Tapisseries de Bruxelles
production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Bruxelles du début du XVe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle
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La tapisserie de Bruxelles est le nom donné à la production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Bruxelles du début du XVe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Historique
La confection de tapisseries commence en Europe de Nord-Ouest au plus tard fin du XIIe siècle. Au début les motifs se limitent à l'ornementation, des plantes et de l'héraldique. Ça change au milieu du XIVe siècle, pendant le règne du roi français Charles V le Sage (1364-1380), de la maison des Valois. Lui et ses frères commencent de commander de très grands formats aux motifs figuratifs, ce qu'on nomme aujourd'hui des « tapisseries flamandes ». La « Flandre » dont il s'agit inclut l'Artois, le Hainaut et le Brabant… Dès le début ces tapisseries sont produit en « tentures », c.à.d. un ensemble de plusieurs « pièces », créées sur le même thème. On les appelle aussi des « fresques mobiles » à l'époque[1].
De cette première période, seulement une petite fraction des tapisseries a survecue, et il est impossible, la plupart du temps, de savoir, qui les a produits où. Les marchands, peintres et tisserands déménagent d'une ville à l'autre, les cartons aussi. Quand des documents parlent des tapissiers, on ne sait pas, quand ils commencent à produire les grandes pièces figuratives. La plus ancienne tenture datable qui a survecue, l'Apocalypse (1373-1380), est produit selon les cartons d'un Brugeois suite à une commande du roi Charles V auprès d'un marchand de Paris, qui travaille avec des tisserands de Paris et d'Arras. Autour de 1400, des tapisseries sont produits à Paris, Arras, Tournai, Bruges, Audenaerde, Anvers, Malines et Bruxelles. La ville d'Arras donne son nom aux tapisseries figuratives en italien et polonais : « arazzi » ou « arrasy »[2].
La première évocation d'un tapissier à Bruxelles date de 1321, il s'agit d'un dénommé Johannes Crane. Et les comptes de la duchesse Jeanne de Brabant (1356-1406) mentionnent plusieurs fois des tisserands livrant des « chambres ». Dans les deux cas, on ne sais pas, s'il s'agit déjà des tapisseries aux motives fuguratives[3]. À partir de 1417, on trouve des centaines des maîtres tapissiers, leurs journaliers et apprentices dans les registres des drapiers. En 1447, les tapissiers se séparent des drapiers et fondent leur propre guilde. Deux marchands importants qui possèdent peut-être des atéliers sont à l'époque Jan de Haze et Gielis van de Putte[3].
En 1476, des peintres de Bruxelles se plaignent que les tapissiers de la ville utilisent des modèles d'ailleurs. Le compromis des deux guildes, conclu devant le magistrat : Les tapissiers sont libres de choisir qui leur fournit les ornements, mais pour les parties figuratives ils doivent faire appel à la guilde bruxelloise des peintres. Grâce à cet accord, la qualité de leur travail progresse[4].
C'est après le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche en 1477, que Bruxelles devient, artistiquement et commercialement le chef-lieu de la production des tapisseries dites flamandes[5],[6]. Les premiers amateurs de ces tapisseries sont les Espagnols, les Habsbourg tout d'abord, les grandes familles, tels les Albe, et les cathédrales ensuite[7].
Au début du XVIe siècle, la montée sur les principaux trônes d’Europe de souverains épris de grandeur, et aux Pays-Bas de régentes passionnées par la tapisserie, allait être la source de rivalités entre les différentes cours royales et princières pour posséder les plus belles tapisseries, rivalité qui a été favorable aux ateliers bruxellois qui ont employé jusqu'à 15 000 personnes au XVIe siècle.
Pour lutter contre les contrefaçons, les marques de la ville de Bruxelles et des ateliers de tapisseries ont été rendues obligatoires sur les tapisseries par un arrêté du magistrat bruxellois pris le pour chaque tapisserie de plus de six aunes. Cette obligation, copié par la ville d'Enghien entre-temps, est étendu sur tout l'industrie de la tapisserie aux Pays-Bas par l'édit impérial du . La marque de Bruxelles est faite d'un petit écusson rouge flanqué de part et d'autre par des majuscules B pour Brabant Bruxelles. Le monogramme du lissier devait être déposé dans un registre de la corporation. Ce document a été détruit dans un incendie en 1690[8].
