François de Tassis
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Francesco Tasso, francisé en François de Tassis (ou François de Taxis) le vieux, né à Cornello dei Tasso en 1459 et mort à Bruxelles en 1517, est l'un des entrepreneurs majeurs de la Renaissance. D'origine lombarde, il développe depuis Malines et Bruxelles, le commerce postal familial jusqu'à en faire le premier service postal européen en concluant des contrats avec les principaux empereurs et rois de son époque. Annobli et devenu Maitre général des postes des Habsbourg et ministre des postes pour la Monarchie catholique espagnole, il organise la pérennisation de son entreprise qui durera jusqu'en 1867. Son mécénat est encore connu au XXIe siècle par la conservation d'œuvres d'art qui le représentent.
Dénomination et héraldique
Chez les Lombards, le nom se résume à une désignation germanique unique et individuelle qui ne se transmet pas d'une génération à l'autre, mais les historiens font remonter la lignée des Tasso, installée à Cornello dei Tasso dans la province de Bergame[1] dans la vallée du Brembo en Lombardie, au VIe siècle[2] à l'époque des invasions barbares ; elle serait à l'origine des chevaliers lombards qui se seraient établis sur le mont Tasso où un château fort fut bâti[3] et auraient pris le nom de leur fief comme patronyme.
La première mention du nom de famille Tasso apparait au XIIe siècle avec Reinerius Tasso cité en 1117[4],[5],[6]. Tasso est donc le nom de famille, le patronyme toponymique des ancêtres de Francesco Tasso vivant à Camerata Cornello dont un hameau porte désormais le nom de Cornello dei Tasso, le long de la Via Mercatorum. Lorsque l'activité entrepreneuriale de Francesco se développe dans les pays bourguinons, l'orthographe des noms n'est pas fixée et la langue du pouvoir étant le français, le nom Tasso, francisé, va s'écrire Tassis ou, plus rarement, Taxis. Auguste Vincent, conservateur à la Bibliothèque royale de Belgique, précise que l'orthographe Taxis a été adoptée au début du XIIe siècle[7]. Le développement de la famille et de ses activités sous les Habsbourg d'Autriche amènera naturellement la germanisation des prénoms et du patronyme.

Tasso est le nom italien du blaireau européen, dit taisson, tassi étant le pluriel de ce substantif ; mais tassi est aussi l'appellation italienne de l'if[8]. Les paysages de Cornello accueillent aussi bien des ifs que des blaireaux ; la famille Tasso a cependant retenu l'animal et non le végétal dans ses armoiries. Son blason se présente d'azur, au taisson d'argent[9]. Qu'elle s'appelle ensuite Tassis ou Taxis, la famille gardera ce blaireau dans ses armoiries.
Ascendance et parentèle
François Tasso est l'un des 4 fils de Pasino Tasso qui constituent la 7e génération[10] depuis Omedeo Tasso, fondateur d'une lignée de courriers et hauts responsables de poste qui a déjà donné avant eux un maitre des postes à la cour pontificale : Allessandro de Tasso Cornello (1418-1484) formateur, avec ses descendants, de la lignée des Tasso près des papes de 1463 à 1539[11].
François est l'un des quatre petits-fils de Ruggero Tasso, cité dans des actes notariés mais dont on ne connait pas les dates de naissance et de mort[10]. Selon la tradition, cet homme aurait été chargé, avant 1460, par l'empereur du Saint-Empire Frédéric III d'établir une ligne postale d'Innsbruck vers la Styrie et l'Italie[12]. Un autre petit-fils de Ruggero et donc frère de François, Jeannetto de Tassis, a repris ce poste à Innsbruck avec, en 1489, le titre de Maitre supérieur des Postes ; il va y former son fils Séraphin I[13], son neveu Giovan Battista car tout se fait en famille, avec les autres frères (Ruggero, notaire à Cornello, et Leonardo, maitre de la poste impériale espagnole à Rome) et d'autres neveux, dont un à Lille (alors ville de l'État bourguignon)[11].
