Tapisseries de Bruxelles

production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Bruxelles du début du XVe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle From Wikipedia, the free encyclopedia

La tapisserie de Bruxelles est le nom donné à la production des nombreux ateliers de tapisserie de haute-lisse actifs à Bruxelles du début du XVe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

Historique

La confection de tapisseries commence en Europe de Nord-Ouest au plus tard fin du XIIe siècle. Au début les motifs se limitent à l'ornementation, des plantes et de l'héraldique. Ça change au milieu du XIVe siècle, pendant le règne du roi français Charles V le Sage (1364-1380), de la maison des Valois. Lui et ses frères commencent de commander de très grands formats aux motifs figuratifs, ce qu'on nomme aujourd'hui des « tapisseries flamandes ». La « Flandre » dont il s'agit inclut l'Artois, le Hainaut et le Brabant… Dès le début ces tapisseries sont produit en « tentures », c.à.d. un ensemble de plusieurs « pièces », créées sur le même thème. On les appelle aussi des « fresques mobiles » à l'époque[1].

De cette première période, seulement une petite fraction des tapisseries a survecue, et il est impossible, la plupart du temps, de savoir, qui les a produits où. Les marchands, peintres et tisserands déménagent d'une ville à l'autre, les cartons aussi. Quand des documents parlent des tapissiers, on ne sait pas, quand ils commencent à produire les grandes pièces figuratives. La plus ancienne tenture datable qui a survecue, l'Apocalypse (1373-1380), est produit selon les cartons d'un Brugeois suite à une commande du roi Charles V auprès d'un marchand de Paris, qui travaille avec des tisserands de Paris et d'Arras. Autour de 1400, des tapisseries sont produits à Paris, Arras, Tournai, Bruges, Audenaerde, Anvers, Malines et Bruxelles. La ville d'Arras donne son nom aux tapisseries figuratives en italien et polonais : « arazzi » ou « arrasy »[2].

La première évocation d'un tapissier à Bruxelles date de 1321, il s'agit d'un dénommé Johannes Crane. Et les comptes de la duchesse Jeanne de Brabant (1356-1406) mentionnent plusieurs fois des tisserands livrant des « chambres ». Dans les deux cas, on ne sais pas, s'il s'agit déjà des tapisseries aux motives fuguratives[3]. À partir de 1417, on trouve des centaines des maîtres tapissiers, leurs journaliers et apprentices dans les registres des drapiers. En 1447, les tapissiers se séparent des drapiers et fondent leur propre guilde. Deux marchands importants qui possèdent peut-être des atéliers sont à l'époque Jan de Haze et Gielis van de Putte[3].

En 1476, des peintres de Bruxelles se plaignent que les tapissiers de la ville utilisent des modèles d'ailleurs. Le compromis des deux guildes, conclu devant le magistrat : Les tapissiers sont libres de choisir qui leur fournit les ornements, mais pour les parties figuratives ils doivent faire appel à la guilde bruxelloise des peintres. Grâce à cet accord, la qualité de leur travail progresse[4].

C'est après le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche en 1477, que Bruxelles devient, artistiquement et commercialement le chef-lieu de la production des tapisseries dites flamandes[5],[6]. Les premiers amateurs de ces tapisseries sont les Espagnols, les Habsbourg tout d'abord, les grandes familles, tels les Albe, et les cathédrales ensuite[7].

Au début du XVIe siècle, la montée sur les principaux trônes d’Europe de souverains épris de grandeur, et aux Pays-Bas de régentes passionnées par la tapisserie, allait être la source de rivalités entre les différentes cours royales et princières pour posséder les plus belles tapisseries, rivalité qui a été favorable aux ateliers bruxellois qui ont employé jusqu'à 15 000 personnes au XVIe siècle.

Marque de la tapisserie de Bruxelles.

Pour lutter contre les contrefaçons, les marques de la ville de Bruxelles et des ateliers de tapisseries ont été rendues obligatoires sur les tapisseries par un arrêté du magistrat bruxellois pris le pour chaque tapisserie de plus de six aunes. Cette obligation, copié par la ville d'Enghien entre-temps, est étendu sur tout l'industrie de la tapisserie aux Pays-Bas par l'édit impérial du . La marque de Bruxelles est faite d'un petit écusson rouge flanqué de part et d'autre par des majuscules B pour Brabant Bruxelles. Le monogramme du lissier devait être déposé dans un registre de la corporation. Ce document a été détruit dans un incendie en 1690[8].

