Frères Desbiey

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Décès (à 59 ans)
La Teste-de-Buch (Gironde)
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Capitaine général des Fermes du Roy
Guillaume Desbiey
Naissance
Saint-Julien-en-Born (Landes)
Décès (à 59 ans)
La Teste-de-Buch (Gironde)
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Capitaine général des Fermes du Roy
Louis-Mathieu Desbiey
Description de l'image Louis-Mathieu-Desbiey def.jpg.
Naissance
Saint-Julien-en-Born (Landes)
Décès (à 83 ans)
Bordeaux (Gironde)
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Prêtre

Les frères Guillaume et Louis-Mathieu Desbiey sont les précurseurs de la fixation des dunes et du boisement des landes.

Guillaume

Guillaume et Louis-Mathieu sont les fils de Jean Desbiey (1663-1753) notaire royal, procureur fiscal, capitaine général de la Ferme générale de Bayonne dont la famille serait d’origine anglaise et se serait fixée en pays de Born et en Marensin entre le XIIe siècle et le XVe siècle[1]. Ce sont des gentilshommes campagnards et surtout des hommes de loi occupant plus précisément des fonctions de procureurs, notaires royaux et juges.

Guillaume né le à Saint-Julien-en-Born fait ses études au collège des Barnabites de Dax. Il fait un apprentissage de géomètre. Dès ses 14 ans il assiste son père comme « praticien » à son étude de notaire à Lévignacq. Il devient à son tour notaire royal puis en 1750 à 25 ans, procureur fiscal à Saint-Julien-en-Born à la suite de la démission de son père, qui étant devenu capitaine général de la Ferme générale en 1739, souhaite se consacrer entièrement à cette charge. Guillaume entre un an plus tard en 1751 à la Ferme générale tout en occupant la charge de notaire[2],[3]. Au décès de son père en , il quitte la maison paternelle. Intègre mais volontiers tracassier, il intente un procès à sa mère qu'il accuse d'avoir brûlé le testament olographe de son père, dans le but de favoriser à ses dépens son frère Louis-Mathieu, le benjamin « si chery » de sa mère.

En , à 35 ans il épouse en l’église Saint-Pierre de Bordeaux, Jeanne de Segonnes (1734 - 1762), fille Jacques de Segonnes procureur du sénéchal de Guyenne et de Marguerite Verdelet. Peu de temps après, il accède au grade de capitaine général des Fermes c’est-à-dire au contrôle des brigades qui composent une inspection avec pour mission de surveiller le trafic des marchandises et de réprimer la contrebande dans la direction de la Ferme de Bayonne. Durant cette mission, il poursuit ses activités de notaire et de procureur, et accroît son bien par des achats successifs ou par héritage.

Son mariage fut bref puisque son épouse décède deux ans plus tard en à l’âge de 28 ans à Margaux dans la maison de sa mère. En 1769 il quitte la direction de la Ferme de Bayonne pour celle de Bordeaux et se rapproche ainsi de sa sœur Catherine Rose et de son beau-frère Emile Turpin pour lequel il éprouve du ressentiment en raison de ses négoces frauduleux sur les taxes dues sur le sel[2].

Guillaume est un ami des « Lumières », qui cultive son esprit par ses travaux personnels et la lecture de sa bibliothèque où se côtoient l’Esprit des Lois, les premiers volumes de l’Encyclopédie ou la Maison Rustique[2].

En , après 20 ans de services dans les brigades des Fermes, las de chevaucher après les contrebandiers et passablement enrichi[4], le capitaine général Guillaume Desbiey demande un emploi du service sédentaire. En arrangement avec sa direction il obtient d’acheter l’entrepôt de tabac et la recette des traites de La Teste au sieur Guillaume Sauvé[5] âgé de 88 ans et à sa fille. Il prend ses fonctions de receveur-entreposeur de La Teste début 1772, sans se douter qu'en renonçant à la retraite de capitaine général des Fermes, il se préparait une fin de carrière mouvementée.

Il se remarie en en l’église Saint-Éloi de Bordeaux[6] avec Marie-Madelaine Gouteyron, fille Jacques Gouteyron, chirurgien-juré de la ville de Bordeaux, et de Marie Fonfrède[7] et par cette union, s’allie à la famille Boyer-Fonfrêde et devient le beau-frère de Joseph Garat, mari de la sœur cadette de sa femme, futur ministre de la Justice puis de l’Intérieur[8].

À La Teste il dut subir les manœuvres frauduleuses des trafiquants du lieu dont faisait partie son propre beau-frère Étienne Turpin. Homme au caractère difficile, procédurier,« grand tracassier», âpre au gain, il est peu soutenu, voire désavoué, par sa hiérarchie, et fait l'objet de calomnies multiples. Sa vie à La Teste est un enfer fait de procès incessants, de chargements fictifs, de barques prétendument naufragées, de servante faussement engrossée, de différends et de deuils familiaux.

