Galileo (système de positionnement)
système de positionnement par satellites d'origine européenne
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Galileo est un système de positionnement par satellites (radionavigation) mis en place par l'Union européenne (UE) à travers l'Agence spatiale européenne (ESA) et opéré par l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA). Il est partiellement opérationnel depuis fin 2016, sa constellation de première génération étant en voie d'achèvement[2]. Comme les systèmes américain GPS, russe GLONASS et chinois Beidou, Galileo permet à un utilisateur muni d'un terminal de réception d'obtenir sa position. La précision attendue pour le service de base, gratuit, est de 4 m horizontalement et de 8 m en altitude[3]. Un niveau de qualité supérieur (High Accuracy Service - HAS[4], 20 cm en horizontal / 40 cm en vertical), fourni gratuitement[5],[6], prévu pour 2022, a été déclaré en phase de service initial le [6],[7].
Agence spatiale européenne (ESA)
| Organisation |
Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA) Agence spatiale européenne (ESA) |
|---|---|
| Nombre d'exemplaires | 34 |
| Constellation | 26 utilisables, 2 en cours de mise en service (L14), 4 non utilisables, 2 retirés du service (18/05/2026)[1] |
| Lancement | 2011 |
| Site | www.esa.int/esaNA/galileo.html |
| 26 mai 2003 | Début du projet |
|---|---|
| décembre 2005 | Premier satellite de test |
| août 2014 | Lancement des premiers satellites FOC |
| 15 décembre 2016 | Premiers services opérationnels |
| 24 janvier 2023 | Déclaration du service de haute précision (HAS) |
| 24 juillet 2025 | Déclaration du service d'authentification (OSNMA) |
| 17 décembre 2025 | Premier lancement par Ariane 6 |
| Orbite | Orbite terrestre moyenne |
|---|---|
| Altitude | 23 222 km |
| Période de révolution | 10⁄17 jour sidéral ou environ 14 heures, 4 minutes et 45 secondes |
| Période de revisite | 10 jours sidéraux |
La constellation de première génération doit à terme comprendre 38 satellites : quatre satellites de validation en orbite (IOV) et 34 satellites de configuration opérationnelle (FOC). Elle vise à maintenir un segment spatial opérationnel de trente satellites, dont six de rechange[8]. Chaque satellite, d'une masse d'environ 700 kg, circule sur une orbite moyenne (23 222 km) dans trois plans orbitaux distincts ayant une inclinaison de 56°. Ces satellites émettent un signal qui leur est propre et retransmettent un signal de navigation fourni par le segment de contrôle de Galileo. Ce dernier est constitué de deux stations chargées également de surveiller l'orbite et l'état des satellites.
Le projet Galileo, après une phase de définition technique débutée en 1999, est lancé le avec la signature d'un accord entre l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne chargée du segment spatial. Une des motivations principales du projet est de mettre fin à la dépendance de l'Europe vis-à-vis du système américain, le GPS. Contrairement à celui-ci, Galileo est uniquement civil. Le projet parvient à surmonter l'opposition de certains membres de l'UE et d'une partie des décideurs américains ainsi que les difficultés de financement : le coût final est évalué à cinq milliards d'euros. Les tests de Galileo débutent fin 2005 à la suite du lancement des satellites précurseurs GIOVE-A et GIOVE-B en et . Les premiers satellites FOC sont lancés en . Les premiers services de Galileo sont opérationnels depuis le . Deux services s'y sont ajoutés par la suite : le service de haute précision (HAS) le , qui fait de Galileo le premier système à fournir gratuitement des corrections de positionnement décimétriques par satellite[9],[10], puis le service d'authentification des messages de navigation (OSNMA) le , une première mondiale en matière de protection des utilisateurs civils contre le leurrage[11].
Le premier satellite de la constellation à être retiré du service, GSAT0104, a été officiellement désactivé le après plus de douze ans de mission[12].
Au , 34 satellites ont été mis en orbite, dont 26 opérationnels[1],[13]. Quatre satellites restent à lancer pour compléter la première génération, avant le déploiement de la deuxième génération, dont douze satellites sont en cours de développement[14].
Caractéristiques du système Galileo

L'orbite de la Lune est environ 9 fois plus grande que l'orbite géostationnaire.[Note 2] Dans le fichier SVG, placez la souris sur une orbite ou son étiquette pour la mettre en évidence ; cliquez pour ouvrir l'article correspondant.
Galileo est un projet européen de système de positionnement par satellites (radionavigation) qui pourra être « couramment utilisé dans les transports maritimes, aériens et terrestres, les opérations de secours et de sauvetage, les travaux publics, la prospection pétrolière, l'agriculture, ou tout simplement associé à la voiture ou au téléphone mobile dans la vie de tous les jours[15] ». Galileo garantit l'autonomie de l'Union européenne vis-à-vis des États-Unis et de la Russie dans ce domaine stratégique, notamment dans les applications militaires, et déploie des facultés avancées par rapport à celles actuellement offertes par le GPS des États-Unis[15] ou GLONASS de la Russie, ou encore le projet Beidou/Compass chinois. Cette indépendance est importante, car le GPS souffre de nombreuses restrictions sur la précision du positionnement (de l'ordre de 20 m pour le signal gratuit), sur la fiabilité ou sa continuité (le positionnement peut être impossible dans certaines zones du globe et/ou à certains moments, pour des raisons techniques et/ou politiques[16]).
Un contrôle uniquement civil
Le système est sous contrôle strictement civil, contrairement aux autres systèmes existants qui sont eux sous contrôle militaire.
Les deux responsables du projet sont :
- L'Union européenne, à travers l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (représentée par les États membres et la Commission européenne) ;
- L'Agence spatiale européenne.
Pour cette occasion, une entreprise commune, European Satellite Navigation Industries (ESNIS), anciennement Galileo Industries (GAIN), a été créée. Après l'échec de ce mode de financement, une nouvelle solution a été mise en place à partir de la fin 2007 : un financement direct de l'ESA, sans l'intermédiaire ESNIS, qui disparaît en 2009.
Selon les estimations le programme devrait créer entre 15 000 et 20 000 emplois[17] en Europe[18] et 2 000 emplois permanents liés à son exploitation[18].
Signaux sur trois bandes
Galileo diffuse ses signaux sur trois bandes (E1, E5, E6) :
- pour les services ouverts (OS pour « Open Service ») : E1B, E1C, E5aI, E5aQ, E5bI, E5bQ ;
- pour le service de haute précision (HAS pour « High Accuracy Service ») : E1B, E1C, E5bI, E5bQ, E6B, E6C ;
- pour le service public réglementé (PRS pour « Public Regulated Service ») : E1A, E6A.