Après le bombardement de Bruxelles de 1695 qui détruit une bonne partie de la ville, les tapissiers ont difficile de se relever. Pour la période de 1703-1707 on recense neuf ateliers importants : Judocus de Vos (53 métiers), Jacob I van der Borcht (8 métiers), Jeroen Le Clerc (7 métiers), Jasper van den Borcht, Albert Auwerckx et Hendrik II Reydams (5 métiers chacun), Gerard Peemans et Jan Frans van den Hecke (4 métiers chacun), ainsi que Willem de Potter (3 métiers). De 1725 à 1800 les ateliers d'une production notable en quantité comme en qualité sont encore en nombre de quatre : la famille van der Borcht, la famille Leyniers, Pieter van den Hecke et Vermillon[9]. Pendant la deuxième moitié du siècle, leur client principal est la cour de Vienne. La dernière nouvelle série des tapisseries bruxelloises est celle de la « Légende du Saint-Sacrement », dont deux tapisseries datent de 1770 et quatre de 1785. Ils célèbrent l'histoire du massacre de Bruxelles et sont toujours en possession de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles. Le dernier tapissier de Bruxelles, et des Pays-Bas autrichiens, Jacob II Van der Borcht (nl), ferme son atélier en 1794, quand le pays est annexé par la France[10].

Les différentes inspirations

Les primitifs flamands

Les tapisseries les plus anciennes qu'on localise à Bruxelles, prennent comme modèles les primitifs flamands : La justice de Trajan et Herkenbald reprend, vers 1450, une peinture de Rogier Van der Weyden, mais dans le style de son ancien maître, le maître de Flémalle[11]. Après le décès de ce dernier, son style est pérennisé par d'autres, ce qui donne un style de Bruxelles, même si les tapisseries concernées, qui traitent le plus souvent des matières religieuses, ne sont pas tous produits là. L'œuvre le plus connu dans cette tradition est la tenure des six tapisseries d'or produit 1502-1504 pour Jeanne la Folle[12].

Le début de la Renaissance

Avec la Communion miraculeuse de Herkenbald, produit en 1513 par le tapissier Lyon De Smedt d'après un dessin de Jan van Roome, mis sur carton par Philipp le peintre commence l'influence de la Renaissance italienne sur les tapisseries dites flamandes, même s'ici, c'est encore limité à la disposition générale de l'œuvre qui acquiert plus de profondeur qu'habituelle. Dans d'autres œuvres de l'époque on retrouve des figures ou sujets empruntés à la peinture italienne, mais son influene reste encore marginale et reste souvent superficielle, comme dans une version tissée de la Cène de Da Vinci qui se trouve aujourd'hui au Vatican[13].

Raphaël

La Pêche miraculeuse, carton de Raphaël.

Le pape Léon X passant une importante commande de tapisseries sur la base de cartons de Raphaël entre 1515 et 1519, les ateliers de Bruxelles furent choisis[14]. Les lissiers les tissèrent au XVIe siècle mais aussi les siècles suivants. Encore aujourd'hui, elles représentent une part non négligeable de l'activité des ateliers même si elles sont moins en vogue depuis une trentaine d'années. La verdure, pour beaucoup, incarne la tapisserie d'Aubusson.

Bernard van Orley

Puis l'influence de la Renaissance allemande se fait sentir dans la région dans le sillage des Habsbourg. Albrecht Dürer fait un voyage dans les Pays-Bas en 1520-21 et laisse un grand nombre de ses gravures derrière lui, mais aussi Lucas Cranach, aux Pays-Bas aussitôt qu'en 1508, fait impression. Bernard van Orley produit des cartons pour une Passion du Christ d'inspiration dürerienne[15].

Peintre en Italie, il charge les ateliers bruxellois de travailler sur une technique picturale pour mettre en avant le côté narratif.

Tenture Les Chasses de Maximilien au Louvre.

Mécénat français

Les commandes de François Ier après l'arrivée du Primatice à Fontainebleau en firent une grande renommée et Sigismond II de Pologne suivi l'exemple.


Mécénat des Tudor

Le Thomas Wolsey et le roi Henry VII d'Angleterre avaient de grandes collections de tapis-et-tapisseries et firent aussi des commandes aux ateliers bruxellois. Woseley choisissait des thèmes plutôt classiques pour ses résidences de Hampton court ou York alors que le roi choisissait aussi dans le nouveau style de van Orley pour la réception du Camp du drap d'or ou la visite de Charles V. Il a acheté la tenture de David et Bethsabée.