Situation du quartier de Sart à Saint-Julien-en-Born menacé par l'avancée de la dune de Broque (carte de Cassini)

En 1774, il rédige avec son frère Louis-Mathieu, membre associé de l’Académie de Bordeaux, un mémoire faisait état des travaux réalisés vers 1760[9] sur la dune de Broque, afin de protéger leurs propres terres du quartier de Sart finage de Saint-Julien-en-Born, intitulé « Recherche sur l'origine des sables de nos côtes, sur leurs funestes incursions vers l`intérieur des terres et sur les moyens de les fixer et ou du moins d'en arrêter les progrès », qui est lu en séance publique. Brémontier, quelque dix ans plus tard, mettra en œuvre ces techniques dont il s'appropria la paternité pour sa propre renommée.

Deux ans plus tard en 1776, Guillaume Desbiey remporte devant la même Académie de Bordeaux le prix Beaumont[10] pour son Mémoire sur la meilleure manière de tirer parti les landes de Bordeaux quant à la culture et à la population, où il préconisait la transformation de la lande par le pin maritime, après assainissement. Par ses recommandations il anticipe pour la lande cette fois-ci ce que Chambrelent promut un siècle plus tard, et dont il usurpa, comme Brémontier pour la dune, la paternité afin de s’en attribuer la gloire exclusive.

Persuadé que la fraude avait pris des proportions considérables sur le bassin d’Arcachon, il plaide en 1777 pour un renforcement des moyens et des effectifs de la Ferme à La Teste auprès de ses supérieurs mais aussi de l’Intendant Dupré de Saint-Maur, mais n’est pas entendu et se retrouve sommé d’alléger les contrôles[2].

Traîné en justice lors de l'affaire Marie Combes (1777-1784)[11], mis quelque temps en prison, destitué de ses fonctions de receveur-entreposeur puis enfin réhabilité et replacé à son poste de La Teste le il meurt à bout de forces quelques jours plus tard le [4].

L'abbé Desbiey

Portrait de l’abbé Desbiey par Pierre Lacour en 1809

Le cadet, Louis-Mathieu Desbieys, dit l' « abbé Desbiey » est le plus connu des deux frères. Louis-Mathieu est né le à Saint-Julien-en-Born. Comme son aîné de 9 ans, il fait ses études au collège des Barnabites de Dax. Sa mère qui le préfère à ses frères et sœurs, décèle en lui une vocation sacerdotale ce qui le conduit en 1746, à l’âge de 12 ans, à entrer au petit séminaire Saint-Raphaël à Bordeaux[12] et suit les cours du collège de la Madeleine dirigé par les Jésuites, passe par le grand séminaire dit « des Ordinands » dirigé par les Lazaristes, situé rue du Palais-Gallien, pour être ordonné prêtre en 1758 à l’âge de 24 ans[13] par l'archevêque de Bordeaux, Monseigneur d'Audibert de Lussan.

Il est vicaire quelques semaines à Saint-Médard-en-Jalles puis à Notre-Dame de Puy-Paulin[14] auprès du curé Sandré[15] où il reste jusqu’en 1766. Le jeune abbé est repéré par son curé pour son intérêt pour les livres, et les sujets savants, et ainsi devient bibliothécaire au collège de la Madeleine jusqu’à sa fermeture en 1772, à la suite de l'expulsion des Jésuites[16]. Il se fait remarquer en 1765 pour ses écrits[17] contre Jean-Jacques Rousseau[15]. En 1766 il rejoint la paroisse Saint-Rémi toujours à Bordeaux. L’année suivante, en 1767, il est élu membre associé à l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. Il donnera son herbier et sa collection d’histoire naturelle à l’Académie de Bordeaux[18].

Au début de l’année 1774, le lieutenant général de police Antoine de Sartine constatant une déficience dans l'inspection de la censure dite « librairie » à Bordeaux, charge l’intendant Charles d'Emangart de trouver un remplaçant au titulaire actuel. C'est ainsi que l’abbé Desbiey se retrouve investi en 1775 de la fonction d’inspecteur de la librairie de Bordeaux[19]. À ce poste il est chargé de la répression des fraudes sur la contrefaçon des impressions françaises provenant de l’étranger car Bordeaux est un port d’entrée des ouvrages provenant des pays européens. Il censure également la circulation des livres prohibés pour leurs contenus philosophique ou religieux[16].

En , l’abbé Desbiey entre dans la loge maçonnique bordelaise « La Française ».

