Ganieda
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Ganieda, également connue sous les noms de Gwendydd et Gwenddydd, est un personnage de la mythologie galloise, présentée généralement comme la sœur de Myrddin Wyllt ou de Merlin.

Littérature galloise ancienne
Gwenddydd apparaît pour la première fois dans la littérature comme un personnage des premiers poèmes gallois associés au poète et guerrier Myrddin Wyllt. Elle revient plus tard dans la Vita Merlini, poème en latin de Geoffroy de Monmouth. Le lien entre ces poèmes est controversé[1].
Les poèmes Afallennau (« Les Pommiers ») et Oianau ou Hoianau (« Les Salutations ») nous livrent tous deux les prophéties d'un homme sauvage quelque part dans le Vieux Nord (sud de l'Écosse et nord de l'Angleterre) ; il n'est identifié dans aucun des deux poèmes, mais les générations suivantes se sont accordées à l'identifier, à tort ou à raison, à Myrddin[2]. Gwenddydd n'est pas présentée comme la sœur de l'homme sauvage dans Afallennau, et il a même été avancé que, dans la version originale de la légende, elle était l'amante féerique de Myrddin[3] ; cependant, elle est mentionnée à deux reprises dans le poème, le poète se plaignant que « Maintenant Gwenddydd ne m'aime plus et ne me salue plus ; j'ai tué son fils et sa fille ».
De même, Oianau fait référence à elle dans la phrase « Gwenddydd ne vient pas à moi »[4].
Cyfoesi Myrddin a Gwenddydd ei Chwaer (en) (Dialogue de Myrddin et Gwenddydd) établit leur lien familial et se distingue des autres poèmes gallois consacrés à Myrddin par la relation amicale qu'il présente entre Gwenddydd et son frère. Myrddin y prophétise des événements politiques qui aboutiront à sa propre mort et à la fin du monde, tandis que Gwenddydd, elle-même voyante dans ce poème, l'interroge avec respect et se montre soucieuse de son bien-être. Le poème s'achève sur leurs recommandations mutuelles au ciel[5],[6].
Gwasgargedd Fyrddin yn y Bedd (« Le chant diffus de Myrddin dans la tombe »), un autre poème vaticinateur, a été considéré comme une suite de Cyfoesi[5]. Dans un passage de réminiscence, Myrddin fait une référence obscure à Gwenddydd : « Gwasawg, on m'a raconté ton cri à Gwenddydd par les fous des montagnes d'Aber Craf »[7],[5],[8].
Enfin, Peirian Faban contient plus de prophéties et mentionne à la fois Myrddin et Gwenddydd[5]. Gwenddydd prédit que[7] « Myrddin viendra avec une grande détermination, à cause du meurtre de mes frères et de Gwenddolau. ».
Vita Merlini
La Vita Merlini est un poème latin de Geoffroy de Monmouth, probablement écrit en 1150 ou 1151[9] qui relate des épisodes de la vie de Myrddin, ou Merlinus (Merlin), comme l'appelle Geoffroy. Le poème s'ouvre sur la folie de Merlinus après une terrible bataille ; il s'enfuit alors vivre comme un sauvage dans la forêt calédonienne. Sa sœur Ganieda et son époux Rodarchus, roi des Cumbriens, découvrent où il se trouve et le ramènent à leur cour, où il est enchaîné pour l'empêcher de retourner dans les bois.
Lorsque Merlinus aperçoit une feuille dans les cheveux de Ganieda, il rit, mais refuse d'expliquer pourquoi tant qu'il n'est pas libéré. Une fois libéré, il confie à Rodarchus que la feuille s'est glissée dans les cheveux de Ganieda alors qu'elle se promenait dehors avec son amant. Elle tente alors de discréditer Merlinus par une ruse. Elle fait apparaître un garçon à trois reprises, vêtu à chaque fois d'un costume différent pour dissimuler son identité, et demande à son frère comment il mourra. La première fois, Merlinus répond qu'il mourra en tombant d'un rocher, la deuxième fois qu'il mourra dans un arbre, et la troisième fois qu'il mourra dans une rivière. Rodarchus est ainsi persuadé que Merlinus est naïf et que son jugement est trompeur. L'auteur explique ensuite que, des années plus tard, le garçon tomba d'un rocher, se retrouva pris dans les branches d'un arbre en contrebas, et, pris au piège la tête en bas, il se noya dans une rivière.