Après le bombardement de Bruxelles de 1695 qui détruit une bonne partie de la ville, les tapissiers ont difficile de se relever. Pour la période de 1703-1707 on recense neuf ateliers importants : Judocus de Vos (53 métiers), Jacob I van der Borcht (8 métiers), Jeroen Le Clerc (7 métiers), Jasper van den Borcht, Albert Auwerckx et Hendrik II Reydams (5 métiers chacun), Gerard Peemans et Jan Frans van den Hecke (4 métiers chacun), ainsi que Willem de Potter (3 métiers). De 1725 à 1800 les ateliers d'une production notable en quantité comme en qualité sont encore en nombre de quatre : la famille van der Borcht, la famille Leyniers, Pieter van den Hecke et Vermillon[9]. Pendant la deuxième moitié du siècle, leur client principal est la cour de Vienne. La dernière nouvelle série des tapisseries bruxelloises est celle de la « Légende du Saint-Sacrement », dont deux tapisseries datent de 1770 et quatre de 1785. Ils célèbrent l'histoire du massacre de Bruxelles et sont toujours en possession de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles. Le dernier tapissier de Bruxelles, et des Pays-Bas autrichiens, Jacob II Van der Borcht (nl), ferme son atélier en 1794, quand le pays est annexé par la France[10].
Les différentes inspirations
Les primitifs flamands
Les tapisseries les plus anciennes qu'on localise à Bruxelles, prennent comme modèles les primitifs flamands : La justice de Trajan et Herkenbald reprend, vers 1450, une peinture de Rogier Van der Weyden, mais dans le style de son ancien maître, le maître de Flémalle[11]. Après le décès de ce dernier, son style est pérennisé par d'autres, ce qui donne un style de Bruxelles, même si les tapisseries concernées, qui traitent le plus souvent des matières religieuses, ne sont pas tous produits là. L'œuvre le plus connu dans cette tradition est la tenure des six tapisseries d'or produit 1502-1504 pour Jeanne la Folle[12].
Le début de la Renaissance
Avec la Communion miraculeuse de Herkenbald, produit en 1513 par le tapissier Lyon De Smedt d'après un dessin de Jan van Roome, mis sur carton par Philipp le peintre commence l'influence de la Renaissance italienne sur les tapisseries dites flamandes, même s'ici, c'est encore limité à la disposition générale de l'œuvre qui acquiert plus de profondeur qu'habituelle. Dans d'autres œuvres de l'époque on retrouve des figures ou sujets empruntés à la peinture italienne, mais son influene reste encore marginale et reste souvent superficielle, comme dans une version tissée de la Cène de Da Vinci qui se trouve aujourd'hui au Vatican[13].
Raphaël

Le pape Léon X passant une importante commande de tapisseries sur la base de cartons de Raphaël entre 1515 et 1519, les ateliers de Bruxelles furent choisis[14]. Les lissiers les tissèrent au XVIe siècle mais aussi les siècles suivants. Encore aujourd'hui, elles représentent une part non négligeable de l'activité des ateliers même si elles sont moins en vogue depuis une trentaine d'années. La verdure, pour beaucoup, incarne la tapisserie d'Aubusson.
Bernard van Orley
Puis l'influence de la Renaissance allemande se fait sentir dans la région dans le sillage des Habsbourg. Albrecht Dürer fait un voyage dans les Pays-Bas en 1520-21 et laisse un grand nombre de ses gravures derrière lui, mais aussi Lucas Cranach, aux Pays-Bas aussitôt qu'en 1508, fait impression. Bernard van Orley produit des cartons pour une Passion du Christ d'inspiration dürerienne[15].
Peintre en Italie, il charge les ateliers bruxellois de travailler sur une technique picturale pour mettre en avant le côté narratif.

Mécénat français
Les commandes de François Ier après l'arrivée du Primatice à Fontainebleau en firent une grande renommée et Sigismond II de Pologne suivi l'exemple.
Mécénat des Tudor
Le Thomas Wolsey et le roi Henry VII d'Angleterre avaient de grandes collections de tapis-et-tapisseries et firent aussi des commandes aux ateliers bruxellois. Woseley choisissait des thèmes plutôt classiques pour ses résidences de Hampton court ou York alors que le roi choisissait aussi dans le nouveau style de van Orley pour la réception du Camp du drap d'or ou la visite de Charles V. Il a acheté la tenture de David et Bethsabée.
Rubens
Jacob Jordaens pupille de Rubens travailla pour les ateliers ainsi que Martin Reymbouts et des membres de la famille Leyniers.
Compétition avec les ateliers français
La création de la manufacture des Gobelins met une forte pression à la production des ateliers jusqu'à leur disparition après la Révolution.