À Malines, naissance de la 1re entreprise européenne

En 1490, Marguerite d'York, sans descendance, belle-mère de la duchesse Marie de Bourgogne et de son époux Maximilien d'Autriche (le fils de Frédéric III), réside à Malines. Elle y assure la garde et l'éducation des jeunes enfants du couple — Philippe de Bourgogne né à Bruges et Marguerite dite d'Autriche née à Bruxelles — car leur maman Marie est morte des suites d'une chute de cheval en 1482 et leur papa Maximilien, devenu régent de Bourgogne, juste couronné roi des Romains, s'est installé au Tyrol.


François s'établit donc à Malines cette année-là pour gérer les échanges postaux quotidiens de correspondance et de consignes entre cette ville et Innsbruck.
Six ans plus tard, Maximilien lui confie les lettres de négociations pour les mariages de ses enfants : Marguerite avec Jean d'Aragon à Burgos et Philippe avec Jeanne de Castille à Lierre. Ce dernier mariage va donner six enfants entre 1498 et 1807, dont quatre nés dans l'État bourguignon et qui, la mort de leur père en 1506 transformant Jeanne de Castille en « Jeanne la Folle », vont y être élevés par leur tante Marguerite d'Autriche, doublement veuve et sans enfant, avant d'accéder au pouvoir soit par primogéniture, soit par alliance conjugale :
- Éléonore de Habsbourg, née à Louvain en 1498, future reine du Portugal puis de France ;
- Charles de Habsbourg, né à Gand en 1500, futur empereur connu sous le nom de Charles Quint ;
- Isabelle d'Autriche, née à Bruxelles en 1501, future reine de Danemark, Suède et Norvège ;
- Marie d'Autriche, née à Bruxelles en 1505, future reine de Hongrie et de Bohême.

Ce sont les courriers de François qui, partis d'Espagne, ont annoncé aux cours européennes, en 1497, que Jeanne hérite de l'Espagne et de ses possessions d'Amérique, ce qui donne une nouvelle importance à son époux Philippe, archiduc d'Autriche et duc de Bourgogne régnant sur les États bourguignons, qui va devenir ainsi en 1506, sous l'appellation Philippe Ier le Beau, le 1er souverain espagnol de la dynastie de Habsbourg. Ce sont les courriers de François qui ont annoncé à Maximilien, devenu empereur, la naissance à Gand de son premier petit-fils en 1500, année où François est nommé par l'empereur « Maitre de Courriers », en remplacement de Jeannetto[14]. Le développement de la famille des Habsbourg sert ses affaires car la fusion politique des territoires géographiquement dispersés de Philippe va exiger la création d'un système de communication efficace entre les nombreux et tout aussi dispersés membres de la maison de Habsbourg.
En , Philippe le Beau nomme « Francisque de Taxis » (François de Tassis) « capitaine, chief et maistre de nos Postes » ; à cette époque, le terme capitaine s'applique tant au chef militaire dirigeant une compagnie de gens de guerre, soit à pied, soit à cheval qu'au commandant d'un vaisseau, d'un château, d'un palais. La triple appellation — capitaine, chef et maitre — souligne l'étendue de l'autorité accordée à François de Tassis qui va jusqu'à punir et remplacer ceux qui n'exécuteraient pas scrupuleusement leur tâche. La capitainerie étant la dénomination de la charge et de la dignité de capitaine, l'étendue de la juridiction qu'elle couvre est précisée par un déterminatif — ici : capitaine de nos postes[15] — et le document décrit clairement la fonction : direction et organisation du service postal, gestion des relais, modification des lieux en fonction des circonstances, choix des messagers et surveillance de leur bonne conduite[16]. Outre la rémunération journalière payable de trois en trois mois à égale part[17], le capitaine des postes bénéficie d'autres « droits, honneurs, prérogatives, facultés, franchises, profits et émoluments » selon le bon vouloir du souverain. Il est précisé que les villes doivent aider le maitre de poste et ses messagers, que leur passage est assuré de jour comme de nuit dans tous les lieux contrôlés ou défendus par les gouverneurs du souverain, que ceux-ci doivent fournir (et payer) guides et chevaux sous peine de punition et de perte de leur charge s'ils ne le font pas, et que François doit prêter serment[18].