Rubens

Jacob Jordaens pupille de Rubens travailla pour les ateliers ainsi que Martin Reymbouts et des membres de la famille Leyniers.

Compétition avec les ateliers français

La création de la manufacture des Gobelins met une forte pression à la production des ateliers jusqu'à leur disparition après la Révolution.

Principales tentures réalisées dans les ateliers Bruxellois

Davantage d’informations Années, Sujet ...
Tentures réalisées dans les ateliers de Bruxelles
AnnéesSujetAtelierPeintreImageLocalisation
Avant 1450La justice de Trajan et
Herkenbald (1)[11]
(très probablement Bruxelles)d'après Rogier van der Weyden
Berne (1)
1466Verdure avec armoiries
du duc de Bourgogne (6)[16],[17]
Jean de Haze[18]
Berne (1), perdu (5)
vers 1500Le Triomphe du Christ
(Tapisserie de Mazarin)
Washington,
vers 1502-1504Les tapisseries d'or (6)[19]Pieter van Aelst I[20]
Escurial (1),
vers 1502-1504Le Triomphe de la Renommée
New York
vers 1507-1520La Passion du Christ (7)[21]Pieter van Aelst IJan van Roome (nl)
Trente,
vers 1510Les triomphes de Jules César
1513La communion miraculeuse de Herkenbald (1)[22]Lyon De SmedtJan van RoomeBruxelles (1)
avant 1514La Cène[23]Léonard de Vinci
Vatican
1515-1520Histoire de saint Jean-Baptiste
1516-1518La Légende de Notre-Dame du Sablon (4) [24]Bernard van Orley
Bruxelles (4)
vers 1518-1522La Passion du Christ (4)[25]Pieter de PannemakerBernard van Orley
New York (1), Washington (2), Paris (1)
1519-1521Actes des Apôtres (10)[26]Pieter van Aelst IRaphaël
Vatican (10)
vers 1520Histoire de Persée (7) [27]Gabriel van der TombeJan van Roome
Cracovie,
vers 1520Le Lavement des piedsPierre van Aelst I
Amsterdam,
vers 1520-1525Les honneurs (nl) (9)[28],[29]Pieter van Aelst II[30]Bernard van Orley
Granja de San Ildefonso (9)
1522Histoire indienne d'éléphants et de girafesPieter van Aelst
1522Histoire de la guerre de Troie
vers 1523Histoire d'Hannibal
vers 1525David et Bethsabée (10)[31]Pieter van Aelst IIJan van Roome
Écouen (10)
vers 1525-1530La Fondation de Rome (6) [32]Bernard van Orley
Madrid
vers 1525-1550Sept vertus[beaucoup des versions]San Francisco, Asheville, Paris, Moscou, Liverpool
1528-1531Bataille de Pavie (nl) (7)Willem van der MoyenBernard van Orley
Naples (7)
1528-1533Les Chasses de Maximilien (12)Jan et Willem van der Moyen
(Guillaume Dermoyen)
Bernard van Orley
Paris (12)
avant 1535Les Sphères (5)[33]
Madrid (1), Granja de San Ildefonso (1), Madrid (1), perdu (2)
1532-1535Histoire de Coriolan
1532- 1535Gestes de Scipion
Triomphe de Scipion (23) [34] ,[35]
Balthazar van Vlierden
Jan et Willem van der Moyen
Giovan Francesco Penni
Giulio Romano
Copie des Gobelins
perdu (23), Paris (copies)
vers 1540-1542Grotesque du triomphe des dieux (2?) [36]Probablement atelier DermoyenGiovanni Franceso Penni
Giovanni da Udine
(atelier de Raphaël)
Hampton Court (1), Windsor (1)
vers 1540-1543Vie d'Abraham (10)Willem (Guillaume) de KempeneerBernard van Orley
vers 1540-1545Histoire de saint PaulPieter Coecke van Aelst
Vienne,
vers 1540-1570Histoire de Mercure et HerséWillem (Guillaume) de Pannemaker (nl)
New York,
vers 1542-1544Les sept péchés capitaux (7)[37]Willem de PannemakerPieter Coecke van Aelst
New York, Madrid (6+4), Vienne (7)
1542-1560Grotesques aux singesSeger BombeckHans Vredeman de Vries