Principales tentures réalisées dans les ateliers Bruxellois
| Années | Sujet | Atelier | Peintre | Image | Localisation |
|---|---|---|---|---|---|
| Avant 1450 | La justice de Trajan et Herkenbald (1)[11] | (très probablement Bruxelles) | d'après Rogier van der Weyden | Berne (1) | |
| 1466 | Verdure avec armoiries du duc de Bourgogne (6)[16],[17] | Jean de Haze[18] | Berne (1), perdu (5) | ||
| vers 1500 | Le Triomphe du Christ (Tapisserie de Mazarin) | Washington, | |||
| vers 1502-1504 | Les tapisseries d'or (6)[19] | Pieter van Aelst I[20] | Escurial (1), | ||
| vers 1502-1504 | Le Triomphe de la Renommée | New York | |||
| vers 1507-1520 | La Passion du Christ (7)[21] | Pieter van Aelst I | Jan van Roome (nl) | Trente, | |
| vers 1510 | Les triomphes de Jules César | ||||
| 1513 | La communion miraculeuse de Herkenbald (1)[22] | Lyon De Smedt | Jan van Roome | Bruxelles (1) | |
| avant 1514 | La Cène[23] | Léonard de Vinci | Vatican | ||
| 1515-1520 | Histoire de saint Jean-Baptiste | ||||
| 1516-1518 | La Légende de Notre-Dame du Sablon (4) [24] | Bernard van Orley | Bruxelles (4) | ||
| vers 1518-1522 | La Passion du Christ (4)[25] | Pieter de Pannemaker | Bernard van Orley | New York (1), Washington (2), Paris (1) | |
| 1519-1521 | Actes des Apôtres (10)[26] | Pieter van Aelst I | Raphaël | Vatican (10) | |
| vers 1520 | Histoire de Persée (7) [27] | Gabriel van der Tombe | Jan van Roome | Cracovie, | |
| vers 1520 | Le Lavement des pieds | Pierre van Aelst I | Amsterdam, | ||
| vers 1520-1525 | Les honneurs (nl) (9)[28],[29] | Pieter van Aelst II[30] | Bernard van Orley | Granja de San Ildefonso (9) | |
| 1522 | Histoire indienne d'éléphants et de girafes | Pieter van Aelst | |||
| 1522 | Histoire de la guerre de Troie | ||||
| vers 1523 | Histoire d'Hannibal | ||||
| vers 1525 | David et Bethsabée (10)[31] | Pieter van Aelst II | Jan van Roome | Écouen (10) | |
| vers 1525-1530 | La Fondation de Rome (6) [32] | Bernard van Orley | Madrid | ||
| vers 1525-1550 | Sept vertus | [beaucoup des versions] | San Francisco, Asheville, Paris, Moscou, Liverpool … | ||
| 1528-1531 | Bataille de Pavie (nl) (7) | Willem van der Moyen | Bernard van Orley | Naples (7) | |
| 1528-1533 | Les Chasses de Maximilien (12) | Jan et Willem van der Moyen (Guillaume Dermoyen) | Bernard van Orley | Paris (12) | |
| avant 1535 | Les Sphères (5)[33] | Madrid (1), Granja de San Ildefonso (1), Madrid (1), perdu (2) | |||
| 1532-1535 | Histoire de Coriolan | ||||
| 1532- 1535 | Gestes de Scipion Triomphe de Scipion (23) [34] ,[35] | Balthazar van Vlierden Jan et Willem van der Moyen | Giovan Francesco Penni Giulio Romano | perdu (23), Paris (copies) | |
| vers 1540-1542 | Grotesque du triomphe des dieux (2?) [36] | Probablement atelier Dermoyen | Giovanni Franceso Penni Giovanni da Udine (atelier de Raphaël) | Hampton Court (1), Windsor (1) | |
| vers 1540-1543 | Vie d'Abraham (10) | Willem (Guillaume) de Kempeneer | Bernard van Orley | ||
| vers 1540-1545 | Histoire de saint Paul | Pieter Coecke van Aelst | Vienne, | ||
| vers 1540-1570 | Histoire de Mercure et Hersé | Willem (Guillaume) de Pannemaker (nl) | New York, | ||
| vers 1542-1544 | Les sept péchés capitaux (7)[37] | Willem de Pannemaker | Pieter Coecke van Aelst | New York, Madrid (6+4), Vienne (7) | |
| 1542-1560 | Grotesques aux singes | Seger Bombeck | Hans Vredeman de Vries | ||
| 1544 | Arbre de Jessé | Jan van der Moyen | |||
| 1544 | Vie de Josué | Jan van der Moyen Jean Dermoyen | Pieter Coecke van Aelst | ||