Services Galileo
Quatre services sont initialement prévus[19], mais le système a depuis évolué : il propose, en 2026, une gamme de huit services destinés aux usages civils, commerciaux et gouvernementaux[20].
Les plans initiaux prévoyaient par ailleurs un signal dédié à la « sauvegarde de la vie » (ou « SoL », pour Safety-of-Life), destiné à l'aviation civile. Ce concept a été abandonné : l'intégrité du service repose désormais sur une approche, encore en cours de développement, fondée sur le standard Advanced Receiver Autonomous Integrity Monitoring (ARAIM) et sur des messages de support d'intégrité (ISM), qui vise une meilleure interopérabilité avec les autres constellations de navigation[21].
Service ouvert (OS)
Le service ouvert (OS, pour open service) est le service de base : gratuit et accessible à tous, il constitue l'équivalent du service civil du GPS et reste le plus utilisé par le grand public. Il fonctionne sur deux bandes de fréquences[Note 3] : 1 164–1 214 MHz et 1 563–1 591 MHz. Un récepteur exploitant les deux bandes peut atteindre une précision horizontale inférieure à 4 m et verticale inférieure à 8 m. Les mesures de performance de 2024 font état d'une précision horizontale réelle d'un peu moins de 1,5 m (valeur à 95 %)[22]. Avec une seule fréquence, la précision tombe à moins de 5 m en horizontal et 35 m en vertical, soit des performances comparables à celles du GPS. Le service ne fournit aucune information d'intégrité.
Service de haute précision (HAS)
Le service de haute précision (HAS, pour high accuracy service) vise à porter la précision du positionnement à environ 20 cm en horizontal et 40 cm en vertical[7]. Prévu de longue date, il a été déclaré en phase de service initial le , faisant de Galileo le premier système à diffuser gratuitement des corrections décimétriques par satellite pour un usage civil[23].
Pour en bénéficier, l'utilisateur doit recevoir et exploiter un signal de correction, diffusé soit par les satellites sur la bande E6-B (ce qui nécessite une puce et une antenne adaptées), soit par l'internet terrestre. Ces corrections reposent sur la méthode du Precise Point Positioning (en) (PPP) : le segment sol calcule en temps réel des corrections précises de l'orbite et de l'horloge de chaque satellite (bien plus fines que les valeurs du message de navigation standard) ainsi que des biais de code du signal. Le récepteur applique ensuite ces corrections pour affiner son propre positionnement. Contrairement aux méthodes de positionnement différentiel, qui exigent une station de référence à proximité, ces corrections sont valables à l'échelle mondiale. En contrepartie, le récepteur a besoin d'une période dite de convergence avant d'atteindre sa pleine précision.
Une fois le service pleinement déployé (prévu pour 2027), une disponibilité de 99 % sera garantie. La correction sera affinée par la prise en compte des biais de phase et par l'ajout de corrections atmosphériques (ionosphériques et troposphériques), ce qui ramènera le temps de convergence à moins de 100 s en Europe, contre moins de 300 s dans le reste du monde[10],[24]. Ces signaux peuvent en outre être complétés par des corrections issues de stations terrestres pour atteindre une précision inférieure à 10 cm.
Service public réglementé (PRS)
Le service public réglementé (PRS, pour public regulated service) s'adresse en priorité aux utilisateurs assurant une mission de service public, particulièrement dépendants de la précision, de la qualité du signal et de la fiabilité de sa transmission (services d'urgence, transport de matières dangereuses, etc.). Devant rester disponible en toutes circonstances, il s'appuie sur deux signaux dédiés et sur plusieurs dispositifs de protection contre le brouillage et le leurrage. Chiffré, il n'est accessible qu'au moyen de récepteurs spécifiques et reste réservé aux États membres de l'Union européenne, sauf accord particulier.
Le service a été modernisé lors de la migration majeure du segment sol (System Build 2.0) menée en 2024, les premiers signaux PRS issus de la nouvelle architecture ayant été diffusés le [25]. En février 2026, il se trouve toutefois encore en phase de capacité opérationnelle initiale : son utilisation effective par les autorités gouvernementales reste suspendue à l'accréditation finale de sécurité par les agences européennes[26].
Service de recherche et secours (SAR)
Lancé avec les premiers services le , le service de recherche et secours (SAR, pour search and rescue service) permet de localiser, partout dans le monde, les balises de détresse Cospas-Sarsat émettant à 406 MHz, avec une précision de l'ordre de 2 km[27]. Il a été complété par une fonction d'accusé de réception baptisée Return Link, exclusive à Galileo : entrée en service début 2020, elle a atteint sa pleine capacité opérationnelle en mars 2021[28]. Elle renvoie vers la balise en détresse un message d'acquittement en moins d'une minute, apportant un soutien moral à la personne secourue en attendant l'arrivée des secours[27]. La réglementation et la définition de ces fonctions relèvent de l'Organisation maritime internationale (OMI) et de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
Service d'authentification des messages (OSNMA)
Le service OSNMA (pour Open Service Navigation Message Authentication) permet d'authentifier les données du service ouvert reçues par les utilisateurs, offrant une protection contre le leurrage (spoofing). Déclaré en phase de service initial le , il fait de Galileo le premier système de navigation par satellite au monde à proposer gratuitement ce type de protection pour les usages civils[29].
L'OSNMA garantit que les données diffusées par les satellites (éphémérides, temps système) n'ont pas été altérées, en signant chaque message à l'aide d'une clef. Cette clef dérive d'une clef de confiance situé à la racine d'un arbre de Merkle, et sert à produire une signature insérée dans des bits du message jusque-là réservés : le procédé préserve la compatibilité avec les récepteurs existants et n'alourdit pas le signal. La clef est ensuite diffusée par le satellite lui-même, après un délai de 30 à 300 secondes, ce qui permet à l'utilisateur de vérifier à la fois qu'elle dérive bien de la clef de confiance et que les messages reçus ont effectivement été signés avec elle. C'est cette divulgation différée de la clef, renouvelée fréquemment, qui garantit l'authenticité de l'information contenue dans chaque message[30],[31].
Déjà imposé dans les chronotachygraphes intelligents équipant les poids lourds vendus depuis décembre 2025, l'OSNMA est appelé à garantir une géolocalisation fiable pour l'aviation comme pour les véhicules autonomes, ainsi qu'une synchronisation temporelle sûre pour des infrastructures critiques telles que les centres de données et les réseaux de distribution d'électricité ou de télécommunications[22].