1544Arbre de JesséJan van der Moyen
1544Vie de JosuéJan van der Moyen
Jean Dermoyen
Pieter Coecke van Aelst
Vers 1544Histoire de Scipion (7)[38]Balthazar van VlierdenGiovan Francesco Penni
Giulio Romano
Madrid (7)
1545-1547Fructus Belli[39]Jehan BaudouynGiulio Romano
Écouen, Bruxelles, West Dean,
vers 1545-1550Vertumne et Pomone [40]Willem (Guillaume) de PannemakerJan Cornelisz Vermeyen
Madrid,
1545-1585Les Triomphes des DieuxFranz GeubelsRaphaël
Giovanni da Udine
Paris,
1548-1549Histoire de la conquête de Tunis (12)[41],[42]Willem de Pannemaker
(Guillaume Pannemaker)
Jan Cornelisz Vermeyen
Madrid,
1549Histoire d'HerculeAntoine van Herberghen
vers 1550Histoire de MoïseJoost van Herzele (nl)
Madrid,
vers 1550Scènes de la Genèse[43]Jan de KempeneerMichiel Coxcie
Cracovie,
Milieu du XVIe siècleConfrontation de la Loi et de la Grâce[44]Bartholomé AdriaenszPalencia
vers 1550Histoire de NoéPierre II van AelstMichiel Coxcie
Cracovie,
1550-1575Histoire de Jacob
New York,
vers 1553-1555L'Apocalypse (8)[45]Willem (Guillaume) van der Moyen(style de?) Bernard van OrleyMadrid (2), perdu (6)[46]
vers 1555Tapisserie aux armes de
Sigismond II Auguste
Cracovie,
avant 1560Tenture de Jérôme Bosch(atelier inconnu)Suiveur(s) de Jérôme Bosch
Escurial
vers 1560Les MoisCornelis de Ronde
Vienne,
1563-1567Vie des saints Pierre et PaulFrançois GheteelsPieter de Kempeneer
1564-1571Les Jardins du cardinal GranvelleWillem (Guillaume) de Pannemaker
avant 1566Fables d'OvideWillem (Guillaume) de Pannemaker
1567-1573Les batailles du duc d'AlbeWillem (Guillaume) de Pannemaker
1572-1582Les Fêtes des Valois (8)[47]François Quesnel ?
Florence,
Entre 1629
et 1650
Scènes de la vie chapêtre
Le joueur de luth et dame
Conrad van der BrugghenJacob Jordaens
Vienne,
1616-1643Histoire de Decius MusJan Raes IIPeter Paul Rubens
Vienne,
1616-1643Histoire de Decius MusJan Raes IIPeter Paul Rubens
Madrid,
Milieu XVIIe siècleLeçons d'équitation,
création du cheval pour Athènes
Everard LeyniersJacques Jordaens
Vienne,
1700Histoire de Jupiter et Mercure (6)[48]Henrik II ReydamsJohannes De ReyffLondon (1), coll.privé (1)
1712-1734La vie des hommes illustres de Plutarque (8) [49]Ateliers Leyniers-ReydamsVictor Honoré JanssensBruchsal, Bruxelles, Rosny
1716Épisodes de l'histoire du duché de Brabant (3)[49]Ateliers Leyniers-ReydamsVictor Honoré JanssensBruxelles (3)
1717Triomphe des dieux (5+)[50]Ateliers Leyniers-ReydamsJan van Orley
Augustin Coppens
Gand,
1715-1734L'art de la guerre (10+14)[51]Judocus de VosPhilipp de Hondt
Schleissheim (9), Lausanne (1), Amsterdam (1), London (3?),
1715-1734Les victoires de John ChurchillJudocus de VosLaurent de Hondt (nl)
Blenheim,
1729-1745Histoire de Don Quixote (6)[52]Urban and Daniel III LeyniersJan van Orley
Augustin Coppens
Paris (1), Bruxelles (1), coll.privé (1),
1737Histoire de Moïse (nl) (9)Van der BorchtJan van Orley
Maastricht (9)
1770(2) et 1785(4)La légende du Saint-Sacrement de Miracle (6)[53],[54]Jan Frans van der Borcht (2)
Jacob II van der Borcht (nl) (4)
Maxmiliaan de Hase
Jan de Landtsheer
et un inconnu
Bruxelles (6)
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Notes et références

Annexes

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