Suit, le , un accord entre Philippe le Beau et François de Tassis : une convention « souvent considérée comme le premier traité postal » par laquelle François s'engage à créer des lignes postales de Bruxelles vers les cours de Maximilien à Innsbruck (en 5 jours et demi l'été, six et demi l'hiver), la cour espagnole à Tolède (en 12 ou 14 jours) et Grenade (en 15 ou 18 jours), la cour française à Blois (en 44 ou 54 heures), Paris (en 2 jours et demi ou 3 jours) et Lyon (en 4 ou 5 jours). Un cheval doit en permanence être prêt à partir dans chaque relai, et les messagers tassiens ont l'usage exclusif du cor postal, l'instrument à vent qui leur permet d'annoncer leur arrivée au relais et de gagner du temps, d'obtenir aussi l'ouverture des portes des villes le soir et la nuit, et qui va d'ailleurs devenir l'emblème de la poste dans de très nombreux pays. La rémunération de François est de 12 000 livres de 40 gros de Flandre par an[19].
Cette convention rompt avec la coutume féodale où l'octroi effectif d'un droit particulier prend la forme d'un acte unilatéral, n'impliquant en contrepartie, de la part du bénéficiaire, que le service d'hommage et le serment de fidélité ; il ne s'agit plus d'un accord féodal caractérisé par une relation de supériorité à subordination, où l'accent est mis sur les devoirs du vassal, ceux du seigneur se limitant essentiellement à la protection. Il s'agit d'un contrat de nature moderne, « exemple très précoce, sinon le premier, de concession entre un État et un ressortissant étranger. Il mérite l'attention à ce titre, tout autant que parce qu'il a fourni le fondement juridique au fonctionnement du principal système postal continental pendant près de quatre siècles – jusqu'à son rachat, ou « nationalisation », par la Prusse en 1867 pour la somme de trois millions de thalers »[20],[21]. De simple fonctionnaire François devient chef d'une entreprise privée quasi indépendante, égale à l'État et investie de fonctions propres à un État moderne[21]. Une entreprise qui doit mettre en place une considérable logistique pour établir et entretenir routes et ponts, découvrir et acheter ou louer, ou même construire, les relais de poste dans des zones propices au ravitaillement des humains comme des chevaux qui ont besoin de pâtures et de fourrage, le tout nécessitant un personnel considérable à trouver et fidéliser. Une entreprise qui se doit aussi de garantir l'immunité et la sécurité des messagers de qui dépendent le secret de la correspondance autant que sa transmission[22].
En 1507, Marguerite d'Autriche, devenue gouvernante générale des Pays-Bas régnant sur le Brabant, la Flandre, l'Artois, la Hollande et la Zélande, résidant au Hof van Savoye où sa cour accueille artistes, peintres, poètes et auteurs, accorde à François par lettres patentes une nouvelle charge de capitaine des postes[23].
Le , pendant la quatrième guerre d'Italie où la république de Venise défie l'autorité papale, Maximilien remplace David de Tassis par François à la direction des postes pour les correspondances entre Vienne et Bruxelles[24]. Trois ans plus tard, en , cet empereur anoblit d'un coup huit membres de la famille : François, ses neveux et petits-neveux, en place à Bruxelles, Innsbruck, Augsbourg, Milan, Venise, Rome et Valladolid, deviennent « chevaliers de l'Empire romain d'Autriche et de Bourgogne » et « comtes palatins » à titre héréditaire[23]. François épouse Dorothea Luytvoldi[25] la même année ; il a 53 ans.
En 1514, le fils de Jeannetto, Séraphin I de Tassis qui était maitre des postes à Augsbourg, depuis deux ans premier maitre régulier des postes à Rheinhausen et a fait partie des membres anoblis, s'installe à Bruxelles à la demande François, pour l'épauler ; il devient son « lieutenant »[13].
Activité à Bruxelles
Le , le statut de Charles de Habsbourg se modifie car il demande et obtient son émancipation. Il a 15 ans. Les États généraux des Pays-Bas, réunis à Bruxelles, proclament sa majorité et le reconnaissent comme duc de Bourgogne lors d'une cérémonie dans l'église Sainte-Gudule[26] ; il règne désormais sur les duché de Brabant, comté de Hainaut, comté de Flandre, comté de Hollande, comté de Bourgogne, comté de Charolais) mais Marguerite d'Autriche continue à assurer la régence en son absence.