Services en cours de déploiement
Service d'authentification du signal (SAS)
Le service d'authentification du signal (SAS, pour Signal Authentication Service) doit, à partir de 2027, venir compléter l'OSNMA. Là où ce dernier authentifie le contenu des messages, le SAS vise à vérifier qu'un signal a réellement été émis par un satellite officiel et non rejoué depuis une station terrestre, technique par laquelle un signal authentique est capté puis réémis afin de fausser le calcul de position[10],[22]. Il repose sur le chiffrement d'une partie de l'onde radio (le code d'étalement) sur la bande E6, ce qui nécessite un matériel de réception spécifique, afin d'attester que le signal provient bien de l'espace et n'est pas une copie terrestre.
Service d'alerte d'urgence (EWSS)
Le service d'alerte d'urgence (EWSS, pour Emergency Warning Satellite Service) vise à fournir un canal de diffusion supplémentaire pour les messages d'alerte à la population en cas de danger (incendie, attentat, risque UV, tsunami, etc.). Il offrira une couverture mondiale indépendante des moyens terrestres habituels, qui peuvent ne pas desservir la zone concernée ou avoir été détruits. Il ne nécessitera aucune évolution matérielle des appareils déjà compatibles Galileo, mais seulement une mise à jour logicielle : les messages, au format CAMF (Common Alert Message Format), seront diffusés au sein des mêmes signaux que le service ouvert. Le dispositif permettra de restreindre l'affichage d'une alerte à une zone définie par l'intersection d'une ellipse et du territoire du pays concerné[32],[33],[22].
Service de synchronisation temporelle (TS)
Le service de synchronisation temporelle (TS, pour timing service) fournit des informations de datation et de synchronisation de très haute précision, indispensables à de nombreuses infrastructures critiques. Il diffuse le temps système Galileo (GST, pour Galileo System Time) et assure son suivi par rapport au Temps universel coordonné (UTC)[34].
Galileo complémentaire avec le système EGNOS
Le European Geostationary Navigation Overlay Service (EGNOS) est le premier programme européen de navigation et de positionnement par satellites. Il a été ouvert au grand public et aux entreprises le . En attendant que le système de trente satellites de Galileo (en orbite quasi circulaire) soit déployé, des satellites géostationnaires ont été lancés ou utilisés. Les deux premiers ont été lancés en , suivis de deux autres en ; les suivants jusqu'en 2014. Trois sont opérationnels (voir tableau dans l'article EGNOS).
EGNOS préfigure Galileo. Ce réseau de 34 stations terrestres corrige les signaux des systèmes de positionnement du GPS américain et du GLONASS russe dans leurs versions actuelles et futures. Grâce à l'interopérabilité du GPS et de GLONASS, EGNOS améliore à la fois leur fiabilité et leur précision[35] : la précision nominale du GPS, de 20 mètres environ, passe ainsi à une précision horizontale de 2 mètres avec EGNOS, avec des signaux fiables. EGNOS est épaulé par des satellites qui lui sont propres. Début 2012, ils étaient au nombre de trois, dont deux opérationnels (Atlantic Ocean Region-East et ARTEMIS) et le troisième servant de plateforme de tests (Europe Middle East Africa). Ils ont été rejoints depuis par deux autres satellites : Sirius 5 (SES-5), en orbite depuis le et qui remplacera Atlantic Ocean Region-East, et Astra-5B, en orbite depuis le [36] et qui remplacera ARTEMIS. Le rôle du satellite de test a été transféré de Europe Middle East Africa à ARTEMIS depuis le .
EGNOS est surtout utile pour la navigation aérienne. La précision verticale qu'il apporte améliore grandement celle du GPS seul, ce dernier étant généralement suffisant pour les usages courants. C'est un système de GPS différentiel qui a des équivalents pour d'autres parties du monde. Tous ces systèmes sont compatibles entre eux, ce qui permet aux équipements (compatibles) GPS d'utiliser l'apport du WAAS, du MSAS et de EGNOS sur leurs continents respectifs.
Depuis 2025, le système est en cours de modernisation. Une nouvelle version, EGNOS V3, est en développement et apportera notamment la double fréquence (L1 et L5) ainsi que l'augmentation des signaux Galileo en complément de ceux du GPS. Côté segment spatial, le satellite GEO-3 (Eutelsat 5 West B) est passé du statut de test à opérationnel le [37],[38].
Historique, gouvernance et développement
En 1998 se tient à Bruxelles un forum sur le thème « Vers un réseau transeuropéen de positionnement et de navigation comprenant une stratégie européenne pour un système global de navigation par satellites GNSS », qui réunit 170 experts. À la suite de ce forum, l'Union européenne présente un projet à vocation commerciale avec un partenariat public/privé[39].
Le projet est nommé Galileo en hommage à Galileo Galilei (Galilée), savant italien qui a identifié la notion de satellite.
En 2001, après de longues tergiversations, l'Union européenne prend la décision de principe de construire son propre système de géopositionnement par satellites. De fait, l'organisation construite est complexe, mélangeant les financements publics et privés, et multipliant les structures bureaucratiques[40].
Concession
Le , Galileo Joint Undertaking (GJU) a négocié l'attribution de la concession avec deux consortiums qui avaient présenté leur offre conjointe :
- iNavSat, composé de EADS (devenu Airbus Group), Thales (France) et Inmarsat (Royaume-Uni) ;
- Eurely, composé de Alcatel (France), Finmeccanica (Italie), AENA (Espagne) et Hispasat (Espagne).
La décision du GJU repose initialement sur l'espoir que la mutualisation des efforts et des moyens permettra la mise en place de Galileo plus rapidement et de manière plus sûre. Les recettes commerciales devraient également être 20 % plus importantes que s'il n'y avait eu qu'un seul consortium choisi.
Le système du partenariat public privé a été annulé par la Commission et les États membres de l'Union, en juin et . L'entreprise commune Galileo a été dissoute le . C'est désormais l'Agence spatiale européenne qui est chargée d'organiser l'appel d'offres pour les six lots définis par la Commission pour la phase FOC (fully operational capability) du programme Galileo. L'ESA appliquera le droit de la Communauté et échappera donc au droit du juste retour.
Le Conseil TTE du a redéfini le rôle de l'agence communautaire EUSPA (ex. GSA) (European GNSS Supervisory Authority). Le règlement CE no 1321/2004 du , modifié ensuite par le règlement CE no 1942/2006 le (depuis remplacé par le règlement UE no 912/2010 du établissant l’Agence du GNSS européen[41], lui-même remplacé par le Règlement (UE) 2021/696 du établissant le programme spatial de l’Union et l’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial[42]), définit les fonctions et les attributions de cet organisme nouveau. Son rôle est d’assurer l'homologation en matière de sécurité (mise en œuvre des procédures de sécurité et réalisation des audits de sécurité), l'exploitation du centre de sécurité Galileo, la contribution à la préparation de la commercialisation des systèmes, la promotion des applications et services dérivés du système, ainsi que le contrôle de la certification des composantes du système[43].
Financement
L'investissement estimé du programme est supérieur à 3,4 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent les frais d'exploitation annuels, estimés à 220 millions d'euros.
Le financement du programme était prévu initialement avec des fonds publics et privés :
- partie publique (1⁄3 du total), assurée à égalité par l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne (ESA) ;
- partie privée (2⁄3), devant venir des consortiums Eurely et iNavSat.
De très nombreuses difficultés ont été rencontrées dès le début du projet : rivalité entre États et notamment entre Italie et Allemagne, difficulté à choisir un consortium, volonté d'associer les deux consortiums concurrents, puis grande difficulté au sujet du leadership, etc. Ces difficultés perdurent, et ont déjà causé « un retard de cinq ans par rapport au calendrier initial ». La Commission européenne a plaidé avec force le « pour un financement public complet des trente satellites de son futur système de navigation par satellites Galileo (le GPS européen), exploités par le privé une fois opérationnels ». Ce scénario, jugé « le plus avantageux » par le commissaire aux transports Jacques Barrot, a été présenté aux ministres européens des transports les 7 et . Il impliquait un déploiement complet des satellites « à la fin 2012 », avec de premières utilisations concrètes un an plus tôt, selon la Commission européenne[44].
Le coût public total serait alors de dix milliards d'euros, de 2007 à 2030, période incluant un contrat d'exploitation privée d'une durée de vingt ans. Ce chiffre est très supérieur au total cité plus haut : 3,4 milliards d'investissements + 4,4 milliards pour l'exploitation (20 × 220 millions d'euros). Dans ce scénario, le coût public sur la période 2007–2013 resterait cependant à 3,4 milliards d'euros car, selon Jacques Barrot, il pourrait en partie être financé par des « crédits non consommés » en provenance de diverses lignes de compte du budget communautaire (aides agricoles pour les stocks de céréales, crédits de recherche, fonds européen contre les catastrophes naturelles). Cependant certains commissaires européens ont exprimé leur hostilité à ces transferts entre lignes budgétaires, et selon Mariann Fischer Boel : « Le financement de Galileo ne peut pas dépendre du cours des céréales », alors que Günter Verheugen met en doute l'intérêt des projets de Galileo et le juge « stupide[45] (par opposition à GMES) ».
Le , le Parlement européen approuve finalement le financement entièrement public de Galileo, en vue d'une finalisation du projet pour 2013, avec un financement de 3,4 milliards d'euros. L'accord a été très largement avalisé, avec 607 voix votant pour, sur 750. Ainsi, dès la première lecture, le financement du projet par l'Union européenne reçoit le feu vert. De ce fait, Galileo aura un statut unique en tant que première infrastructure commune produite et financée par l'Union européenne, qui en sera également propriétaire. La Commission européenne gérera le projet, avec comme contractant principal l'Agence spatiale européenne. L'Union crée pour ce faire l'EUSPA (ex. GSA, puis Agence du GNSS européen), conformément à l’article 34 du règlement (UE) no 1285/2013 relatif à la mise en place et à l’exploitation des systèmes européens de radionavigation par satellite (le « règlement GNSS ») et à l’article 26 du règlement (UE) no 912/2010 établissant l’Agence du GNSS européen (le « règlement GSA »). L'agence EUSPA, qui est l'autorité européenne de surveillance du Système global de navigation par satellites (GNSS) gèrera le centre de sécurité, et un comité ad hoc fera un bilan trimestriel des progrès réalisés. Saluant ce rapport, le commissaire Jacques Barrot s'est réjoui de cet accord. Il a souligné qu'il respecte les accords budgétaires passés. Au nom de la Commission des Budgets, Margarítis Schinás s'est félicité de l'accord, précisant que « si l'UE avait l'argent, ce qui importait, c'était le cadre dans lequel il serait dépensé ». Il a de même souligné la responsabilité du Parlement européen dans le contrôle de l'utilisation d'une part non négligeable de l'argent des contribuables. Pour la Commission des Transports, Anne Elisabet Jensen a elle aussi applaudi l'accord et la sécurité accrue que Galileo devrait assurer au transport. Jeffrey Titford a fait entendre une voix dissonante en mettant l'accent sur les émissions de gaz carbonique engendrées par le lancement de trente satellites.
Selon une information du Financial Times Deutschland en date du , Galileo nécessiterait un financement supplémentaire de 1,5 à 1,7 milliard d'euros et ne pourrait être finalisé qu'en 2017, voire 2018[46],[47]. Berlin annonce ensuite vouloir réduire le coût de 500 à 700 millions d'euros, notamment en utilisant, pour le lancement, une fusée Soyouz au lieu d'une Ariane[48].
Fin , on apprend que les deux premiers satellites seront lancés le (7 h 0 heure locale) par des lanceurs russes Soyouz, depuis la base de Kourou[49]. C'est le commissaire européen à l'industrie et aux entreprises, Antonio Tajani, qui donna l'information et indiqua que ces deux satellites porteraient des noms d'enfants belge et bulgare. Le directeur général de l'Agence spatiale européenne, Jean-Jacques Dordain, a expliqué que cette date avait été fixée lors d'une réunion effectuée pendant le mois de [50]. Mi-juin, Antonio Tajani indiqua que le projet Galileo avait réduit les coûts de cinq cents millions d'euros, et qu'il comptait à terme disposer de vingt-quatre satellites au lieu des dix-huit initialement prévus[51].
Coopération
Avec les États-Unis

Les États-Unis ont tenté de faire annuler le projet dès son début, pour différentes raisons plus ou moins avouées :
- empêcher que des pays (essentiellement la Russie, l'Inde et la Chine) ou des organisations ennemies puissent utiliser Galileo (les systèmes de positionnement par satellites permettent de guider précisément des missiles de croisière ou balistiques jusqu'à leur cible)[réf. nécessaire] ;
- empêcher l'indépendance de l'Europe dans le domaine des satellites de télécommunication et plus généralement de l'espace, afin de maintenir la suprématie imposée par le monopole américain (« pour le bien de tous les pays », selon les militaires américains ayant mis au point cette doctrine[52],[Note 4]).
Les États-Unis ont finalement accepté Galileo et vont même y participer. C'est ainsi qu'en marge du sommet États-Unis – Union européenne qui s'est déroulé en Irlande, a été signé le un accord final permettant l'interopérabilité technique de Galileo avec le GPS : les systèmes Galileo et GPS seront utilisables avec un même récepteur. De plus, si un des systèmes venait à avoir des défaillances, le second prendra le relais de façon totalement transparente.
L'utilisation conjointe des deux systèmes et du système EGNOS (système diffusant par des satellites géostationnaires des données de correction du GPS américain à partir d'un réseau de surveillance au sol) permet d'améliorer la précision du positionnement sur l'ensemble de la planète.
Les détails de cet accord demeurent en grande partie confidentiels mais on sait qu'il prévoit la possibilité de discriminer les signaux militaires américains « M code » des signaux civils du GPS américain en cas de crise. Réciproquement, l'accord permet aussi de maintenir en opération les signaux PRS (Public Regulated Service : dédiés aux services publics) européens quand il sera nécessaire d'interdire, pour des raisons de sécurité, l'accès aux signaux ouverts[53].
Avec plusieurs autres pays
De nombreux autres pays sont intéressés par une participation à Galileo, à des niveaux de coopération plus ou moins importants.
Chine - s'est engagée à financer Galileo pour 200 millions d'euros[54] ;
Inde - appose sa signature le à New Delhi[55] ;
Israël - participera techniquement et financièrement via un intéressement à l'entreprise commune GJU[56] ;
Maroc - a rejoint le programme le ;
Ukraine ;
Norvège - non membre de l'UE mais membre de l'ESA, s'est à son tour jointe à Galileo, en signant un accord le . Ce contrat de 68,9 millions d'euros permet aux entreprises norvégiennes de répondre aux appels d'offres du programme[57] ;
Suisse - non membre de l'UE mais membre de l'Agence spatiale européenne, s'est à son tour jointe à Galileo, en signant un accord le . Avec cet accord, la Suisse participe au développement des systèmes de navigation et intègre les programmes de recherche. La contribution annuelle de la Suisse est de 34 millions d'euros[58].
Des discussions sont également en cours avec les pays suivants :
Études, rapports sur les retards de ce projet
Plusieurs études ont été réalisées sur ce grand projet européen, du fait du très grand retard accumulé depuis le lancement. Dont une réalisée par la Cour des comptes européenne[Note 5].
Ces retards sont extrêmement liés[59] à :
- une gouvernance en difficulté, à des insuffisances de budget provenant des institutions européennes, des retards et des problèmes d'organisation des responsabilités, causés principalement par un déficit de pouvoir décisionnel de la part des différents intervenants[59],[Note 5] ;
- une complexité organisationnelle liée à la règle du « juste retour » et à des financements inappropriés[Note 6] : exclusivement privés au démarrage du programme, dans la foulée des financements de start-ups de la fin des années 1990, avant l'explosion de la bulle internet.
Réorganisation du programme (2007)
Accord européen sur un financement public
Le , les États membres de l'Union européenne se mettent d'accord sur le financement public du programme et les 2,7 milliards d'euros nécessaires[60]. Un autre accord, conclu le à la majorité qualifiée, sans l'Espagne, permet de résoudre des différends entre pays participants sur l'attribution des appels d'offres. Le lendemain, , l'Espagne se joint au programme, annonce le ministre portugais des Transports, Mario Lino, qui présidait la réunion des ministres européens des Transports à Bruxelles[61]. Ce pays devra abriter un centre au sol, chargé du signal dédié spécifiquement à la protection civile (Safety of Life), utilisé en cas de problème dans le domaine de la sécurité maritime, aérienne et ferroviaire.
Le projet est ainsi divisé en six segments[62], chacun d'entre eux faisant l'objet d'un appel d'offres[63] :
- support et ingénierie système : Le marché attribué à Thales-AleniaSpace, pour un montant de 85 millions d'euros ;
- segment spatial, le plus gros morceau, d'environ 1 milliard d'euros : la première commande de quatorze satellites a été attribuée à OHB, pour un montant de 566 millions d'euros ;
- mission, d'environ 250 millions d'euros ;
- contrôle, d'environ 40 millions d'euros ;
- lancements : Le marché passé avec Arianespace porte sur le lancement de cinq lanceurs Soyouz, emportant chacun deux satellites pour un montant de 397 millions d'euros ;
- opérations de la constellation de 30 satellites.
Chaque segment est/sera doté d'une société « chef de file » - mais aucun chef de file ne pourra être maître d'œuvre de plus de deux segments - et de sous-traitants à hauteur de 40 % des contrats.
La question financière et la politique d'approvisionnement semblent réglées, mais il reste encore de nombreux obstacles à franchir avant le déploiement de la constellation[62]. Le , l'allemand OHB-System et le britannique SSTL annoncent leur alliance pour répondre à l'appel d'offres du segment spatial[62]. Le , le Parlement européen donne le feu vert à la partie finale du projet, avec un financement de 3,4 milliards d'euros sur des fonds communautaires[64].
Pour l'ancien commissaire européen aux Transports Jacques Barrot, Galileo représente « un outil de souveraineté pour l'Europe » et marquera son « indépendance totale[65] ». Néanmoins, le droit de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) s'applique aux marchés publics de la Communauté. Les 13 États signataires de l'Accord Marchés Publics (AMP) de 1994[66] (États-Unis, Chine, Japon, Singapour, Israël) pourront faire des offres sur les parties non stratégiques des six lots, et sous condition de réciprocité.
Accord sur le règlement sécurité de Galileo et de Egnos
Après avoir obtenu l'accord (volets financier et industriel) des États membres de l’UE, le Parlement européen a aussi approuvé le règlement « sécurité » de Galileo et du service européen de navigation géostationnaire (EGNOS). « Compromis » négocié avec le Conseil de l'UE et la Commission européenne lors de réunions informelles, ce texte reprend la plupart des amendements proposés le par la commission industrie, recherche et énergie du Parlement européen. Ce texte invite aussi la Commission européenne à définir les principales exigences techniques, en matière de contrôle de l'accès aux technologies assurant la sécurité de Galileo et d'EGNOS.
Ainsi « les États membres devraient adopter leurs réglementations nationales de sécurité, afin d'atteindre le même niveau de protection que celui en vigueur pour les informations secrètes de l'UE dans le domaine de la sécurité industrielle d'Euratom », souligne le Parlement européen dans un communiqué daté du . Parallèlement, les missions de l'Autorité européenne de surveillance de Galileo (EUSPA), autorité créée pour l'occasion, ont été révisées[65].
Secteurs d'applications
Les secteurs d'applications sont nombreux. Ils touchent aussi bien le secteur civil (marine marchande, aviation, véhicules particuliers, etc.) que militaire (positionnement des troupes et des unités mécanisées, des missiles ou des avions). Ce dernier secteur est toutefois sujet à discussions : à plusieurs reprises il avait été dit que Galileo serait « un programme civil sous contrôle civil »[67]. Cependant, à partir du moment où le signal PRS est utilisé par les pompiers ou la police, rien n'empêcherait l'armée d'en faire de même.
Comme les satellites disposent chacun d'une horloge atomique ultra-précise, Galileo peut servir de base temporelle, en plus de sa fonction habituelle de système de positionnement. Le service de haute précision permet également d'envoyer des messages d'informations à grande échelle.