| Vers 1544 | Histoire de Scipion (7)[38] | Balthazar van Vlierden | Giovan Francesco Penni Giulio Romano | Madrid (7) | |
| 1545-1547 | Fructus Belli[39] | Jehan Baudouyn | Giulio Romano | Écouen, Bruxelles, West Dean, | |
| vers 1545-1550 | Vertumne et Pomone [40] | Willem (Guillaume) de Pannemaker | Jan Cornelisz Vermeyen | Madrid, | |
| 1545-1585 | Les Triomphes des Dieux | Franz Geubels | Raphaël Giovanni da Udine | Paris, | |
| 1548-1549 | Histoire de la conquête de Tunis (12)[41],[42] | Willem de Pannemaker (Guillaume Pannemaker) | Jan Cornelisz Vermeyen | Madrid, | |
| 1549 | Histoire d'Hercule | Antoine van Herberghen | |||
| vers 1550 | Histoire de Moïse | Joost van Herzele (nl) | Madrid, | ||
| vers 1550 | Scènes de la Genèse[43] | Jan de Kempeneer | Michiel Coxcie | Cracovie, | |
| Milieu du XVIe siècle | Confrontation de la Loi et de la Grâce[44] | Bartholomé Adriaensz | Palencia | ||
| vers 1550 | Histoire de Noé | Pierre II van Aelst | Michiel Coxcie | Cracovie, | |
| 1550-1575 | Histoire de Jacob | New York, | |||
| vers 1553-1555 | L'Apocalypse (8)[45] | Willem (Guillaume) van der Moyen | (style de?) Bernard van Orley | Madrid (2), perdu (6)[46] | |
| vers 1555 | Tapisserie aux armes de Sigismond II Auguste | Cracovie, | |||
| avant 1560 | Tenture de Jérôme Bosch | (atelier inconnu) | Suiveur(s) de Jérôme Bosch | Escurial | |
| vers 1560 | Les Mois | Cornelis de Ronde | Vienne, | ||
| 1563-1567 | Vie des saints Pierre et Paul | François Gheteels | Pieter de Kempeneer | ||
| 1564-1571 | Les Jardins du cardinal Granvelle | Willem (Guillaume) de Pannemaker | |||
| avant 1566 | Fables d'Ovide | Willem (Guillaume) de Pannemaker | |||
| 1567-1573 | Les batailles du duc d'Albe | Willem (Guillaume) de Pannemaker | |||
| 1572-1582 | Les Fêtes des Valois (8)[47] | François Quesnel ? | Florence, | ||
| Entre 1629 et 1650 | Scènes de la vie chapêtre Le joueur de luth et dame | Conrad van der Brugghen | Jacob Jordaens | Vienne, | |
| 1616-1643 | Histoire de Decius Mus | Jan Raes II | Peter Paul Rubens | Vienne, | |
| 1616-1643 | Histoire de Decius Mus | Jan Raes II | Peter Paul Rubens | Madrid, | |
| Milieu XVIIe siècle | Leçons d'équitation, création du cheval pour Athènes | Everard Leyniers | Jacques Jordaens | Vienne, | |
| 1700 | Histoire de Jupiter et Mercure (6)[48] | Henrik II Reydams | Johannes De Reyff | London (1), coll.privé (1) | |
| 1712-1734 | La vie des hommes illustres de Plutarque (8) [49] | Ateliers Leyniers-Reydams | Victor Honoré Janssens | Bruchsal, Bruxelles, Rosny | |
| 1716 | Épisodes de l'histoire du duché de Brabant (3)[49] | Ateliers Leyniers-Reydams | Victor Honoré Janssens | Bruxelles (3) | |
| 1717 | Triomphe des dieux (5+)[50] | Ateliers Leyniers-Reydams | Jan van Orley Augustin Coppens | Gand, | |
| 1715-1734 | L'art de la guerre (10+14)[51] | Judocus de Vos | Philipp de Hondt | Schleissheim (9), Lausanne (1), Amsterdam (1), London (3?), | |
| 1715-1734 | Les victoires de John Churchill | Judocus de Vos | Laurent de Hondt (nl) | Blenheim, | |
| 1729-1745 | Histoire de Don Quixote (6)[52] | Urban and Daniel III Leyniers | Jan van Orley Augustin Coppens | Paris (1), Bruxelles (1), coll.privé (1), | |
| 1737 | Histoire de Moïse (nl) (9) | Van der Borcht | Jan van Orley | Maastricht (9) | |
| 1770(2) et 1785(4) | La légende du Saint-Sacrement de Miracle (6)[53],[54] | Jan Frans van der Borcht (2) Jacob II van der Borcht (nl) (4) | Maxmiliaan de Hase Jan de Landtsheer et un inconnu | Bruxelles (6) |






