Le , Charles conclut un nouveau contrat postal avec François (vieillissant, que Maximilien traitait déjà 7 ans auparavant de serviteur « maladieux et caduque »[27]) et son neveu Jean-Baptiste, pour la première fois mentionné comme cosignataire car il doit succéder à François. Ce document, souvent appelé Magna Carta de la Poste européenne, confirme les deux Tassis comme capitaines et maitres des postes et, surtout, leur donne le monopole postal, modifie leurs conditions de travail, élargit considérablement leur réseau et autorise non seulement le transport de courrier des particuliers mais aussi celui des personnes. Les temps de parcours sont réduits et les emplacements de relais modifiés par rapport à l'accord de 1505 entre Philippe le Beau et François ; chaque relais doit désormais disposer de deux chevaux à la place d'un. De nouvelles lignes sont créées à partir de Bruxelles vers Rome — ce qui implique, après le passage par Innsbruck, de franchir le col de Resia et celui du Brenner à l'altitude de 1370 m.[28] — et Naples ; la liaison Bruxelles-Burgos à travers la France (longue de 314 lieues avec 106 relais) se fait avec l'accord du roi François Ier (qui le confirme par lettre de 1518 à ses officiers de police) ; les trésors d'Espagne et des Pays-Bas soutiennent le fonctionnement de l'entreprise qui reste privée[29].
- Courrier sonnant du cor pour annoncer le la paix de Münster en 1648.
- Poste des Tassis, Carte d'Augsbourg, 1629.
La Carte d'Augsbourg, établie en 1629, montre le développement que va prendre la poste tassienne grâce à cette convention. Sa lecture, dans le sens horaire en partant de 0 h, donne son orientation au centre par les mots OCCIDENS SEPTENTRIO ORIENS MERIDIES (ouest, nord, est, sud), et livre, en périphérie rayonnante, les routes impériales et itinéraires postaux que suivent les messagers pour l'O.P.N.A. (poste ordinaire vers Anvers), Trier, Amsterdam, Hamburg, Rostock, Dresde, Dantzig, Cracav., Olmunz, l'O.P.N.P.V.W. (poste ordinaire vers Prague depuis Vienne), Wien, NEVOFEN, Graz, l'O.P.N.V. (poste ordinaire vers Venise), Venedig, Roma, Genova, Basilea, Leon, Madrid, Parys, Thurin et Londra.



Le centre du pouvoir est donc à nouveau à Bruxelles, au palais du Coudenberg. François de Tassis a fait construire, à quelque 500 m de là, une grande résidence agrémentée de vastes jardins, avec écuries, forge, sellerie et logements pour les postillons[30].
Il quitte donc Malines, la maison de la rue de la Blanchisserie qu'il avait achetée le pour le service des Postes[31] et son hôtel particulier, richement garni[27], de la rue du Clos (Blocstraete), pour s'installer dans celui qui figure sur la carte Bruxella, nobilissima Brabantiæ civitas de 1695. De ce fait, Bruxelles devient le nouveau centre du service postal européen et la résidence de la branche principale de la famille ; elle quittera la ville pour Francfort en 1702, à cause de la guerre de Succession d'Espagne mais gardera l'immeuble jusqu'en 1776[32] — il sera finalement démoli en 1872 pour faciliter la prolongation de la rue de la Régence jusqu'au palais de Justice.
Catholique, François de Tassis emporte avec lui son livre d'heures de 206 feuillets de parchemin, aux lettres ornées et encadrements comportant 57 miniatures, signé « Fr Johannes Vidal, 23 maii 1585 », présentant les armoiries de François au folio 14 et celles de l'empereur Maximilien au folio suivant — cet ouvrage est conservé, relié en maroquin violet avec fermoirs, dans la bibliothèque du château de Chantilly[33].
