Františka Svatava Amerlingová née Michalovicová le à Plzeň[1] et morte le à Prague[2], est une éducatrice et philanthrope tchèque.
En 1847, elle épouse un éminent patriote tchèque, le médecin Karel Slavoj Amerling(cs) (1807–1884). Ses parents lui permettent d'obtenir une éducation supérieure à la moyenne pour l'époque grâce à des études privées. Outre ses connaissances générales, elle maîtrisait également le tchèque et l'allemand, ainsi que le latin et le français. Elle contribue au développement de l'éducation des filles et est connue pour ses activités philanthropiques. En 1845, elle reprend la direction de l'Institut de filles de Bohuslava Rajská(cs) et, en 1847, obtient son permis d'enseigner et devient directrice de l'école. Elle continue à diriger l'institut après la fermeture de l'école en 1848 jusqu'en 1870, mais dans un autre bâtiment. Outre ses activités d'enseignante, elle était également active dans plusieurs associations féminines. À la fin des années 1840, elle siége au comité de l'Association des sœurs slaves, ou plutôt de sa faction dirigée par Honorata Wiśniovská-Zapová(cs) (1825-1856). Entre 1865 et 1867, l'association Jednota paní Svaté Anny est fondée à son instigation, dont elle occupe le poste de directrice exécutive jusqu'à sa mort. Au début des années 1870, cette association est à l'origine de la création d'une institution pour enfants retardés mentaux – Ernestinum – à Prague, dont Amerlingová est la directrice et son mari le superviseur médical. Elle est également membre de longue date de la Ženského výrobního spolku(cs) (fondée en 1871). Malgré tous ses mérites, notamment dans le développement de l'éducation des filles et dans ses vastes activités philanthropiques, elle est morte (comme son mari) impopulaire et peu appréciée par la société tchèque[3].
Ernestine
Son père, un riche marchand, est issu de la famille de Bohuslav de Michalovice, l'un des exécutés en 1621 sur la place de la Vieille-Ville. Malheureusement, il perd tous ses biens à la suite de mauvaises spéculations. Františka est témoin de toute la déchéance et voit les huissiers saisir tous leurs biens. Le père, incapable de supporter la faillite familiale, se suicide. Sa veuve s'installe alors chez sa sœur à Karlín où la famille tente de survivre par la couture. Františka sympathise avec les filles d'un important métallurgiste nommé Josef Mencl, avec qui elle échange sur la culture. Elle acquièrt un excellent niveau et donne ensuite des leçons aux filles de Mencl[4].
L'entreprise de Mencl est florissante. Pour parfaire ses qualifications, Mencl fait régulièrement le trajet à pied de Kolín à Prague, en passant par la porte Poříčská (Poříčská brána(cs)), pour se rendre à une nouvelle école appelée Budeč. Le fondateur de cet institut d'enseignement général est le professeur, philosophe et médecin tchèque Karel Slavoj Amerling. L'école est située dans un bâtiment à l'angle des rues Žitná et V Tůních à Prague. Les filles de Mencl assistent également aux cours du dimanche d'Amerling. À la maison, elles racontent tout ce qu'elles ont entendu à l'école. Františka note leurs histoires le soir. Lorsqu'elle leur lit ses notes, elles sont surprises, disant qu'elles comprennent désormais mieux le sujet qu'en cours. Le docteur Amerling nourrit de grands projets pour son école, mais il a besoin de capitaux. Il souhaite que tout puisse y être enseigné et qu'elle soit ouverte à tout le monde. Il y fonde une verrerie, un atelier de meulage, une imprimerie, une librairie, un institut pédagogique, un observatoire et un hôpital. Il rassemble des fonds auprès de ses sympathisants, mais ne peut rembourser l'argent emprunté. Il choisit Bohuslava Rajská, la belle-sœur de Josef Frič, comme institutrice. Cependant, il est déçu; la jeune fille rejette sa demande en mariage et ouvre sa propre école de filles avant d'épouser František Ladislav Čelakovský à Wrocław. Mencl présente Amerling, endetté et déçu, à Františka Michalovicová. Le , Františka entre pour la première fois dans la salle de classe. Il y a trois élèves dans la salle. Six mois plus tard, elle en compte trente. L'école se développe mais les finances s'amenuisent. En 1848, Amerling est contraint de la fermer. Il demande néanmoins Františka en mariage. Le mariage est organisé le , à six heures du matin. La mère de Františka fait ce commentaire: «Tu es une parfaite imbécile! Non seulement tu te fiances à un cadavre, mais en plus tu en es heureuse.»[5]
La mère de Františka rembourse néanmoins les dettes d'Amerling envers Františka durant treize années. Grâce à elle, Amerling dépose son bilan, ses dettes sont remboursées et il devient directeur de l'institut pédagogique national pour garçons et de l'école modèle des Piaristes, rue Panská à Prague. Amerling soutient sa femme dans ses efforts pour se consacrer à l'enseignement. Après la fermeture de l'école de Budeč, Františka reprend l'école que Rajská et sa successeure Eleonora Janáková ont quittée. Elle enseigne dans la maison U Třech korun, place du Marché au charbon, puis rue Jungmannova, puis place Venceslas, dans la maison U Zlatého beránka. Une ou deux pièces servent de salles de classe, l'ancien salon devient un bureau, et derrière la porte se trouvent les chambres privées du couple. Plus tard, des membres de l'Americký klub dam(cs) sortent diplômées de son école, et certaines d'entre elles acquièrent les bases nécessaires pour étudier ultérieurement à l'institut pédagogique. Après l'insurrection de juin 1848 à Prague, elle commence également à enseigner l'allemand, ce qui lui vaut des critiques de la part de certains parents patriotes. Mais beaucoup souhaitent que leurs filles parlent les deux langues. Božena Němcová envoie également sa fille Dora dans son école; elle se montre cependant critique à l'égard de l'établissement, contrairement à Teréza Nováková(cs). Elle reconnait néanmoins les compétences d'Amerlingová, se souvenant avec tendresse du salon orné de bustes de Mozart, Socrate, Apollon ou Cupidon et Psyché[4].
Františka Amerlingová ferme son école franciscaine en 1870, la concurrence de l'École supérieure de filles nouvellement fondée à Prague en 1863 étant trop forte. Elle continue de se consacrer à la philanthropie et à la pédagogie. À presque soixante ans, elle fonde l'Institut Ernestinum au Palais Sternberg à Hradčany, où, grâce à son éloquence, elle obtient un bâtiment de l'archevêqueprince Schwarzenberg, alors membre de la Český zemský sněm(cs) (assemblée provinciale). Elle le convainc que le bâtiment vacant est exactement ce dont leur institut a besoin. Les Amerling dirigent l'institut jusqu'à leur mort. Ils meurent sans descendance et sont enterrés dans un petit cimetière à Kováry(cs) (quartier de Zákolany)[2]. Leur souhait commun était d'être enterrés sur le site des origines de l'État tchèque naissant[4].
Notes et références
↑Matrika narozených Plzeň I., 1810-1826, snímek 55, Záznam o narození a křtu, Porta Fontium, (lire en ligne)
12Matrika zemřelých sv. Vít, 1866-1892, snímek 187, Archiv hl. m. Prahy, (lire en ligne)
↑(cs) Jana Brabencová, Biografický slovník českých zemí 1, Praha, Historický ústav AV ČR, , p.80.
123(cs) Eva Uhrová (ill.Adam Veselý), Ženy, které uměly myslet i bez manžela, Prague, Krásná paní, , 80p. (ISBN978-80-86713-55-7, www.krrasnapani.cz), «Františka Amerlingová», p.1–6.