Frère aîné, sœur cadette
film sorti en 1953
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Frère aîné, sœur cadette (あにいもうと, Ani imōto) est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1953 au Japon. C'est une adaptation de la nouvelle homonyme de Saisei Murō parue en 1934.
Ani imōto
Saisei Murō (nouvelle)
| Titre original |
あにいもうと Ani imōto |
|---|---|
| Réalisation | Mikio Naruse |
| Scénario |
Yōko Mizuki Saisei Murō (nouvelle) |
| Musique | Ichirō Saitō |
| Acteurs principaux |
Machiko Kyō Masayuki Mori Yoshiko Kuga |
| Pays de production |
|
| Genre | Film dramatique |
| Durée | 86 minutes |
| Sortie | 1953 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Synopsis
Dans un village du Japon d'après-guerre, la famille Akaza vit modestement : le père, qui dirigeait jadis un chantier de pierre sur la rivière — sept bateaux et soixante-dix hommes —, est sans travail depuis que le béton a remplacé la pierre, et le foyer subsiste grâce à la petite boutique tenue par la mère. Le retour de Mon, la fille aînée qui menait à Tokyo une vie jugée dissolue, ravive la colère de son frère Inokichi, désœuvré et brutal, d'autant qu'elle revient enceinte d'une liaison malheureuse avec un étudiant. Lorsque ce dernier, Obata, se présente chez les Akaza pour assumer ses responsabilités, Inokichi le roue de coups. Tandis que le frère et la sœur s'affrontent violemment et que la grossesse de Mon s'achève par un enfant mort-né, la cadette, San, sérieuse et travailleuse, poursuit ses études d'infirmière et voit son projet de mariage brisé par la réputation de son aînée.
Fiche technique
Ces informations proviennent du générique du film, de la base IMDb[1], de la fiche Wikipédia japonaise et des bases de données japonaises NFAJ[2] et Eiren[3]
- Titre français : Frère aîné, sœur cadette
- Titre original : Ani imōto (あにいもうと)
- Titre anglais : Older Brother, Younger Sister
- Réalisation : Mikio Naruse
- Scénario : Yōko Mizuki, d'après la nouvelle de Saisei Murō
- Photographie : Shigeyoshi Mine
- Musique : Ichirō Saitō
- Son : Ken'ichi Nishii
- Lumière : Shinnosuke Andō
- Direction artistique : Mikio Naka
- Montage : Tōyō Suzuki
- Assistants-réalisateurs : Fumiki Saijō, Sōkichi Tomimoto (ja)
- Société de production : Daiei (studios de Tokyo)
- Production : Nobuo Miura, Yasumasa Nishizawa
- Pays d'origine :
Japon - Langue : japonais
- Format : noir et blanc — 1,37:1 — 35 mm — son monophonique (Western Electric)
- Genre : Film dramatique
- Durée : 86 minutes[4]
- Date de sortie :
- Japon :
Distribution
- Machiko Kyō : Mon, la sœur cadette
- Masayuki Mori : Inokichi, le frère aîné
- Yoshiko Kuga : San, la petite sœur
- Reizaburō Yamamoto (ja) : Akaza, le père
- Kumeko Urabe : Riki, la mère
- Yūji Hori (ja) : Taiichi, le fils adoptif de la fabrique de nouilles Tsujiya dont San est amoureuse
- Eiji Funakoshi : Obata, l’étudiant amant de Mon
Adaptation
Le film est tiré de la nouvelle homonyme de Saisei Murō, parue en juillet 1934 dans la revue Bungei Shunjū, dans la veine de ses récits de démons du petit peuple (市井鬼もの, Shisei oni mono), et couronnée l'année suivante par le premier prix Bungei Konwakai. Le récit est porté une première fois à l'écran dès 1936 par Sotoji Kimura[5]. En 1953, pour cette nouvelle version, Mikio Naruse — comme il l'avait fait l'année précédente pour L'Éclair — transpose l'intrigue à l'époque du tournage, dans le Japon de l'après-guerre, afin d'en faire ressortir les bouleversements sociaux. Selon l'historienne du cinéma Catherine Russell, ses principales modifications par rapport au texte de Murō tiennent à l'élévation du statut social de la famille, qui passe de la misère à la petite classe moyenne, et au développement du personnage de San (Yoshiko Kuga) : là où la nouvelle se concentrait sur la figure du père, le film accorde davantage de place aux deux sœurs et à leur mère, la cadette s'imposant comme « la plus forte présence subjective du film ». Russell relève encore que la nouvelle de Murō suggérait une forme d'animalité au sein d'une famille pauvre incapable de formuler ses désirs et ses angoisses, là où l'adaptation de Naruse déplace l'accent vers le registre du mélodrame. Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio (en), 2008[6].
Autres adaptations
La nouvelle de Saisei Murō a été portée plusieurs fois à l'écran et à la scène ; le film de Naruse en constitue la deuxième version cinématographique. Au cinéma, une première adaptation, intitulée Ino et Mon (兄いもうと, Ani imōto)[7], est réalisée dès 1936 par Sotoji Kimura pour la P.C.L., sur un scénario de Matakichi Eguchi. Une troisième version, de nouveau intitulée Frère aîné, sœur cadette (あにいもうと, Ani imōto)[8], est tournée en 1976 par Tadashi Imai, d'après un scénario signé — comme en 1953 — par Yōko Mizuki ; le film vaut à Kumiko Akiyoshi le prix d'interprétation féminine aux Blue Ribbon Awards et se classe sixième au palmarès annuel de la Kinema Junpō. Le récit a par ailleurs été adapté au théâtre, monté en 1952 au Kabuki-za d'Ōsaka avec Yaeko Mizutani, ainsi qu'à la télévision, notamment dans un téléfilm de 1972 écrit par Yōji Yamada et interprété par Kiyoshi Atsumi et Chieko Baishō[9],[10].
Analyse
Pour l'historienne du cinéma Catherine Russell, Frère aîné, sœur cadette occupe une place singulière dans l'œuvre de Mikio Naruse : deuxième film qu'il tourne à la Daiei, il renoue avec une emphase mélodramatique et une théâtralité que le cinéaste avait largement abandonnées depuis La Bête blanche (1950), au point de trancher avec la retenue de ses shomingeki — jeu plus appuyé, dialogues plus abondants, éclairages contrastés et plans métaphoriques de rivière en crue. Russell lie la violence qui traverse la famille au déclassement du père, Akaza : autrefois « seigneur de la rivière » à la tête d'un grand chantier de barrage, il se retrouve sans emploi depuis que le béton a supplanté la taille de pierre, réduit à servir des glaces au comptoir tenu par sa femme — un effacement de l'autorité paternelle que le film rattache aux mutations de l'économie d'après-guerre. L'affrontement entre Mon (Machiko Kyō), la « femme perdue » dont le retour ravive l'animosité du frère Inokichi (Masayuki Mori), structure le drame, jusqu'à la scène finale où les deux sœurs s'éloignent ensemble par un sentier à travers prés : Naruse y réconcilie l'opposition convenue entre la « bonne » et la « mauvaise » fille et clôt le récit sur une note d'apaisement caractéristique. Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio (en), 2008[6].
Distinction
Le film se classe au 5ᵉ rang du Top 10 de la revue Kinema Junpō pour l'année 1953 (27ᵉ édition)[11].
Postérité
Le film a été projeté à la Cinémathèque française en 2016, 2017 et 2024[12].