Caractéristiques techniques
Découpage initial
Le programme initial était composé de quatre parties appelées « segments ».
Segment spatial

Les satellites sont placés en orbite terrestre moyenne à une altitude de 23 222 km, également répartis sur trois plans orbitaux inclinés à 56° du plan équatorial (voir illustration). Chaque orbite circulaire comprend huit satellites actifs plus deux satellites de secours, pour un total de trente satellites (24 actifs et 6 de secours)[68]. La période orbitale est de 14 heures et 5 minutes (toutes les 17 révolutions, effectuées en 10 jours sidéraux, un satellite repasse au-dessus du même point)[69].
Segment sol de contrôle
Le segment sol de contrôle est chargé du contrôle des satellites. Il est constitué de[70] :
- deux centres de contrôle, situés à Oberpfaffenhofen (Allemagne) et au Fucin (Italie) ;
- six stations de TTC (Telemetry, Tracking & Control), chargées de maintenir les liaisons de télécommandes et télémesures avec les satellites. Elles se trouvent à Kiruna (en Suède), à Kourou, Nouméa, Sainte-Marie (La Réunion), Redu (en Belgique) et Papeete.
Segment sol de mission
Le segment sol de mission est chargé de créer le message de navigation diffusé par le satellite (garant des performances des services), de détecter les éventuelles anomalies et d'en prévenir les utilisateurs (dans le message diffusé par les satellites), ainsi que de mesurer les performances du système.
Il est constitué de :
- deux centres de mission, situés à Oberpfaffenhofen (Allemagne) et au Fucin (Italie), co-localisés avec les centres du segment sol de contrôle, où sont réalisées les fonctions de calcul d'orbitographie, d'intégrité (permettant de développer les applications Safety of Life), de création du message de navigation et du temps Galileo, de la surveillance du système et de mesure de performances des services ;
- dix à douze stations terrestres de transmission du message de navigation vers les satellites (ULS, UpLink Stations), à raison de deux par site, au Svalbard, à Kourou, Papeete, Sainte-Marie et Nouméa ;
- quarante stations de réception des signaux satellitaires, réparties sur toute la Terre et en liaison permanente avec les centres de mission pour leur fournir les informations nécessaires pour leurs fonctions ;
- le récepteur GRCP (Ground Receiver Chain PRS), traitant les signaux PRS (Public Regulated Service), est développé par Thales à Valence dans la Drôme. Le premier système de relais terrestre a été présenté le à l'Euro Space Center (Transinne, Belgique), avant de prendre la direction de la Polynésie française ;
- deux centres de sécurité (GSMC), situés à Saint-Germain-en-Laye (France) et Madrid (Espagne). Ces centres ont pour mission la gestion des accès au service gouvernemental PRS, la surveillance de la sécurité du système, et peuvent intervenir dans l'exploitation du système selon les règles de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'Union européenne.
Segment de test des utilisateurs
Ce segment est destiné à valider en environnement réel les performances des récepteurs du commerce (ou plus exactement leurs prototypes). Le récepteur TUS (Test User Segment) est développé par Thales à Valence, dans la Drôme.
Découpage actuel (FOC)
Après les nombreux rebondissements, le projet est divisé en six segments[62], chacun d'entre eux faisant l'objet d'un appel d'offres[63] :
- support et ingénierie système - la Commission européenne a attribué à l'entreprise franco-italienne Thales Alenia Space un contrat de 85 millions d'euros pour les services de soutien du système, qui couvre les services industriels nécessaires à l'Agence spatiale européenne pour l'intégration et la validation du système Galileo. Thales Alenia Space sous-traite les performances à Astrium GmbH (maintenant Airbus Defence and Space) et la sécurité à Thales Communications ;
- segment spatial - la Commission européenne a attribué à l'allemand OHB-System AG, filiale d'OHB Technology AG (OHB.XE), la construction de 14 satellites opérationnels, pour 566 millions d'euros[71] ;
- mission - pour un budget d'environ 250 millions d'euros, attribué à Thales Alenia Space ;
- contrôle - pour un budget d'environ 40 millions d'euros, attribué à Airbus Defence and Space ;
- lancements - la Commission européenne a attribué un contrat à Arianespace pour le lancement de cinq fusées Soyouz, emportant chacune deux satellites, pour 397 millions d'euros. Le contrat porte sur des options pour deux Soyouz supplémentaires et une Ariane 5 (emportant quatre satellites)[72] ;
- opérations de la constellation de 30 satellites - la Commission européenne a attribué à Spaceopal (joint venture entre DLR Space Applications Company GmbH et la société italienne Telespazio S.p.A.) un budget de 194 millions d'euros[73].
Découpage de la deuxième génération (G2)
Le 20 janvier 2021, un contrat de 1,47 milliard d'euros est signé avec Thales Alenia Space (Italie) et Airbus Defence and Space (Allemagne) pour le développement et la production de six satellites de deuxième génération chacun, chaque entreprise concevant une famille distincte. Ce choix écarte le précédent partenaire OHB, dont la proposition est jugée moins convaincante au regard des objectifs de modernisation, et dont le partenariat antérieur avec la société britannique SSTL n'est plus envisageable depuis le Brexit[74],[75].
Cette nouvelle génération se veut plus moderne, numérique et mieux protégée contre les attaques. Elle intègre des antennes plus puissantes et reconfigurables numériquement, une protection renforcée contre le brouillage et le leurrage, un calcul du temps plus robuste reposant sur six horloges atomiques au lieu de quatre, une propulsion entièrement électrique qui autorise les lancements par paire malgré une masse portée à plus de deux tonnes, ainsi qu'une liaison inter-satellites permettant une évaluation autonome de leurs performances et une moindre dépendance aux stations terrestres. Pour le grand public, cette modernisation doit rendre la localisation plus rapide, plus précise (passant d'une précision métrique à décimétrique) et plus économe en énergie, et apporter une communication bidirectionnelle au service de recherche et secours[75],[76],[77],[78].
Le 18 avril 2024, la conception de Thales passe avec succès la revue de conception critique (Critical Design Review, CDR), suivie de celle d'Airbus le 16 mai. Les lancements sont prévus à partir de 2026 par Ariane 6, en configuration Ariane 62[79],[80],[81].
Déploiement
Segment spatial

Le développement du segment spatial débute dans les années 2000, avec des études et la réalisation de satellites de démonstration, puis la commande des satellites définitifs et des lanceurs nécessaires à leur mise en orbite.
Le déploiement proprement dit commence par quatre satellites de validation en orbite (IOV), lancés par paires en 2011 et 2012. Les premiers satellites en configuration opérationnelle (FOC), les satellites 5 et 6, sont lancés le , mais ils n'atteignent pas l'orbite visée, à la suite d'une défaillance de l'étage supérieur Fregat du lanceur Soyouz[82].