Selon les uns, François aurait fait ériger, pour sa famille et lui, dans l'église Notre-Dame au Sablon (juste séparée de son hôtel par une voirie) une chapelle sépulcrale dont aucun document ne permet de connaitre ni le nom de l'architecte ni son ornementation[34],[35]. Selon d'autres, la chapelle fut érigée sur l'ordre de François de Tassis le jeune, successeur de Jean-Baptiste (1er) de Tassis au généralat des postes[36]. De toute façon, cette chapelle sera remplacée au XVIIe siècle par une autre, de style baroque, encore visible au XXIe siècle.
Peut-être est-ce pour décorer chapelle ou église[37] que François de Tassis le vieux a commandé à Bernard van Orley les cartons de quatre tapisseries formant tenture, de 3,45 × 5 m chacune, dont les uns disent que représentant des habitants de Malines, elles auraient pu être tissées dans cette ville[38] et d'autres qu'elles sont des tapisseries de Bruxelles. Le thème en est la légende de Béatrice Soetkens qui, au XIVe siècle et dans une vision, a reçu l'ordre de ramener d'Anvers à Bruxelles, en barque, une statue de la Vierge Marie ; y réussissant, elle est accueillie par Jean III de Brabant et la guilde des arbalétriers qui placent avec elle la statue dans la chapelle qui deviendra l'église du Sablon.
1re scène, 2 fragments manquants. 2e scène. 3e scène. 4e scène.
Ces objets appartiennent à la période transitoire entre le style gothique et celui de la première Renaissance. Du premier reste la disposition en scènes successives dans un cadre architectural ; du second les putti (anges nus), le décor déjà italien des colonnes à balustres renflés sur socles carrés, les médaillons aux angles avec des profils de guerriers à l'antique, et l'interprétation sculpturale des bordures. Sur les colonnes séparant les trois scènes de chaque tapisserie, des anges portent les écus de territoires des Habsbourg : Styrie, Carniole et Tyrol dans la 1re tapisserie, Pordenone, Burgau, Kybourg et Ortenburg dans la 2e. Les armoiries de Philippe le Beau sont dans les 2e et 3e, et celles de Marguerite d'Autriche dans la 4e.
Les armoiries de Tassis et de sa mère Tonola Magnasco, aisément reconnaissables par le taisson, et ses devises : habeo QuoD DeDI (Je possède ce que j'ai donné) et DVm VIxIt bene bene VIxIt (Tant qu'il a vécu en homme bon, il a bien vécu) sont présentes sur les bordures de gauche. Sur le bord droit de la 4e se trouve la datation 1618, ce qui est rarissime.
Les banderoles des bordures horizontales rendent les tapisseries « parlantes » ; elles légendent en vers latins la scène représentée[39] :


- La Vierge apparait à Béatrice alitée ; la jeune femme prie les magistrats d'Anvers d'autoriser la restauration de l'objet ; elle porte la statue à un artisan puis la ramène à l'église.
- Toute la vision de Béatrice est retracée.
- La statue de la Vierge arrive à Bruxelles ; un messager des Tassis portant l'épée (privilège qu'ils revendiquent) remet un pli à l'écoutête entouré des échevins[40] ; à droite, François de Tassis présente une lettre cachetée du sceau impérial à un vieillard (probablement Frédéric III), devant Maximilien portant la Toison d'Or.
- La statue est accueillie en grande pompe à Bruxelles et placée dans l'église. Cette dernière tapisserie de la série est la mieux conservée et la plus intéressante au plan historique. Elle présente les membres de la famille de Habsbourg et François, le commanditaire, s'y trouve représenté familièrement, portant une houppelande et tenant une longue canne, dans chacune des trois sections.
- François de Tassis à gauche dans la 4e tapisserie.
- François de Tassis au centre dans la 4e tapisserie.
- François de Tassis à droite dans la 4e tapisserie.