Merlinus retourne dans les bois, mais après diverses aventures, il est capturé et ramené à la cour de Rodarchus. Là, il aperçoit d'abord un mendiant, puis un jeune homme achetant du cuir pour raccommoder ses chaussures, et il se moque de chacun d'eux. Rodarchus lui offre à nouveau sa liberté s'il explique pourquoi il a ri, et Merlinus répond que le mendiant se tenait sans le savoir au-dessus d'un trésor enfoui et que le jeune homme était voué à se noyer avant de pouvoir porter ses chaussures réparées. Lorsque les dires de Merlinus sont confirmés, Rodarchus le libère.
De retour dans les bois, Merlinus observe les étoiles dans un observatoire que Ganieda a fait construire pour lui et prophétise l'histoire future de la Bretagne jusqu'aux rois normands[10]. Rodarchus meurt et Ganieda le pleure. Elle et Telgesinus, visiteur de Rodarchus, se rendent dans les bois pour voir Merlinus et discutent ensemble de divers sujets. Il est décidé qu'ils resteront tous ensemble dans les bois, retirés du monde profane. Le poème s'achève sur une prophétie de Ganieda détaillant des évènements du règne du roi Étienne[11], et sur la renonciation par Merlinus de son don de prophétie en faveur d'elle.
Selon Basil Clarke, éditeur de la Vita, Ganieda est le personnage le plus abouti du poème, hormis Merlin lui-même. Elle est présentée comme intelligente, pragmatique, débrouillarde et, fait rare pour un personnage féminin de la littérature médiévale, prophétique. Son nom et une grande partie de son histoire révèlent son identification avec la Gwenddydd des poèmes de Myrddin[12]. Mais sa position d'épouse de Rodarchus et d'adultère à la feuille dans les cheveux trouve des parallèles avec le personnage de Languoreth dans le récit gallois ancien de Lailoken[9]. On a également suggéré que la Ganieda de Geoffroy pourrait être en partie inspirée par l'exemple de sa contemporaine Christina de Markyate, une dame anglo-saxonne de bonne famille qui échappa à un mariage arrangé pour devenir anachorète, prieure et voyante[11],[13].
Tradition galloise plus tardive
La Chronique des Six Âges, écrite par le soldat Elis Gruffydd (en) au début du XVe siècle, comprend un recueil de récits traditionnels concernant Myrddin. On y apprend notamment que Myrddin, devenu fou dans les contrées sauvages de Nant Conwy (en), au nord du Pays de Galles, prophétisait, tandis que sa sœur Gwenddydd le nourrissait. Elle fait cinq rêves à différentes époques, puis finit par venir trouver Myrddin et lui demander de les lui expliquer. Il le fait dans un style de critique sociale qui rappelle celui de Piers Plowman de William Langland. Une version légèrement développée du récit des cinq rêves figure également dans un manuscrit de la fin du XVIIe siècle, écrit par Thomas ab Ieuan de Tre'r Bryn. Ces deux versions semblent provenir d'une transmission orale dont la datation est impossible, bien qu'elle paraisse totalement indépendante de la Vita Merlini[14].
Un manuscrit daté d'environ 1640, qui se trouve maintenant parmi les manuscrits supplémentaires (en) de la British Library sous la référence Add MS 14973, comprend un Mabinogi prophétique en prose de Merddin et Gwenddydd[4].
Au XVIIIe siècle, le poète Lewis Morris (en) a consigné un conte populaire de l'île galloise d'Anglesey, où un jeune homme, la jeune femme qu'il aime, une femme d'âge mûr et une veuve se disputent le choix de l'épouse et consultent Myrddin et sa sœur Gwenddydd pour trancher. Certains points communs suggèrent un lien avec le récit d'Elis Gruffydd sur la folie de Myrddin[15].
Littérature moderne
John Stuart-Glennie, The Quest for Merlin
En 1870, l'érudit écossais spécialiste du cycle arthurien John Stuart-Glennie (en) publia The Quest for Merlin (La Quête de Merlin), premier volet d'un cycle inachevé de cinq pièces intitulé King Arthur; or, The Drama of the Revolution (Le Roi Arthur ou le Drame de la Révolution). Se déroulant sous le règne de Vortigern[16], ce récit promeut la doctrine de l'auteur, alliant « le culte de la nature propre au paganisme et le sentiment fraternel du christianisme », incarnée par Merlin. L'un des personnages est Ganieda, qui confie à son frère que « Tout le peuple, Merlin, se tourne vers toi pour sceller leur nouvelle fraternité »[17].