En , il est promu bibliothécaire officiel de l’Académie et en cette qualité loge à l’Hôtel de l’Académie, rue Saint-Dominique (actuelle rue Jean-Jacques Bel). Déjà passionné par la géologie, la minéralogie et l’agronomie, il ajoute l’astronomie à ses sujets d’intérêt, et fait installer un « observatoire » sur une tourelle dominant les toits du quartier Notre-Dame.

Il passe plusieurs mois par an dans son pays natal du Marensin pour s'occuper de ses propriétés. Ses revenus sont évalués à 7 000 livres par an ce qui lui permet d’acquérir de nombreuses terres, en tout 14 propriétés de 1768 à 1784[20].

En 1778, l’archevêque de Bordeaux, le prince Rohan-Guéméné, le nomme chanoine prébendé à la cathédrale Saint-André en attendant de le faire vice-promoteur de l’officialité[13]. Il atteint ainsi les sommets de sa carrière ecclésiastique.

Mais c'était sans compter sur la Révolution. D'une part l’abbé Desbiey se montre réfractaire à la Constitution civile du clergé votée en en ne prêtant pas le serment obligatoire. D’autre part, son jeune neveu Louis-Mathieu Turpin qui fréquente les clubs bordelais révolutionnaires, le dénonce début 1791 « comme aristocrate et tenant des assemblées avec d’autres prêtres aristocrates ». En , il rejoint Saint-Julien-en-Born. À la demande des paroissiens, bien qu’il ne soit pas assermenté, l’abbé Desbiey assure les offices des paroisses de Saint-Julien et Mézos durant quelques mois, jusqu’à ce que l’évêque constitutionnel de Dax, Saurine, lui interdise en de tenir ces fonctions ecclésiastiques[20]. Le 26 de ce même mois, l’Assemblée législative vote un décret condamnant à la déportation les prêtres réfractaires. Après le massacre du de l’abbé Langoiran, vicaire général de cathédrale Saint-André également adversaire de l'église constitutionnelle et opposant au procureur-syndic Duranthon, dans la cour du palais Rohan[21], Louis-Mathieu Desbiey juge prudent de s’éloigner de Bordeaux. Le , à la veille de l’abolition de la Royauté et de la proclamation de la première République, l’abbé Desbiey quitte la France et rejoint l’Espagne[20].

Réfugié à Pampelune en , il quitte la ville menacée par les troupes françaises, pour rejoindre Corella. Il séjourne dans différents couvents du nord de l’Espagne jusqu’en 1797[22]. Il fera le récit d’une excursion faite en 1795 de Collera au Moncayo[18]. Dès qu’il quitte la France, ses biens sont considérés à tort comme ceux d’un émigré et sont mis sous séquestre. Cependant dès qu’il arrive à Pampelune, son premier souci ayant été de confier par procuration ses biens dans les Landes à son neveu Louis-Mathieu Turpin, celui-ci parviendra à faire radier son oncle de la liste des émigrés et se faire accorder la mainlevée des biens de l’abbé par un arrêté de [23].

En 1797 le comte François Cabarrus, père de la citoyenne Tallien, l’engage comme « administrateur et chapelain » de son domaine de « Soto de Caraquis », près de Madrid. Mais son statut d’étranger suscite des jalousies des fonctionnaires et des révoltes des ouvriers ce qui l’oblige à se retirer dans la ville de Madrid[24].

Après la signature du Concordat en 1801, il peut rentrer à Bordeaux et en . Il est nommé par Monseigneur Daviau en , chanoine honoraire. Il est éprouvé par des deuils (de sa sœur en 1797 et de son frère en 1801), des infirmités et des querelles de famille dont celle intentée par son neveu Louis-Mathieu Turpin et l'époux de sa nièce François Meynié pour une affaire d’argent[1]. Malgré son grand âge, l’abbé Desbiey se lance dans les affaires et reprend pour moitié avec le jeune François Dubourg de Castets, de 1806 à 1809, le bail des Forges d’Uza[23].

Dans une lettre du , il répond au botaniste Jean Thore qui l’interroge à propos de différentes questions pour la rédaction de son ouvrage Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne. À cette occasion il apporte des renseignements précieux et des faits historiques sur son mémoire de 1774, jamais retrouvé, confortant l’idée que lui et son frère sont parmi les précurseurs de la fixation des dunes. Si le mérite de Brémontier est d’avoir su convaincre les autorités, obtenir des moyens et organiser les travaux, il ne peut se prétendre l’inventeur des techniques de stabilisation des sables[25].

Après une fin d’existence modeste, le vieil abbé meurt le à Bordeaux et est inhumé au cimetière de la Chartreuse[13].

Famille

Les mémoires des frères Desbiey

Notes et références

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