On ne sait rien de la conservation de cette série de tapisseries jusqu'à sa mention en 1874 dans la collection d'Émile Peyre (1828-1904) à Paris où les quatre tentures sont encore ensemble. La série n'est dispersée, en fragments, que lors de la vente de la collection du baron Frédéric Spitzer (1815-1890) à Paris, du 17 avril au 16 juin 1893. Pour la 1re tapisserie, le fragment de l'apparition de la Vierge Marie et de la remise au sculpteur, anciennement au Kaiser Friedrich Museum de Berlin, ont disparu en 1945 ; celui de Béatrice alitée est conservé en 2026 à la Collection Burrell de Glasgow et la scène restitution de la statue à l'église se trouve à la Villa Ephrussi de Rothschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. La deuxième tapisserie appartient à la collection du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. La troisième, fortement restaurée, appartient à la collection de la Ville de Bruxelles. La quatrième tapisserie a été acquise par le Musée du Cinquantenaire de Bruxelles. Les pièces centrale et latérale droite sont au musée de la ville de Bruxelles depuis 1963.[41]
Transposant la légende, le peintre a donné au duc Jean le visage de Charles de Habsbourg et à d'autres personnages celui de contemporains connus, dont celui de François, son commanditaire représenté à plusieurs reprises et notamment en avant-plan recevant son contrat de nomination comme maitre des postes.
François de Tassis n'a jamais pu admirer l'œuvre terminée et livrée après sa mort.
Postérité
François meurt entre le 30 novembre et le 20 décembre 1517 à Bruxelles, ne laissant pas d'héritier légitime mais trois fils illégitimes : le plus jeune est chaussetier à Anvers, les deux autres soit secrétaire de Charles de Habsbourg, soit (pour Augustin qu'il a eu en 1497 d'Élisabeth Waghemans) chanoine de l'église Saint-Gommaire de Lierre — où a eu lieu, très précisément, le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne de Castille[30],[42].
En bon gestionnaire, le capitaine des postes a organisé son armée et prévu la pérennité de son entreprise en puisant dans la tradition familiale : ce sont ses neveux qui vont prendre sa relève à la tête du service postal : Jean-Baptiste (1er) de Tassis sera nommé maître général des postes de l'empire de Charles Quint, Maffeo dirigera les postes d'Espagne, Simon de Taxis s'occupant de la poste impériale espagnole à Milan et à Rome[29],[10].

Arbre généalogique
Cet arbre est principalement basé sur celui donné par le musée de la famille Tasso[10].
- Omedeo Tasso († 1290), fondateur de la lignée des maitres de poste
- Ruggero Tasso († 1322-23)
- Guarisco (cité en 1312 et 1354), branche des Tasso de Cornello
- Benedetto Tasso dit Ferrario († 1350-53)
- Garisco (cité en 1353), branche des Tasso de Bretto au service des postes de Venise
- Plazzo dit Gazotto de Tassis del Cornello († 1399)
- Paxio dit Muzio de Tassis del Cornello († 1414)
- Pietro de Tassis del Cornello († 9 avril 1450)
- Giovanni, cité en 1462, fondateur de la branche des poètes (dont Bernardo Tasso et Le Tasse)
- Alessandro de Tassis del Cornello († 1485), fondateur de la branche des Tasso de la Poste pontificale de 1463 à 1539
- Agostino Tasso (1451-1510), maitre des postes pontificales
- Luigi Tasso, évêque
- Agostino Tasso (1451-1510), maitre des postes pontificales
- Ruggero de Tassis del Cornello (cité en 1475 et 1477)
- Gabrielle († 1508), fondateur de la branche des Tasso du Tyrol (Innsbruck), branche des comtes Thurn-Valssassina und Taxis
- Pasino (sépulture dans l'église de Cornello) + Tonola de Magnasco
- Jeannetto de Tassis (1450-1517), maitre de la poste impériale à Innsbruck
- Séraphin I de Tassis, comte palatin, maitre de poste à Rheinhausen puis « lieutenant » de François de Tassis à Bruxelles où il a été enterré + Caterina de Tassis fille de Bartholomo Tasso de Bergame[13]
- Francesco Tasso dit François de Tassis le vieux, (1459-1517), « capitaine et maistre des postes », 1er maitre général des postes +
- Leonardo Tasso († 1518), maitre de la poste impériale espagnole à Rome
- Ruggero de Tassis († 1514-15), notaire à Cornello + Alegria de Albricio
- Maffeo († 1536-37 ), maitre de la Poste impériale en Castille
- Simone († 1563), maitre de la Poste impériale espagnole à Milan et à Rome, fondateur du rameau du marquisat de Paul + Magdeleine de Renhauser
- Davide († 1538), maitre de la Poste impériale à Venise
- Elisabetta Tasso + Bono di Bordogna, fondateurs de la branche Tasso Bordogna Valnigra à Trente et Bolzano
- Jean-Baptiste (1er) de Tassis (1470-1541), succédant à François de Tassis, devient le 2e chef et maitre général des postes à Bruxelles, et, marié à Christine de Wachtendonk, fonde la lignée des Thurn und Taxis dans l'Empire des Habsbourg.