Le déploiement se poursuit avec une série de lancements doubles par Soyouz depuis le Centre spatial guyanais : les satellites 7 et 8 le , 9 et 10 le , 11 et 12 le , puis 13 et 14 le [83]. Les quatorze premiers satellites ayant été lancés par paires, le , quatre satellites supplémentaires (15 à 18) sont pour la première fois mis en orbite simultanément, à bord d'une Ariane 5 ES[84],[85]. Les services initiaux de Galileo sont déclarés le [86],[87]. Après une campagne de tests, deux des nouveaux satellites sont déclarés opérationnels le , les deux autres au début du mois d'août 2017[88],[89],[90].
Les lancements par quatre permettent d'accélérer le déploiement. Une Ariane 5 ES place en orbite les satellites 19 à 22 le , puis les satellites 23 à 26 le , en vue d'une couverture mondiale alors visée pour 2020[91],[92]. Au cours du premier semestre 2019, les deux satellites lancés en 2014 sur une orbite elliptique entrent à leur tour en service, ce qui porte la constellation à 24 satellites opérationnels et assure à Galileo une disponibilité et une précision maximales[93]. Leur orbite elliptique, qui fait varier périodiquement leur altitude, avait par ailleurs permis, en 2018, de réaliser un test de la relativité générale portant sur le décalage vers le rouge gravitationnel, d'une précision supérieure à celle obtenue jusqu'alors[94]. En décembre 2021, un dernier lancement par Soyouz met en orbite les satellites 27 et 28[95].
Le programme traverse ensuite une « crise des lanceurs ». Le retrait d'Ariane 5 est acté, Ariane 6 accuse du retard et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en 2022, prive le programme de l'accès au lanceur russe Soyouz. Faute d'alternative européenne immédiate, l'Union européenne se tourne vers la société américaine SpaceX et son lanceur Falcon 9. Ce choix, qui fait appel à un acteur non européen, nécessite la négociation d'un accord de sécurité spécifique destiné à protéger les technologies sensibles des satellites lors de leur préparation et de leur séjour sur le sol américain avant le lancement[96]. La Falcon 9 lance avec succès les satellites 29 et 30 le (mission L12), puis les satellites 31 et 32 le (mission L13)[97],[98],[99]. Les satellites 31 et 32 entrent en service le , renforçant la robustesse de la constellation[100].
Le , le satellite GSAT0104 devient le premier satellite de la constellation à être retiré du service. Lancé en 2012, il ne contribuait plus, depuis une avarie survenue en 2014, qu'au service de recherche et secours. Déplacé une première fois en 2021 pour libérer sa position au profit d'autres satellites, il est ensuite transféré sur une orbite cimetière stable, à 700 km au-dessus de la constellation. Après plus de douze ans de service, il y a épuisé ses dernières réserves d'ergol et devrait y demeurer au moins un siècle[101],[102].
Le , Ariane 6 réalise son premier lancement de satellites Galileo en plaçant en orbite les satellites 33 et 34[103],[104]. Ce vol marque le retour à un accès européen autonome à l'espace pour le programme, après le recours à SpaceX. Les quatre derniers satellites de première génération doivent être mis en orbite par ce même lanceur au cours des années suivantes[105].
Segment sol de contrôle
- Le , la Commission européenne attribue à Thales Alenia Space un contrat d'une valeur de 85 millions d'euros pour la fourniture des services de soutien du système, couvrant les services industriels nécessaires à l'Agence spatiale européenne pour l'intégration et la validation du système Galileo[71]. Thales Alenia Space sous-traite les performances à Astrium GmbH (maintenant Airbus Defence and Space) et la sécurité à Thales Communications.
- En , début de la mise à niveau du segment sol pour améliorer la robustesse et la précision de Galileo[93],[106].
- En juillet 2019, Galileo connaît une interruption de service majeure. L'incident débute le , pendant l'opération de mise à niveau du segment sol engagée quelques mois plus tôt, alors que la redondance des installations est temporairement réduite. Une défaillance affecte la Precise Timing Facility, l'installation du segment sol de Fucino (Italie) qui génère le temps de référence du système, le temps système Galileo (GST). Le site de secours ne pouvant prendre le relais, les satellites cessent de recevoir des données de navigation à jour et le service de positionnement devient indisponible pendant environ six jours, jusqu'à son rétablissement le [107]. L'effet pour le grand public reste limité, car la plupart des récepteurs, compatibles avec plusieurs constellations, basculent automatiquement sur les autres systèmes de navigation disponibles comme le GPS. À la suite de l'incident, la Commission européenne met en place une commission d'enquête indépendante, présidée par Carmen Librero Pintado, dont le rapport, remis en novembre 2019, formule plusieurs recommandations portant notamment sur la gouvernance opérationnelle du programme, la continuité du service et la communication avec les utilisateurs en cas de crise[108]. Selon l'hebdomadaire L'Express, l'incident a aussi mis en évidence la complexité de la gouvernance de Galileo, répartie entre plusieurs niveaux décisionnels (Agence spatiale européenne, Agence du GNSS européen et entités représentant les États partenaires), susceptible de ralentir la prise de décision en situation de crise[109].
- Le , une nouvelle anomalie de la fonction de datation du segment sol provoque une dégradation du service d'environ cinq heures et demie, de moindre ampleur que l'incident de 2019[110].
Centres de sécurité
La Commission européenne a retenu l'offre franco-britannique d'installation de deux centres de sécurité :
- Saint-Germain-en-Laye (France) pour le centre principal ;
- Swanwick (en), dans le Hampshire (Grande-Bretagne) pour le centre redondant. À la suite du vote sur le Brexit, le choix du site du centre redondant a été remis en question et est actuellement basé à San Martín de la Vega (Madrid)[111].
Ces centres gèrent les accès au service gouvernemental PRS (Public Regulated Service), surveillent la sécurité de Galileo et peuvent intervenir dans l'exploitation du système selon les règles de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne[112].
Appareils compatibles
Dès fin 2016, l'Agence du GNSS européen publie la liste des appareils compatibles sur un nouveau site internet[113],[114].
Le nombre de smartphones compatibles est passé de 100 millions en à un milliard en [115]. Les concepteurs de puces pour le marché des mobiles sont en effet à 95 % utilisateurs du système européen.
A partir du 1er avril 2018, il est obligatoire pour tout véhicule particulier neuf vendu dans l'Union européenne de posseder une système eCall, ce dernier devant être compatible avec le réseau Galileo[116].
Depuis le , ce sont tous les smartphones vendus dans l'Union européenne doivent obligatoirement être compatibles avec Galileo, en application d'un règlement délégué complétant la directive européenne 2014/53/UE. Depuis le lancement des services en 2016, le nombre d'utilisateurs qui ont bénéficié de Galileo sur leur smartphone à travers le monde est estimé à plus de cinq milliards[117],[118].
« European Satellite Navigation Competition », ex-« Galileo Masters »
L'« European Satellite Navigation Competition » est un concours européen d'idées sur la navigation par satellite, lancé en 2004 sur une initiative du Land de Bavière, sous le nom de Galileo Masters.
Les créateurs et organisateurs ont pour objectif de réunir des idées concernant les applications commerciales pour la navigation satellite, et de promouvoir les idées individuelles par le biais d'attribution de prix. Le concours est ouvert aux étudiants (majeurs), particuliers, très petites entreprises, petites et moyennes entreprises, et institutions scientifiques implantées au sein de la Communauté européenne.
Jusqu'en 2009, la Fondation Sophia Antipolis, présidée par le sénateur Pierre Laffitte, et l'agence de développement économique des Alpes-Maritimes, Team Côte d’Azur, présidée par Jean-Pierre Mascarelli, vice-président du conseil général des Alpes-Maritimes, étaient le portail d'entrée unique de la partie France[119] de ce concours d’idées sur les applications commerciales futures de la navigation par satellite.
La dernière édition documentée de la compétition est celle de 2021. Depuis, le site officiel galileo-masters.eu n'annonce plus de nouvelle édition et le statut actuel du concours demeure incertain.
Trophées 2004 à 2007
- 2004[120]
- Le prix Galileo Masters 2004 a été attribué à la société HCL Technologies, pour le projet de son collaborateur M. Narayanan, ingénieur de nationalité indienne, sur la navigation marine pour la pêche. Ce prix a été remis à Munich par Hans Spitzner, secrétaire d'État Délégué à l'Économie et aux Technologies représentant le gouvernement bavarois, et Jean-Pierre Mascarelli, conseiller général des Alpes-Maritimes, chargé de la commission Économie, Tourisme et Pôles de compétences.
- 2005[121]
- La société VULOG, représentée par Georges Gallais (Inria Sophia), a été couronnée par le Galileo Masters 2005, pour ses créations de logiciels et de services pour la mobilité urbaine.
- 2007[122]
- Le grand prix est décerné à la société Anteq, créée par Dragos Zaharia, docteur ingénieur, installée provisoirement dans l'Oise, mais préparant son transfert sur la technopole de Sophia-Antipolis, pour sa mise au point d'une nouvelle technologie pour sécuriser la transmission de données financières.
- Le prix spécial est décerné à la société Nodbox, de Sophia-Antipolis, fondée par Thierry Fargas, pour la mise au point d'un système d'intelligence embarquée pour le secteur automobile visant à anticiper, en temps réel, les risques d'accident.
En 2008, quatre prix thématiques spéciaux
Cette année, quatre prix thématiques sont mis en place par les acteurs suivants :
- l'EUSPA (ex. GSA) (Autorité européenne de supervision du programme Galileo) récompensera l'idée d'application la plus prometteuse utilisant les fonctionnalités d'EGNOS (European Geostationary Navigation Overlay Service) (voir ci-dessus) ;
- l'ESA (Agence spatiale européenne) récompensera l'idée commerciale la plus innovante, créative et captive, avec une mise en œuvre rapide sur le marché ;
- ITRI (Industrial Technology Research Institute), basé à Taïwan, récompensera l'idée qui permettra d'utiliser les fonctionnalités de Galileo dans un concept de jeu ;
- T-Systems et DHL enfin s'associent pour favoriser le développement d’une méthode innovante pour optimiser le volume de fret des camions de livraison.
Trophées 2008
- Le prix spécial est décerné à M. Peter Hall et Mme Christine Edwards, deux entrepreneurs du Royaume-Uni, pour la proposition du développement commercial d'un système de sauvetage d'homme à la mer employant le système EGNOS. Leur proposition a également remporté le grand prix, la plus haute distinction de la compétition[123].
European Satellite Navigation Competition 2009
La région Nice Sophia Antipolis a participé, pour la 6e fois consécutive, à l'European Satellite Navigation Competition en 2009[124].
Notes
- Les périodes et vitesses orbitales sont calculées à partir des relations 4π2R3 = T2GM et V2R = GM, où : R est le rayon de l'orbite en mètres ; T est la période orbitale en secondes ; V est la vitesse orbitale en m/s ; G est la constante gravitationnelle, environ 6,673 × 10−11 Nm2/kg2 ; M est la masse terrestre de la Terre, environ 5,98×1024 kg (1,318×1025 lb).
- Approximativement 8,6 fois (en rayon et en longueur) lorsque la Lune est au plus près (c'est-à-dire 363 104 km42 164 km), à 9,6 fois lorsque la Lune est au plus loin (c'est-à-dire 405 696 km42 164 km).
- Ce système bi-fréquence s'affranchit des problèmes de traversée de la ionosphère, dont la densité électronique fluctue en fonction du jour et de la nuit.
- Voir aussi l'article Pax Americana.
- Extraits du Rapport de la Cour des comptes européenne : « L'audit a couvert la période durant laquelle l’entreprise commune Galileo (Galileo Joint Undertaking - GJU) a assuré la gestion de la phase de développement et de validation et a porté en particulier sur le mandat qui lui avait été confié, la façon dont elle a été mise en place et la gestion des tâches qui lui avaient été assignées. … l'entreprise commune Galileo a été contrainte de négocier un partenariat public-privé (PPP) irréaliste. La supervision des actions de développement technologique, tâche incombant à l'entreprise commune Galileo, a été considérablement limitée par des questions de gouvernance, un budget incomplet et des retards, ainsi que par l'organisation industrielle de la phase de développement et de validation. … La Commission n'a pas donné les impulsions adaptées au développement et à la gestion du programme Galileo. »
- « De 1999 à 2007, l'Union européenne (UE) a souhaité procéder au déploiement et à l'exploitation de Galileo, programme européen de radionavigation par satellites, par la voie d'un partenariat public-privé (PPP). Cette stratégie s'est traduite par un échec. De multiples raisons expliquent ce revers. La présente étude se focalise sur l'une d'entre elles - l'absence de négociations transparentes et compétitives -, et vise à comprendre ses tenants et ses aboutissants. Sa conclusion est que le secteur spatial, en Europe, repose sur des fondements et des logiques incompatibles, avec la mise en place de procédures d'appels d'offres paneuropéennes ne prenant pas en compte l'impératif d'une répartition équilibrée des contrats publics entre les entreprises du secteur. Ceci rend, de la sorte, très difficilement négociables des contrats globaux, à l'instar des PPP, et contraint l'UE à prendre en compte le principe de « juste retour » dans la passation de contrats publics de caractère spatial » (Caudron 2010).