Féminin sacré
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La notion de féminin sacré renvoie à une croyance ésotérique selon laquelle les femmes posséderaient un pouvoir surnaturel particulier, activable grâce à une initiation occulte. Cette hypothèse est parfois reprise et valorisée par des mouvements féministes, notamment dans certaines tendances mystiques de l'écoféminisme.
Cette croyance donne parfois lieu à des enseignements ésotériques voire un culte de nature plus ou moins religieuse. C'est aujourd'hui une notion qui est aussi utilisée par divers pseudo-thérapeutes du développement personnel ainsi que certaines mouvances sectaires pour embrigader des femmes en perte de repères sous prétexte de féminisme et d'émancipation spirituelle.
La sociologue Constance Rimlinger décrit cette mouvance par ces mots[1] :
« À l’intersection de la spiritualité et du développement personnel, le Féminin sacré s’inscrit dans une quête de sens et de « mieux-vivre » caractéristique de la « nébuleuse psycho-philo-spirituelle » (Garnoussi, 2007). [...] S’inscrivant dans une quête de sens et de réenchantement du monde, cette démarche présente des caractéristiques des spiritualités alternatives inscrites dans le sillon du Nouvel Âge (New Age) et dans la « nébuleuse mystique-ésotérique » : la primauté accordée à l’expérience, l’appel à cultiver son intériorité, à habiter son corps, l’optimisme quant aux possibilités pour l’humanité de « s’éveiller », d’entrer dans une période d’harmonie, ainsi que l’accent mis sur la transformation intérieure et sur la notion de guérison, avec un « débordement […] à la fois du côté du magique et du côté du psychologique ». »
D'après la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires[2] :
« Le féminin sacré est présenté comme un travail « de reconnexion du corps et de l’esprit ». Il est souvent « enseigné » lors de stages à destination des femmes durant lesquels une grande place est accordée au rituel et à l’ésotérisme. Par exemple, les femmes sont incitées « à faire appel au karma et autre énergie quantique ». Des figures mystiques sont également utilisées comme celle de la sorcière, notamment au travers du mouvement WICCA. »
— MIVILUDES, rapport d'activités 2021.
Sources et développement
Le concept de féminin sacré se revendique souvent de religions anciennes voire préhistoriques[3], mais ses sources principales sont surtout à trouver dans certaines mouvances néo-païennes américaines très récentes comme la « Wicca » inventée par Gerald Gardner dans les années 1950 (et largement inspirée de la théosophie allemande) ou divers cultes de la Déesse Mère issus du mouvement New Age des années 1970[4].
L'expression semble ainsi avoir été utilisée pour la première fois dans les années 1970, dans les popularisations New Age de la Shakti hindoue[5], dont les nombreuses déesses ont attiré les mouvements New Age féministes et lesbiens[5].
Toutes ces spiritualités se sont développées en Amérique du Nord au début des années 1970, puis ont discrètement essaimé en Europe dans les années 1975-1985 ; après une période de repli, elles sont réapparues au début des années 2020 sous l'impulsion de la mode du développement personnel et des spiritualités alternatives[1].
On présente aussi le féminin sacré souvent comme issu de l'écoféminisme, mais il ne s'approche que de sa variante spiritualiste, très minoritaire, celle par exemple de la « sorcière » autoproclamée Miriam Simos alias « Starhawk ».
L'une des principales théoriciennes identifiées de cette mouvance est l'américaine Miranda Gray, créatrice de la mouvance des Moon Mothers et thérapeute auto-proclamée, poussant notamment ses adeptes à la réalisation de rituels de bénédictions de l’utérus à l'occasion de stages onéreux[2]. Toutefois, il n'existe pas de gourou central ni de corpus théorique canonique du féminin sacré : « Plusieurs traditions s’entremêlent au sein du Féminin sacré, comme le mouvement de la Déesse (en), la néo-sorcellerie ou les néo-paganismes. Davantage qu’elles ne s’inscrivent dans l’une d’entre elles de manière définie, les adeptes opèrent des « bricolages » individuels en assemblant des croyances et des rituels de différentes traditions »[1]. Un code assez répandu est l'organisation de réunions non-mixtes sous des tentes de couleur rouge, symbolisant un utérus[1]. D'autres pratiques se rapprochent plus du yoga[1].
En France, une des personnalités les plus médiatiques de cette mouvance est Camille Sfez, ancienne psychologue autoproclamée thérapeute-chamane[3] ; l'écrivaine Josée-Anne Sarazin-Côté a également rencontré un certain succès de librairie avec Le grand livre du féminin sacré : recettes sacrées, oracle et tarot, méditations, cristaux[6], ou encore Stéphanie Lafranque avec Gardiennes de la lune[7], ainsi que Lise Bourbeau ou, pour les œuvres étrangères traduites, Clarissa Pinkola Estés et Jamie Sams[1].
Buts
Les buts des croyantes du féminin sacré sont multiples : révéler de supposés pouvoirs magiques, se reconnecter à sa féminité « profonde » ou plus trivialement obtenir des postes de pouvoir ou gérer leur entreprise[8],[9].