- Jeannetto de Tassis (1450-1517), maitre de la poste impériale à Innsbruck
- Pietro de Tassis del Cornello († 9 avril 1450)
- Paxio dit Muzio de Tassis del Cornello († 1414)
- Ruggero Tasso († 1322-23)
Hommages
Monument
Sur la façade du Conservatoire royal de musique, près de l'angle de la Rue de la Régence (Bruxelles) et de la Place du Petit Sablon, quasiment face à l'église du Sablon, se trouvent depuis 1949, de part et d'autre d'une porte étroite, deux plaques en bronze à l'effigie des co-fondateurs du 1er service postal international trans-européen, avec une inscription en néerlandais pour l'une et en français pour l'autre : « Ici s'élevait jusqu'en 1872 l'hôtel des princes de la Tour et Tassis à proximité duquel François de Tassis organisa en 1516 le premier service de la poste internationale. rappelant cet événement ».
- Plaques mémorielles sur la façade du Conservatoire royal de musique
Plaque de gauche
à l'effigie de François.Plaque de droite
à l'effigie de Charles-Quint.
Philatélie

La Poste belge édite le 25 mai 1935 un timbre de 5 + 5 francs, à l'effigie de François de Tassis pour commémorer l'Exposition philatélique internationale de Bruxelles. Mesurant 3.8 x 2.9 cm, réalisé en taille-douce, il est directement inspiré d'un des cinq portraits de François peints sur bois en 1514, mesurant une cinquantaine de centimètres de haut pour une largeur de circa 35 centimètres, qui ont figuré dans diverses collections dont celles de William Randolph Hearst et de Marcell Nemes, qui comportent de petites variantes dans les détails et dont l'un donne par la mention « 1514. Franciscus de Taxis, ann(n)orum 55 » la date de naissance du sujet. François y est représenté assis derrière une table nappée où se trouvent des pièces de monnaie, une plume d'oie pour écrire et, dans certaines versions, un encrier. Le maitre de poste, vêtu comme sur les tapisseries et portant une toque ornée d'une médaille de saint Christophe, portant une (ou deux selon les tableaux) bague à la main droite, tient une lettre dans celle-ci et, de la gauche, une canne dont le pommeau aplati est revêtu d'argent ouvragé. Le maitre de poste, imposant et massif, y est serein, avec une expression bienveillante[43],[44].
En 1952, à l'occasion du 13e Congrès de l'Union postale universelle qui se tient aussi à Bruxelles, la Poste belge sort une série de timbres donnant les portraits des grands maîtres des postes de la famille, dont François évidemment, dans la série COB 880 à 890[45].
En 2001, c'est le portrait de François de Tassis (tel que représenté au centre de la 4e tapisserie de Bernard van Orley) qui illustre le feuillet spécial publié par la Poste belge pour la Première exposition philatélique du nouveau Millénaire célébrant 500 ans de Poste européenne qui se déroule du 9 au 15 juin au palais du Heysel puisque le nomination de François comme capitaine et maitre des postes avait eu lieu en 1501[46].

Outre la Belgique, divers pays ont commémoré le travail de François de Tassis, notamment la France qui a émis pour la Journée du Timbre 1956 un timbre-poste de bienfaisance inspiré par les tapisseries du Sablon, dessiné et gravé en taille-douce par Jean Pheulpin[47].
Dessin animé
François de Tassis est un des personnages du dessin animé Il était une fois... les Explorateurs : Les Tassis, maître des postes[48].
Bande dessinée
François de Tassis apparait dans la bande dessinée de Willy Vandersteen, Bob et Bobette tome 224 Le petit postillon[49]