« contribuer au succès de leurs “Intelligences artificielles” en transformant les systèmes de croyances autour du numérique et en mettant l’accent sur la disponibilité et l'intégrité de leurs données plutôt que sur la fracture IA[33] ».
Quelques pays font figures de leaders :
- L'Afrique du Sud notamment est la figure de proue du continent en matière de connexion à Internet.
- Et, en matière d'usage d'Internet au niveau gouvernemental, les pays francophones semblent parfois en avance, grâce aux aides des agences pour la francophonie, sur leurs voisins.
- Au Sénégal, lors de son mandat présidentiel, Aboulaye Wade a proposé la création d'un fonds de solidarité numérique afin de faire du numérique une opportunité et de réduire les inégalités existant en la matière sur son territoire. Ceci a permis le financement de projets structurants, l’appui de la demande non solvable, la mise à disposition d’équipement adaptés, le développement des contenus locaux et la formation des ressources humaines[32].
Une première explication du coût relativement élevé de la connexion à Internet en Afrique est liée à des inégalités dans l'architecture du réseau qui nécessitent de la part des fournisseurs d'accès à Internet africains la mise en place de nouvelles infrastructures (câbles sous-marins ou connexions satellitaires) que leurs homologues européens ou américains possèdent déjà et ont amorties depuis plusieurs années.
D'autre part, les organisations internationales ont condamné les mesures qui visent à empêcher ou à perturber ou créer des entraves pour l'accès libre à l'information ou la diffusion d'informations en ligne, en violation du droit international des droits de l'homme, en invitant tous les États à s'abstenir et faire cesser de telles pratiques[34].
En Belgique
Pendant le deuxième trimestre de l'année 2006 a été effectuée pour la première fois, dans tous les États membres de l'Union européenne, une enquête identique sur la société de l'information ; et tout particulièrement sur la notion de « fracture numérique ». D'après cette étude, publiée par la Direction générale Statistique et Information économique (SPF Économie), 1,9 million de Belges n’ont jamais utilisé un ordinateur. 40 % des chômeurs et deux tiers des personnes de plus de 55 ans n’ont jamais utilisé l’Internet. Enfin, seulement un sur cinq utilisateurs de l’Internet pratique le commerce électronique ou a recours à l’administration en ligne. 57 % des ménages belges sont équipés d’un ordinateur. La plupart de ceux-ci sont quasi tous (97 %) connectés à l’Internet. Si au total, 2,6 millions de Belges n’ont jamais navigué sur l’Internet : c’est le cas de 40 % des chômeurs, contre seulement 20 % des salariés et des indépendants. Les étudiants par contre ont quasi tous déjà utilisé l’Internet. Le niveau d’instruction est aussi un facteur important : près de 60 % des personnes à faible niveau d’instruction n’ont jamais utilisé l’Internet, contre seulement 10 % des personnes avec un niveau élevé. Enfin, la fracture numérique augmente avec l’âge : deux tiers des personnes de plus de 55 ans n’ont jamais utilisé l’Internet. Si l’on se penche sur la part relative d’hommes et de femmes n’ayant jamais utilisé un ordinateur, la différence entre les sexes augmente avec l’âge. La moitié des hommes entre 55 et 74 ans et deux tiers des femmes de la même classe d’âge n’utilisent jamais un ordinateur. L’Internet reste un inconnu pour 60 % des hommes et 75 % des femmes entre 55 et 74 ans. Selon le type de ménage n’ayant pas accès à l’Internet à domicile, des différences sensibles apparaissent dans la motivation pour ne pas installer Internet à la maison : si les familles monoparentales jugent le plus souvent le coût du matériel et du raccordement trop élevé, les ménages de deux adultes sans enfant mettent davantage en doute l’utilité d’une connexion internet. Le pourcentage de la population qui n’a jamais utilisé un ordinateur est nettement plus élevé en Wallonie (34 %) que dans le reste du pays. Seulement 46 % des familles wallonnes disposent d’un PC à la maison.
Aux États-Unis
Il existe des différences notables entre noirs et blancs aux États-Unis au niveau de la possession d'un ordinateur et de l'accès à l'internet. Ces inégalités peuvent, entre autres choses, s'expliquer par le niveau d'éducation des populations. L'élément lié au revenu entre fortement en ligne de compte et se lie au premier facteur. À un niveau d'éducation supérieur correspond une plus forte probabilité d'accéder à un ordinateur au travail et d'utiliser internet.
Les blancs ont statistiquement plus de chance de posséder un ordinateur à domicile que les noirs américains de même niveau d'éducation. Cette différence est particulièrement nette dans le cas des étudiants. Il y a plus de probabilité qu'un étudiant blanc possède un ordinateur à domicile qu'un étudiant noir.
Fracture numérique de second degré
La fracture numérique de second degré renvoie à la diversité des modes d'usage d'Internet. Cette seconde catégorisation tient compte de la diffusion croissante des technologies numériques au sein de la population[35],[36] et vise à compléter l'analyse en termes de connexion et de déconnexion en mettant en lumière les nouvelles inégalités liées à la capacité des utilisateurs[37].
Selon Youssef[38], toute analyse des fractures numériques repose sur une conception particulière des technologies de l'information et de la communication (TIC). Pour certains, elles représentent « des technologies génériques qui peuvent être diffusées partout et pour tous », alors que pour d'autres elles sont considérées comme « des technologies biaisées nécessitant des connaissances tacites et ne peuvent être utilisables par toute la population, profitant ainsi davantage aux individus les plus formés »[38].
Le terme d'illectronisme, néologisme associant illettrisme et électronique, est de plus en plus courant pour décrire ce qui est perçu comme un déficit de compétences dans l'utilisation des TIC. L'illectronisme est le pendant de habileté numérique ou de l'alphabétisme informatique.
La fracture numérique générationnelle et l'illectronisme selon l'âge
Au-delà du matériel informatique, les inégalités d’usages de l’informatique sont corrélées à l’âge des individus. L’illectronisme touche disproportionnellement les générations plus âgées. En effet[39] :
| Tranche d'âge : | Taux d'illectronisme |
|---|---|
| 15-24 ans | 2,4 % |
| 25-39 ans | 4,3 % |
| 60-74 ans | 24,2 % |
| 75 ans et plus | 61,9 % |
| Moyenne nationale | 15;4% |
Cette écart important entre les 15-24 ans et les 75 ans et plus peut s'expliquer par le fait que les plus jeunes peuvent bénéficier d'une mise en relation plus précoce avec le numérique d'après l' INSEE. Les seniors n'ont pas été familiarisé avec les outils informatiques durant leur scolarité ni durant leurs débuts professionnels car l'essor du W.E.B et du smartphone ne surviendra que plus tard dans leur parcours. N'ayant pas vécu ces avancées majeures lors de leurs années de formation, ils doivent donc intégrer de nombreuses nouvelles technologies[39].
La dématérialisation des services publics et le non-recours aux droits
La tendance du "100% en ligne" pour les démarches administratives (retraites, impôts, santé) accentue les difficultés des usagers qui ont un certain retard en maitrise informatique en particulier les personnes âgées et celles soufrant d'illectronisme[40].
Ces fermetures des accueils dans les communes obligent les citoyens à faire des demandes en ligne auprès du gouvernement mais il est parfois presque impossible pour les seniors d'effectuer leurs démarches seuls et parfois, ils abandonnent ou renoncent à leurs droits créant une injustice sociale[40].
Au Québec
La fracture numérique, appelée aussi fossé numérique, écart numérique, fracture technologique ou encore fracture en matière d’information et de connaissance, est une forme d’inégalités sociales[41].
Selon l’institut de la statistique du Québec, en 2016, 68,5 % des ménages ayant un revenu dans le premier quartile étaient branchés à l’internet et seuls 52,1 % des ménages sans diplôme ont un taux de branchement de 88,2 % au sein de la population québécoise[pas clair]. Cela témoigne de l’exclusion numérique subie par les populations de certains quartiers défavorisés comme Montréal-Nord[42].
Au-delà de la dimension numérique qui est multiforme, l’intégration numérique dans le milieu éducatif permet d’ouvrir les étudiants et enseignants à plus de diverses possibilités d’apprentissage.[pas clair]
On retrouve un confort et un avantage chez ceux qui ont accès au numérique, car elle[Qui ?] joue un rôle dans la réussite éducative des jeunes, en leur offrant de nouvelles façons d’apprendre, de communiquer, de partager, de créer et de collaborer, bref en donnant un nouveau souffle à l’école d’aujourd’hui[43].
Le fossé numérique affecte aussi le parcours scolaire des étudiants. Cette expérience donne naissance à un écart d’apprentissage qui défavorise ceux qui n’ont pas accès et habilité aux numériques dans le milieu éducatif[43].
En France
Une enquête sur l'illectronisme en France[44], menée en 2018, conclut que 23% des Français ne sont pas à l'aise avec le numérique. La catégorie d'« abandonniste » est utilisée dans cette enquête pour qualifier les personnes qui ont déjà renoncé à quelque chose parce que cela impliquait l'utilisation d'internet. Selon cette étude, il y a 19% d'abandonnistes dans la population, qu'on retrouve parmi tous les profils socio-démographiques et qui ne sont pas moins équipés en matériel que le reste de la population.
Au total, 5 % des Français, soit environ 2,4 millions de personnes, ont renoncé à faire quelque chose parce qu’il fallait utiliser internet et qu’ils ne le pouvaient pas, au cours des 12 derniers mois, et trouvent que, de manière générale, les équipements de nouvelles technologies (smartphone, tablette, ordinateur, etc.) sont difficiles à utiliser. Le double, soit 10% des Français, ont le sentiment que leurs activités ont déjà été limitées ou annulées à cause de l’emploi indispensable d’internet.
Cette pluralité des usages du numérique revêt une importance particulière au regard des objectifs de dématérialisation des démarches administratives. Selon le Baromètre du numérique 2018[30], 36% des sondés déclarent être très inquiets ou assez inquiets à l'idée d'accomplir des démarches administratives en ligne. Ces personnes sont tendanciellement plus âgées et moins diplômées que la moyenne de la population. Les personnes seules, les femmes, les ouvriers, les personnes au foyer et les personnes à bas revenus sont sur-représentées parmi les sondés affichant une crainte face à ces démarches en ligne.
La sociologue de la culture et des médias Dominique Pasquier étudie l'appropriation et les usages des outils numériques par les classes populaires vivant en milieu rural. Dans son livre L'Internet des familles modestes. Enquête dans la France rurale[45], elle décrit les usages de l'Internet d'individus âgés de 30 ans et plus vivant en dehors des agglomérations dans les régions Centre et Pays de la Loire et dans le Sud-Est de la France, et ayant le statut d'ouvrier, d'employé, ou travaillant dans le secteur des services à la personne[46]. Dominique Pasquier entend mettre en évidence les usages spécifiques de l'internet et notamment du réseau social Facebook développés par cette catégorie de population ainsi que l'hétérogénéité des pratiques au sein de celle-ci. Selon l'auteure, s'il existait auparavant une fracture en termes d'équipement et d'accès technique à internet, les dix dernières années ont connu un rattrapage important via l'acquisition de smartphones et tablettes tactiles. Internet fait désormais partie de la vie quotidienne des classes populaires bien que l'utilisation de l'ordinateur (qui nécessite souris et clavier) soit beaucoup moins répandue que dans le reste de population[47]. De même, le courrier électronique, qui implique un rapport à l'écrit formel, est quasiment absent, tandis que les utilisateurs connaissent des difficultés importantes pour naviguer sur les sites des administrations publiques. Pour l'auteure, ces travaux suggèrent qu'internet reste, dans sa globalité, une pratique élitiste, dans la mesure où ses « usages très avancés et créatifs » restent « une histoire de classe supérieure »[47].
Si l'âge est un déterminant fondamental de l'équipement en outils numériques, de la quantité et des types d'usages, des travaux de recherche tendent cependant à relativiser l'idée d'une génération « d'enfants du numérique » (« digital natives » en anglais) dépeinte comme dotée d'une habileté numérique naturelle induite par un usage précoce de ces outils et appareils numériques. En fait, l'utilisation du numérique, même parmi les jeunes, est loin d'aller de soi[48]. Les pratiques au sein de cette catégorie sont hétérogènes et largement déterminées par le milieu social, de telle sorte que les jeunes n'échappent pas aux logiques d'exclusion sociale que peuvent créer les outils numériques. Pour le sociologue Fabien Granjon, « L’échec dans les manipulations ou, sans doute plus violent encore, le fait de ne pas savoir quels types d’utilisation faire du dispositif technique, se transforment en une variété de moments négatifs, allant de la perte de confiance au sentiment de relégation »[49]. L'expression « naïfs du numérique » (digital naives) a vu le jour pour nuancer une vision idéalisée de la relation des jeunes générations au numérique.
Initiatives institutionnelles visant à réduire la fracture numérique en France
Des stratégies et politiques sont déployées par les pouvoirs publics avec l'intention de réduire la fracture numérique de second degré. Ces politiques sont parfois regroupées sous le vocable d' e-inclusion. Parmi les exemples récents : de janvier à a été élaborée une Stratégie nationale pour un numérique inclusif[50]. En , l'agence France Stratégie a remis au Secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi un rapport sur « Les bénéfices d'une meilleure autonomie numérique »[51]. Le , Mounir Mahjoubi a présenté un Plan National pour un numérique inclusif, pour une France connectée[52], dont l'ambition est d'organiser une « mobilisation générale contre l'illectronisme » et de « construire une société numérique performante et humaine ». Ce plan est censé « préparer la société à s'adapter aux évolutions technologiques ». Le la Délégation interministérielle à la langue française pour la cohésion sociale (DILFCS) a organisé un colloque intitulé : « Lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme : du constat à l’action »[53].
Les bibliothèques, dont la mission principale est de donner accès gratuit à la culture et à l'information pour tous, sont amenées à jouer un rôle dans la lutte contre les inégalités territoriales et la fracture numérique[54].
La fracture numérique en éducation à la suite de la pandémie
La fracture numérique dans le domaine scolaire, le phénomène peut engendrer des inégalités autant de premier (l’accès à la technologie) ou de second degré (la connaissance de la technologie) dans le secteur de l’éducation et touche la plupart des établissements académiques[55]. Le sujet de la fracture numérique a pris plus d’importance dans le secteur de l’éducation au début de l’année 2020, à la suite de la pandémie de la COVID-19 et des réformes créées pour protéger les étudiants[56]. Il y avait déjà des données socio-économiques qui démontraient des inégalités à propos de l’accès au numérique entre les écoles privées et publiques au Canada[57]. Voyant ceux-ci incapables de recommencer les cours avant et qui était exclusivement à distance. En plus de cela, les écoles publiques ont une grande difficulté à donner les outils numériques nécessaires pour tous les étudiants comparées aux écoles privées qui ont pu directement recommencer l’éducation des étudiants grâce aux cours à distance en . Un autre facteur important de la fracture numérique est la connaissance de la technologie, beaucoup de professeurs et étudiants ont de la difficulté à comprendre cette nouvelle façon d’apprendre[58]. Comme certains observateurs ont pu le remarquer, la méconnaissance de la technologie crée une inégalité dans le domaine de l’éducation entre deux types de personnes : celles qui n’ont pas à apprendre à utiliser un ordinateur (ou ces logiciels) et avait seulement à faire ou à écouter les cours et celles qui étaient obligés d’apprendre dans un milieu institutionnel, en même temps d’utiliser un produit et ces outils[59].
Critique
La fracture numérique doit-elle être réduite ?
Les recherches sur la fracture numérique considèrent qu’internet a en général des effets positifs[60] et en concluent que la fracture numérique doit être réduite pour atténuer les inégalités sociales. Scheerder et collaborateurs[60] notent cependant que l’usage d’internet et les compétences numériques ne suffisent pas toujours à produire des effets bénéfiques. Ces auteurs parlent de fracture numérique de 3e niveau entre effets positifs et négatifs de l'usage d'internet, qui dépend de facteurs socio-culturels complexes et multiples qui dépassent la seule question du numérique. Internet pourrait dès lors renforcer les inégalités socio-culturelles existantes[60] quand bien même les fractures numériques de premier et second degré seraient réduites.
Youssef[38] remarque que l'écart entre la connaissance développée par une « communauté virtuelle » (par exemple de programmeurs de logiciels open source) et les savoirs des nouveaux arrivants devient important. Ce mécanisme peut conduire à l’aggravation des fractures liées aux usages et aux contenus. Il impose également des modalités d’apprentissage de plus en plus complexes pour ceux qui cherchent à rejoindre la communauté. Dans l’exemple de l’open source, le développement communautaire pourrait conduire à un cloisonnement des savoirs alors même que l’objectif initial était l’inverse.
Analyses politiques du numérique et controverses
Une lecture politique des technologies numériques conduit à la mise en perspective de la fracture numérique. Internet permet en principe un accès plus égalitaire à la sphère publique, mais Schradie[61] soutient que, plutôt que de démocratiser les médias, internet perpétue la domination médiatique des élites. Benkler[62] avait célébré les promesses émancipatrices des réseaux numériques par l’émergence de nouvelles pratiques des communs, facteur de résistance au capitalisme néolibéral. Cela est remis en question par Ossewaarde et Reijers[63], qui y voient davantage un vecteur d’inégalités croissantes au bénéfice de la nouvelle économie capitaliste (le web 2.0). Dans la lignée d’Ellul[64] et Marcuse[65], ces auteurs expliquent comment la nécessaire médiation technologique des communs numériques empêche la possibilité d’une appropriation généralisée, car cette médiation technologique possède ses propres règles formelles. Les initiatives de résistance au capitalisme par le développement de communs numériques sont neutralisées et même nourrissent le système néolibéral hégémonique, comme dans l’exemple du détournement de l’économie collaborative par un site comme Airbnb[63].
Les défenseurs des communs numériques comme facteur d’émancipation insistent sur l’ambivalence de la technologie, et proposent une typologie permettant de se retrouver parmi les initiatives qui profitent au capitalisme ou au contraire celles qui luttent contre[66],[67]. A l’opposé, l’élément clé de la critique d’Ossewaarde et Reijers[63],[68] est la similarité des médiations technologiques présentes à la fois dans les plateformes non-commerciales entièrement basées sur l’open source (BeWelcome) et les plateformes commerciales (Airbnb). Par exemple, la création d’un profil et la participation à l’évaluation amènent à une nouvelle forme de marchandisation, celle de la réputation. Comme dans l’économie monétaire, l’économie de la réputation[69] renforce les différences entre les possédants et les autres. Pour ces auteurs, la logique d’accélération est inscrite dans les technologies numériques tout comme dans la logique capitaliste, et ces accélérations sont porteuses d’inégalités croissantes.
Le chercheur Éric Guichard dénonce un "mythe de la fracture numérique"[70]. Selon lui, l'essor de cet notion relèverait davantage d'un discours politique que scientifique. A défaut d'être définie clairement par les rapports qui la soulèvent, elle comporterait une dimension amplement normative. Elle conforterait l'idéologie d'une société portée par le numérique et inéluctablement dirigée vers le néolibéralisme. Eric Guichard appelle alors à "ne pas céder à la crédulité qu'induit cet habillage socio-statistique", porté par des rapports et des institutions tels que le G8 ou le FMI[70].