John Veitch, Merlin
Merlin (1889) est une pièce en vers du professeur John Veitch (en), mettant en scène trois personnages seulement : Merlin, « Gwendydd (L’Aurore) » – sa sœur jumelle – et « Hwimleian (L’Éclat) » – son premier amour. Selon Veitch, Gwendydd « imprègne du culte de la nature et de la poésie de l’époque » ; elle sauve son frère de la folie,. Cette pièce fut l’une des sources d’inspiration du poème Merlin and the Gleam d'Alfred Tennyson.
Laurence Binyon, The Madness of Merlin
La première partie d'une œuvre inachevée de Laurence Binyon, The Madness of Merlin (La Folie de Merlin), a été publiée à titre posthume en 1947 dans une édition de Gordon Bottomley (en). Dans cette pièce en vers, largement inspirée de la Vita Merlini, Ganieda, la princesse de Geoffroy, est divisée en deux personnages : Gwyndyth, la sœur de Merlin, et Langoreth, la reine de Redderch,. Leurs attitudes face à la folie de Merlin sont contrastées : Gwyndyth se montre patiente et réconfortante, tandis que Langoreth est exaspérée par la bienveillance dont il bénéficie[5].
John Cowper Powys, Porius
L’écrivain John Cowper Powys s’est inspiré de la Gwenddydd du poème gallois Cyfoesi Myrddin a Gwenddydd pour créer son personnage de Gwenddydd, sœur de Myrddin, dans son roman historique Porius: A Romance of the Dark Ages (en) (1951), qui se déroule en l’an 499. Elle a été décrite comme « l’un des personnages secondaires les plus mémorables »,.
John Arden et Margaretta D'Arcy, The Island of the Mighty
The Island of the Mighty (L'Île des Puissants) est une épopée dramatique en trois parties de John Arden et Margaretta D'Arcy, créée sous une forme abrégée en décembre 1972 par la Royal Shakespeare Company au théâtre Aldwych de Londres. Gwenddydd, interprétée par Heather Canning (en) dans cette production, n'est pas la sœur de Merlin, mais son épouse dont il est séparé,,.
Stephen R. Lawhead, Cycle Pendragon
Merlin (1988), le deuxième roman du cycle Pendragon de Stephen R. Lawhead, introduit le personnage de Ganieda dans un épisode comme l'amant du personnage principal plutôt que sa sœur.
Jessica Amanda Salmonson, Namer of Beasts, Maker of Souls
Dans la nouvelle de 1995 Namer of Beasts, Maker of Souls, de Jessica Amanda Salmonson (en), Merlin a une sœur jumelle appelée Ganicenda, décrite comme « la Sagesse Divine, avec sa tête au ciel et ses pieds au Sheol ».
Jerry Hunter, Gwenddydd
Le roman en langue galloise de l'universitaire américain Jerry Hunter (en), Gwenddydd (cy) (2010), reprend l'histoire de Gwenddydd et Myrddin tirée des premiers poèmes gallois et de la Vita Merlini, mais la transpose à la Seconde Guerre mondiale. Myrddin devient un soldat souffrant de stress post-traumatique qui s'évade d'un hôpital militaire et retrouve sa sœur Gwen dans leur village natal. Ce roman a remporté la médaille de prose (cy) à l'Eisteddfod national du Pays de Galles de 2010 et a été qualifié de « contribution importante à la littérature de guerre au Pays de Galles ».
Beaux-Arts
En 1891, l'artiste Hubert Herkomer, né en Allemagne et naturalisé britannique, membre de la Royal Academy, réalisa une gravure à la pointe sèche de Gwenddydd. Son intérêt pour le sujet fut confirmé en 1893 lorsqu'il choisit le même nom pour sa dernière fille.
Le bas-relief Taliésin et Ganiéda (1925) du sculpteur breton Louis-Henri Nicot fait partie du Monument néoceltique réalisé pour l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris.